Mocímboa da Praia

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Mocímboa da Praia
Mocimboa da Praia 2 (9806596084).jpg
Géographie
Pays
Province
District
Coordonnées
Démographie
Population
30 950 hab. ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Fonctionnement
Statut
Poste administratif du Mozambique (en), municipalité du Mozambique (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Mocímboa da Praia est une ville portuaire du nord du Mozambique, située au bord de l'océan Indien. Elle est le chef-lieu du district de Mocímboa da Praia dans la province de Cabo Delgado et fait office de poste-frontière pour les voyages à destination et en provenance de Tanzanie.

Géographie[modifier | modifier le code]

Mocímboa da Praia est située au bord du canal de Mozambique (océan Indien), à 1 820 km (2 664 km par la route) au nord-est de Maputo. La ville se trouve à l'embouchure du Rio Mazuma et au fond de la baie de Mocímboa da Praia[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

Période coloniale[modifier | modifier le code]

Cimetière portugais

La ville était importante pendant la période coloniale en raison de son port, dédié à l'exportation des ressources naturelles du Mozambique, et de sa proximité avec le Tanganyika au nord.

Mocímboa da Praia se voit officiellement décerner le statut de vila, le [2].

Guerre d'indépendance[modifier | modifier le code]

Des troupes portugaises débarquent à Mocímboa da Praia, le

Pendant la guerre d’indépendance, les Portugais ont installé une base militaire à Mocímboa da Praia pour lutter contre le FRELIMO.

Guerre civile mozambicaine[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre civile, des camps avec des tentes pour les déplacés du sud du pays furent installés dans la ville, relativement épargnée par le conflit. Beaucoup de ces déplacés sont restés vivre à Mocímboa da Praia, même après les accords de paix (en) signés à Rome, le .

Période contemporaine[modifier | modifier le code]

Par la suite, la ville est restée jusqu'à aujourd'hui un fief du Renamo[3].

Des émeutes ont eu lieu à Mocímboa da Praia en 2005[4].

Insurrection islamiste[modifier | modifier le code]

En 2014[5] ou en 2015[6],[7], une organisation extrémiste se faisant appeler alternativement Ansar al-Sunna (« Défenseurs de la Sunna »), Ansar al-Charia[8] (« Défenseurs de la Charia »), les Chebab[note 1] (« les Jeunes »), Ahl al-Sunna (« les Gens de la Sunna »), Ahlu Sunna Wa-Jama[note 2],[9] (« les Gens de la Sunna et du Groupe ») ou Swahili Sunna[10], voit le jour à Mocímboa da Praia. Ses membres fondateurs sont d'anciens adeptes du cheikh kenyan Aboud Rogo (en) qui se sont installés à Kibiti (un village de la province de Pwani, à 3 heures de route au sud-ouest de Dar es Salam), puis à Mocímboa da Praia, après son assassinat en 2012[6],[7].

L'insurrection islamiste de Cabo Delgado débute dans la ville lorsque le , 30 hommes armés (dont près de la moitié finiront par être interpellés) proches des Chebab y attaquent 3 commissariats, tuant 16 personnes dont deux policiers et un chef communautaire[11]. Ils en profitent pour s'approprier des armes à feu et des munitions. Le , la police mozambicaine affirme détenir au total 52 suspects en lien avec cette attaque[12]. Le 4 décembre, les autorités du district de Mocímboa da Praia révèlent les identités de deux hommes, toujours recherchés, suspectés d'être les organisateurs de l'attaque : Nuro Adremane et Jafar Alawi, qui ont tous deux reçu une instruction théologique en Arabie saoudite, au Soudan et en Tanzanie, où ils auraient par ailleurs été formés au maniement des armes[13].

Le , des insurgés islamistes parviennent à s'emparer brièvement de Mocímboa da Praia[14], lors d’une opération militaire amphibie (i.e. coordonnée depuis la terre et la mer). Ils y brûlent les installations gouvernementales (dont les résidences officielles de l’administrateur du district et du maire, la préfecture de police, les casernes et les résidences officielles des forces armées, le petit port, la station-service locale et les succursales des banques suivantes : BCI (pt), Millennium BIM (pt) et ABSA (en)[15]) et lèvent leur drapeau, mais s'abstiennent de viser les civils (2 morts sont cependant à déplorer parmi eux : une femme et un enfant[15]). Au lieu de cela, ils leur distribuent de la nourriture et des biens du butin[16], avant d'être expulsés le lendemain[17]. Le surlendemain, la ville ravagée est visitée par les ministres mozambicains de la Défense et de l'Intérieur, Amade Miquidade et Jaime Neto[15]. Le même jour, Daech revendique la responsabilité de l'assaut (via son agence de presse Amaq)[17], également revendiquée quelque temps auparavant par Ansar al-Sunna[9], qui a prêté allégeance à l'État islamique en juillet 2019 et en favorise l'implantation dans la province d'Afrique centrale[18]. À noter que la date de cette attaque est symbolique : elle intervient un an, jour pour jour, après la perte des derniers territoires syriens de Daech à la suite de la bataille de Baghouz (en).

Le , elle retombe aux mains d'un nombre estimé à un millier d'islamistes après cinq jours de combats dans les localités avoisinantes. L'armée mozambicaine s'est retiré faute de munitions, un patrouilleur de la marine a été touché par un tir de roquette[19]. Total a annoncé maintenir son projet gazier dans la région[20].

Début août 2021, les forces mozambicaines et rwandaises reprennent la ville. Au 8 août, elles annoncent contrôler les principales infrastructures[21] m.

Population[modifier | modifier le code]

Une rue de Mocímboa da Praia, le

En 2010, la population de la ville était estimée à 30 950 habitants. Parmi eux, de nombreux locuteurs du swahili[22].

Évolution démographique
1997 2008 2010
25 50629 76130 950

Les tensions entre les Mwani musulmans et les Makondé chrétiens sont particulièrement fortes à Mocímboa da Praia, qui est divisée[23]. Des émeutes ethniques ont ainsi éclaté en 2005 lorsque la Renamo a rejeté les résultats des élections nationales[23].

Religion[modifier | modifier le code]

La majorité des habitants de Mocímboa da Praia sont musulmans[24].

Économie[modifier | modifier le code]

L'économie de Mocímboa da Praia repose principalement sur la pêche et l'exploitation forestière.

Transport[modifier | modifier le code]

La ville est traversée par la N380, une autoroute internationale qui relie le Mozambique et la Tanzanie. Il s'agit également de la seule route goudronnée entre Pemba et Palma[16].

Mocímboa da Praia dispose d'un aéroport (en) avec une piste de 2000 mètres de longueur et 45 mètres de largeur destinée à accueillir des Boeing 737. Elle fut inaugurée par le ministre des Outre-Mer (en) portugais, le professeur Silva Cunha (pt), le [25].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Aucun lien avec leurs homologues somaliens
  2. Encore une fois, aucun lien avec leurs homologues somaliens

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Sailing Directions (enroute) for East Africa and the South Indian Ocean, United States. Defense Mapping Agency. Hydrographic/Topographic Center, , 360 p. (lire en ligne), chap. 3 (« Mozambique Channel »), p. 77
  2. (pt) « Município de Mocímboa da Praia », Asociação Nacional de Municipios de Mozambique (consulté le )
  3. (en) Paolo Israel, « Kummwangalela Guebuza. The Mozambican General Elections of 2004 in Muidumbe and the Roots of the Loyalty of Makonde People to Frelimo », Lusotopie. Recherches politiques internationales sur les espaces issus de l’histoire et de la colonisation portugaises, no XIII(2),‎ , p. 103–125 (ISSN 1257-0273, lire en ligne, consulté le )
  4. Ana Margarida Sousa Santos, « Histoire du Cabo Delgado : aux origines du conflit », sur Observatoire Pharos, (consulté le )
  5. « Mozambique: qui sont les «shebabs» de Mocimboa da Praia? », sur RFI.fr, (consulté le )
  6. a et b (en) « Mozambique: Islamists funded by illegal trade in timber and rubies – AIM report », sur ClubOfMozambique.com, (consulté le )
  7. a et b (en) « Mozambique Al Shabab behead 10 villagers », sur standardmedia.co.ke, (consulté le )
  8. (en) Joseph Hanlon, « Alleged Islamist base shelled near Mocimboa da Praia », sur ClubOfMozambique.com, (consulté le )
  9. a et b (en) Fibelis Mbah, « 'We are dying': Residents lament attacks in northern Mozambique », sur AlJazeera.com, (consulté le )
  10. (en) Sirwan Kajjo et Salem Solomon, « Is IS Gaining Foothold in Mozambique? », sur VOAnews.com, (consulté le )
  11. (en) Peter Fabricius, « Mozambique’s first Islamist attacks shock the region », ISS Africa, (consulté le )
  12. (en) « Mozambique: Mocimboa DA Praia - 52 People Arrested », sur AllAfrica.com, (consulté le )
  13. (en) « Authorities name 2 Mozambican men suspected leaders of Mocímboa attacks; link them to Tanzania, Sudan, Saudi Arabia », sur ClubOfMozambique.com, (consulté le )
  14. (en) « Mozambique jihadists seize key town in Cabo Delgado », sur BBC.com, (consulté le )
  15. a b et c (en) « Mozambique: Ministers Visit Mocimboa da Praia », sur AllAfrica.com, (consulté le )
  16. a et b (en) Peter Fabricius, « ‘SA private military contractors’ and Mozambican airforce conduct major air attacks on Islamist extremists », sur DailyMaverick.co.za, (consulté le )
  17. a et b (en) Manuel Mucari et Emma Rumney, « Islamic State claims Mozambique attack close to gas projects », sur Reuters.com, (consulté le )
  18. Romain Mielcarek, « Mozambique : la filiale locale de l’EI ravage deux villes du nord », sur https://www.rfi.fr/fr/, (consulté le ).
  19. Laurent Lagneau, « Mozambique : Un groupe armé affilié à l’EI s’empare du port stratégique de Mocimboa da Praia », sur OPEX360, (consulté le ).
  20. « Mozambique : des jihadistes s’emparent d’un port stratégique dans le nord du pays – Jeune Afrique », sur JeuneAfrique.com, (consulté le )
  21. https://www.lemonde.fr/afrique/article/2021/08/09/au-mozambique-l-armee-reprend-mocimboa-da-praia-aux-mains-des-djihadistes-depuis-un-an_6090959_3212.html
  22. Harvey Van Veldhuizen, Ext. 3-3390. 2003. Mozambique - Cabo Delgado Biodiversity and Tourism Project : environmental impact assessment (Vol. 2) : Management plan (2003 - 2006). Cabo Delgado Biodiversity and Tourism Lda.. https://www.miga.org/sites/default/files/archive/Documents/Project_Management_Plan.pdf
  23. a et b Eric Morier-Genoud, « The jihadi insurgency in Mozambique: origins, nature and beginning », Journal of Eastern African Studies, vol. 14, no 3,‎ , p. 396–412 (ISSN 1753-1055, DOI 10.1080/17531055.2020.1789271, lire en ligne, consulté le )
  24. (en) Joseph Hanlon, « Religion is shaping Cabo Delgado civil war », Mozambique News Reports & Clippings, no 484,‎ , p. 1 (lire en ligne)
  25. (en) Translations on Africa, No. 1223, Arlington, Joint Publications Research Service (en), , 44 p. (lire en ligne), p. 29