Mixité (éducation)

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Mixité et coéducation.

La mixité ou, dans son sens ancien, la coéducation[1] est l'instruction et l'éducation en commun des garçons et des filles, dans des groupes mixtes.

Un groupe de personnes est dit mixte s'il est composé de personnes des deux sexes. On parle de « classes mixtes » à l'école, ou encore de groupes de jeunes mixtes (par exemple dans le scoutisme) ou encore des groupes sportifs mixtes.

La mixité dans les écoles publiques ou privées s'est généralisée dans les années 1960.

Mixité dans un lycée au Mali.

Histoire[modifier | modifier le code]

Scolarisation des filles[modifier | modifier le code]

L'idée d'éduquer de la même façon les garçons comme les filles procède de d'idée de fournir une même éducation à tous; elle fut formulée pour la première fois par Comenius, pédagogue tchèque du XVIIe siècle. La loi Duruy en France impose notamment l’ouverture en 1867 d'une école de filles dans les communes de plus de cinq cents habitants.

La coéducation fut par contre longtemps combattue par les pédagogues catholiques qui y voyaient une source de désordre sexuel[2]. La loi Guizot en 1833 défendait la co-instruction et le co-enseignement en prévoyant théoriquement la possibilité d’associer garçons et filles dans une même classe pour les plus petites communes mais dans les faits chaque commune devait entretenir au moins une école primaire de garçon mais rien n'était obligatoire pour les filles[3].

Les précurseurs : l'éducation anarchiste[modifier | modifier le code]

Parmi les premiers pédagogues à poser en principe la nécessité de la mixité en éducation, et à la mettre en pratique, figurent plusieurs pédagogues anarchistes.

Paul Robin instaura la « coéducation » des sexes à l'orphelinat de Cempuis, qu'il dirigea à partir de 1880. Il partait du principe d'instituer une éducation morale basée sur le sens des responsabilités, le respect de chacun et la solidarité du groupe, comme dans une vie familiale.

L'expérience de l'orphelinat de Cempuis fut dans un premier temps soutenue administrativement, en particulier par Ferdinand Buisson. Mais elle subit des campagnes virulentes de la presse catholique, qui parlait de « la porcherie de Cempuis » en raison de la mixité[4]. Sébastien Faure s'inspira de l'expérience de Cempuis pour fonder la Ruche à Rambouillet en 1904.

Francisco Ferrer mit en œuvre les mêmes principes en Espagne en 1901 lorsqu'il fonda la première Escuela moderna. Au début, l'école fut financée par un legs d'une mécène. Quelques années plus tard, plus d'une centaine d'écoles de ce type existaient en Espagne, en dépit du fait qu'elles soient payantes et mixtes, et du poids de l'Église catholique dans ce pays[5][réf. incomplète].

La « coéducation  » dans l'éducation nouvelle[modifier | modifier le code]

Une école Montessori en 1905.

L'éducation nouvelle fit de la mixité un de ses chevaux de bataille au début du XXe siècle, on parlait à l'époque de « coéducation », terme américain adopté après que des pédagogues aient commenté l'introduction de la mixité dans les écoles américaines au XIXe siècle[6].

L'école de Bedales fut la première école mixte d'Angleterre ; en Allemagne ce fut l'Odenwaldschule de Paul Geheeb.

Quand Adolphe Ferrière rédigea en 1918 les « 30 points qui font une école nouvelle », la mixité y figurait en bonne place : il y affirme « 5 - La coéducation des sexes a donné des résultats incomparables. »[7].

Généralisation de la mixité dans les années 1960 en France[modifier | modifier le code]

Selon les types d'écoles, les choses sont différentes notamment au cours du XXe siècle. On comprend par exemple que les classes uniques dans des petits villages et dans une France très rurales sont le plus souvent mixtes. Par ailleurs, le second degré de l'enseignement est composé jusqu'en 1959 de collèges et lycées mais surtout plus massivement d'écoles primaires supérieures (devenues collèges modernes en 1941) et de cours complémentaires.

Les collèges, les lycées et les écoles primaires supérieures sont « démixés » comme les cours complémentaires en deux (réforme Berthoin de 1959 qui légalise les lycées mixtes, loi Fouchet-Capelle en 1963 qui s'étend aux collèges) et plus tard quatre ans généralement rattachés à des groupes scolaires soit de garçons, soit de filles. Dans les années 1930, des rapports recensent jusqu'à un tiers de classes mixtes.

Toutefois, la généralisation a bien lieu au cours des années 1970 (loi Haby de 1975 et ses décrets d'application de 1976 qui généralisent la mixité dans tous les degrés de l'enseignement[8]), sauf peut-être pour les cours d'éducation physique où les enseignants continuent à démixer assez systématiquement jusqu'aux années 1990 et dans les lycées professionnels où certaines sections mettent en œuvre de très forts stéréotypes de genre[9].

En mars 1968, la moitié des classes des lycées et collèges sont mixtes[10].

Points de débat[modifier | modifier le code]

Cette section ne cite pas suffisamment ses sources (novembre 2006). Pour l'améliorer, ajouter en note des références vérifiables ou les modèles {{Référence nécessaire}} ou {{Référence souhaitée}} sur les passages nécessitant une source.

La mixité des classes est périodiquement remise en question par des livres ou les médias. Lors de ces débats, les arguments suivants sont mis en avant par les partisans et les opposants de la mixité dans l'éducation :

Aspect « moral »[modifier | modifier le code]

Mixité et sexisme[modifier | modifier le code]

  • Une école mixte doit proposer des activités pédagogiques complémentaires convenant mieux, traditionnellement, à certaines polarités sans qu'elles soient exclusives, la virilité ou la féminité doivent s'exprimer et se discuter librement, surtout pour leurs excès.
  • Les écoles mixtes ont pour mission de respecter les polarités naturelles, par exemple dans l'orientation du raisonnement, afin qu'elles soient perçues comme complémentaires dès l'enfance. Elles ont aussi comme responsabilité de respecter les genres masculin et féminin dans leur expression, particulièrement physique, ce qui contribue à l'apprentissage du respect des différences plutôt qu'à l'uniformisation.
  • Les enfants qui ont une polarité mal définie, qui se sentent précocement transgenres ou que l’on constate intersexués, ne pourraient pas bénéficier d'une éducation non mixte, car ils ne rentrent dans aucune des catégories habituelles.

Impact sur les apprentissages[modifier | modifier le code]

  • Beaucoup d'opposants à la mixité croient qu'une éducation séparée des filles et des garçons favorise leur apprentissage.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Éditorial du n° 18-2003 de CLIO. Mixité et coéducation par Michelle Zancarini-Fournel et Françoise Thébaud
  2. Rebecca Rogers, Marlaine Cacouault, La mixité dans l'éducation : enjeux passés et présents, ENS Éditions, p. 104
  3. Francis Danvers, S'orienter dans la vie : une valeur suprême ? Essai d'anthropologie de la formation, Presses Univ. Septentrion,‎ 2009, p. 363
  4. Ferdinand Buisson et l'innovation pédagogique : l'exemple de l'Orphelinat Prévost de Cempuis par Christiane Demeulenaere-Douyère sur le site de l'INRP
  5. Direction Jean Houssaye, Quinze pédagogues, leur influence aujourd'hui. Bordas pédagogie
  6. La coéducation dans l’Éducation nouvelle Article de Annick Raymond dans CLIO 18/2003
  7. L’éducation nouvelle : utopies d'hier, innovations d'aujourd'hui ? article de Jean Houssaye
  8. Sabine Thorel-Hallez, De la mixité à la coéducation en danse contemporaine au collège: Analyse de l'activité d'enseignant-e-s d'éducation physique et sportive, Editions L'Harmattan,‎ 2011, p. 82
  9. Tréma : Genre, mixité scolaire et éducation physique
  10. Des Garçons et des Filles émission Panorama, ORTF, 15 mars 1968

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michèle Ferrand, Marlaine Cacouault-Bitaud, Marie-Jeanne Da Col Richert, La mixité dans l'éducation : enjeux passés et présents, CNRS Editions, 2007
  • Rebecca Rogers, La mixité dans l'éducation : enjeux passés et présents, ENS éditions, 2004
  • Christiane Demeulenaere-Douyère, Un précurseur de la mixité : Paul Robin et la coéducation des sexes, dans Coéducation et mixité, CLIO, Histoire, Femmes et Sociétés, 2003, 18, p. 125-132.
  • Nicole Mosconi, La mixité dans l'enseignement secondaire : un faux semblant ?, PUF, 1989

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]