Mine des Télots

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Mine des Télots
XXe - Mine des Télots - 02.jpg
Au premier plan, une cité ouvrière. Derrière, l'usine de distillation, la raffinerie et les deux terrils coniques.
Ressources
Exploitant
Société des Schistes Bitumineux d’Autun
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La mine des Télots exploitait du schiste bitumineux d'âge autunien à Saint-Forgeot à la limite de la ville d'Autun en Saône-et-Loire dans l'Est de la France.

L'extraction du schiste dans le secteur commence en 1824 à Igornay. De l'huile de schiste est produite dès 1837 pour l'éclairage public et les installations sont améliorées en permanence pour diversifier la production. La concession des Télots est accordée en 1865. La raffinerie complète l'usine de distillation du pétrole en 1936 et emploie plusieurs centaines d'ouvriers qui produisent du carburant pour automobile. Sous l'Occupation, ce site est stratégique pour l'armée allemande qui le surveille et des actes de sabotages mineurs sont menés par la résistance locale et les alliés (notamment les raids Scullion). En représailles les miliciens exécutent cinq ouvriers.

À la fermeture en 1957, le site est démantelé et partiellement démoli. Des vestiges des installations (ruines) et deux grands terrils marquant le paysage subsistent au début du XXIe siècle, envahi par une végétation particulière étudiée pour sa biodiversité.

Situation[modifier | modifier le code]

Carte des communes de Saône-et-Loire, présentant l'étendue du gisement en noir et la mine des Télots en rouge.

La mine est implantée dans une vallée du Morvan sur le territoire de la commune de Saint-Forgeot, à la limite d'Autun dans le nord du département de Saône-et-Loire, en région de Bourgogne-Franche-Comté, dans le Grand Est français.

Géologie[modifier | modifier le code]

Le gisement de schiste bitumineux d'Autun a donné son nom à la période géologique à laquelle il s'est formé : l'Autunien qui s'étage entre −299 et −282 millions d'années[1].

Au début des années 1980, des études sont menées par Pascal Martaud, pour le BRGM, qui révèlent des réserves importantes[2] (20 à 30 millions de tonnes). Le gisement s'étend sur une surface de 240 km2[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Généralités[modifier | modifier le code]

Le gisement est découvert en 1813 à Igornay et l’extraction commence en 1824 sur cette commune. De l'huile de schiste est produite de façon industrielle dès 1837 pour l'éclairage public de plusieurs grandes villes comme Paris, Lyon, Dijon ou Strasbourg[4],[5],[6],[7]. Pour cela, le schiste est concassé puis chauffé à une température comprise entre 450 et 500 °C dans un espace confiné, privé d'air. La vapeur qui s'en échappe est alors condensée pour obtenir de la matière liquide proche du pétrole[8]. En 1847, l'huile lampante autunoise est confrontée à la concurrence du gaz de houille mais la production repart rapidement à la hausse[3].

À la fin du XIXe siècle, le schiste est extrait jusqu’à 300 mètres sous terre et les actionnaires obtiennent un bénéfice de 30 % et l'apogée en 1864 et 1865 (6 700 tonnes d'huiles extraites à partir des schistes bitumineux en 1865[9]). Avec l'arrivée de la concurrence du pétrole américain et russe en 1870, plusieurs concessions disparaissent. En 1881, la Société lyonnaise des schistes bitumineux (SLSB) rachète plusieurs concessions subsistantes pour relancer la production avec de nouveaux capitaux privés et l'aide de l'État. Les installations de surface se complètent progressivement de 1840 à 1870 notamment pour produire de l'huile, de la paraffine, des sulfates et de l'ammoniaque. Ces derniers produits sont abandonnés après la Première Guerre mondiale[4],[5],[6],[3],[10].

Les Télots[modifier | modifier le code]

La concession des Télots, d'une superficie de 126 hectares est accordée le [11]. Les installations minières et l'usine de traitement sont développées par la SLSB après 1881. En 1911, le matériel français est remplacé par un système écossais, notamment des cornues Pumpherston plus performantes[6].

Une raffinerie avec unités de craquage est ouverte en 1936 pour compléter l'usine de distillation du pétrole et l’entreprise se spécialise dans les carburants automobiles. La société change de nom à la suite d'un changement de propriétaire et devient la Société minière des schistes bitumineux (SMSB)[7],[6]. Le personnel se compose alors de 600 employés dont une centaine de mineurs qui extraient près de 1 000 tonnes quotidiennes de schiste assurant une production de 70 millions de litres d'essence par an[10].

Sous l'Occupation, 600 ouvriers travaillent aux Télots, dont d'anciens mineurs des houillères d'Épinac. Il y a également une population d'origine polonaise, qui vit essentiellement dans les cités ouvrières[12]. Du matériel est récupéré au puits Eugène Soyez des houillères de Sincey en Côte-d'Or pour être employé aux Télots[13]. Les installations de pyrogénation sont stratégiques pour l'armée allemande qui s'y fournit en carburant. La zone est surveillée par la Luftwaffe et des miliciens d'Autun. Des actes de sabotages (dont incendie) sont menés dans un premier temps par l'armée française en 1940 lors de la débâcle. Deux missions dites « Scullion 1 et 2 » sont menés par le Special Air Service (SAS)[12], notamment par les agents du SOE : George Connerade, George Demand, George Larcher, Eugène Levene, Jack Hayes, Jean Le Harivel, David Sibree et Victor Soskice[14]. D'autres actions sont menées par la résistance locale (maquis Socrate). Mais chacune de ces attaques n'inflige que des dégâts mineurs aux installations. En représailles les miliciens exécutent de jeunes ouvriers âgés de 17 à 20 ans : trois français et un polonais ainsi que le père de ce dernier. À la Libération, le carburant est utilisé par la Première Armée Française[5],[15].

Le , les concessions de charbon de Saint-Léger-du-Bois et de Moloy à Épinac sont reprises par les mines des Télots qui ont besoin de combustible[16]. Dans les années 1950, la production s'élève à 22 000 tonnes de produits traités malgré la baisse progressive des effectifs[17], grâce à l'utilisation de haveuses, de pelleteuses et de bandes transporteuses qui modifient la méthode d'exploitation et remplacent celle de l'extraction par piliers. Cette méthode permet de récupérer 95 % des couches visitées contre 60 % au maximum avant la Seconde Guerre mondiale[6]. L'activité cesse le à cause de la concurrence du pétrole liquide, plus facile à exploiter ; alors que 340 ouvriers y travaillent encore[5],[8].

Personnel[modifier | modifier le code]

Le personnel est essentiellement composé d'agriculteurs de la région, des mineurs polonais sont recrutés au début des années 1930. Le nombre maximum d’employés est de 1 420 personnes. Les salaires sont inférieurs à ceux des Houillères d'Épinac. Les mineurs de fond travaillent 46 h 30 par semaine, tandis que les ouvriers de surface travaillent entre 44 et 48 heures par semaine selon le poste. La mine des Télots ne connaît pas de grande catastrophe minière, mais une dizaine de mineurs meurent dans des accidents techniques entre 1914 et 1957. Une chambre syndicale s'occupe de la protection sociale des ouvriers des Télots à partir de 1872. Elle est remplacée par une société de secours en 1936. En 1946, les travailleurs du fond bénéficient d'un statut de mineur identique à celui de Charbonnages de France[6].

Reconversion[modifier | modifier le code]

Les ruines.

La reconversion est assurée par Électricité de France (EDF)[6]. Après la fermeture, les entrées de mines sont remblayées, les installations sont démantelées et en grande partie démolies par la société Pigeat. Une unité de craquage Dubbs est démontée pour être remontée sur le site de Pechelbronn en Alsace[12].

Des ruines de la recette du plan incliné, le bâtiment de concassage-stockage, deux châteaux d'eau et une cheminée d'usine subsistent au début du XXIe siècle et sont envahis par la végétation, tout comme les deux grands terrils[7],[8] culminant à 386 et 397 mètres d’altitude, soit une élévation d'une centaine de mètres par rapport à la plaine, marquant ainsi le paysage[12],[18].

La biodiversité est étudiée par des naturalistes, notamment pour ses papillons, ses amphibiens et sa flore. Depuis 2007, le muséum d'histoire naturelle d'Autun met en avant ce patrimoine industriel et naturel avec des expositions[19].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Georges Gand 2010.
  2. Jean-Philippe Passaqui et Sylvain Bellenfant 2010, p. 9.
  3. a b et c Recherches des étudiants, Gilles Miot, « L'exploitation de schiste bitumineux dans l'Autunois : La mine et l'usine des Télots » [PDF].
  4. a et b R.Feys 1945, p. 16-17.
  5. a b c et d CCCA d'après Gilles Pacaud, « Quel avenir pour les schistes bitumineux ? », sur gensdumorvan.fr.
  6. a b c d e f et g Bernard Lecomte, La Bourgogne Pour les Nuls, EDI8, (lire en ligne), Deux mystérieux terrils à l'entrée d'Autun....
  7. a b et c « Les Houillères de Blanzy en Bourgogne : Mine de schiste bitumineux des Télots - Autun / Saint-Forgeot », sur patrimoine-minier.fr.
  8. a b et c « Les Houillères de Blanzy : Mine des Télots », sur exxplore.fr.
  9. Lucien Taupenot, « Quand le pétrole autunois éclairait Paris, Lyon, Dijon, Strasbourg », Images de Saône-et-Loire, no 145,‎ , p. 2 et 3.
  10. a et b Lilian Bonnard, « Gaz de schiste et si on rouvrait la mine d'Autun ? », sur miroir-mag.fr, .
  11. a et b R.Feys 1945, p. 20-21.
  12. a b c et d Jean-Philippe Passaqui et Sylvain Bellenfant 2010, p. 5.
  13. [PDF] Jean-Philippe Passaqui, Mines et minières de Côte-d'Or au XIXe siècle, (lire en ligne), p. 394
  14. Michael R D Foot, Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Des anglais dans la résistance. Le SOE en France, 1940-1944, Tallandier, (ISBN 979-1-02100-194-7, lire en ligne).
  15. « 20 juillet 1944 aux Télots, assassinat des Warzybok », sur respol71.com.
  16. « Les Houillères de Blanzy en Bourgogne : Epinac », sur patrimoine-minier.fr.
  17. Jean-Philippe Passaqui et Sylvain Bellenfant 2010, p. 4-5.
  18. Géoportail, « Carte IGN des terrils » .
  19. Jean-Philippe Passaqui et Sylvain Bellenfant 2010, p. 5-7.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • [PDF] R.Feys, Puits et sondage dans le bassin d'Autun et Epinac, des origines à nos jours, BRGM, (lire en ligne). 
  • [PDF] Jean-Philippe Passaqui et Sylvain Bellenfant, Les Télots : une usine devenue friche industrielle aux portes d’Autun, Bourgogne-Nature, (lire en ligne). 
  • [PDF] Georges Gand, Reprise de fouilles paléontologiques dans un gîte bourguignon célèbre : les « schistes bitumineux » de l’Autunien de Muse (Bassin d’Autun) : Bilan 2010 et perspectives, Bourgogne-Nature, (lire en ligne).