Michel Peissel

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Michel Peissel
Naissance
Paris
Décès (74 ans)
Paris
Activité principale
Réalisateur et écrivain explorateur
Distinctions
NAIS National Book Award (1965)
Critics Choice du Times
Grand Prix Vérité (1970)
Prix Louis Castex (1971)
Prix international de la Société géographique espagnole (es) (2009)
Auteur
Langue d’écriture Français et anglais

Michel Peissel (né à Paris le , mort à Paris le [1],[2]) est un ethnologue, explorateur, tibétologue, réalisateur et écrivain français. Il était membre de The Explorers Club et affilié à la Royal Geographical Society[3].

Le « dernier explorateur du XXe siècle »[modifier | modifier le code]

Michel Peissel est le fils de Georges Peissel, diplomate, et de Mme, née Simone Ladeuille. Il est élève à l'école Saint-Martin-de-France à Pontoise (Val-d'Oise) puis à l'école St. Hugues à Ware en Grande-Bretagne[4].

À 18 ans, en 1954, il tombe par hasard sur l’ouvrage de Fosco Maraini[3] sur le Tibet (Segreto Tibet, paru en 1951). Séduit par ce pays mystérieux, il se procure un ouvrage de Charles Bell sur la grammaire tibétaine et se met en devoir d'apprendre celle-ci[3]. Mais le Tibet est fermé aux étrangers après l'annexion du pays par la Chine, et il tourne ses pensées vers une carrière dans l'économie[3].

Parti étudier à la Harvard Business School à Boston aux États-Unis, il réussit à rencontrer le frère du 14e dalaï-lama, Thupten Jigme Norbu, l’un des rares Tibétains présents sur le sol américain ; ce dernier lui donne une lettre de recommandation à l'attention du premier ministre du Bhoutan, état voisin du Tibet[5]. Mais il faudra plusieurs années au jeune Peissel avant de concrétiser ses rêves de voyage dans ces contrées interdites[6].

Il est ensuite étudiant à l'institut d’anthropologie sociale à Oxford (Grande-Bretagne), avant de présenter à la Sorbonne une thèse de 3e cycle en ethnologie sur la société tibétaine[3].

En 1958, à 21 ans, au cours d'un voyage au Mexique, il découvre les vestiges de 14 sites mayas dans la forêt tropicale du Quintana Roo[3], découverte à partir de laquelle il s’intéressera à la navigation précolombienne maya et à l’influence de celle-ci sur le développement de la civilisation meso-américaine.

Il se rend compte qu’il existe encore des territoires inconnus en plein XXe siècle. Il décide d’être explorateur, et ses notions de tibétain le guident tout naturellement vers l’Himalaya.

Les territoires secrets de l’Himalaya[modifier | modifier le code]

Les territoires parcourus par Michel Peissel
Photo d'un cavalier khampa publiée dans l'ouvrage Les Cavaliers du Kham, guerre secrète au Tibet.

À partir de 1959, Michel Peissel est parmi les premiers à parcourir les royaumes fermés de l’Himalaya comme le Mustang, dans le nord du Népal[3]. Il passe de nombreuses années à sillonner à pied ou à dos de mulet le Bhoutan, le Ladakh, le Zanskar et le Tibet[3].

Il se rend pour la première fois dans la région au printemps 1959, conduisant une expédition ethnographique au Népal[4].

En 1964, il explore le Mustang, dans le nord du Népal[4],[3].

En 1968, il traverse le Bhoutan et explore le Nord-est du pays[4].

Il rapporte de ses rencontres avec les peuples de l’Himalaya des témoignages aussi divers que livres[7], articles, films documentaires[8], dessins et aquarelles.

Partisan de l’indépendance du Tibet dès la première heure et aidé par sa connaissance de la langue tibétaine, il contacte les guérilleros tibétains. Son livre, Les Cavaliers du Kham, dévoile la guerre secrète des Khampas qui, soutenus par la CIA, attaquent les troupes chinoises[9]. Cela lui vaut d’être temporairement interdit de séjour en Chine, en Inde et au Népal (après la mort de Mao Zedong, le président Deng Xiaoping lui permettra par un décret de reprendre ses recherches au Tibet)[6].

En 1972, il utilise un aéroglisseur pour pouvoir franchir la chaîne de l’Himalaya sur la Kali Gandaki entre les monts Dhaulagiri et Annapurna[3]. Il conçoit par la suite un engin sur coussin d'air[10] qu’il utilisera en Amérique centrale pour le compte de la société Disney[11], puis en 1980 lors d’une expédition sur le Gange pour remonter les rapides et naviguer les eaux blanches.

Entre 1992 et 1994, ses travaux sur les chevaux tibétains le mènent à la découverte d’un cheval archaïque, nommé cheval de Riwoché, ainsi que du cheval de Nangchen[3]. Passionné par la préhistoire de l’Asie centrale, il met au jour de nombreux sites troglodytes vieux de trois mille ans, et documente la survivance de l’art scythe au Tibet. Homme de terrain, il figure parmi les meilleurs connaisseurs du monde tibétain.

En 1998, il voit dans le plateau de Dansar au Gilgit-Baltistan l’Eldorado grec, le pays des « fourmis chercheuses d'or » d’Hérodote.

Dans le sillage des Mayas et des Varègues[modifier | modifier le code]

En 1987 avec l'appui d'archéologues mexicains, il construit une pirogue géante maya pour naviguer (en 1988) 700 km en haute mer du Mexique au Guatemala et démontrer le rôle du commerce maritime des Itza dans l'effondrement des cités du bas empire maya (thèse reprise plus tard par Jacques Soustelle).

L'année suivante 1989, il construit une barque viking et traverse l’Union Soviétique à la rame et à la voile, de la Baltique à la Mer Noire, soit 2 500 km, remontant la Dvina et redescendant le Dniepr. Il reproduit ainsi le périple des Varègues, fondateurs au VIIIe siècle de la monarchie russe. Ce voyage révèle des qualités insoupçonnées des barques vikings, capables de remonter à la voile en glissant sur les bas fonds les rapides les plus forts. Ses recherches bousculent toutes les idées reçues sur les communications dans la Russie du IXe siècle.

Vers les sources du Mékong[modifier | modifier le code]

En 1994, Michel Peissel part à la recherche de la source du Mekong[3] qu’il situe au col Rupsa-la, à 4 975 mètres d'altitude à la tête du Dza Nak, le Mekong noir, reconnu depuis plus d'un siècle par les cartographes comme la principale branche du fleuve. Des expéditions ultérieures, sino-japonaises et américaines, démontreront que la source géographique véritable est sur la branche nord, le Dza Kar, un torrent dont la source serait éloignée de plus de 4 500 mètres de l'embouchure que la source « historique » trouvée par Michel Peissel.

Accueil critique[modifier | modifier le code]

Dans son compte rendu de Zanskar, the Hidden Kingdom, paru en 1979 (titre français : Zanskar, royaume oublié aux confins du Tibet), Sudhir Sahi fait remarquer que loin d'être un « royaume » « inexploré » ou « oublié », le Zanskar a vu passer par ses cols maints voyageurs et alpinistes venus de l'Inde et d'au-delà. De plus, ajoute-t-il, en 1979 on ne trouve plus de « rois » en Inde. La prétention qu'affiche Peissel d'avoir découvert une vallée perdue au cœur de l'Himalaya ne peut qu'irriter, déclare-t-il. Sudhir Sahi reproche également à Peissel ses interprétations erronées telles que l'affirmation que la passe de Shingo La (en) débouche sur l'Inde (alors même que le Zanskar est en Inde) ou encore qu'il y ait de l'antagonisme entre les tibétophones du Kashmir et la haute administration de la Nouvelle-Delhi (oubliant ainsi que l'Inde a accordé l'hospitalité aux exilés tibétains). Peissel se voit accusé d'être incapable de saisir que l'Inde est à la fois diverse et unie. Sudhir Sahi déplore que faute de spécialistes au fait du terrain, on ne remette pas plus souvent en question des livres aussi superficiels[12].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Michel Peissel a écrit 20 ouvrages, une biographie, deux romans et 17 documents sur ses expéditions. Totalement bilingue, il écrit certains de ses livres en anglais.

  • Le Royaume perdu du Quintana-Roo, Plon, Paris, 1965
  • Tiger for Breakfast, Dutton, New-York, 1964
  • Mustang, Royaume Tibétain Interdit, Arthaud, Paris, 1969
  • Bhoutan inconnu, royaume d’Asie, Arthaud, Paris, 1971
  • Les Cavaliers du Kham, guerre secrète au Tibet, Robert Laffont, Paris, 1972, (OCLC 11833732)
  • Le Grand Passage de l’Himalaya, Robert Laffont, Paris,1976
  • Himalaya continent secret, Flammarion, Paris, 1977
  • Les Portes de l'Or, Robert Laffont, Paris,1978
  • Zanskar, royaume oublié aux confins du Tibet, Robert Laffont, Paris, 1979
  • Les Royaumes de l'Himalaya, Pierre Bordas et Fils, Paris 1986
  • La Tibétaine, roman, Robert Laffont, Paris, 1986
  • Itza ou le mystère du naufrage maya, Robert Laffont, Paris, 1989
  • Expédition l'or Maya,Polygram music vidéo, 1990 (Film documentaire) [1]
  • Les cavaliers du Kham, Robert Laffont, Paris, 1992, (ISBN 978-2-221-03444-6)
  • L'Or des fourmis, Robert Laffont, Paris, 1992
  • La Route de l'ambre, Robert Laffont, Paris, 1992
  • Un Barbare au Tibet, Le Seuil, Paris, 1995
  • La Khamba, roman, Anne Carrière, Paris, 1996
  • Dernier horizon ; à la découverte du Tibet inconnu, traduit par Françoise de Maulde, Robert Laffont, Paris, 2001, (ISBN 2221092724 et 9782221092729)
  • Tibet, the Secret Continent, Cassel's Illustrated, London, 2002
  • Tibet, le pèlerinage impossible, La Martinière, Paris, 2005, (ISBN 2732432393)
  • Le Troisième pôle - Voyage aux fins fonds du Tibet dans l'inconnu et dans le froid sur le plus haut plateau de la planète, DVD documentaire, 2005

Prix[modifier | modifier le code]

Brevets[modifier | modifier le code]

  • Premier aéroglisseur à une seule hélice conçu avec l'ingénieur Robert Trillo en 1977[16]
  • Jupe simplifiée pour véhicules sur coussin d'air (en 1979)[17]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Agence France-Presse, « Mort de l'ethnologue Michel Peissel », Le Figaro,‎ (lire en ligne).
  2. (en) Marlise Simons, Michel Peissel, Tibet Expert and Adventurer, Dies at 74, The New York Times, 15 octobre 2011
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k et l (en) Michel Peissel, The Telegraph.
  4. a, b, c et d Fiche de l'auteur, dans Who's Who in France.
  5. (en) Loren Coleman, Tom Slick: True Life Encounters in Cryptozoology, 2002, (ISBN 0941936740) : « Peissel revealed that he first went to the area in the spring of 1959 with a letter of recommendation from Thubtan Norbu, the brother of the Dalai Lama, to the Prime Minister of Bhutan. »
  6. a et b (es) Michel Peissel, Sociedad Geographica EspaÑola, p. 10 à 12.
  7. Ses ouvrages édités en 16 langues ont obtenu de nombreux prix littéraires dont un NAIS National Book Award aux États-Unis et le Critics Choice du Times de Londres. En France, il obtient le Grand Prix Vérité 1970 et la même année le prix Louis Castex décerné par l’Académie française pour son ouvrage Mustang, royaume tibétain interdit.
  8. Michel Peissel participe à la réalisation de 22 films documentaires sur ses expéditions, dont une série de quatre films tournée en 1978 avec la BBC sur le Zanskar avec Peter Montagnon et une émission de la série Smithsonian exploration special aux États-Unis sur sa découverte des sources du Mekong. De 1979 à 1980, il est producteur pour Antenne 2 de sa propre émission : Les Frontières de l'inconnu.
  9. (en) Marlise Simons, Michel Peissel, Tibet Expert and Adventurer, Dies at 74, The New York Times, 15 octobre 2011 : « Its follow-up, “Cavaliers of Kham,” created an even greater stir with its narrative of the secretive Tibetan Khampa guerrillas, who attacked Chinese troops with C.I.A. support ».
  10. (voir brevet)
  11. Aventure relatée dans son livre Les Portes de l'Or.
  12. (en) Sudhir Sahi, compte rendu de Zanskar, the Hidden Kingdom de Michel Peissel, in Himalayan Journal, 37, 1979-1980.
  13. (en) The Hovercraft Museum Newsletter, June 2008 : « Encouraged by the success of his first book "The Lost World of Quintana-Roo" which won a NAIS National Book Award he devoted his life to exploring the long forbidden far reaches of greater Tibet. »
  14. Prix Louis Castex
  15. Société géographique espagnole
  16. Premier aéroglisseur à une seule hélice conçu avec l'ingénieur Robert Trillo
  17. Jupe simplifiée pour véhicules sur coussin d'air

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]