Millepertuis

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Hypericum

Les millepertuis forment le genre Hypericum, composé d'environ 400 espèces réparties dans le monde entier sauf dans les déserts et les régions arctiques (et sauf sous les tropiques en dehors des zones montagneuses).

Les millepertuis sont rattachés à la famille des Hypéricacées selon la classification phylogénétique APG III (2009) ou à celle des Clusiacées selon la classification classique de Cronquist (1981).

Étymologie[modifier | modifier le code]

Millepertuis signifie « mille trous », provenant de l'ancien français pertuis « trou », en référence à la feuille de certaines espèces (notamment l'espèce commune européenne Hypericum perforatum, le millepertuis perforé) qui semble percée de nombreux petits trous quand on observe les feuilles par transparence[1]. En fait, ils correspondent à des glandes translucides donnant l'impression d'une multitude de minuscules perforations, qui renferment une huile essentielle.

Le nom de genre Hypericum vient du grec hupo « presque », et ériké, « bruyère », en référence à certaines espèces qui évoquent des bruyères[2].

Description[modifier | modifier le code]

Les millepertuis sont le plus souvent des plantes herbacées, annuelles ou vivaces. Ce sont aussi parfois des arbustes ou même des petits arbres (Hypericum lanceolatum) pouvant atteindre une dizaine de mètres de hauteur.

Les feuilles sont simples, opposées, de forme ovale à lancéolée. Les fleurs, d'un jaune plus ou moins vif, possèdent cinq pétales (rarement quatre) et de nombreuses étamines. Les fruits sont généralement des capsules sèches qui éclatent à maturité en libérant un grand nombre de très petites graines, mais il existe des espèces à fruits charnus (Hypericum androsaemum).

Usages[modifier | modifier le code]

De nombreuses variétés et cultivars ont été développés en horticulture comme Hypericum × moserianum (H. calycinum × H. patulum) ou comme Hypericum calycinum 'Hidcote'. En raison de ses interactions pharmacologiques (inducteur enzymatique), le millepertuis ne doit pas être utilisé lors d'un traitement contraceptif oral (baisse de l'efficacité par induction métabolique), ni lors d'un traitement contre le cancer (baisse de l'efficacité pouvant aller jusqu'à la mort), ni lors de la prise de certains traitements utilisés contre le VIH (inhibiteurs de protéase)[3] ou de certains traitements utilisés en psychiatrie (type neuroleptiques comme Aripriprazole). Il existe plusieurs contre-indications dont en particulier les problèmes cardiaques, le millepertuis ayant la particularité de provoquer arythmie et tachycardie chez certains sujets.

Utilisation médicinale[modifier | modifier le code]

Les extraits et préparations phytothérapiques connus et commercialisés sous le nom de « millepertuis », utilisés dans le traitement de dépressions légères à modérées et de troubles de l'humeur, sont tirés exclusivement de l'espèce Hypericum perforatum. Quelques autres représentants du genre Hypericum peuvent localement être employés dans le domaine de la santé mais la plupart des espèces de millepertuis ne connaissent aucun usage médical.

Le millepertuis perforé (Hypericum perforatum) est utilisé en médecine depuis plus de 2 400 ans, notamment sous la forme d'huile rouge (macérat de sommités florales récoltées l'été dans de l'huile d'olive). Selon le Vidal, il suffit de laisser la bouteille au soleil durant quatre semaines le temps que l'huile se colore, puis de le filtrer[4]. Cette coloration est due à l'hypéricine, pigment rouge aux propriétés anti-inflammatoires, cicatrisantes et antalgiques.[réf. souhaitée]

Ses vertus d'antidépresseur et sa grande efficacité contre « les dépressions légères à modérées » (après deux à quatre semaines de traitement) sont consensuellement reconnues, avec selon les Instituts nationaux de la santé américains (NIH) « une efficacité similaire aux autres médicaments antidépresseurs »[4].

L'OMS cite comme « traditionnel » l’usage local du millepertuis pour soigner « les coupures, irritations, brûlures légères et infections virales de la peau »[4]. Selon La Commission E du ministère de la Santé allemand, il est efficace contre « les troubles psychosomatiques, l’humeur dépressive, l’anxiété et la nervosité, ainsi que les troubles digestifs (sous forme d’huile) »[5],[4]. Cette même Commission reconnaît aussi l’usage local d’huile de millepertuis pour soigner « les brûlures légères, les douleurs musculaires et contribuer à la cicatrisation des plaies »[4], mais - selon le Vidal - « l'usage local de l’huile de millepertuis repose uniquement sur la tradition » ; cette huile était traditionnellement prescrite « en applications locales pour soulager les douleurs musculaires, les irritations de la bouche et les fesses rouges du nourrisson, ainsi que par voie orale pour aider les digestions difficiles »[4].

Son efficacité sur les petits problèmes cutanés serait liée au caractère antiseptique des napthodianthrones qu'il contient[4].

Selon une étude ethnobotanique publiée en 1984), portant sur les usages anciens traditionnels des plantes dans la vie quotidienne à Bagnes en France[6], les fleurs de plusieurs espèces de millepertuis (localement dénommées tradzwan ou tradzuin dans le patois local), servaient à préparer une tisane facilitant la digestion et on appliquait « sur les brûlures et les coups de soleil le liquide rouge obtenu par macération des fleurs dans de l'huile d'olive ; pour les massages, on prépare ce liquide avec de l'huile ou de l'eau-de-vie ».

Bien connu des Anciens, il fut surnommé le « chasse-démon »,[citation nécessaire] aujourd'hui à l'origine de plusieurs anti-dépresseurs qui ont essayé de copier sa molécule active, il reste très efficace dans le traitement des stress intenses, des dépressions et de tous les dérèglements de l'humeur sous la forme d'extrait sec, de teinture ou de poudre de plante. Sous sa forme de macérat huileux, on préfère, en lieu et place de la traditionnelle huile d'olive, l'huile de tournesol plus neutre et moins grasse à l'utilisation. Elle sera efficace sur les brûlures, les douleurs articulaires, etc. L'huile de millepertuis constitue un excellent support pour les huiles essentielles dans les pathologies citées plus haut.[réf. souhaitée]

Contre-indications : cette huile est chez certaines personnes allergisante et/ou photosensibilisante (après un usage en applications locales ou par voie orale, notamment pour les personnes à peau claire, il convient de ne pas s'exposer soleil)[4].

Précautions nécessaires : Le millepertuis ne doit pas être utilisé en association avec certains traitements au long cours sans le conseil du médecin prescripteur.
Comme le pamplemousse ou l'ail, il peut interagir avec plus de 70 substances ou familles de substances identifiées, dont beaucoup sont des médicaments[7] : hydrocortisone, anticoagulants (AVK, AOD), contraception hormonale, immunosuppresseurs (Ciclosporine, Tacrolimus) et par extension à tous les médicaments dont le métabolisme fait intervenir les enzymes du cytochrome[8] dont il est inducteur. Ainsi, en accélérant l'inactivation et l'élimination de ces médicaments, il expose à un risque de sous-dosage avec parfois des conséquences gravissimes pour la santé.

Toutes les formes de millepertuis sont concernées. Ces interactions comprennent certains contraceptifs oraux et des anti-viraux. En , une étude menée aux États-Unis chez des volontaires sains rapporte une diminution des taux plasmatiques d'un médicament inhibiteur de la protéase du VIH utilisé dans le traitement du SIDA, l'indinavir (CRIXIVAN7), lors d'une utilisation concomitante avec le millepertuis. L'administration concomitante de millepertuis avec cet antirétroviral est donc susceptible d'entraîner le développement de résistances de la part du VIH[9].

Espèces[modifier | modifier le code]

Selon The Plant List (16 nov 2017)[10] :

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Le millepertuis perforé », sur isaisons.free.fr
  2. Jean-Claude Rameau, Dominique Mansion, G. Dumé, Flore forestière française. Plaines et collines, Forêt privée française, (lire en ligne), p. 1213.
  3. http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/vih_guidemedecin_version_web.pdf.
  4. a b c d e f g et h « Millepertuis - Phytothérapie », sur VIDAL (consulté le )
  5. The Complete German Commission E Monographs - Therapeutic Guide to Herbal Medicines, American Botanical Council, US 1998
  6. Françoise Nicollier et Grégoire Nicollier, « Les plantes dans la vie quotidienne à Bagnes : noms patois et utilisations domestiques », Bulletin de la Murithienne, no 102,‎ , p. 129-158 (ISSN 0374-6402, OCLC 716291575, lire en ligne).
  7. Neuman M (2002) Effets métaboliques et interactions médicamenteuses provoqués par certaines substances d'origine végétale: pamplemousse, millepertuis et ail. La Presse médicale, 31(30), 1416-1422 (http://cat.inist.fr/?aModele=afficheN&cpsidt=13894542 résumé]).
  8. « Interactions médicamenteuses - ANSM : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé », sur ansm.sante.fr (consulté le )
  9. « Risques liés à l'utilisation du millepertuis - ANSM : Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé », sur www.ansm.sante.fr (consulté le ).
  10. The Plant List, consulté le 16 nov 2017

Annexes[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]