Michel Fano

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Michel Fano
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Michel Fano, le 28 avril 2013 en région parisienne
Naissance
Paris (Drapeau de la France France)
Nationalité Française
Profession Compositeur
Cinéaste
Producteur
Films notables Le Territoire des autres
L'Immortelle

Michel Fano est un musicien, compositeur de musique sérielle, écrivain, cinéaste, il développe l'idée de continuum sonore inspirée par celle de partition sonore du compositeur Edgard Varèse. Michel Fano a réalisé la partition sonore de très nombreux films, dont une bonne partie de l'œuvre filmique d’Alain Robbe-Grillet. Il a aussi travaillé sur plusieurs films animaliers dont Le Territoire des autres, œuvre saluée par Orson Welles.

Biographie[modifier | modifier le code]

Débuts[modifier | modifier le code]

Né le à Paris, Michel Fano est le dernier d'une fratrie de six enfants, fils du financier et homme d'affaires français René Eugène Fano (1878-1937) qui vécut en Chine à Shanghai de 1902 jusqu'à sa mort. Passionné d'art et d'architecture, il y fut l'un des instigateurs de l'Art Déco, à travers les 3 sociétés de son groupe d'investisseurs, I.S.S, PICARDIE et FONCIM, avec, notamment l'immeuble Picardie et l'immeuble Dauphine[1]. En 1911, René Fano épouse Margret Ellinger, de nationalité anglaise [2]. La famille Fano, de retour en France à la fin des années 1930, le jeune Michel, passionné de musique, va y consacrer sa vie entière, commençant très tôt par des études musicales classiques. Il entre au Conservatoire de Paris où il est l’élève d’Olivier Messiaen et l’ami de Pierre Boulez ; et il débute sa carrière en devenant un temps le pianiste d’Henri Salvador.

Il se fait connaître comme compositeur et théoricien et écrit une Sonate pour deux pianos (1952) et une Etude pour 15 instruments, deux pièces sérielles d'une rare complexité et dont l'écriture reflète les préoccupations des compositeurs à cette époque. Au début des années 1950, l'avant-garde musicale, qui s'exprime notamment dans les concerts parisiens du Domaine musical organisés par Pierre Boulez, rencontre un public désorienté, voire hostile : Michel Fano est de ceux qui se battent alors pour de nouvelles formes d'écoute, propos qu'il développe personnellement dans des textes comme Aspects de la musique contemporaines.

En 1953, il réussira à faire de son Wozzeck ou le Nouvel Opéra, écrit avec le poète Pierre Jean Jouve, un livre de référence, emblématique d'une époque, mais aussi "art poétique" de ses futures inventions dans le domaine du son au cinéma.

Les années "Nouvelle vague"[modifier | modifier le code]

À la fin des années 1950, Fano se lie avec le romancier Alain Robbe-Grillet et coproduit Hiroshima mon amour (1959) et L'Année dernière à Marienbad (1961), tous deux réalisés par Alain Resnais, puis L'Immortelle (1963), première réalisation de Robbe-Grillet lui-même. Il travaille aussi avec d'autres réalisateurs marqués Nouvelle vague comme Pierre Kast dans Le Bel Âge (1960), Jacques Doniol-Valcroze dans L'Eau à la bouche (1960), Jean-Pierre Mocky dans Un couple, ou encore Jean Rouch dans La Pyramide humaine et Chronique d'un été (1961).

Mais la rencontre avec Alain Robbe-Grillet marque le début d’une longue collaboration entre le compositeur et l’écrivain phare du Nouveau Roman[3]. En effet, Michel Fano écrira la partition sonore de la plupart de ses films dont Trans-Europ-Express (1966), L'Homme qui ment (1968), L'Eden et après (1970) , Glissements progressifs du plaisir (1974). Seuls manquent à cette liste Un bruit qui rend fou et C'est Gradiva qui vous appelle.

Sa collaboration avec Alain Robbe-Grillet, lui permet de mettre au point et d'appliquer sa conception du sonore au cinéma, donc de tout ce qui est audible dans un film. Cet ensemble, ce "total sonore (1963)", s'organise au sein d'une partition sonore. Rejoignant par là son idée de développer de nouvelles formes d'écoute, l'union des sons instrumentaux, de la voix, et du son naturaliste ne formant plus qu’un seul ensemble sonore indissociable, Michel Fano amène le spectateur à s'interroger sur l'action du sonore sur l'ensemble du phénomène filmique, images et récit.

Films animaliers[modifier | modifier le code]

Dans ses films animaliers, Le Territoire des autres (1970) qu’il réalise avec Gérard Vienne et François Bel et La Griffe et la Dent (1976), de Vienne et Bel, l'idée de continuum sonore permet d'explorer d'autres relations, en l'absence de toute parole. Orson Welles dira du Territoire des autres qu'il "est un trésor qui doit être chéri par les générations de cinéphiles à venir comme par ceux de la génération d’aujourd’hui qui retrouvent en lui son expression propre. Tous ceux qui le verront seront touchés et y trouveront la présence d’une magie"[4].

En s'appuyant sur son savoir-faire de musicien, Michel Fano mène une carrière d’ingénieur et de monteur son au cinéma. Puis, il crée son propre studio, Aura Films [1], où il peut expérimenter de nouvelles techniques sonores sans contraintes. Il est ainsi le premier à utiliser le magnétophone portable Nagra sur le tournage d’un film de long métrage, et l’un des premiers à utiliser un système de montage son virtuel (le système Dy-Axis) pour le montage sonore dans Le Peuple singe (1989) de Gérard Vienne.

Musique contemporaine : réflexions, enseignement et recherche[modifier | modifier le code]

Michel Fano réalise également plusieurs films ayant la musique pour objet et notamment en 1980 une série pour Antenne 2 : Introduction à la Musique Contemporaine, programme divisé en sept émissions d'une heure environ : musique et modernité, matériau et instruments, musique et machines, répétitions et différences, nécessité et hasard, musique et récit, musique et société[5]. On lui doit encore la bande sonore de la série animée en images de synthèse 3D Les Quarxs (1993) conçue et réalisée par Maurice Benayoun. Enseignant, il va dispenser pendant près d’un demi-siècle des cours et conférences sur l’esthétique sonore aux étudiants de cinéma. À la demande de Jack Gajos, fondateur de la Fémis, il crée et dirige pendant sept ans le département Son de cette célèbre école de cinéma parisienne. Un enseignement qu’il dispense également en Amérique Latine : à l’Escuela Internacional de Cine y Televisión de Cuba, mais aussi à Buenos Aires, Mexico, Brasilia.
Plus récemment, Michel Fano travaille sur trois projets. Le premier utilise les possibilités offertes par le multimédia (DVD, CD Rom) en matière de création d'œuvres audiovisuelles dans une perspective de cocréation avec l'utilisateur. Dans le second, il retourne vers la musique contemporaine de ses débuts, en écrivant une nouvelle œuvre musicale de neuf pièces pour Soprano, ensemble instrumental et électronique Fab » dont les pièces Fab V et Fab IV ont déjà été jouées en public à Cannes et à Grenoble.
Enfin Michel Fano a entrepris un travail d'analyse approfondie sur la totalité de l'œuvre Lulu, opéra d'Alban Berg, analyse actuellement en ligne sur son propre site [2]. Michel Fano partage son temps entre Paris et son village de Mérindol-les-Oliviers dans la Drôme, dont il a contribué à réhabiliter les vieilles pierres depuis le début des années 1960.

Décorations[modifier | modifier le code]

  • Chevalier de la légion d'Honneur, 12 juillet 1992.
  • Officier des Arts et des Lettres
  • Membre de l'Académie Drômoise des Lettres, Sciences et Arts, reçu en 2013[6]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. René Fano, Union des Français de Chine, « Art déco à Shanghai »,
  2. Académie Drômoise des Lettres, Sciences et Arts, « Réunion d'automne à Pont-de-l'Isère »,
  3. Centre Pompidou, « Alain Robbe-Grillet / L'Homme qui ment. Rencontre avec Michel Fano - Nouveau festival / 3ème édition »,
  4. Documentaires du grand écran, « Film : Le territoire des autres. »
  5. Ressources - IRCAM, « Introduction à la musique contemporaine »
  6. Académie Drômoise des Lettres, Sciences et Arts, « Michel Fano »

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie et documentation[modifier | modifier le code]

  • Wozzeck ou le nouvel opéra.- Pierre-Jean Jouve, Michel Fano, 1953, Plon, 242 pages.
  • Aspect de la musique contemporaine.- Michel Fano, 1954, Ed. Le Point - Revue artistique et littéraire. Souillac (Lot), Mulhouse, 20 pages.
  • Wozzeck d'Alban Berg précédé du texte de l'Opéra dans la traduction de Pierre-Jean Jouve.- Pierre-Jean Jouve, Michel Fano, 1964, Ed. 10/18, 315 pages.
  • Au cinéma.- Michel Cournot, 2003, Éditions Melville - Éditions Léo Scheer, article Michel Fano, pages 93-97. A propos du tournage du film L'Immortelle d'Alain Robbe-Grillet.

Liens externes[modifier | modifier le code]