Michel Le Tellier (jésuite)

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Michel Le Tellier
Description de l'image Michel_Le_Tellier.jpg.
Naissance
Le Vast
Décès
La Flèche
Formation
Collège jésuite

Michel Le Tellier, né à l’Énauderie, hameau du Vast le et mort le à La Flèche, est un jésuite français, dernier confesseur de Louis XIV.

Fils d’un vigneron normand, Le Tellier fit ses études à Caen, au collège des jésuites, qui en jugèrent si favorablement, qu’ils le reçurent parmi eux dès l’âge de 17 ans, le 26 septembre 1661. Il fut élevé au sacerdoce en 1674, admis à la profession solennelle des quatre vœux, le 2 février 1677, à Rennes. Après avoir régenté avec succès la philosophie et les humanités, ses supérieurs parurent le destiner uniquement aux lettres et il fut chargé de travailler sur une édition ad usum Delphini de l’Histoire d’Alexandre le Grand de Quinte-Curce;. L’édition qu’il en donna en 1678 fut estimé et le fit choisir avec quelques autres pères, distingués par de semblables travaux, pour établir à Paris, au collège de Clermont, une société de savants, qui succédât à Sirmond et à Pétau. Mais ce projet, dont l’exécution était naturellement assez difficile, fut dérangé par le goût que Le Tellier se consacra bientôt à un genre d’écrits tout différent, qui le conduisit par degrés aux premiers emplois de sa compagnie.

Ayant acquis en théologie des connaissances assez profondes et une érudition assez étendue, il y fut successivement réviseur, recteur, provincial de sa compagnie. Il fut un des principaux adversaires de la version du Nouveau-Testament, dite de Mons qu’il attaqua dans trois ouvrages différents, en 1672-75 et 1684. Il prit ensuite beaucoup de part à la controverse sur les cérémonies chinoises. Sa Défense des nouveaux chrétiens, et des missionnaires de la Chine, du Japon et des Indes, point de départ d’une polémique aussi productive qu’ardente qui parut en 1687, 2 vol. in-12, fut vivement attaquée par Arnauld et du Vaucel, et déférée à Rome, où elle ne fut pas condamnée. Le Tellier y donna depuis une suite, et répondit à ses ennemis. Il contribua, avec Besnier, à la traduction du Nouveau-Testament à partir de la Vulgate de Bouhours, qui parut en 1697 et en 1703. Ayant été choisi pour continuer les Dogmes théologiques de Pétau, il s’attacha au traité de la pénitence, qu’il acheva, mais qui n’a pas été imprimé.

En 1683, Le Tellier dirigeait la chapelle royale. Son rôle, en tant qu'ecclésiastique, était seulement de faire le lien entre l'Église et les musiciens, le tout avec l'aval du roi : à ce titre Le Tellier appuya la candidature du maître de musique et compositeur Guillaume Minoret qui souhaitait devenir sous-maître de cet ensemble avant tout vocal, à vocation liturgique et musicale. À l'issue du concours de recrutement organisé en avril à la demande du roi, Minoret devint un des quatre sous-maîtres qui, dès lors, eurent à se partager la direction musicale de cette chapelle (auparavant, les sous-maîtres étaient au nombre de deux). Le Tellier n'avait donc pas de rôle directement musical. Ces quatre musiciens (ainsi que les chantres qu'ils dirigeaient) étaient simplement placés sous ses ordres.

Dans la querelle faite aux Jésuites sur ce qu’on appelait le péché philosophique, il publia quelques petits écrits, en 1691, pour la justification de ses confrères. Il fut un des premiers collaborateurs des Mémoires de Trévoux. Le Tellier est encore auteur de quelques ouvrages contre les jansénistes, comme : Recueil de bulles sur les erreurs des deux derniers siècles, 1697; Histoire des cinq propositions de Jansénius (sous le nom de Dumas), Liège, 1699, in-12. ; Le P. Quesnel séditieux et hérétique, 1705, in-12, etc. Cjes écrits exposèrent Le Tellier à l’animadversion d’un parti nombreux et puissant, qui l’a peint ensuite comme ayant horriblement abusé de la confiance de Louis XIV. Le Tellier eut aussi les mêmes fonctions de confesseur auprès de Monseigneur en 1711, mais les jansénistes ne lui épargnèrent aucune injure.

Ce fut après la mort du père de la Chaise, que Le Tellier, arrivé par les degrés jusqu’au poste de provincial dans sa compagnie, fut nommé confesseur du roi, en février 1709, place d’autant plus importante, que la feuille des bénéfices était attachée. Pendant ces six années, ce religieux exerça une influence importante sur Louis XIV qui, parlant de lui au duc d’Harcourt, lui dit : « Je ne connais pas dans tout mon Royaume un homme plus intrépide et plus saint ». Louis XIV n’avait cependant pas ignoré l’impopularité dont son zélé conseiller était l’objet, à la cour, dans la noblesse de Paris et de la province, et surtout parmi les protestants et les jansénistes avérés ou secrets, dont ses nouvelles fonctions lui avaient permis de réprimer l’ardeur et d’affaiblir l’influence. On assure, dans beaucoup de libelles et même dans quelques histoires, que Le Tellier fut dès lors l’âme de toutes les affaires, et qu’il se montra violent et persécuteur. Mais Louis XIV ne suivit pas, après 1709, une conduite différente de celle qu’il avait tenue jusque-là ; il regardait déjà les jansénistes comme dangereux et il les contint avec fermeté. L’acte le plus sévère de cette partie de son règne fut la destruction de Port-Royal des Champs en 1709, mesure accompagnée de circonstances propres à la faire paraître encore plus rigoureuse.

L’affection profonde de Louis XIV pour la Compagnie de Jésus l’engagea à entretenir Le Tellier des craintes que lui inspirait cette haine et de la vengeance qu’on ne manquerait pas d’exercer contre lui, dès le début d’un nouveau règne. « Sire, lui répondit le confesseur, que pourrais-je craindre, quand je défends les seuls intérêts de Dieu ? Si la Compagnie succombait en combattant pour une aussi belle cause, Dieu saurait se créer d’autres défenseurs. Il n’est pas nécessaire que la Compagnie ne meure point, mais il est nécessaire que la sainte Église demeure sans tache et toujours debout ». Ceux qui l’ont le plus maltraité, sont, le duc de Saint-Simon, dans ses Mémoires[1] ; Antoine Dorsanne dans son Journal et Villefore dans ses Anecdotes sur la constitution Unigenitus. Tous trois, qui favorisaient le parti que Le Tellier avait combattu, ramassaient avec soin, citant comme des autorités, de petites anecdotes, des propos, et des conversations. Saint-Simon rapporte ainsi du bruit qui courut que Le Tellier avait fait faire au roi mourant les vœux de sa société ; mais il ajoute que le chirurgien du roi, Maréchal, qui n’aimait pas non plus Le Tellier, lui a certifié que le fait était faux : cette histoire a pourtant été répétée dans d’autres recueils. Encore selon Dorsanne et Villefore, c’est le père Le Tellier qui aurait tout fait dans l’affaire de la bulle Unigenitus [2]: il aurait fatigué Louis XIV de ses sollicitations; il aurait forcé la main au pape ; les cardinaux comme les évêques auraient été ses agents serviles, et auraient sacrifié leur devoir à la politique.

Il est possible qu’avec de bonnes vues, dans le fond, Le Tellier ait été, en quelques occasions, entraîné trop loin par l’ardeur de son zèle ; mais il y a loin de là au caractère odieux qu’on lui prête et au rôle violent qu’on lui fait jouer. Louis XIV lui ayant demandé s’il était parent des Le Tellier de Louvois, il répondit qu’il n’était que le fils d’un paysan. Le chancelier d’Aguesseau rapporte, dans le Discours sur la vie et la mort, que le roi ayant demandé un jour au père Le Tellier pourquoi il ne se servait pas, pour ses voyages, d’un carrosse à six chevaux, comme son prédécesseur ; le confesseur répondit que « cela ne convenait point à son état ». Après la mort de Louis XIV, Le Tellier se trouva en butte à toute la haine du parti triomphant. On ne sait si cette disgrâce fut due à un ressentiment politique du duc d’Orléans et de son parti, à une vengeance des jansénistes, à une réaction du nouveau pouvoir contre l’influence des Jésuites sous le long règne de Louis XIV, ou un peu de chacun de ces divers motifs, mais il était particulièrement odieux au cardinal de Noailles : il fut persécuté et expulsé de Paris. Même l’exil d’Amiens, où sa vie était des plus retirées, parut trop près de la cour, et, malgré son grand âge, les supérieurs durent à la demande du Régent, de l’envoyer au collège jésuite de la Flèche, où il mourut à l’âge de 76 ans.

L'impopularité de Le Tellier se retrouve dans cette épigramme de Madame la Duchesse douairière[3]

                                                                 Un jour deux diables en volant
                                                                       Firent une gageure
                                                                  A qui chierait le plus puant
                                                                      Sur l'humaine nature
                                                                    L'un d'eux chia Le Tellier
                                                                     L'autre, d'effroi recule
                                                                   Et pour surpasser le premier
                                                                      Soudain chia la bulle''

Le Tellier était, à sa mort, membre honoraire de l’Académie des inscriptions et belles-lettres depuis dix ans.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres
  • Histoire de la persécution de deux saints évêques par les Jésuites l’un, Dom Bernardin de Cardenas, évêque du Paraguay dans l’Amérique méridionale, l’autre, Dom Philippe Pardo, archevêque de l’église de Manille métropolitaine des Isles Philippines dans les Indes orientales, Cologne, Gervimis Quentel, 1691
  • Defense des nouveaux chrestiens et des missionnaires de la Chine, du Japon, & des Indes : contre deux livres intitulez, La morale pratique des jésuites, et L’esprit de M. Arnauld, Paris Estienne Michallet, 1687-1690
  • Histoire des cinq propositions de Jansenius, Liege, Moumal, 1699
  • Le P. Quesnel heretique dans ses Réflexions sur le Nouveau Testament, Bruxelles, M. Michiels, 1705
  • L’Erreur du péché philosophique combattue par les Jésuites, Liège, Pierre Borgelot, 1691
  • Lettre à Monsieur ** docteur de Sorbonne : au sujet de la révocation faite par M. l’abbé de Brisacier de son approbation donnée en 1687 au livre intitulé, Défense des nouveaux Chrestiens & des missionnaires de la Chine, &c., Paris, [s.n.], 1700
  • Lettre d’un docteur en théologie à un missionnaire de la Chine, qui lui a proposé divers doutes sur le chemin qui doit suivre dans ces missions [S.l.n.d.], 1636
  • Lettre d’un théologien à une personne de qualité, sur le nouveau livre des jésuites, contre la Morale pratique, intitulé défense des nouveaux chrestiens, &c., Paris, [s.n.], 1688
  • Observations sur la Nouvelle défense de la version françoise du Nouveau Testament imprimée à Mons. Pour justifier la conduite des papes, des évêques & du roy, à l’égard de cette version, Rouen, Estienne Michallet, 1685, 1684
  • Recueil de pièces concernant les religieuses de Port-Royal des Champs, qui se sont soumises à l’Eglise, Paris, Imprimerie Royale, 1710
  • Recueil historique des bulles et constitutions, brefs, décrets & autres actes, concernans les erreurs de ces deux derniers siècles : tant dans les matières de la foy que dans celles des mœurs, depuis le Saint Concile de Trente, jusqu’à nôtre temps, Mons, Gaspard Migeot, 1698
Traduction
  • Le Nouveau Testament de Nostre Seigneur Jesus-Christ, Paris, Josse, 1698
Édition
  • Q. Curtii Rufi De rebus gestis Alexandri Magni cum supplementis Freinshemii. Interpretatione et notis illustravit Michael Le Tellier Jussu Christianissimi Regis, in usum serenissimi Delphini, Paris Frédéric Léonard, 1678

Références[modifier | modifier le code]

  • Pierre Bliard, Les Mémoires de Saint-Simon et le père le Tellier, confesseur de Louis XIV, Paris, Plon, 1891.
  • Édouard de Barthélemy, Le Cardinal Noailles d’après sa correspondance inédite, 1651-1728, Paris, Techener, 1886.
  • Louis Le Gendre, Mémoires de l’abbé Le Gendre, chanoine de Notre-Dame, Paris, Charpentier, 1863.
  • Bulletin de la Société historique et archéologique de l’Orne, t. 18, 1899, p. 126-7.
  • Nicolas-Toussaint Des Essarts, Les Siècles littéraires de la France, Paris, Chez l'auteur, 1800-1, p. 186-9.
  1. SAINT-SIMON, Mémoires - Gallimard - Bibliothèque de la Pléiade 1984 - vol. III - pp. 343 - 346 : portrait (à charge) du jésuite par le duc.
  2. SAINT-SIMON, Mémoires - Gallimard - Bibliothèque de la Pléiade 1985 - vol. IV - pp. 699 - 711 : exposé par le duc de sa controverse avec le P. Tellier et de leur lutte autour de cette Constitution.
  3. Archives de La Bastille, documents inédits recueillis par François Ravaisson (1881), p° 5