Mission d'information parlementaire sur le Rwanda

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La Mission d'information parlementaire sur le Rwanda est une mission d'information de l'Assemblée nationale française, décidée au début de l'année 1998 à la suite d'une campagne de presse déclenchée par des articles du journaliste Patrick de Saint-Exupéry dans Le Figaro. À l'époque, le Sénat de Belgique venait de faire une démarche analogue en 1997. Présidée par Paul Quilès, elle publia en décembre 1998 un volumineux rapport rassemblant analyses du rôle de la France au Rwanda et recommandations de changements à opérer dans les institutions au vu des "erreurs d'appréciation" et des "dysfonctionnements institutionnels" constatés.

Présentation[modifier | modifier le code]

En 1998 les députés ont examiné la politique de la France au Rwanda entre 1990 et 1994. Pour la première fois dans l'histoire de la Cinquième République, le parlement a examiné des événements relevant du domaine réservé du Président de la République. Cette mission a rassemblé des députés de la Commission des Affaires étrangères et de la Commission de la Défense nationale et des Forces armées.

Paul Quilès présida cette mission d'information, dont les députés Pierre Brana et Bernard Cazeneuve furent les rapporteurs. Les auditions publiques des témoins, journalistes, experts, militaires, responsables politiques se déroulèrent du au . D'autres ont lieu à huis clos, principalement des auditions de militaires.[réf. nécessaire]

Les rapporteurs se rendirent deux jours au Rwanda pour visiter le mémorial de Murambi et rencontrer des responsables rwandais et des associations de rescapés[réf. nécessaire].

Cette mission présenta un rapport le 15 décembre 1998 intitulé « Rapport de mission d'information de la commission de la défense nationale et des forces armées et de la commission des affaires étrangères sur les opérations militaires menées par la France, d'autres pays et l'ONU au Rwanda entre 1990 et 1994 ».

Paul Quilès déclarera notamment devant la presse :

  • « Au moment où le génocide se produit, la France n'est nullement impliquée dans ce déchaînement de violences. »
  • « Nous n'avons pas su tenir compte des spécificités d'un pays que nous connaissions mal. Nous sommes intervenus dans un pays que nous croyions connaître, mais qui en réalité nous était beaucoup plus étranger que nous le soupçonnions. »

En désaccord avec les conclusions du rapport, Jean-Claude Lefort, vice-président de la Mission, refuse d'en signer les conclusions[1],[2].

Critiques[modifier | modifier le code]

Sur plusieurs points sensibles de l'implication française, la formation des miliciens Interahamwe, Bisesero, les livraisons d'armes pendant le génocide, on reproche à la mission de ne retenir que la version officielle des militaires, plutôt que celles des journalistes présents sur place ou des témoins rwandais[3]. Les défenseurs de la politique française répondent que les journalistes présents n'auraient, à l'époque, rien trouvé à redire, ce qui est démenti par une recherche dans les articles de journaux [4],[5].

Des ONG, des associations, des personnalités diverses regrettent, à travers un collectif « Vérité sur le Rwanda », constitué en 1998, que 40 % des auditions se soient déroulées à huis clos et que le principe d'une commission d'enquête parlementaire (dotée de réels pouvoirs d'investigations) n'ait pas été retenu[6]. Jean-Claude Lefort affirme même que la mission d'information parlementaire a été ouverte pour étouffer sa propre proposition d'une commission d'enquête parlementaire[7].Ces revendications de recherche de la vérité sur le Rwanda déboucheront en 2004 sur l'initiative d'une Commission d'enquête citoyenne sur l'implication de la France au Rwanda qui fera entendre des témoins rwandais.

Composition de la Mission[modifier | modifier le code]

(1) membre de la Commission de la Défense nationale et des Forces armées
(2) membre de la Commission des Affaires étrangères

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Assemblée nationale Enquête sur la tragédie rwandaise (1990-1994) 3 Tomes - Rapport No 1271
  • Rapport de la commission d'enquête citoyenne « L'horreur qui nous prend au visage » L'État français et le génocide au Rwanda coordonné par Laure Coret et François-Xavier Verschave Éditions KARTHALA 2004
  • COLLECTIF Revue Cités no 57 Dossier Génocide des Tutsi du Rwanda, un négationnisme français ?, PUF mars 2014 - Éditorial : Yves Charles Zarka - Charlotte Lacoste, Présentation - Emmanuel Cattier, Les révélations circonscrites d’un rapport parlementaire - Jean-François Dupaquier, Propagande noire et désinformation au cœur de l’engagement militaire français - Jacques Morel, L’inversion des rôles des tueurs et des victimes - Mehdi Ba, L’attentat du 6 avril 1994. Confusion, inversion, négation - Géraud de La Pradelle et Rafaëlle Maison, L’ordonnance du juge Bruguière comme objet négationniste - Raphaël Doridant et Charlotte Lacoste, Peut-on parler d’un négationnisme d’État ? Point de vue Patrick de Saint-Exupéry, Déchirer le voile
  • Bibliographie rubrique La France au Rwanda sur le site de la commission d'enquête citoyenne

Notes[modifier | modifier le code]

  1. « Rencontre avec Jean Claude Lefort, président d’honneur d’Appui Rwanda », dans la lettre d'information de l'association Appui Rwanda, janvier 2007.
  2. Biographie de Jean-Claude Lefort
  3. La liste des personnes auditionnées par la mission d'information ne contient que deux Rwandais, dont un seul était présent au Rwanda pendant le génocide, monsieur Faustin Twagiramungu, l'autre étant José Kagabo, alors maître de conférence à l'EHESS
  4. Patrick de Saint-Exupéry parle de l'implication française au Rwanda en des termes sans équivoque, puisque selon lui Habyarimana pouvait « compter sur le soutien de l'important lobby militaro-africaniste français » dans le Figaro du 3 juin 1994 sous le titre « Paris-Kigali : le virage de 1993 »
  5. Patrick de Saint-Exupéry rendit compte dans le Figaro des premier événements de Bisesero du 27 juin 1994 dans l'article intitulé « Les assassins racontent leurs massacres », Le Figaro, mercredi 29 juin 1994, p. 3
  6. Jean Chatain, « Et après les travaux de la mission d'information ? », L'Humanité, 30 janvier 1999
  7. Débat Laure de Vulpian, Thierry Prungnaud, José Kagabo et Jean-Claude Lefort, restransmis dans l'émission 'les oreilles loin du front' du 30 janvier 2013 [1]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]