Militantisme

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Le militantisme est une forme d'engagement collectif à une cause de nature morale, religieuse, sociale, politique, associative ou syndicale souvent en vue de protester contre ce qui est perçu comme une injustice.

Historiquement ce terme militaire issu du latin fait référence aux membres de la milice du Christ, mais son usage au vingtième siècle dérive pour décrire l'expression organisée d'une protestation d'un groupe social.

Définition et origine[modifier | modifier le code]

Le mot, tant en langue anglaise que française, est d'origine guerrière mais son utilisation a été très vite associée à la promotion de positions religieuses[1]. Le terme « militantisme » provient du latin milita qui désigne le service militaire, le métier de soldat. Le sens de « militant » et en français de la forme verbale « militer »ont évolué de façon analogue dans les deux langues. Ainsi, au 17e siècle,  le Shorter English Dictionary donnait à militant le sens de «engaged in warfare » alors que le Dictionnaire historique de la langue française Robert renvoie  « faire la guerre », pour ensuite glisser d’un côté vers «Combative : a militant church, the expenses of the militant presbyterian », et de l’autre à « qui combat, qui lutte dans un contexte religieux : église militante »[1].

Historiquement, l'usage du mot militant dans un sens moral et religieux se trouvait dans l'expression « Église militante », qui désignait les fidèles sur terre, par opposition à l'Église triomphante (au ciel), et à l'Église souffrante (au purgatoire)[2],[3].

Au 19e s. le mot renvoie plus largement à la valeur de « qui a une attitude combative pour faire triompher une cause » et permet de qualifier d’autres causes que religieuses comme en témoigne l’expression « doctrine, politique militante » (vers 1835) puis l’usage le plus récent de « militant ouvrier, syndicaliste, chrétien » (avec référence à Malraux, 1937, et Aragon, 1934).

On le retrouve en 1944 dans son acception théologique sous la plume de François Mauriac : « Les militants de l’Action catholique, en 1944, sont appelés à vivre plus dangereusement: plus que jamais le royaume du ciel appartiendra aux violents (Mauriac, Bâillon dén., 1945, page 442)[4] » .

Le sens courant actuel en rapport avec partis politiques et syndicats (« militant de base ») remonte aux années 1950. Le Robert continue à l’époque d’expliquer le mot militant par « qui combat, qui lutte », avec un premier sens religieux (église militante), puis un second sens « qui prône l’action directe, le combat », renvoyant à « actif », et un 3e sens substantivé « militant ouvrier, syndicaliste, chrétien, militant de base » ; tandis que le premier sens de militer est « constituer une raison, un argument, pour ou contre » et le deuxième sens seulement « agir, lutter, sans violence, pour ou contre »[4]. Élisabeth Longuenesse note en 2018 que « l’encyclopédie collaborative en ligne Wikipedia associe l’article français « militantisme » à l’article anglais « activism », tandis que ni militancy, ni militant n’apparaissent dans la version anglaise du site ».

Émergence du militantisme au XXe siècle[modifier | modifier le code]

L'histoire de ce mot est à mettre en relation avec l'interprétation des comportements collectifs (en) et de l'action sociale[5],[6],[7],[8].

À la suite de l'émergence de mouvements sociaux dans les années 1960, une nouvelle compréhension du terme émerge comme étant l'expression d'une protestation démocratique, acceptable et rationnelle[9],[10],[11]. L'histoire des révoltes à travers des mouvements de protestation organisés est cependant documentée depuis les révoltes d'esclaves sous la République Romaine dès le Ier siècle av. J.-C. Le gladiateur romain Spartacus mène 6 000 esclaves à la révolte dans ce qui sera appelé la Troisième Guerre servile[12].

D'autres exemples de révoltes historiques sont souvent cités comme la révolte des paysans en Angleterre en 1381 contre l'impôt par tête[13]. En 1930 Mahatma Gandhi mène la marche du sel, à laquelle participent des milliers de militants indiens pour protester contre les taxes du gouvernement britannique. 60 000 personnes sont alors emprisonnées, le mouvement social généré mène cependant à terme à l'indépendance de l'Inde. Dans certaines régions de l'Asie, l'Afrique et l'Amérique du Sud, le recours aux mouvements sociaux sous l'influence de millitants pour les droits civiques ou de révolutionnaires a œuvré en faveur de l'auto subsistance et l'indépendance nationale, voire dans certaines régions du monde des organisations collectives, communistes et socialistes[14]. L'essor du militantisme impacte fortement les sociétés occidentales également, à travers des mouvements sociaux comme le Mouvement ouvrier, le mouvement pour le droit des femmes et le mouvement pour les droits civiques[15].

Le « militantisme moral », aujourd'hui en plein essor, est fondé sur des solidarités hors de toute organisation ou idéologie politique. Cette forme de militantisme se concentre sur un sujet précis. Cela peut inclure des causes telles que l'antiracisme, l'humanitaire, la défense des droits de l'Homme, la lutte des classes, le féminisme, la lutte contre le SIDA, la défense de l'environnement, du droit des consommateurs ou du développement durable, etc.

Moyens employés[modifier | modifier le code]

Un acte militant : ce camion anti-vivisection est régulièrement visible sur le bord des routes montpelliéraines.
Bombage devant la Sorbonne dont l’accès était interdit par la police, mars 2006 (pendant le mouvement contre le CPE)

Le militantisme peut utiliser différents moyens pour faire entendre sa voix :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Élisabeth Longuenesse, « Du militantisme à l’activisme, remarques sur la circulation de quelques mots entre le français, l’anglais et l’arabe: », Revue internationale de politique comparée, vol. Vol. 25, no 1,‎ , p. 83–103 (ISSN 1370-0731, DOI 10.3917/ripc.251.0083, lire en ligne, consulté le ).
  2. Catéchisme de saint Pie X
  3. « Militant : définition de MILITANT, -ANTE, adj. et subst. | La langue française », (consulté le )
  4. a et b « MILITANTISME : Etymologie de MILITANTISME », sur www.cnrtl.fr (consulté le )
  5. Robert Park et Ernest Burgess, Introduction to the Science of Sociology, Chicago, University of Chicago Press,
  6. Robert Merton, Social Theory and Social Structure, New York, Free Press,
  7. Eric Hoffer, The True Believer : Thoughts on the Nature of Mass Movements, New York, Harper & Row,
  8. Talcott Parsons, The Structure of Social Action, New York, Free Press,
  9. Mancur Olson, The Logic of Collective Action : Public Goods and the Theory of Groups, Cambridge, Mass., Harvard University Press,
  10. William A. Gamson, The Strategy of Social Protest, Homewood, IL, Dorsey Press, , 217 p. (ISBN 978-0-256-01684-0, lire en ligne Inscription nécessaire)
  11. Charles Tilly, From Mobilization to Revolution, Reading, Mass., Addison-Wesley,
  12. Kenneth P. Czech, « Ancient History: Spartacus and the Slave Rebellion », sur HistoryNet, (consulté le )
  13. Editors of Encyclopaedia Britannica, « Peasants' Revolt », sur Encyclopaedia Britannica (consulté le )
  14. Jeff Goodwin, No Other Way Out : States and Revolutionary Movements, 1945-1991, Cambridge, UK, Cambridge University Press,
  15. David Meyer et Sidney Tarrow, The Social Movement Society : Contentious Politics for a New Century, Rowman & Littlefield,

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Alain de Benoist, Qu'est-ce qu'un militant ?, Ars Magna, 2003.
  • Denis Langlois, Guide du militant, Seuil, 1972.
  • Daniel Mothé, Le Métier de militant, Seuil, 1973.
  • Henri Mendras (éd.), La Sagesse et le désordre, Gallimard, 1980.
  • Jacques Ion, La Fin des militants, Éditions de l'Atelier, 1997.
  • Tim Jordan, S’engager ! les nouveaux militants, activistes, agitateurs…, Éditions Autrement, mars 2003. (ISBN 978-2746703513)
  • Jacques Ion, Spyros Franguiadakis, Pascal Viot et al., Militer aujourd'hui, Autrement, 2005.
  • Olivier Fillieule (éd.), Le Désengagement militant, Belin, 2005.
  • Xavier Crettiez et Isabelle Sommier, La France rebelle : Tous les mouvements et acteurs de la contestation, Éditions Michalon, 2006.
  • Daniel Cefaï, Pourquoi se mobilise-t-on ?, Éditions La Découverte – Mauss, 2007.
  • Laurent Jeannau et Sébastien Lernoult, Les Nouveaux Militants, Les Petits Matins, 2008.

Articles connexes[modifier | modifier le code]