Misophonie

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La misophonie, littéralement « haine du son », est un trouble neuropsychiatrique rarement diagnostiqué mais commun[1] caractérisé par des expériences négatives (colère, haine ou dégoût) déclenchées par des sons spécifiques[2]. L'intensité des sons peut être élevée ou faible[3]. Les termes misophonie, Selective Sound Sensitivity Syndrome ( abrégé 4S ou SSSS)[4] et Soft Sound Sensitivity Syndrome[5] réfèrent au même trouble. Marsha Johnson a identifié ce trouble en 1997 et l'a appelé Selective Sound Sensitivity Syndrome [5] ; tandis que Pawel Jastreboff et Margaret Jastreboff de l'université Emery d'Atlanta[6] ont pour la première fois utilisé le terme misophonie en 2000[7]. Ils découvrent chez certains individus ne semblant pas souffrir de phonophobie, d'hyperacousie ou d'acouphène, de fortes réactions négatives à l'exposition de sons spécifiques. Le son est associé à quelque chose de désagréable et s'ensuivent des réactions négatives lorsque le son se reproduit[8],[9]. Pawel Jastreboff prétend qu'il s'agit d'une mauvaise connexion entre différentes composantes du système nerveux[6].

La maladie n'est pas classée comme un trouble discret dans le DSM-5 ou la CIM-10 ; cependant, une étude menée en 2013 par trois psychiatres de l'Academic Medical Center d'Amsterdam sur 42 patients misophones suggère sa classification en tant que trouble psychiatrique à part[10]. En 2013, des études neurologiques et des examens cérébraux par IRMf associés au trouble[11] supposent qu'une évaluation anormale ou dysfonctionnelle des signaux neuronaux se produit dans le cortex cingulaire antérieur et le cortex insulaire. Ces cortex sont également impliqués dans le syndrome de Gilles de la Tourette, et influencent la colère, la douleur et l'information sensorielle. D'autres chercheurs admettent que cette anomalie se situe dans le système nerveux central[12]. Il est suggéré que la localisation anatomique peut être plus centrale que celle impliquée dans l'hyperacousie[13].

Une fois engagée dans le trouble de misophonie, un cercle vicieux s'enclenche et la personne devient plus attentive et par le fait même plus affectée. La misophonie apparaît à un très jeune âge, durant l'enfance, ou pendant l'adolescence, et s'aggrave avec l'âge[réf. nécessaire].

Symptômes[modifier | modifier le code]

Les individus atteints de misophonie sont le plus souvent agacés, voir enragés par des sons spécifiques, des bruits dits « normaux » mais ne sont pas agacés par les bruits qu'ils produisent eux-mêmes. Les sons spécifiques provoquent des émotions négatives (colère, haine, dégoût) et de fortes pensées négatives visant à faire arrêter la source du son. Les sons problématiques sont souvent des bruits considérés comme « normaux » et « quotidiens », et sont en général de faible intensité. Ces quelques exemples de sons spécifiques incluent : l'aspiration de liquides (slurp), raclement de gorge, se couper les ongles, se brosser les dents, mâcher de la glace pilée, manger, boire, respirer, renifler, parler, éternuer, bâiller, marcher, mâcher un chewing-gum, rire, ronfler, taper sur un clavier d'ordinateur, tousser, fredonner, siffler, chanter, dire certaines consonnes ; ou des sons répétitifs[14] ; mais aussi le clic de la souris d'ordinateur, le tic tac de l'horloge.

Les misophones peuvent ressentir des symptômes physiques comme la transpiration, la tension musculaire, et même un rythme cardiaque accéléré. Certains sont également affectés par des stimuli visuels, tels que des mouvements répétitifs des pieds ou du corps, des gigotements, ou le mouvement qu'ils observent du coin de l'œil ; cela est appelé misokinesia, signifiant la haine du mouvement[10]. Une intense anxiété et un comportement d'évitement peuvent se développer, ce qui peut conduire à une diminution de la socialisation. Certains individus sentent la compulsion d'imiter ce qu'ils entendent ou voient comme une stratégie d'adaptation[15]. Le mimétisme est un phénomène automatique, non-conscient, et social. Il a un aspect palliatif permettant au misophone de se sentir mieux. L'acte de mimétisme peut susciter la compassion et l'empathie, qui améliore et diminue l'hostilité, de la concurrence, et de l'opposition. Il existe aussi une base biologique sur la façon dont le mimétisme réduit la souffrance d'un déclencheur[11].

Souvent, les sons produits par l'entourage proche, comme la famille, provoquent des réactions plus fortes que si le même son était produit par un inconnu. Les réactions sont involontaires ; le stress et la fatigue peuvent exacerber leur irritation.

Prévalence et comorbidité[modifier | modifier le code]

La prévalence de la misophonie est inconnue, mais des groupes d'individus identifiés avec la condition suggèrent qu'il est plus commun que ce qui était précédemment reconnu[15]. Parmi les patients souffrant d'acouphènes, à des niveaux cliniquement significatifs, entre 4 et 5 % de la population générale[16], certaines études rapportent une prévalence plus élevée de 60 %[15], par rapport à une étude menée en 2010 la mesurant à 10 %[17]. Une étude menée en 2014 à l'Université de Floride du Sud constate que 20 % d'un groupe de 500 participants souffrent de symptômes ressemblant à la misophonie. Les participants sont des étudiants de premier cycle en psychologie et en majorité des femmes[18].

Une étude néerlandaise publiée en 2013[10] sur un échantillon de 42 patients atteints de misophonie constate une faible mesure de troubles psychiatriques, à l'exception de la névrose obsessionnelle (52,4 %).

Il a été suggéré un lien entre la misophonie et la synesthésie, une affection neurologique dans laquelle la stimulation d'une voie sensorielle ou cognitive conduit à des expériences automatiques et involontaires dans une seconde voie sensorielle ou cognitive[19]. Le problème de base pourrait être une déformation pathologique de connexions entre les différentes structures limbiques et le cortex auditif, provoquant une synesthésie son-émotion[20]. Certains individus souffrent à la fois de misophonie et de synesthésie. De nombreuses personnes atteintes de synesthésie en dénombre plusieurs formes ; il existe plus de 60 types de synesthésie rapportés[21].

Traitements[modifier | modifier le code]

Aucun traitement ne semble efficace, seul le Dr Jastreboff propose une solution qui aurait 90 % de chances de réussite : le traitement consiste à écouter les sons qui dérangent en les associant à un autre son, comme de la musique, et ce pendant environ neuf mois afin d'obtenir des résultats[6]. Les alternatives pour diminuer les réactions en présence des sons problématiques sont d'utiliser des protections auditives ou d'écouter de la musique ou d'autres sons avec un baladeur.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Wu MS, Lewin AB, Murphy TK. & Storch EA. « Misophonia: Incidence, phenomenology, and clinical correlates in an undergraduate student sample » Journal of Clinical Psychology 2014;70(10):994–1007. PMID 24752915 DOI:10.1002/jclp.22098
  2. (en) M. Edelstein, D. Brang, V. S. Ramachandran, « Sensory modulation in misophonia » [PDF], Program No. 367.07. 2012 Neuroscience Meeting Planner, New Orleans, LA: Society for Neuroscience,‎ (consulté le 27 janvier 2013), p. 1042
  3. (en) Jonathan Hazell, « Decreased Sound Tolerance: Hypersensitivity of Hearing », Tinnitus and Hyperacusis Centre, London UK (consulté le 5 février 2012)
  4. (en) M. Neal et A. E. Cavanna, « P3 Selective sound sensitivity syndrome (misophonia) and Tourette syndrome », Journal of Neurology, Neurosurgery & Psychiatry, vol. 83, no 10,‎ , e1 (DOI 10.1136/jnnp-2012-303538.20).
  5. a et b (en) Rosemary E. Bernstein, Karyn L. Angell and Crystal M. Dehle, « A brief course of cognitive behavioural therapy for the treatment of misophonia: a case example », The Cognitive Behaviour Therapist, no volume 6,‎ (ISSN 1754-470X, lire en ligne)
  6. a, b et c (en) Pawel J. Jastreboff et Margaret M. Jastreboff, « Tinnitus retraining therapy for patients with tinnitus and decreased sound tolerance » Otolaryngol Clin North Am. 2003;36(2):321-36. PMID 12856300
  7. (en) Pawel J. Jastreboff, Margaret M. Jastreboff, « Tinnitis retraining therapy for patients with tinnitus and decreased sound tolerance », Otolaryngologic Clinics of North America, vol. 36, no 2,‎ , p. 321-336 (PMID 12856300, DOI 10.1016/s0030-6665(02)00172-x).
  8. Amy Fuller, « Misophonie : lorsque certains bruits deviennent intolérables », sur www.cyberpresse.ca La Presse Canadienne, Toronto,‎ (consulté le 6 août 2009).
  9. (en) Collectif, « Selective sound intolerance and emotional distress: what every clinician should hear » (Description clinique de deux cas), Psychosomatic Medicine 2008;70:739-740.
  10. a, b et c (en) A. Schröder, N. Vulink et D. Denys, « Misophonia: Diagnostic Criteria for a New Psychiatric Disorder », PLoS ONE, vol. 8,‎ , e54706 (DOI 10.1371/journal.pone.0054706, lire en ligne).
  11. a et b (en) Judith T. Krauthamer, Sound-Rage. A Primer of the Neurobiology and Psychology of a Little Known Anger Disorder, Chalcedony Press, 210 pgs,‎ .
  12. (en) Aage R. Møller, Hearing, Second Edition: Anatomy, Physiology, and Disorders of the Auditory System, Academic Press,‎ (ISBN 978-0-12-372519-6).
  13. (en) Aage R. Møller, Textbook of Tinnitis, part 1,‎ , 25-27 p. (DOI 10.1007/978-1-60761-145-5_4, lire en ligne).
  14. (en) Joyce Cohen, « When a Chomp or a Slurp is a Trigger for Outrage », The New York Times,‎ (lire en ligne).
  15. a, b et c (en) George Hadjipavlou, MD, MA, Susan Baer, MD, PhD, Amanda Lau and Andrew Howard, MD, « Selective Sound Intolerance and Emotional Distress: What Every Clinician Should Hear », Psychosomatic Medicine, American Psychosomatic Society, vol. 70, no 6,‎ , p. 739/40 (DOI 10.1097/psy.0b013e318180edc2, lire en ligne).
  16. (en) Jastreboff, P., Jastreboff, M., « Components of decreased sound tolerance : hyperacusis, misophonia, phonophobia » [PDF],‎
  17. (en) « DPOAE in estimation of the function of the cochlea in tinnitus patients with normal hearing. », Auris Nasus Larynx, vol. 37, no 1,‎ , p. 55-60 (PMID 19560298, DOI 10.1016/j.anl.2009.05.001).
  18. (en) Wu, M. S., Lewin, A. B., Murphy, T. K. & Storch, E. A. (2014), Misophonia: Incidence, phenomenology, and clinical correlates in an undergraduate student ample. Journal of Clinical Psychology. Vol. 00(00), 1–14. doi: 10.1002/jclp.22098
  19. (en) Cytowic, Richard E. (2002). Synesthesia: A Union of the Senses (seconde édition). Cambridge, Massachusetts : MIT Press. ISBN 0-262-03296-1. OCLC 49395033.
  20. (en) EDELSTEIN, M., D. BRANG, and V. S. RAMACHANDRAN. "Sensory Modulation in Misophonia." Poster. Neuroscience 2012 Conference of the Society for Neuroscience. New Orleans, LA. 15 octobre 2012. Sensory Modulation in Misophonia: A Preliminary Examination via Galvanic Skin Response. UCLA. Web. 4 juillet 2013.
  21. (en) Day, Sean, « Types of synesthesia »,‎ (consulté le 18 février 2009).

Liens externes[modifier | modifier le code]