Milice canadienne (Nouvelle-France)

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Milicien canadien français en tenue de guerre hivernale (1722)
Milice canadienne française (1759), Mary Elizabeth Bonham

La milice canadienne, à l'époque de la Nouvelle-France, était une milice civile qui incluait tout habitant âgé entre 16 et 60 ans commandée par un capitaine de milice, obligatoire dans chaque paroisse pour la protection de la colonie. Chaque habitant devait avoir son fusil, de la poudre, des munitions en quantité suffisante et être toujours prêt à réagir en cas d'attaque ennemie ou partir en campagne.

Milice canadienne sous le Régime français en Nouvelle-France[modifier | modifier le code]

Au début de la colonisation française des Amériques, la Nouvelle-France dut faire face à la menace incarnée par les tribus iroquoises, particulièrement près de Montréal et Trois-Rivières[1]. Dans ce contexte, la dépendance de la Nouvelle-France vis-à-vis des soldats de la métropole, dont le nombre était insuffisant et la venue irrégulière, rendait nécessaire de former un groupe de défense armée formé localement, à l'aide des habitants de la colonie[2].

Établie de facto en 1649, la milice canadienne est officiellement instituée en Nouvelle-France par Louis XIV en 1669. Tout habitant âgé entre 16 et 60 ans est de fait un milicien et la mobilisation ne requiert aucun décret. Chaque homme doit avoir son fusil, de la poudre, des munitions en quantité suffisante et être prêt à partir en campagne[3]. On comptait au moins une compagnie de milice pour chaque paroisse, chacune comptant de 50 à 80 hommes. Chaque compagnie était dirigée par un capitaine de milice assisté d'un lieutenant et d'un enseigne. Des sous-officiers viennent généralement compléter les rangs. Les officiers de milice sont normalement élus par cooptation. Le choix est ensuite entériné par le gouverneur. Le capitaine de milice se distinguait par le fait qu'il portait un hausse-col doré et une épée. Outre ses fonctions militaires, le capitaine de milice pouvait aussi, à l'occasion, jouer le rôle d'auxiliaire de justice en réglant de petits litiges et il voyait à l'entretien de la voirie. Durant la guerre de la Conquête, il s'occupe également de délivrer des billets aux soldats français pour qu'ils puissent loger chez les habitants de la paroisse. Il détenait aussi du gouverneur de la Nouvelle-France le pouvoir d'appliquer les directives des autorités centrales.

En Nouvelle-France, le capitaine de milice est généralement un des principaux habitants de la paroisse. Il détient plus de biens mobiliers et immobiliers que le paysan moyen.

En temps de paix, les membres des compagnies de milice s'entraînaient une fois par mois, les dimanches et les jours fériés. Ils devaient alors se procurer une arme par eux-mêmes. En temps de guerre toutefois, des armes étaient prêtées pour la durée du conflit à ceux qui n'en possédaient point. Les compagnies de milice ont emprunté plusieurs de leurs habitudes aux peuples amérindiens. N'ayant pas d'uniforme fourni, ils portaient une ceinture fléchée aux hanches et des raquettes aux pieds. Excellant à la guerre d'escarmouche en forêt, contrairement aux soldats français habitués au combat ordonné, ils sont reconnus pour leur courage et leur audace par les autorités de la colonie[4].

Milice canadienne sous le Régime anglais[modifier | modifier le code]

À la suite de la Conquête de 1759-1760, la Nouvelle-France devient une colonie britannique, sous le nom de Province of Quebec. La milice canadienne est maintenue malgré le changement de régime.

Très active pendant la Révolution américaine qui mena à l'Invasion du Canada par les partisans de l'indépendance des 13 colonies, la milice canadienne joua toutefois un rôle plus effacé durant les Rébellions de 1837-1838. Ce n'est pas étranger au fait que les compagnies de milice étaient le sujet de plusieurs débats politiques et sociaux, des propositions de réformes apparaissant dès 1826. La milice dut toutefois faire face aux agressions des Volonteers, des troupes paramilitaires critiquant les décisions de la Chambre d'assemblée du Bas-Canada et du Parti canadien, devenu le Parti patriote et largement financé par la caisse militaire du gouverneur britannique.

En outre, la démission massive des juges de paix en 1837 amène les capitaines de milice à jouer un nouveau rôle. Ils sont en effet appelés à remplacer les juges démissionnaires.

« Le phénomène se répand à cause du symbolisme de l'acte: le juge de paix représente les institutions britanniques où la corruption n'est plus à prouver, tandis que le capitaine de milice incarne la notion de justice populaire qui est bien développée dans la mentalité canadienne-française[5]. »

Milice canadienne depuis l'Acte d'Union[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Milice canadienne.

Références[modifier | modifier le code]

  1. compagnonsnouvellefrance.ca
  2. axl.cefan.ulaval.ca
  3. Les armes à feu en Nouvelle-France, Russel Bouchard 1999, Septentrion, Sillery, p61
  4. Karine Légaré. «L'organisation militaire au Canada : milice et troupes régulières?», La Société du patrimoine et d'histoire de la Côte-de-Beaupré.
  5. Éric Fortin. «La milice canadienne à l'époque des Rébellions», Les Patriotes de 1837@1838, 20 mai 2000.