Miel d'Alsace

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Miel d’Alsace labellisé IGP

Le « Miel d'Alsace » est un miel produit en Alsace, et qui bénéficie d’une indication géographique protégée (IGP) depuis 2005.

Histoire[modifier | modifier le code]

Medicinarius - Das Buch der Gesundheit de M. Ficinus, J. Grueninger, Strasbourg 1509.

L’apiculture est une tradition ancestrale en Alsace. Elle a pris son essor dans les abbayes au VIIe siècle. Outre la simple consommation alimentaire, les moines préconisaient la récolte du miel pour ses vertus thérapeutiques. Au XVIe siècle, divers ouvrages sont publiés parmi lesquels le traité Ein nützliches Büchlein von den Bienen, woher sie kommen und wie sie werden d’Andreas Picus et illustré par Caspar Höffler datant de 1580 qui a servi de référence pendant près de deux siècles. Au cours de la seconde partie du XIXe siècle, on assiste à une nouvelle phase de développement de l’apiculture alsacienne.

Au début du XXe siècle, on comptait plus de cinquante mille ruches en Alsace. En 2005, selon une enquête du Conseil régional d’Alsace il y en restait encore trente-cinq mille.

Contrairement aux autres régions apicoles, l’apiculture alsacienne est caractérisée par l’existence d’un très grand nombre d’apiculteurs amateurs répartis entre le Haut- et le Bas-Rhin – environ deux mille cinq cents –, pour seulement cinquante professionnels, exploitant 13 000 ruches, et une quarantaine de pluri-actifs avec 4 000 ruches[1]. Ces apiculteurs sont regroupés au sein d’organisations syndicales locales. Chaque année un Grand Concours Régional des Miels d’Alsace est organisé à Wintzenheim par ces associations.

La production alsacienne[modifier | modifier le code]

Miel de sapin d’Alsace agriculture biologique
Miel de sapin d'Alsace Label rouge

La production alsacienne de miel est marginale puisqu’elle n’est que de cent trente cinq tonnes en 2011, sur une production française estimée en 2010 à vingt mille tonnes alors que la consommation de miel est d’environ trente huit mille tonnes[2]. La production est écoulée localement à 98 %[1].

Quatorze apiculteurs alsaciens produisent du miel labellisé Agriculture biologique. 1 483 ruches sont exploitées en production biologique en Alsace en 2010 soit une diminution de 11 % entre 2009 et 2010. La production apicole bio alsacienne s’élève à 34 200 kg de miel et 8 766 kg d’autres produits de la ruche (pain d’épice, nougats, pollen, hydromel…)[3].

Il existe aussi un Label rouge uniquement pour le miel de sapin[4] ainsi qu’une mention « Miel de Montagne », pour les zones de production spécifiques, et qui est très strictement encadrée.

La production des apiculteurs amateurs alsaciens est surtout écoulée localement sur les marchés, brocantes et vide-greniers, marchés de Noël, par le bouche à oreille, parfois sur internet et dans quelques épiceries fines de la région. Il est quasiment impossible de trouver un miel d’Alsace certifié IGP en grande distribution.

En décembre 2011, les prix de vente au détail généralement constatés en Alsace évoluent dans une fourchette de 10 € à 18 € le pot d’un kilogramme, en fonction de la nature du miel et de sa certification.

Les différents crus de miels d’Alsace[modifier | modifier le code]

Une jachère apicole à Holtzheim en Alsace en 2009.

Il existe six crus de miels en Alsace :

  • Miel de sapin : issu de miellat déposés sur les branches des sapins. Brun moyennement foncé à reflets verts plus ou moins marqués. Odeurs et arômes balsamiques, maltées, moyennement persistant en bouche, sans amertume ni arrière-goût.
  • Miel d’acacia : monofloral, très clair, limpide, jaune pâle d’arôme et de saveur très douce. Odeurs faibles de type fleur blanche, saveur douce et délicate, très sucré, sans acidité ni amertume peu persistant en bouche.
  • Miel de fleurs : polyfloral de printemps, de couleur jaune plus ou moins foncée, il est composé de multiples nectars mélangés par les abeilles qui butinent l’ensemble des fleurs mellifères comme les arbres fruitiers, trèfle, pissenlit, etc. De nombreuses jachères apicoles ont été semées en Alsace[5]. Elles sont constituées d'un mélange de trèfle d'Alexandrie, mélilot jaune, luzerne, trèfle violet, sainfoin, lotier, bleuet des champs, souci, bourrache, lin, etc., dans le but de réintroduire la biodiversité dans l’espace rural et d’apporter une richesse de pollens, source de protéines indispensable à la survie des insectes pollinisateurs.
  • Miel de châtaignier : de couleur brun foncé, odeurs fortes et complexes. Perception sucrée et acide plutôt faible en contraste aux arômes forts ; astringent et franche amertume de fond de bouche ; très persistant.
  • Miel de tilleul : arôme fortement mentholé en bouche, avec quelquefois une pointe d’amertume, saveur puissante et odeur intense, qui rappelle les effluves des arbres en fleurs début juin, sans acidité, très persistant en bouche.
  • Miel de forêt : polyfloral, toujours de couleur brun très sombre présente un arôme de type caramel, composé d'un mélange des nectars et miellats variés, assez persistant en bouche.

La certification Indication Géographique Protégée « Miel d’Alsace »[modifier | modifier le code]

Bandelette Miel d’Alsace IGP

Depuis le 13 mai 2005, il existe une protection communautaire d’Indication Géographique Protégée[6].
L’IGP constitue ainsi vis-à-vis du consommateur une double garantie :

- Celle d’une conformité au cahier des charges « Miel d’Alsace » avec IGP qui reprend sensiblement les mêmes critères que dans le référentiel technique des miels, critères qualité certifiés dont le respect permanent est contrôlé par Certipaq à Schiltigheim[7].
- Celle de la reconnaissance, de la réputation et de l’authenticité alsacienne confirmée par une analyse pollinique en laboratoire sur chaque lot des six crus de miel reconnus en Alsace (fleurs, acacia, tilleul, forêt, châtaignier, sapin) et par une analyse sensorielle et organoleptique effectuée par un jury spécialement formé.

Ainsi, depuis 2005, ne peut plus figurer sur l’étiquette d’un pot de miel le terme « Alsace » si l’apiculteur n’a pas adhéré à l’Organisme pour la défense et la gestion du miel d’Alsace, rattaché à la Confédération Régionale des Apiculteurs d’Alsace, ni satisfait aux critères du cahier de charges IGP Miels d’Alsace.

Aire géographique de production[modifier | modifier le code]

Alsace, les régions naturelles.

Les ruches de production doivent être installées en Alsace. Pour les miels de sapin, le périmètre est limité au versant alsacien des massifs vosgien et jurassien. Le miel de châtaignier est récolté dans les collines sous-vosgiennes (Bas-Rhin et Haut-Rhin dans les forêts de Brumath et de Haguenau). Le miel de tilleul est issu des forêts de la Hardt (Haut-Rhin).

Les zones de collecte de miel, déterminantes pour la qualité et la typicité du miel, sont définies, mais l’extraction peut s’effectuer hors zone, la traçabilité étant assurée. Les ruches sont placées dans un endroit comprenant les essences forestières ou floristiques correspondant au type de miel recherché : miel d’acacia, de tilleul, de sapin, de châtaignier, de forêt ou toutes fleurs. Le miel est extrait à maturité à froid, décanté, stocké et obligatoirement conditionné dans des pots en verre.

La diversité des miels alsaciens est directement issue de la diversité des écosystèmes : en effet, l’Alsace se caractérise par la présence à l’ouest d’une zone de montagne couverte de résineux, d’une zone de collines et de plateaux avec des vignes, des prairies et des forêts de hêtres et châtaigniers ainsi que d’une zone de plaine comprenant des cultures et des prairies.

Cette diversité des écosystèmes offre ainsi des possibilités de récolte du début du printemps au début de l’automne avec une gamme variée de produits.

Les réticences des apiculteurs alsaciens[modifier | modifier le code]

Plus de mention Miel d’Alsace pour ce miel de Breitenbach (Bas-Rhin).
Strasbourg, place du Marché aux Poissons, un apiculteur au Marché des producteurs alsaciens en 2011.

En 2011, seuls cinquante apiculteurs alsaciens, professionnels ou amateurs, ont demandé et obtenu la certification de leur production en IGP.

Cette certification a beaucoup de mal à se mettre en place, sous divers prétextes, dans le milieu des apiculteurs amateurs, dont la production annuelle ne dépasse souvent pas quelques centaines de kilogrammes, malgré les incitations des associations apicoles : mise à disposition de mielleries collectives aux normes du cahier des charges, faible redevance de la certification, sachant que surcoût en rapport avec la certification est pris en charge par la confédération des apiculteurs.

Celle-ci espère aussi que les jeunes générations d’apiculteurs seront plus sensibilisés aux règlementations européennes concernant l’hygiène des ruches, la traçabilité des productions, et la mise en valeur d'un terroir, qui de toutes les manières finiront par s’imposer, puisque de nombreux contrôles sont effectués par les services de l’État compétents en la matière (services vétérinaires, répression des fraudes, etc).

De fait, la mention « Miel d’Alsace » disparaît progressivement des étiquettes des producteurs récalcitrants, alors même que certains d’entre eux ont été primés – parmi les deux cents participants en 2011 – au Grand Concours Régional des Miels d’Alsace de Colmar, organisé par la « Confédération apicole d’Alsace »[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]