Misia Sert

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Misia Sert
Lautrec Misia Natanson.jpg

Misia au piano, par Toulouse-Lautrec.

Naissance
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Misia Sert, née Marie Sophie Olga Zénaïde Godebska le à Saint-Pétersbourg et morte à Paris le (à 78 ans), est une pianiste, égérie de nombreux peintres, poètes, et musiciens du début du XXe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

Un environnement artistique[modifier | modifier le code]

Marie Godebska est la fille du sculpteur polonais Cyprian Godebski et de Sophie Servais, elle-même fille du violoncelliste belge Adrien-François Servais.

D'après Gold et Fizdale[1], elle est élevée jusqu'à l'âge de dix ans en Belgique par sa grand-mère qui compte notamment Franz Liszt au sein de son entourage.

En 1882, elle est confiée au couvent des Sœurs du Sacré-Cœur de Jésus, l'ancien hôtel Biron, à Paris (actuel musée Rodin).

« À vingt ans, je la voyais chez son père, le sculpteur Godebski, une belle panthère, impérieuse, sanguinaire et futile[2]. »

Selon ses mémoires — à prendre avec prudence selon Paul Morand —, elle aurait fait une fugue à Londres que Gold et Fizdale situent en 1890. De retour à Paris, Gabriel Fauré lui aurait procuré des élèves de piano qui lui permettaient de vivre son indépendance. Son premier concert en public a lieu au Théâtre d'Application en 1892.

Un an plus tard, en 1893, elle épouse Thadée Natanson, un lointain cousin, qu'elle connaît depuis l'adolescence. Il avait fondé avec son frère Alexandre le mensuel La Revue blanche en 1889. Le couple s'installe rue Saint-Florentin à Paris.

La « Reine de Paris »[modifier | modifier le code]

Misia Sert.

Elle commence à se faire connaître dans le milieu artistique parisien par ses talents de pianiste, sa beauté et son charisme. Elle fréquente Mallarmé et Proust, puis Satie, Colette et Coco Chanel, se lie avec Picasso, Cocteau et Serge Lifar. On l'appelle simplement « Misia ». Les journalistes la surnomment la « Reine de Paris ».

Gracieuse et séduisante, elle devient le modèle des plus grands peintres de l'époque : Toulouse-Lautrec, Bonnard, Odilon Redon, Vuillard et, surtout, Renoir qui la représentera plusieurs fois, notamment dans un célèbre portrait daté de 1904 (Portrait de Mme Natanson[3], National Gallery, Londres).

En 1905, après un divorce douloureux, elle épouse Alfred Edwards, fondateur du Matin et richissime homme d'affaires. Maurice Ravel, qui les accompagne en croisière à bord de L'Aimée, leur yacht luxueux, dédie à Misia Le Cygne (pièce des Histoires naturelles) et surtout, plus tard, La Valse. Misia présente le musicien à Serge de Diaghilev, qui lui commande alors le ballet Daphnis et Chloé.

En 1920, elle réunit dans son appartement Diaghilev, Stravinski et Poulenc pour écouter Ravel interpréter la première version de La Valse. Diaghilev critique le morceau, estimant qu'il ne convient pas à un ballet ; Stravinski reste silencieux. D'après le témoignage de Poulenc, Ravel prend sa partition et quitte la pièce. Ravel ne collaborera plus jamais ni avec Stravinski ni avec Diaghilev.

Selon une hypothèse récente, Ravel aurait transcrit les noms « Misia » « Godebska » en deux groupes de notes musicales qu'il aurait utilisés constamment dans sa musique[4].

Misia se marie une troisième et dernière fois, le 2 août 1920, avec le peintre mondain José Maria Sert, dont elle était la maîtresse depuis 1908, et qui lui laissera son nom pour la postérité.

Portrait par Paul Morand[modifier | modifier le code]

« Misia, non pas telle que ses faibles Mémoires la recomposent, mais telle qu'elle exista : effervescente de joie ou de fureur, originale et emprunteuse, récolteuse de génies, tous amoureux d'elle : Vuillard, Bonnard, Renoir, Stravinsky, Picasso… collectionneuse de cœurs et d'arbres Ming en quartz rose ; lançant ses lubies, devenues des modes aussitôt exploitées […] Misia, reine du baroque moderne, ayant organisé sa vie dans le bizarre, dans la nacre, dans le burgau ; Misia boudeuse, artificieuse, géniale dans la perfidie, raffinée dans la cruauté […]. Elle excitait le génie comme certains rois savent fabriquer des vainqueurs, rien que par la vibration de son être […] Forte comme la vie chevillée en elle, avare, généreuse, enjôleuse, brigande, subtile, commerçante, plus Mme Verdurin que la vraie, prisant et méprisant hommes et femmes, du premier coup d'œil […] Misia aussi capitonnée qu'un sopha, mais si vous aspiriez au repos, un sopha qui risquait de vous envoyer au diable […] avec elle, il fallait faire vite. »

— Paul Morand, Venises[5]

Exposition[modifier | modifier le code]

Théâtre[modifier | modifier le code]

Autour du personnage de Misia, une pièce de théâtre, intitulée La Vénus au phacochère, écrite par Christian Siméon et interprétée notamment par Alexandra Lamy a été créée à Paris au Théâtre de l'Atelier en janvier 2013.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Misia par Misia, Gallimard, 1952
  • Arthur Gold et Robert Fizdale, Misia, Gallimard, 1981 D'après Malou Haine[7], il faut considérer l'autobiographie comme un texte romancé plus que comme un essai autobiographique. Comme la biographie de Gold et Fizdale ne cite que rarement ses sources et reprend souvent les mémoires de Misia, en les enjolivant même parfois, on doit donc avouer pour l'instant mal connaître cette muse pourtant si importante pour la vie artistique parisienne de la Belle Époque. On trouve toutefois des informations précises et intéressantes reposant entre autres sur des témoignages de contemporains, dans l'ouvrage bien documenté d'Edmonde Charles-Roux L'Irrégulière, l'itinéraire de Coco Chanel, 1974.
  • Alex-Ceslas Rzewuski, La Double tragédie de Misia Sert, éditions du Cerf, 2006
  • Paul-Henri Bourrelier, La Revue blanche, Fayard, 2007
  • David Lamaze, Le Cœur de l'horloge, une dédicace cachée dans la musique de Ravel[8], thebookedition.com, 2008
  • Cécile Barraud, La Revue Blanche. Une anthologie (avant-propos Éric Marty), Manucius, 2010
  • Maryse Wolinski, La Sibylline, roman, Seuil, 2010
  • David Lamaze, « Misia un point commun… », thèse de doctorat, GRHIS de Rouen, dir. Pierre-Albert Castanet, 2011
  • Isabelle Cahn, Guy Cogeval, Marie Robert, Misia, reine de Paris, Paris, Gallimard/Musée d'Orsay, 2012 Catalogue de l'exposition du musée d'Orsay.
  • David Lamaze, Missia (I) Ophélie[9], roman, thebookedition, 2013 Premier tome d'une biographie romancée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Arthur Gold et Robert Fizdale, Misia, Gallimard, 1981.
  2. Eugène Morand, cité par son fils Paul dans Venises, Gallimard, 1971, p. 113.
  3. Portrait de Misia par Renoir (1904), National Gallery, Londres.
  4. David Lamaze, professeur d'écriture musicale au conservatoire de Rennes, soutient cette thèse dans Le Cœur de l'horloge (voir sur thebookedition.com, 2008), se basant sur l'analyse de l'œuvre entier ainsi que sur de nombreuses données biographiques.
  5. Gallimard, 1971, pp. 113 et 114.
  6. Guy Duplat, dans La Libre Belgique du 25/7/2012, p. 40-42, « Misia, reine de Paris, muse des plus grands », sur La Libre Belgique,‎ (consulté le 25 juillet 2012)
  7. Revue belge de musicologie, LX, 2006.
  8. Voir sur le-cygne-de-ravel.com.
  9. Voir sur thebookedition.com.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]