Mixité (éducation)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Mixité et coéducation.

La mixité ou, dans son sens ancien, la coéducation[1] est l'instruction et l'éducation en commun des garçons et des filles, dans des groupes mixtes.

Un groupe de personnes est dit mixte s'il est composé de personnes des deux sexes. On parle de « classes mixtes » à l'école, ou encore de groupes de jeunes mixtes (par exemple dans le scoutisme) ou encore des groupes sportifs mixtes.

La mixité dans les écoles publiques ou privées s'est généralisée en France dans les années 1960.

La communauté internationale s’unit face à la question de l’accès à l’éducation. Un forum mondial sur l’éducation a eu lieu à Dakar en 2000 pour fixer un objectif commun à atteindre pour 2015. L’objectif est le suivant : « éliminer les disparités entre les sexes dans l’enseignement primaire et secondaire d’ici à 2015 et instaurer l’égalité dans ce domaine en 2015, en veillant notamment à assurer aux filles un accès équitable et sans restriction à une éducation de base de qualité avec les mêmes chances de réussite »[2].    

Mixité dans un lycée au Mali.

Histoire en France[modifier | modifier le code]

Scolarisation des filles[modifier | modifier le code]

L'idée d'éduquer de la même façon les garçons comme les filles procède de l'idée de fournir une même éducation à tous; elle fut formulée pour la première fois par Comenius, pédagogue tchèque du XVIIe siècle. La loi Duruy en France impose notamment l’ouverture en 1867 d'une école de filles dans les communes de plus de cinq cents habitants.

La coéducation fut par contre longtemps combattue par les pédagogues catholiques qui y voyaient une source de désordre sexuel[3]. La loi Guizot en 1833 défendait la co-instruction et le co-enseignement en prévoyant théoriquement la possibilité d’associer garçons et filles dans une même classe pour les plus petites communes mais dans les faits chaque commune devait entretenir au moins une école primaire de garçon mais rien n'était obligatoire pour les filles[4].

Les précurseurs : l'éducation anarchiste[modifier | modifier le code]

Parmi les premiers pédagogues à poser en principe la nécessité de la mixité en éducation, et à la mettre en pratique, figurent plusieurs pédagogues anarchistes.

Paul Robin instaura la « coéducation » des sexes à l'orphelinat de Cempuis, qu'il dirigea à partir de 1880. Il partait du principe d'instituer une éducation morale basée sur le sens des responsabilités, le respect de chacun et la solidarité du groupe, comme dans une vie familiale.

L'expérience de l'orphelinat de Cempuis fut dans un premier temps soutenue administrativement, en particulier par Ferdinand Buisson. Mais elle subit des campagnes virulentes de la presse catholique, qui parlait de « la porcherie de Cempuis » en raison de la mixité[5]. Sébastien Faure s'inspira de l'expérience de Cempuis pour fonder la Ruche à Rambouillet en 1904.

Francisco Ferrer mit en œuvre les mêmes principes en Espagne en 1901 lorsqu'il fonda la première Escuela moderna. Au début, l'école fut financée par un legs d'une mécène. Quelques années plus tard, plus d'une centaine d'écoles de ce type existaient en Espagne, en dépit du fait qu'elles soient payantes et mixtes, et du poids de l'Église catholique dans ce pays[6][réf. incomplète].

La « coéducation  » dans l'éducation nouvelle[modifier | modifier le code]

Une école Montessori en 1915.

L'éducation nouvelle fit de la mixité un de ses chevaux de bataille au début du XXe siècle, on parlait à l'époque de « coéducation », terme américain adopté après que des pédagogues ont commenté l'introduction de la mixité dans les écoles américaines au XIXe siècle[7].

L'école de Bedales fut la première école mixte d'Angleterre ; en Allemagne ce fut l'Odenwaldschule de Paul Geheeb.

Quand Adolphe Ferrière rédigea en 1918 les « 30 points qui font une école nouvelle », la mixité y figurait en bonne place : il y affirme « 5 - La coéducation des sexes a donné des résultats incomparables. »[8].

Généralisation de la mixité dans les années 1960 en France[modifier | modifier le code]

Selon les types d'écoles, les choses sont différentes notamment au cours du XXe siècle. On comprend par exemple que les classes uniques dans des petits villages et dans une France très rurales sont le plus souvent mixtes. Par ailleurs, le second degré de l'enseignement est composé jusqu'en 1959 de collèges et lycées mais surtout plus massivement d'écoles primaires supérieures (devenues collèges modernes en 1941) et de cours complémentaires.

Les collèges, les lycées et les écoles primaires supérieures sont « démixés » comme les cours complémentaires en deux (réforme Berthoin de 1959 qui légalise les lycées mixtes, loi Fouchet-Capelle en 1963 qui s'étend aux collèges) et plus tard quatre ans généralement rattachés à des groupes scolaires soit de garçons, soit de filles. Dans les années 1930, des rapports recensent jusqu'à un tiers de classes mixtes.

Toutefois, la généralisation a bien lieu au cours des années 1970 (loi Haby de 1975 et ses décrets d'application de 1976 qui généralisent la mixité dans tous les degrés de l'enseignement[9]), sauf peut-être pour les cours d'éducation physique où les enseignants continuent à démixer assez systématiquement jusqu'aux années 1990 et dans les lycées professionnels où certaines sections mettent en œuvre de très forts stéréotypes de genre[10].

En mars 1968, la moitié des classes des lycées et collèges sont mixtes[11].

Différents exemples[modifier | modifier le code]

Aux États-Unis, dans les universités[modifier | modifier le code]

En 1892, l'université de Chicago est créée et recrute explicitement un public mixte (bien que d'autres universités principalement situées dans l'ouest de le nord-ouest des États-Unis aient déjà en 1870 été ouvertes aux femmes, sans toutefois avoir une attitude aussi volontariste). En 1870, sur 5 femmes allant à l'université, 2 s'inscrivent dans une université mixte. En 1880, elles sont 3 sur 5. Toutefois, cette mixité provoque un sentiment de rejet au fur et à mesure de l'augmentation des effectifs féminins, et de ressentiment lorsqu'elles trustent les récompenses académiques. Cela conduit des hommes à demander, et quelquefois obtenir des quotas limitant le nombre de femmes, ou le retour à la situation ex ante. C'est le cas de l'université de Rochester, qui s'était ouverte à contre-cœur aux femmes dans les années 1900 sous la pression financière, puis qui redevint réservée aux hommes en 1912, grâce à la création d'un institut séparé réservé aux femmes. L'instauration de quotas (par exemple à Stanford) eut un effet inverse à celui-ci désiré, puisque sous l'effet de la concurrence, seules les femmes les plus brillantes étaient admises : elles trustèrent donc encore plus de prix[12].

L'école au Pakistan[modifier | modifier le code]

Au Pakistan, selon l’UNICEF (Fondation des Nations unies pour l’Enfance), seulement 28% des filles sont scolarisées. Cela explique en partie, le taux d’alphabétisme qui est de 26% pour les filles, tandis que le taux global est de 46%.

L’éducation pour les femmes rencontre plusieurs obstacles qu’ils soient politiques, sociaux ou culturels.

Au niveau politique, des projets d’éducation sont mis en place mais ne sont pas concrétisés du à une instabilité des gouvernements. En 2013, plusieurs écoles de filles furent brûlées par les talibans qui affirment être contre l’éducation mixte et pour une séparation hommes/femmes. À la suite de ces actes, de nombreuses écoles ont fermé, des enseignantes ont été licenciées et beaucoup de parents ne veulent plus que leurs filles aillent à l’école.

Au niveau social, la pauvreté est très présente au Pakistan c’est pourquoi, les parents de milieux ruraux ne peuvent pas payer la scolarité de leurs enfants. Par conséquent, de nombreux jeunes sont obligés de travailler. En effet, selon l’UNICEF, 17% de la population active sont des enfants. On retrouve majoritairement des filles, obligées de travailler, comme domestiques, pour nourrir leur famille.

Au niveau culturel, certains considèrent que leur religion interdit l’éducation des filles. D’autres redoutent que l’éducation ouvre aux jeunes un esprit plus critique leur permettant de se révolter contre les leaders, qui voudraient abuser de leur innocence.

Pour lutter contre ce taux d’alphabétisme élevé, des écoles formelles et non-formelles voient le jour, permettant aux femmes et aux filles d’accéder à l’instruction. Sachant que les écoles formelles ne sont pas nombreuses et réparties équitablement au Pakistan, des écoles non-formelles sont créées par des associations pour remédier au problème. On en compte 1 500 destinées aux femmes et aux filles, sans compter les multiples projets de construction, avec l’aide d’ONG (Organisations Non-Gouvernementales).

De nombreuses jeunes filles font figures de lutte pour l’éducation des filles à l’école. Malala Yousafzai, prix Nobel pour la paix en 2012, est l’emblème majeur de cette lutte. Depuis son adolescence, elle revendique le droit à l’éducation pour les filles, n’hésitant pas à mettre sa vie en danger et à défier les talibans. En juillet 2013, devant l’Assemblée générale de l’ONU (Organisation des Nations Unies), elle a déclaré : « Nos livres et nos stylos sont nos armes les plus puissantes. Un enseignant, un livre, un stylo, peuvent changer le monde. ».

La reconnaissance que lui a amené son combat, a conduit d’autres jeunes filles à soutenir cette lutte, comme Nazia, jeune Pakistanaise. Elle fut mariée de force à l’âge de 5 ans et fut obligée d’abandonner sa scolarité à l’âge de 12 ans par manque de moyens financiers. Après de nombreuses années, elle a décidé de faire valoir son droit à l’éducation. Elle a pour slogan : « Stronger than poverty and fear », qui signifie « Plus fort que la pauvreté et la peur ». Celui-ci est repris par de nombreuses femmes dans la même situation.

Points de débat[modifier | modifier le code]

La mixité des classes est périodiquement remise en question par des livres ou les médias. Lors de ces débats, les arguments suivants sont mis en avant par les partisans et les opposants de la mixité dans l'éducation :[réf. nécessaire]

Mixité et sexisme[modifier | modifier le code]

  • Une école mixte doit proposer des activités pédagogiques complémentaires convenant mieux, traditionnellement, à certaines polarités sans qu'elles soient exclusives, la virilité ou la féminité doivent s'exprimer et se discuter librement, surtout pour leurs excès.
  • Les écoles mixtes ont pour mission de respecter les polarités naturelles, par exemple dans l'orientation du raisonnement, afin qu'elles soient perçues comme complémentaires dès l'enfance. Elles ont aussi comme responsabilité de respecter les genres masculin et féminin dans leur expression, particulièrement physique, ce qui contribue à l'apprentissage du respect des différences plutôt qu'à l'uniformisation.
  • Les enfants qui ont une polarité mal définie, qui se sentent précocement transgenres ou que l’on constate intersexués, ne pourraient pas bénéficier d'une éducation non mixte, car ils ne rentrent dans aucune des catégories habituelles.

Impact sur les apprentissages[modifier | modifier le code]

Beaucoup d'opposants à la mixité pensent qu'une éducation séparée des filles et des garçons favorise leur apprentissage.

De nombreuses études ont fait apparaître des biais comportementaux de la part des enseignants, avec la mise en place de stéréotypes sexués qui les conduisent à consacrer un peu moins de temps aux filles, et à se montrer plus exigeants avec les garçons, notamment dans les matières supposées « masculines » comme les mathématiques. D'autre part, les élèves eux-mêmes mettent en place une forme de contrôle social, qui conduit dans certains cas, comme dans le milieu universitaire aux Etats-Unis, une majorité filles à adopter un profil conforme aux attentes de non-compétition avec les garçons. Toutefois, après retraitement des résultats aux examens, Marie Duru-Bellat, une auteur favorable à la mixité, relève que les différences ne sont pas vraiment significatives. Elle constate le côté délétère de l'applications de stéréotypes, mais rapporte que les tentatives d'éducation non-mixte en Angleterre ont légèrement profité aux filles, mais pas aux garçons[13].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Éditorial du n° 18-2003 de CLIO. Mixité et coéducation par Michelle Zancarini-Fournel et Françoise Thébaud
  2. Dinu Marie-Cristina, « Toutes les filles à l’école ! », Le Journal international,‎
  3. Rebecca Rogers, Marlaine Cacouault, La mixité dans l'éducation : enjeux passés et présents, ENS Éditions, p. 104
  4. Francis Danvers, S'orienter dans la vie : une valeur suprême ? Essai d'anthropologie de la formation, Presses Univ. Septentrion,‎ , p. 363
  5. Ferdinand Buisson et l'innovation pédagogique : l'exemple de l'Orphelinat Prévost de Cempuis par Christiane Demeulenaere-Douyère sur le site des Ressources numériques en histoire de l'éducation
  6. Direction Jean Houssaye, Quinze pédagogues, leur influence aujourd'hui. Bordas pédagogie
  7. La coéducation dans l’Éducation nouvelle Article de Annick Raymond dans CLIO 18/2003
  8. L’éducation nouvelle : utopies d'hier, innovations d'aujourd'hui ? article de Jean Houssaye
  9. Sabine Thorel-Hallez, De la mixité à la coéducation en danse contemporaine au collège: Analyse de l'activité d'enseignant-e-s d'éducation physique et sportive, Editions L'Harmattan,‎ , p. 82
  10. Tréma : Genre, mixité scolaire et éducation physique
  11. Des Garçons et des Filles émission Panorama, ORTF, 15 mars 1968
  12. * Miller-Bernal, L. & Poulson, S. L. (2004). Going co-ed: Women’s experiences in formerly men’s colleges and universities 1950-2000. Nashville, TN: Vanderbilt University Press., p.6 en ligne
  13. Marie Duru-Bellat, « Ce que la mixité fait aux élèves », Revue de l'OFCE, no 114, juillet 2010 lire en ligne, [PDF]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michèle Ferrand, Marlaine Cacouault-Bitaud, Marie-Jeanne Da Col Richert, La mixité dans l'éducation : enjeux passés et présents, CNRS Editions, 2007
  • Rebecca Rogers, La mixité dans l'éducation : enjeux passés et présents, ENS éditions, 2004
  • Christiane Demeulenaere-Douyère, Un précurseur de la mixité : Paul Robin et la coéducation des sexes, dans Coéducation et mixité, CLIO, Histoire, Femmes et Sociétés, 2003, 18, p. 125-132.
  • Nicole Mosconi, La mixité dans l'enseignement secondaire : un faux semblant ?, PUF, 1989
  • Latif, A. (2013). Situation alarmante de l’éducation au Pakistan. Pakistan Press International (UNESCO).
  • Dinu, M.-C. (2014). Toutes les filles à l’école ! Journal International.
  • Bletry, N. (2013). Pakistan : les talibans brûlent les écoles des filles. Ouest France.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]