Mine de Gara Djebilet
La mine de Gara Djebilet (en arabe : غارا جبيلات, en berbère : ⴳⴰⵔⴰ ⵊⴱⵉⵍⴰⵜ), est une mine de fer située dans la wilaya de Tindouf en Algérie.
Elle est l'une des plus grandes mines de fer dans le monde. Ses réserves sont estimées à 3,5 milliards de tonnes, dont 1,7 milliard de tonnes sont exploitables. La ligne ferroviaire de Gara Djebilet à Béchar, est construite de 2023 à 2026 pour acheminer le minerai de fer vers les complexes sidérurgiques du nord du pays et les ports de la mer Méditerranée.
Historique
[modifier | modifier le code]La mine de Gara Djebilet a été découverte en 1952[1].
Le , l'Algérie et le Maroc signent une convention commune pour la mise en valeur de la mine de Gara-Djebilet. Celle-ci prévoit l'exploitation de la mine algérienne et de transporter le fer à travers le Maroc vers l'océan Atlantique[2],[3], mais cette convention n'a pas été suivie d'effet.
Les avis d’appel d'offres internationaux engagés par Sonatrach, détenteur depuis 2009 du titre minier (adjudication, exploration) sont un échec et ne permettent pas d'engager l'exploitation de la mine[1]. Pour Smain Kouadria, ancien député algérien, le retard du projet a pour origine la baisse du prix des minerais au niveau mondial à hauteur de 80 dollars la tonne[4].
Le , l'Entreprise nationale de fer et de l'acier (Feraal) signe avec l'entreprise chinoise d'équipement et d'ingéniérie Sinosteel (en) un protocole d'accord de réalisation des études de faisabilité pour le développement du gisement. Le contrat inclut aussi la réalisation par des centres de recherche chinois des essais de déphosphoration et d'enrichissement sur quatre procédés différents. Les laboratoires algériens ont pu atteindre en 2015 un taux après déphosphoration avoisinant 0,1 %[5].
En 2022, l'exploitation officielle de la mine de Gara Djebilet est annoncée[4].
Caractéristiques
[modifier | modifier le code]L'ambition de l'Algérie avec ce projet est de devenir un des leaders de l'industrie sidérurgique et métallurgique africaine[6] afin notamment de s'affranchir de la dépendance aux hydrocarbures[7].
Le gisement de Gara Djebilet contient des réserves de l'ordre de 3,5 milliards de tonnes, dont 1,7 milliard de tonnes sont exploitables ainsi l'Algérie détient la deuxième place mondiale en termes de réserves, derrière l’Australie 5,1 milliards de tonnes et devant le Brésil avec 3,4 milliards de tonnes — données de 2025 —[1],[8]. Le gisement a l’avantage de présenter une grande concentration de fer de l'ordre de 60 % mais par contre le taux de phosphore est élevé de l'ordre de 1 % alors que le taux toléré est de 0,03%. Le traitement de déphosphoration est complexe et coûteux[4].
En janvier 2026, la production de la mine est de 500 000 tonnes, les projections officielles prévoit un niveau de production à hauteur de 12 millions de tonnes par an en 2030 et sur le long terme 40 ou 50 millions de tonnes par an[7].
Ligne ferroviaire
[modifier | modifier le code]
La mine de Gara Djebilet est reliée à Béchar par une nouvelle ligne ferroviaire de 950 kilomètres, financée par l’État algérien et construite de 2023 à 2026 par un consortium associant le groupe chinois China Railway Construction Corporation à des entreprises algériennes. La ligne a pour objectif d’acheminer le minerai de fer vers les complexes sidérurgiques du nord du pays et les ports de la mer Méditerranée[9],[10].
La ligne ferroviaire de Gara Djebilet à Béchar se raccorde ensuite sur la ligne de Béchar à Oran soit une longueur globale de 1 650 kilomètres. Il est prévu vingt-quatre convois minéraliers qui effectueront des allers-retours quotidiens. La ligne est prévue pour le transport minier avec une charge de 32,5 tonnes par essieu. Par ailleurs des trains de marchandises et de voyageurs viennent compléter le dispositif[11],[12].
En janvier 2026, la ligne ferroviaire est terminée et la première cargaison de minerai de fer, composée de 1 000 tonnes de minerai de fer et transportée avec un train composé de 30 wagons, est envoyée vers le site industriel de la wilaya d’Oran pour y être traité[13]. La ligne est officiellement inaugurée le 1er février 2026 par le président algérien Abdelmadjid Tebboune qui considère qu'il s'agit de l’un des « plus grands projets stratégiques de l’histoire de l’Algérie indépendante »[11],[14].
Analyses et critiques
[modifier | modifier le code]Certains experts ont douté de la rentabilité du projet, Gara Djebilet se caractérisant par une forte teneur en phosphore présent dans le fer, nécessitant pour obtenir un minerai de qualité, une opération dite de déphosphoration, qui est coûteuse et complexe[4]. Pour Ihsane El Kadi, journaliste spécialiste en économie, l’enjeu du projet de Gara Djebilet n’est pas en premier lieu une rentabilité minière immédiate mais plutôt l'aptitude de l'Algérie à développer une filière sidérurgique avec un « investissement dans la transformation en aval » ». C’est dans la transformation du produit brut que se joue sa principale richesse. À défaut le projet se limiterait à l'extraction d'une matière première, tributaire alors des marchés internationaux[7].
Selon Le Monde, le débat public sur ce projet est absent en Algérie, où la « célébration patriotique » éclipse toute interrogation[7]. Ainsi en janvier 2026, Atmane Mazouz, président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), mentionne l'arrestation de l'économiste Djelloul Slama, celui-ci ayant donné publiquement son analyse sur plusieurs dossiers économiques dont le gisement de Gara Djebilet[15],[16] ; il est placé ensuite en détention provisoire[17].
Pour sa part le président algérien Abdelmadjid Tebboune juge ces critiques illégitimes, tenues par des personnes « illettrées, diplômées dans l’opprobre et l’insulte », alors que des experts du monde entier avancent que ce projet est d’une haute rentabilité[18].
Références
[modifier | modifier le code]- Abderrahmane Mebtoul, « La mine du fer de Gara Djebilet », sur NewAfrican, (consulté le )
- ↑ Texte de la convention sur le Journal officiel de la République algérienne démocratique et populaire, en date du vendredi 15 juin 1973, 12e année, parution N°48
- ↑ Louis Gravier, « Le roi Hassan II et le président Boumediène ont consacré par un accord de coopération le règlement de leur litige frontalier », Le Monde, (lire en ligne)
- « Gisement de Gara Djebilet : le projet est-il viable ? », sur TSA, (consulté le ).
- ↑ « chinois Sinosteel chargé d'étudier la faisabilité du projet du Gisement de fer de Gara-Djebilet », sur Huffpost (consulté le )
- ↑ « Sidérurgie : pour augmenter la production d'acier, l'Algérie mise sur la mine de Ghar Djebilet », sur La Tribune,
- Frédéric Bobin et Hamid Nasri, « La ligne de train Oran-Tindouf, un mégaprojet ferroviaire de l’Algérie sur fond de rivalité avec le Maroc », sur Le Monde, (consulté le ).
- ↑ « Alger promet l’ouverture de la mine de fer de Ghara Djebilet dans les 5 ans », sur Agence Ecofin, (consulté le ).
- ↑ « Ligne ferroviaire Béchar-Tindouf-Gara Djebilet : Opérationnelle en septembre 2026 », sur algeriainvest.com, (consulté le )
- ↑ « Ligne ferroviaire Bechar-Tindouf-Gara-Djebilet - L'ensemble des travaux sera finalisé dans une dizaine de jours », sur apz.dz, (consulté le )
- « L’Algérie inaugure un axe ferroviaire stratégique de 950 kilomètres à travers le Sahara. », sur Courrier international, (consulté le )
- ↑ Antoine Joubeau, « Algérie: inauguration d'une ligne ferroviaire de 1.000km pour le transport de minerai de fer », sur TV5 Monde, (consulté le )
- ↑ Amina Aouadi, « Gara Djebilet : L’Algérie bascule dans une nouvelle ère industrielle ce jeudi », sur Algérie 360, (consulté le )
- ↑ « À Gara Djebilet, l’Algérie accélère son pari saharien grâce au chinois CRCC », sur Jeune Afrique, (consulté le )
- ↑ « Où est passé l’économiste Djelloul Slama ? Atmane Mazouz brise le silence », sur Le Matin d'Algérie, (consulté le )
- ↑ Amar Ouyahia, « En Algérie, un économiste emprisonné pour avoir contredit le récit du pouvoir », sur Marianne, (consulté le )
- ↑ De l’antenne au parloir : le professeur Djelloul Slama placé en détention provisoire, site lematindalgerie.com, 8 février2026.
- ↑ Achour Aït Ali, « Le Président Tebboune : «Il n’y a que ceux qui ont le cœur malade pour critiquer le projet de Gara Djebilet» », sur El Moudjahid, (consulté le )