Mohammed ben Salmane Al Saoud

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Mohammed ben Salmane
Al Saoud
محمد بن سلمان آل سعود
Description de cette image, également commentée ci-après
Le prince Mohammed ben Salmane Al Saoud

Titres

Prince héritier d'Arabie saoudite
Vice-Premier ministre

Depuis le
(10 mois)

Prédécesseur Mohammed ben Nayef Al Saoud

Président du Conseil des affaires économiques et du développement d’Arabie saoudite

Depuis le
(2 ans, 11 mois et 23 jours)

Prédécesseur Salmane ben Abdelaziz Al Saoud

Vice-prince héritier d'Arabie saoudite
Second vice-Premier ministre


(2 ans, 1 mois et 23 jours)

Prédécesseur Mohammed ben Nayef Al Saoud

Ministre de la Défense saoudien

Depuis le
(3 ans, 2 mois et 29 jours)

Prédécesseur Salmane ben Abdelaziz Al Saoud
Biographie
Dynastie Saoud
Nom de naissance Mohammed ben Salmane ben Abdelaziz ben Abderrahmane ben Fayçal ben Turki ben Abdallah ben Mohammed ben Saoud
Naissance (32 ans)
Riyad (Arabie saoudite)
Père Salmane ben Abdelaziz Al Saoud
Mère Fahda bint Falah ben Sultan Al Hithalayn
Résidence Palais d'Al-Yamamah
Description de l'image Coat of arms of Saudi Arabia.svg.

Mohammed ben Salmane (dit MBS), de la dynastie Al Saoud, né le à Riyad, est le prince héritier et le vice-Premier ministre d'Arabie saoudite depuis le 23 juin 2017. Fils du roi Salmane et petit-fils d'Ibn Séoud, le fondateur du royaume, il est aussi depuis le plus jeune ministre de la Défense au monde et président du Conseil économique et de développement.

La purge anti-corruption (en) qui a vu le limogeage ou l'arrestation de dizaines de princes, ministres et d’hommes d’affaires, fin 2017, lui assure le contrôle des principaux leviers du pouvoir et en fait l'homme fort du royaume[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Mohammed ben Salmane est le fils de Salmane ben Abdelaziz Al Saoud et de Fahda bint Falah ben Sultan Al Hithalayn, sa troisième épouse, et petit-fils d'Ibn Séoud. Il est diplômé en droit de l'université du Roi-Saoud.

Carrière politique avant 2015[modifier | modifier le code]

Mohammed ben Salmane commence sa carrière politique en décembre 2009 en devenant à 24 ans conseiller spécial de son père, alors gouverneur de Riyad. En 2011, lorsque Salmane est nommé ministre de la Défense, MBS devient son conseiller personnel[2]. En 2013, il dirige le cabinet princier à la suite de la nomination de son père en tant que prince héritier[3].

En avril 2014, il devient secrétaire d'État et membre du gouvernement[4].

Ministre de la Défense[modifier | modifier le code]

Le , lors de l'accession de son père au trône, il est nommé ministre de la Défense et chef de la Cour royale[5] à 30 ans, ce qui en fait le plus jeune ministre de la Défense au monde[6].

Depuis mars 2015, Mohammed ben Salmane conduit les opérations militaires saoudiennes au Yémen contre les houthis[7].

En décembre 2015, il annonce la mise en place d’une alliance militaire islamique de 41 pays pour lutter contre le terrorisme sous toutes ses formes. Elle comprend un volet sécuritaire et militaire (échange de renseignement, entraînement, équipement et déploiement de forces « si nécessaire »), ainsi qu’un volet « idéologique » pour contrer les capacités d’endoctrinement des groupes djihadistes[8].

Le même mois, dans une déclaration publique, le service de renseignement allemand exprime son inquiétude devant la nouvelle politique étrangère du jeune prince, soulignant de quelle façon la « position diplomatique jusqu'ici prudente des chefs aînés de la famille royale est remplacée par une politique interventionniste impulsive » et présente un danger pour la stabilité de la région[9]. Le gouvernement allemand a réagi à la déclaration en affirmant que celle-ci ne reflétait « pas la position du gouvernement fédéral »[10].

En janvier 2016, il réfute l’éventualité d’une guerre contre l’Iran, estimant qu’un tel conflit « aurait un impact très fort sur le reste du monde »[11].

Prince héritier[modifier | modifier le code]

Le , à la suite de la mise à l'écart du prince héritier Moukrine ben Abdelaziz et à son remplacement par Mohammed ben Nayef, ministre de l'Intérieur. Mohammed ben Salmane est nommé vice-prince héritier du royaume et second vice-Premier ministre[12].

Le , à 31 ans, Mohammed ben Salmane est nommé prince héritier par le roi Salmane et le conseil d'allégeance de la famille royale saoudienne en remplacement de son cousin Mohammed ben Nayef[13],[14],[15]. D'après le diplomate François-Aïssa Touazi, Mohammed ben Salmane est « partisan d'un État fort, [et] souhaite privilégier une gestion verticale du pouvoir, plus autoritaire, plus dure, sans concession et sans compromis » pour réformer le royaume[16].

Réformes politiques, sociales et économiques[modifier | modifier le code]

Le plan national Vision 2030[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Vision 2030 (Arabie saoudite).

Touchée par la baisse du prix du pétrole, l'Arabie saoudite doit réduire le budget de fonctionnement de l'État. Dans le cadre du Programme de transformation nationale lancé en janvier 2016, Mohammed ben Salmane dresse la feuille de route de plusieurs réformes économiques et sociales qui doivent aboutir à une évolution profonde de l'économie saoudienne vers une économie diversifiée, plus ouverte, industrialisée et modernisée[17]. Développement durable, e-gouvernement, rôle des femmes dans l’économie saoudienne, l'ensemble des mesures du plan Vision 2030 a été dévoilé le 25 avril 2016[18], accompagné de la première interview télévisée de Mohammed ben Salmane[19].

Réformes budgétaires[modifier | modifier le code]

En raison de la baisse des cours du pétrole en 2015 et de recettes pétrolières revues à la baisse, Mohammed ben Salmane amorce des réformes budgétaires : les subventions sur l'essence, l'eau et l'électricité sont désormais conditionnées aux revenus des ménages saoudiens. Une taxe sur certains produits nocifs pour la santé comme les cigarettes ou les boissons sucrées a également été introduite[20]. En avril 2017, Mohammed ben Salmane rétablit la plupart des bonus et aides aux fonctionnaires[21].

Libéralisation économique[modifier | modifier le code]

Président du Conseil des affaires économiques et du développement depuis le 29 janvier 2014 et président du Conseil suprême de la compagnie Saudi Aramco[22], il est responsable de la politique pétrolière et économique du Royaume.

L’objectif du plan Vision 2030 est de diversifier l’économie du pays en réduisant sa dépendance vis-à-vis du pétrole. Mohammed ben Salmane décrit cette réforme comme « thatchérienne ». Elle repose notamment sur la libéralisation des prix du marché de l’énergie, le développement de secteurs sous-exploités (mines d’uranium, tourisme religieux), ainsi que la mise en œuvre d’une politique de privatisation (santé, éducation, secteurs militaires), l’introduction d’une taxe sur la valeur ajoutée et la réduction des aides sociales[20],[23].

Il impulse également une profonde réforme de l’administration du royaume, en important la méthode de gouvernance anglo-saxonne des Key Performance Indicators (KPI) qui vise à assigner aux hauts fonctionnaires des objectifs précis[2].

Économie et société[modifier | modifier le code]

En janvier 2016, Mohammed ben Salmane annonce qu'un projet de privatisation partielle de Saudi Aramco est à l'étude et qu'une décision sera prise dans les prochains mois[24],[20]. Cette privatisation de 5% du capital de la compagnie pétrolière nationale pourrait donner naissance à la première capitalisation boursière mondiale, estimée à 2 000 milliards de dollars. Elle traduit une volonté nouvelle d'ouverture du capital aux investisseurs étrangers[25],[20]. Le prince héritier a annoncé que le produit de la vente des 5% et des dividendes, qui serviront à alimenter le Fonds public d’investissement d’Arabie Saoudite, seront réinvestis dans d’autres secteurs dans le cadre de la diversification de l’économie[26].

Le , lors d'une conférence intitulée Future Investment Initiative réunie à Riyad, Mohammed ben Salmane dévoile Neom, projet de zone de développement économique et « mégapole high-tech » sur les rives de la mer Rouge (Golfe d'Aqaba, essentiellement dans la province de Tabuk)[27],[28].

En marge de cette conférence, il affirme vouloir mettre fin à l'influence notable que les milieux religieux conservateurs exercent sur la société saoudienne depuis des décennies, en déclarant : « Nous ne ferons que retourner à un islam modéré, tolérant et ouvert sur le monde et toutes les autres religions », tout en ajoutant : « Nous n'allons pas passer 30 ans de plus de notre vie à nous accommoder d'idées extrémistes et nous allons les détruire maintenant »[29]. Il veut notamment favoriser l'accès des femmes au marché de l'emploi[30]. Depuis février 2018, les femmes peuvent créer et gérer leur propre entreprise sans autorisation préalable d’un tuteur masculin[31]. Depuis la même date, des postes militaires sont ouverts aux femmes dans plusieurs régions d’Arabie saoudite[32].

Outre le tourisme religieux qui est un secteur capital de l’économie saoudienne, le royaume tend à s’ouvrir au tourisme non-religieux[33]. Les cinémas ou les randonnées sur les sites naturels et archéologiques du pays se développent[34],[35].

Selon le politologue Stéphane Lacroix, chercheur au Centre de recherches internationales (CERI) : « Avec MBS, les deux dossiers avancent toujours en parallèle. Il veut être à la fois le grand modernisateur autoritaire, qui met à bas le système saoudien traditionnel, et le porte-étendard du volontarisme saoudien face à l’Iran. L’histoire s’accélère. »[36]

Purge « anticorruption »[modifier | modifier le code]

Le 4 novembre 2017, une commission anticorruption est créée par décret royal, avec Mohammed ben Salmane à sa tête. Le soir même, la commission fait arrêter 4 ministres, 11 princes dont le milliardaire Al-Walid ben Talal[37], et des dizaines d'anciens ministres, fait limoger les chefs de la Garde nationale et de la Marine, et fait immobiliser des jets privés à Djeddah afin d'éviter des fuites hors du territoire[38]. Les enquêtes de la commission anticorruption concernent entre autres la gestion des inondations meurtrières ayant dévasté la ville de Jeddah en 2009[39].

Le même jour, l'hôtel Ritz-Carlton de Riyad est réquisitionné par le gouvernement pour servir de prison de luxe aux personnalités arrêtées[40]. Au total, ce sont plus de 300 personnes qui sont logées dans l'hôtel. Entre novembre 2017 et février 2018, un bon nombre d'entre elles sont libérées au terme d'arrangements consistant à rembourser le Trésor saoudien des sommes dont les autorités s'estiment flouées[41]. En février 2018, ce sont encore 56 personnes qui sont détenues dans le grand hôtel, en raison « d'autres dossiers criminels »[42].

Il aurait fait placer sa propre mère Fahda bint Falah ben Sultan Al Hithalayn à résidence car elle désapprouvait sa stratégie de prise de pouvoir[43].

Mécénat : la fondation MiSK[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Fondation MiSK.

Mohammed ben Salmane est le fondateur et le président du comité exécutif de la fondation MiSK créée en 2011, qui a pour mission d'accompagner les jeunes Saoudiennes et Saoudiens au sein du royaume dans les domaines de la technologie, des arts, de la culture, du social ou de l’entrepreneuriat. Cette fondation est l’une des premières associations à but non-lucratif d’Arabie saoudite. La fondation MiSK soutient des initiatives internationales comme le 9e Forum UNESCO des jeunes en 2015[44]. Elle est chargée d’accompagner le gouvernement dans l’atteinte des objectifs fixés par le plan Vision 2030[45].

La fondation MiSK organise entre février et novembre 2018 Qiyadat Misk 2018, un programme centré sur l’accompagnement des femmes et sur leurs responsabilités au niveau administratif et organisationnel dans l'entreprise[46].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Arrestations de princes et ministres, limogeages dans les forces armées... Une purge "sans précédent" en Arabie saoudite », Le Huffington Post,‎ (lire en ligne)
  2. a et b « Le fils du roi Salman, un héritier pressé et ambitieux en Arabie saoudite », sur Le Monde,
  3. « Mohammad ben Salmane, "l’homme fort de l’Arabie saoudite" », sur L'Orient Le Jour,
  4. « Mohammad Ben Salmane. Les secrets d’une ascension fulgurante », sur http://magazine.com.lb
  5. « Le roi Salmane réaffirme l’influence des sept Soudayris, écarte un proche conseiller d'Abdallah », Middle East Eye (en), 24 janvier 2015
  6. http://www.middleeasteye.net/news/mohammed-bin-nayef-kingpin-new-saudi-arabia-country-experts-1500997678
  7. <Le Monde Diplomatique, Enlisement saoudien au Yémen
  8. « Comment l’Arabie saoudite envisage sa coalition contre l’Etat islamique », sur Le Monde,
  9. (en) German spy agency warns of Saudi shift to 'impulsive' policies, reuters.com, 2 décembre 2015
  10. (en) Allison Smale, « Germany Rebukes Its Own Intelligence Agency for Criticizing Saudi Policy », New York Times,‎ (lire en ligne)
  11. « Zarif: L’Iran ne veut pas une escalade de la tension dans son voisinage », sur french.alahednews.com.lb,
  12. « Vaste remaniement en Arabie saoudite confrontée à des défis majeurs », sur L'Obs (consulté le 30 avril 2015)
  13. Le roi d'Arabie saoudite nomme son fils prince héritier, AFP, 21 juin 2017.
  14. Gilles Paris, Arabie saoudite : le roi Salman propulse son fils au rang d’héritier, Le Monde, 21 juin 2017.
  15. Georges Malbrunot, L'ascension fulgurante de Mohammed Ben Salman, nouveau prince héritier d'Arabie saoudite, Le Figaro, 21 juin 2017.
  16. « Après la purge, les nouveaux réseaux du prince héritier Mohammed ben Salmane en Arabie Saoudite », sur www.challenges.fr (consulté le 21 décembre 2017)
  17. (en) John Micklethwait, Glen Carey, Alaa Shahine & Matthieuw Martin, « Saudi Arabia Plans $2 Trillion Megafund for Post-Oil Era: Deputy Crown Prince », Bloomberg,
  18. (en) Sebastian Seibt, « L’Arabie saoudite dévoile son projet d’économie post-pétrole », France 24,
  19. (en) « Full Transcript of Prince Mohammed bin Salman’s Al Arabiya interview », Al Arabiya,‎ (lire en ligne)
  20. a, b, c et d (en) « Interview with Muhammad bin Salman », sur The Economist,
  21. (en) « Saudi Arabia’s young prince U-turns on reform », The Economist,
  22. « Le géant pétrolier saoudien Aramco étudie une entrée en Bourse », sur La Voix du Nord,
  23. (en) Simeon Kerr, « Saudis unveil radical austerity programme », The Financial Times,
  24. « Saudi Aramco: pourrait dépasser la capitalisation d'Apple », sur abcbourse.com,
  25. « L’Arabie saoudite dévoile son projet d’économie post-pétrole », sur France24.com,
  26. Anne Feitz, « Bourse : le pétrolier Saudi Aramco prépare l'opération du siècle », Les Échos,‎ (lire en ligne)
  27. http://www.futura-sciences.com/maison/actualites/batiment-villes-futur-neom-megapole-high-tech-voulue-arabie-saoudite-69011
  28. https://www.challenges.fr/monde/moyen-orient/neom-le-projet-hallucinant-a-500-milliards-du-prince-heritier-d-arabie-saoudite_508726
  29. « Le prince héritier promet une Arabie saoudite "modérée et tolérante" », Paris Match,‎ (lire en ligne)
  30. « Les rêves de grandeur du prince "MBS" pour l'Arabie », Le Figaro, encart « Économie », samedi 18 / dimanche 19 novembre 2017, page 19.
  31. « Arabie saoudite: les femmes peuvent désormais créer leur propre entreprise », L'Express,‎ (lire en ligne)
  32. « Arabie saoudite : les femmes autorisées à entrer dans l'armée », France 24,‎ (lire en ligne)
  33. « L'Arabie saoudite délivrera des visas de tourisme au premier trimestre 2018 », La Croix,‎ (lire en ligne)
  34. Chloé Fournier, « Le cinéma fait son retour en Arabie Saoudite avec "Emoji The Movie" et "Capitaine Superslip" », Les Inrockuptibles,‎ (lire en ligne)
  35. Amuj Chopra, « L'Arabie saoudite veut une place sur la carte du tourisme mondial », Nord Éclair,‎ (lire en ligne)
  36. Benjamin Barthe, Le royaume saoudien se met en ordre de bataille, Le Monde, 6 novembre 2017
  37. « Purge sans précédent en Arabie saoudite: princes, ministres, ex-ministres arrêtés », Libération.fr,‎ (lire en ligne)
  38. « Purge sans précédent en Arabie saoudite: princes, ministres, ex-ministres arrêtés », sur liberation.fr, (consulté le 5 novembre 2017)
  39. « En Arabie saoudite, une purge visant des princes, des ministres et des hommes d’affaires », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  40. « Purges en Arabie Saoudite : l’hôtel Ritz de Riyad transformé en prison de luxe », Courrier international,‎ (lire en ligne)
  41. « Au centre d'une purge royale en Arabie saoudite, le Ritz-Carlton va rouvrir », Challenges,‎ (lire en ligne)
  42. « Purge anticorruption en Arabie saoudite : la plupart des suspects libérés », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  43. Jean-Marc Gonin, « Les défis de Mohammed ben Salman », Le Figaro Magazine, semaine du 6 avril 2018, p. 38.
  44. UNESCO, « Partenaires », UNESCO, 26-28 octobre 2015
  45. (en) « MiSK Foundation showcases Saudi Arabia’s focus on building the capabilities and knowledge of future generations through multi-platform sponsorship of Inside the Middle East on CNN », CNN Press Room,‎ (lire en ligne)
  46. (en) « Misk Foundation launches Qiyadat », sur Misk.org.sa

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]