Mohammed Khadda

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Mohammed Khadda

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Mohammed Khadda

Naissance 14 mars 1930
Mostaganem, Algérie
Décès 4 mai 1991
Alger, Algérie
Activités Peinture, Sculpture
Mouvement artistique Peintres du signe

Œuvres réputées

  • Peinture murale, Ministère de l'Enseignement supérieur, Alger.
  • Monument aux martyrs, M'Sila (9 m × 25 m).

Mohammed Khadda, né 14 mars 1930 à Mostaganem et mort le 4 mai 1991 à Alger, est un peintre algérien. Il est considéré comme l'un des fondateurs de la peinture algérienne contemporaine et l'un des principaux représentants des peintres du signe.

Biographie[modifier | modifier le code]

Bendehiba Khadda, père du peintre, né en 1912 dans la commune de la Mina (Relizane), était arrivé encore jeune à Mostaganem, déjà atteint comme des dizaines de milliers d'Algériens à l'époque, de trachome. Garçon-cocher sur la diligence Mostaganem-Tiaret, poseur de rails, docker, il était, totalement aveugle, devenu garçon d'écurie. Selon lui « Benkhedda », simplifié par l'état civil français dans sa transcription, correspondait au nom de la tribu à laquelle appartenait la famille, de son vrai nom « Ladjel ». Nebia El Ghali, mère du peintre, était née vers 1911 à Zemmora, non loin de Tiaret. Un colon ayant acheté vers 1920 le territoire ancestral, sa famille avait été massacrée par la tribu s'éprouvant spoliée et la tribu avait été ensuite décimée par l'armée. Quand les parents du peintre se marient en 1929, sa mère elle aussi est aveugle[1].

Né, d'après les registres, le 14 mars 1930 Mohammed Khadda est l'aîné de cinq enfants, deux mourant en bas âge. Il entre en 1936 à l'école indigène de Tigditt, quartier arabe de Mostaganem. En 1942, la famille fuyant la famine et partant à pied à Tiaret, il porte alors son frère sur ses épaules. La tante qui l'héberge n'étant pas moins misérable, c'est trois mois plus tard le retour à Mostagnem où il se trouve repris à l'école. En 1943 il reçoit le diplôme qui donne accès au lycée. Il est temps pour son père qu'il trouve un travail mais son instituteur lui obtient un an de répit puis en 1944, Khadda ayant obtenu certificat d'études, le fait embaucher à l'imprimerie de l'« Aîn Sefra ». Il y commence à dessiner et faire des croquis pour les imprimés à réaliser. Le soir il fait de la reliure, lisant les livres qui lui sont confiés, Hafid, Djami, Omar Khayyam, Mohamed Abdou, Taha Hussein, Gide, André Breton, Cocteau[2].

Autour de 1947 Khadda rencontre Abdallah Benanteur, s'inscrit à une école de dessin par correspondance, réalise ses premières aquarelles, puis des pastels et des peintures. Il approfondit son approche de la peinture aux hasards de ses rencontres dans les librairies et aux marchés aux puces. En 1948 il va rendre visite avec Benanteur à un ami hospitalisé au sanatorium de Rivet et découvre le Musée des Beaux-Arts d'Alger où il voit longuement les toiles de Delacroix, Fromentin, Chassériau, Dinet, les sculptures de Rodin et de Bourdelle[3].

Le sentiment national progresse décisivement en cette époque. Khadda découvre ainsi la pensée de Benbadis, adhère un moment à la Jeunesse de l'UDMA de Ferhat Abbas. Il a pour amis l'homme de théâtre Abderrahmane Kaki, Mohammed Tengour, qui milite pour le PPA indépendantiste de Messali Hadj, Mustapha Kaïd, acquis à l'idéal communiste. Il suit les cours d'arabe donnés dans un garage, bientôt fermé par la police, fréquente les ciné-clubs et élargit à travers les films de Cocteau et de Bruñel sa connaissance du surréalisme. Il va fréquemment voir à Oran les expositions de la galerie d'avant-garde « Colline ». Il écrit des poèmes, s'essaie à la sculpture (pierre, plâtre et terre) et peint sur le motif avec Benanteur autour de Mostaganem.

En 1953 Khadda et Benanteur arrivent à Paris où ils visitent longuement musées et galeries. Khadda dessine le soir à l'Académie de la Grande Chaumière de Montparnasse, se lie avec le romancier Kateb Yacine, milite pour l'indépendance de l'Algérie et adhère au Parti communiste. Après avoir participé à plusieurs expositions collectives et salons, notamment celui des réalités nouvelles en 1955, 1957 et 1958, il réalise sa première exposition personnelle en 1961.

Mohammed Khadda rentre en 1963 en Algérie. Il participe à l'exposition des « Peintres algériens » organisée la même année à Alger pour les « Fêtes du 1er novembre »[4] et préfacée par Sénac puis en 1964 à celle qui est présentée à Paris au Musée des arts décoratifs. Membre fondateur en 1964 de l'"Union Nationale des Arts Plastiques" dont il est le secrétaire de 1972 à 1975, il y défend la peinture non figurative violemment dénoncée à cette époque, illustre plusieurs recueils de poèmes (Jean Sénac, Rachid Boudjedra) et crée des décors et costumes pour les Théâtres d'Alger et d'Oran (Abdelkader Alloula).

Signature de Khadda

En 1971 paraissent ses Éléments pour un art nouveau, introduction à l'histoire de l'art en Algérie depuis les fresques du Tassili, l'art berbère de Kabylie et l'art arabe jusqu'aux premiers peintres algériens et le « nouveau souffle » de la génération suivante.

Mohammed Khadda travaille, entre 1973 et 1976, à la réalisation de plusieurs peintures murales collectives, accompagne de ses dessins, dans les années 80, plusieurs recueils poétiques et rassemble en 1983 dans Feuillets épars liés la plupart de ses articles et préfaces.

Il participe en 1986 à l'exposition inaugurale des collections permanentes de l'Institut du monde arabe de Paris.

Khadda préface en 1989 L'Arbitraire, texte (sur la torture) et poèmes de Bachir Hadj Ali, en 1990 un livre sur Mohamed Racim. Il œuvre simultanément à la constitution de sections algériennes de la Ligue des droits de l'homme et d'Amnesty International.

L'œuvre[modifier | modifier le code]

Attentif à l'évolution de l'art européen, enrichi de son dialogue depuis le début du siècle avec les expressions des autres continents, Khadda découvre que de grands peintres occidentaux, au-delà de l'intérêt des cubistes pour l'art africain des masques, s'inspirent d'éléments de la culture arabe : « Que Matisse usait élégamment de l'arabesque, que l'admirable Paul Klee était ébloui par l'Orient, que l'américain Mark Tobey reprenait les signes de l'Extrême-Orient. Que Piet Mondrian refaisait, à son insu, les carrés magiques du Koufi », purs équilibres, illisibles au premier abord, « entre les pleins et les vides, entre le clair et l'obscur ».

Dès 1954 la peinture de Khadda se détache de toute figuration réaliste, ressentie comme étrangère à la sensibilité de l'art maghrébin, « un art non figuratif par excellence », écrit-il encore. Dans les années suivantes son abstraction s'appuie sur les éléments plastiques de la graphie arabe. Ses Alphabets libres feront de lui l'un des fondateurs de ce que l'on nommera après Jean Sénac « l'École du Signe ».

Olivier. Très nombreuses sont les peintures de Khadda qui s'inspireront du graphisme de son tronc et de ses branches

Au début des années 1960 les tracés noueux qui structuraient ses paysages non figuratifs se contractent et se réarticulent, à partir de 1967, autour du thème de l'Olivier qui, déclare-t-il alors, est « à la naissance des signes et de l'écriture » qu'il propose.

Ces signes, par la suite, vont d'une part se différencier en une continuelle expansion et lui permettre d'épeler toujours d'autres chiffres, comme on a dit à son propos, du « grand livre du visible »[5], des failles de la pierre au vol de l'oiseau, des méandres de l'oued à la Calligraphie des algues. Ils vont d'autre part, comme poursuivant plus loin leur cristallisation, se déployer librement dans leur espace propre.

Découverte de l'écriture du monde et exploration du monde de l'écriture demeureront ainsi dans son œuvre indissociablement liées en deux cheminements complémentaires, chacun retentissant à mesure sur l'autre, qui ne cesseront de rapprocher par degrés le peintre, en une quête unique, des sources mêmes du Signe.

Dans les années 1980 Mohammed Khadda ancre davantage son cheminement sur la Lettre. « Je n'ai jamais employé la Lettre pour la Lettre », précise-t-il, « dans mes peintures ou mes gravures, on retrouve un peu la forme des lettres, les formes parce que je me refuse à employer la Lettre arabe telle quelle ».

Ses peintures ne se saisissent jamais, en effet, d'une écriture achevée, « inscrite » déjà, mais donnent à éprouver l'élan d'une écriture originairement « inscrivante ». Explorant librement ses gestes, en amont des conventions qui les codifièrent dans l'avènement des premiers alphabets, Khadda se fait, a-t-on dit, « l'archéologue du possible »[6].

Jugements[modifier | modifier le code]

« Pour avoir su de nouveau faire être le charme de l'élémentaire, il a fallu que Khadda fût un magicien. Il fut, dirais-je, plutôt un géomancien, celui qui lit les signes dans le sable et qui, surtout, commence par les y tracer.(...) Mais ni passé, ni présent, ni avenir : dans les toiles, les dessins de Khadda, se donne à lire ce qui, éternel, confond en lui passé, présent et avenir. »

Mohammed Dib, 1994[7]

Musées[modifier | modifier le code]

  • Musée National des Beaux-Arts d'Alger : Hommage à Maurice Audin, 1960 (195 × 130 cm); Totem (60 × 120 cm): Bivouac, 1961 (89 × 116 cm); Alphabet libre, 1964 (100 × 81 cm); Dahra, 1961 (60 × 120 cm); J'ai pour totem la paix, 1970 (116 × 81 cm); Les Casbahs ne s'assiègent pas, 1960-1982 (122 × 244 cm); Le volontaire (181 × 130 cm); Sans titre (73 × 60 cm); Sans titre (92 × 73 cm); 31 aquarelles; 89 gravures[8].
  • Institut du monde arabe, Paris : Kabylie, 1960 (114 × 162 cm)

Réalisations monumentales[modifier | modifier le code]

Peintures murales[modifier | modifier le code]

  • 1973 : Peinture murale collective, Maamora, Wilaya de Saïda.
  • 1975 : Peinture murale, Village agricole de Guelta Ez-Zerga, Wilaya de Bouira.
  • 1976 : Peinture murale collective pour les travailleurs du Port d'Alger.
  • 1980 : Peinture murale, Ministère de l'Enseignement supérieur, Alger.

Sculptures[modifier | modifier le code]

Le Monument aux martyrs à M'Sila en cours de réalisation
  • 1981 : Monument aux martyrs, M'Sila (9 m × 25 m).
  • 1983 : Projet de sculpture et d'aménagement de l'espace, Centre Riadh El-Feth, Alger.

Tapisseries[modifier | modifier le code]

  • 1983 : Tapisserie pour l'aéroport international King Khaled, Ryadh.
  • 1990 : Haltes à l'orée du Sud, tapisserie pour le décor de Rak khouya ou ana chkoune? (Tu es mon frère et moi qui suis-je?), pièce de Slimane Benaïssa (2 m × 3 m).

Décors et costumes de théâtre[modifier | modifier le code]

  • 1965 : Les chiens de Tom Bulin, adaptation et mise en scène de Hadj Omar, Théâtre National d'Alger.
  • 1966 : Numance de Cervantès, adaptation et mise en scène de Abdelkader Alloula, Théâtre Régional d'Oran (reprise en 1969).
  • 1974 : Bni Kalboun d'Abderrahmane Kaki, Théâtre National d'Alger.
  • 1990 : Rak khouya ou ana chkoune? de Slimane Benaïssa, Salle Ibn Khaldoun, Alger.

Livres illustrés par Khadda[modifier | modifier le code]

  • 1964 : Jean Sénac, La Rose et l'ortie, Cahiers du Monde Intérieur, Paris (7 ardoises, 4 dessins; 2000 exemplaires numérotés).
  • 1965 : Rachid Boudjedra, Pour ne plus rêver, SNED, Alger (6 dessins); réédition, SNED, Alger, 1980.
  • 1979 : Michel-Georges Bernard, D'après les signes, Les plombs gravés de Khadda, Alger (500 exemplaires dont 150 illustrés d'une gravure, épreuve d'état).
  • 1979 : Michel-Georges Bernard, D'après les pierres, L'Orycte, Sigean (6 dessins; 160 exemplaires numérotés).
  • 1980 : Bachir Hadj Ali, Actuelles - partitions pour demain, L'Orycte, Sigean (13 dessins; 160 exemplaires numérotés).
  • 1981 : Habib Tengour, La Nacre à l'âme, L'Orycte, Sigean (4 dessins; 160 exemplaires numérotés).
  • 1982 : Tahar Djaout, L'Oiseau minéral, L'Orycte, Sour El Ghozlane (15 dessins; 160 exemplaires numérotés).
  • 1983 : Sid Ahmed Bouali, La princesse et l 'oiseau, ENAL, Alger (17 illustrations).
  • 1984 : Michel-Georges Bernard, Sous le signe du matin, L'Orycte, Paris (6 dessins; 160 exemplaires numérotés).
  • 1986 : Bachir Hadj Ali, Soleils sonores, Alger (6 dessins, 3000 exemplaires).
  • 1988 : Michel-Georges Bernard, D'après les pierres, Paris (13 aquarelles; exemplaire unique).
  • 1989 : Jean-Claude Villain, Le Schiste des songes, Éditions Telo Martius, Toulon (2 dessins)
  • 1994 : Michel-Georges Bernard, D'après l'instant, L'Orycte, Paris (7 dessins; 160 exemplaires).

Des œuvres de Khadda ont illustré de nombreuses couvertures de livres (notamment de Malek Alloula, Rachid Boudjedra, Mohammed Dib, Benamar Mediene, Tahar Ouettar, Abrous Toudert...) et de revues (notamment Littérature algérienne, « Europe » n° 567-568, Paris, juillet-août 1976; Hommage à Kateb Yacine, « Kalim » n°7, Alger, 1987; Créative Algérie, « Phréatique » n° 51, Paris, 1989; Expressions algériennes, « Impressions du Sud » n°27-28, Aix-en-Provence, 1991...)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Michel-Georges Bernard, Khadda, Alger, ENAG Éditions, 2002, p. 21 et 22
  2. op. cit., p. 22, 23 et 25
  3. op. cit., p. 26
  4. L'exposition réunit des peintures d'Aksouh, Baya, Hacène Benaboura, Benanteur, Bouzid, Guermaz, Issiakhem, Khadda, Azouaou Mammeri, Mesli, Martinez, Mohamed Racim, Bachir Yellès, Zérarti, mais aussi d'Angel Diaz-Ojeda, Jean de Maisonseul, Nallard et René Sintès, ainsi que des dessins d'enfants.
  5. Michel-Georges Bernard, Khadda, le grand livre du visible, Paris, UNESCO, 2003.
  6. Michel-Georges Bernard, Khadda, Alger, ENAG Éditions, 2002, p. 83
  7. Khadda, 1930-1991 (introduction de B. Epin, textes de M.-G. Bernard, M. Dib et P. Siblot, témoignages de P. Balta, D. brahimi, R. Fayolle, M. Gadant, F. Madray-Lesigne, F. Liassine, C. et M. Touili, G. Rodis-Lewis), Château de Saint-Ouen, Forum culturel du Blanc-Mesnil, 1994.
  8. d'après Khadda, Collection du musée national des Beaux-Arts d'Alger, Musée National des Beaux-Arts d'Alger, 1992, 78 p.

Bibliographie sélective[modifier | modifier le code]

Mohammed Khadda en 1980

Document utilisé pour la rédaction de l’article : Source utilisée pour la rédaction de l’article

Écrits de Khadda[modifier | modifier le code]

  • Éléments pour un art nouveau (Un acte de foi, par Anna Gréki; Pour un dialogue, par Mohammed Khadda), Alger, 1966.
  • Éléments pour un art nouveau, Alger, SNED, 1972. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Feuillets épars liés, Alger, SNED, 1983. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Khadda, textes et illustrations de l'artiste, Alger, Éditions Bouchène, 1987. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Écrits sur Khadda[modifier | modifier le code]

Monographies[modifier | modifier le code]

Catalogues[modifier | modifier le code]

Articles[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

  • Les effets du voyage, 25 artistes algériens, (textes de Fatma Zohra Zamoum, Ramon Tio Bellido, Michel-Georges Bernard et Malika Dorbani Bouabdellah), Palais des Congrès et de la Culture, Le Mans, 1995 (ISBN 2950969801). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Peintres du Signe - Mesli, Martinez, Baya, Khadda, Koraïchi, Samta Ben Yahia, Silem, Sergoua, Mohand, Yahiaoui, Tibouchi, (textes de Pierre Gaudibert, Nourredine Saadi, Michel-Georges Bernard et Nicole de Pontcharra), Fête de l’Humanité, La Courneuve, 1998 (exposition itinérante). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Dalila Mahhamed-Orfali, Chefs d'œuvre du Musée national des beaux-arts d'Alger, Alger, 1999 (reproduction : Alphabet libre, n° 74) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Mansour Abrous, Les artistes algériens, Dictionnaire biographique, 1917-1999, Alger, Casbah éditions, 2002.
  • Jean Sénac, Visages d'Algérie, Regards sur l'art, Paris, Paris-Méditerranée et Alger, EDIF 2000, 2002 (ISBN 2-84272-156-X). Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Arte contemporanea del Nord Africa, dans Africa e Mediterraneo, n° 43-44, Bologne, 2003. Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Signes d'Algérie, Les Méditerranées, Arearevue, n° 5, Paris, 2003. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]