Meurtre de Mohammad Abou Khdeir

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Meurtre de Mohammad Abou Khdeir
Fait reproché Homicide
Chefs d'accusation Enlèvement, meurtre
Pays Drapeau d’Israël Israël
Drapeau de la Palestine Palestine
Ville Jérusalem-Est
Date 2 juillet 2014
Nombre de victimes 1
Jugement
Statut 2 accusés condamnés à perpétuité
1 accusé condamné à 21 ans de prison
Tribunal Tribunal du district de Jérusalem (Israël)
Date du jugement

Le meurtre de Mohammad Abou Khdeir, un jeune arabe palestinien de 16 ans, a été perpétré le .

Mardi 2 juillet vers 4 heures du matin, au lendemain de l'enterrement de trois jeunes israéliens enlevés puis tués, Khdeir a été forcé d'entrer dans un véhicule par trois hommes parlant hébreu, dans la rue devant la mosquée du quartier de Shu'fat (Jérusalem Est) où il se rendait pour les prières du matin. Les témoins n'ont pas pu arrêter la voiture et sa famille a immédiatement prévenu la police israélienne qui a retrouvé son corps, calciné, quelques heures plus tard dans la forêt de Jérusalem, de l'autre côté de la ville[1]. Mohammad Abou Khdeir a été identifié dans un premier temps par des prélèvements ADN, ses parents n'ayant pas été autorisés à voir le corps[2].

L'autopsie, réalisée en présence du directeur de l'institut de médecine légale palestinien, a montré que « le corps de l'adolescent palestinien a été brûlé à 90 % et que des cendres ont été retrouvées dans le système respiratoire de la victime, laissant penser que le garçon a inhalé ces matières alors qu'il était brûlé vif[3]. ».

Quatre jours plus tard, les autorités israéliennes ont placé six personnes en détention dans le cadre de l'enquête. Les enquêteurs estiment que « le jeune Mohammad Abou Khdeir a été tué pour des motifs nationalistes, laissant supposer que les soupçons palestiniens visant des militants juifs d'extrême-droite pourraient être justifiés[3]. ».

Le jeudi 17 juillet 2014, trois Israéliens d'extrême droite dont l'identité n'a pas été divulguée, un homme de 29 ans et deux mineurs de 16 ans sont inculpés pour enlèvement et meurtre.

Contexte[modifier | modifier le code]

Mohammad Abou Khdeir, qui étudiait au lycée technique Amal pour devenir électricien et dont le père tient un magasin d'électro-ménager, habitait le quartier de Shuafat, situé à côté du camp de réfugiés de Shu'fat, dans Jérusalem Est. Ce quartier, relativement aisé, est plus calme que d'autres quartiers et ses habitants sont rarement en confrontation avec la police israélienne[4].

Le 12 juin 2014, trois jeunes étudiants israéliens qui faisaient de l'auto-stop pour rentrer chez eux depuis leur école de Cisjordanie sont enlevés et tués peu après. Les recherches durent près de trois semaines, jusqu'à la découverte de leurs corps, le 30 juin[5],[6]. La population israélienne est très touchée par ces enlèvements et, avant la découverte des corps, de nombreuses manifestations ont lieu pour réclamer leur libération, à la fois en Israël et à l'étranger[7].

En marge de l'enterrement des trois Israéliens, une manifestation d'extrême-droite se tient dans laquelle près de deux-cents Israéliens « prennent part à une manifestation anti-arabe qui dégénère en chasse aux Arabes[8] ».

La mort de ces trois adolescents suscite chez certains Israéliens une expression de haine anti-arabe qui conduit des colons à des actes de représailles contre des propriétés palestiniennes en Cisjordanie [8]. Dans un autre registre, à partir du 30 juin 2014, des groupes Facebook sont ouverts sous le slogan « Le peuple d'Israël demande vengeance ». L'un d'eux, qui met en valeur des selfies accompagnés de commentaires racistes et d'appel à la vengeance, regroupe plus de 35 000 membres avant d'être fermé[8]. La ministre de la justice Tzipi Livni et l'armée condamnent ces appels à la vengeance tout en indiquant qu'ils ont l'intention de poursuivre les auteurs de ces appels. Benyamin Nétanyahou, le chef du gouvernement israélien, appelle les deux camps à résister à la tentation de se faire justice eux-mêmes[8]. Selon Le Monde, « certains commentateurs » — Le Monde ne précise pas qui ils sont — l'accusent de la propagation de ces discours haineux[8].

Enquête[modifier | modifier le code]

Dans un premier temps, à la demande du Shin Bet, l'agence de sécurité intérieure, la justice israélienne interdit aux médias de publier sur l'affaire. L'interdiction est partiellement levée le dimanche 6 juillet 2014 pour annoncer l'arrestation, par la police israélienne, de six suspects[9].

Trois des six suspects auraient reconnu leur crime selon le journal Haaretz[10]. Ces six hommes, dont certains sont mineurs, sont de confession juive et originaires de Jérusalem et de ses environs. Ils sont suspectés avoir enlevé et tué Mohammad Abou Khdeir pour venger la mort de Eyal Yifrach, Naftali Frankel et Gilad Shaer, enlevés le 12 juin et retrouvés morts près d'Hébron, en Cisjordanie, le 30 juin[9]. Selon le quotidien israélien Marriv, les suspects sont des activistes d'extrême-droite issus de la communauté juive ultra-orthodoxe qui ont apparemment agi de leur propre fait.

Mohammad Abou Khdeir a été enlevé dans la nuit de mardi 1er au mercredi 2 juillet, à 3 h 45, alors qu'il attendait dans la rue pour aller prier, des jeunes gens l'ayant forcé à monter dans leur voiture. Le père de la victime, probablement prévenu par des témoins ayant assisté à l'enlèvement, appelle la police à 4 h 05. Le corps est retrouvé une heure plus tard, dans une forêt de Jérusalem-Ouest, grâce à la géolocalisation de son téléphone[9].

Le corps du jeune Palestinien montre des blessures à la tête ainsi que des brûlures couvrant 90 % de son corps[9],[11]. L'autopsie, effectuée par des médecins israéliens, rapporte la présence de fumée dans ses poumons ce qui signifie que Mohammad Abou Khdeir était encore en vie pendant qu'il brûlait. Al-Husseini, ministre palestinien chargé de Jérusalem, remarque qu'il a « été brûlé de l'intérieur et de l'extérieur, car il a probablement été forcé à boire du carburant ».

Très rapidement, après que la voiture ayant servi à l'enlèvement a été retrouvée, les suspects sont arrêtés à leurs domiciles dimanche 6 juillet à l'aube et transférés pour interrogatoire au Shin Bet. Les trois d'entre deux ayant reconnu les faits, participent à une reconstitution et avouent avoir cherché « un arabe facile à tuer[9] » tandis que les autres leur auraient apporté de l'aide. Dans le même temps, la police israélienne s'interroge sur la possible implication des trois suspects dans la tentative d'enlèvement de Moussa Zalum, un enfant palestinien de neuf ans[9].

Inculpation, jugement et condamnations[modifier | modifier le code]

Le jeudi 17 juillet 2014, trois juifs orthodoxes israéliens[12], un adulte de 29 ans, Yosef Chaim Ben David[13], résidant dans la colonie d'Adam en Cisjordanie et deux mineurs de 16 ans, membres de sa famille, sont inculpés pour enlèvement et meurtre[14].

Yosef Chaim Ben David est, par ailleurs, condamné pour une autre tentative d'enlèvement et de séquestration envers un enfant palestinien de sept ans et demi à Beit Hanina, un quartier de Jérusalem-Est, et pour une tentative d'incendie contre des voitures appartenant à des Palestiniens. Deux des inculpés sont reconnus coupable d'incendie contre un magasin palestinien dans la localité d'Izmeh, en Cisjordanie[15].

Le 4 février 2016, un tribunal de Jérusalem condamne à perpétuité l'un des deux mineurs tandis que l'autre écope de 21 ans de prison. Yosef Chaim Ben David, qui a 31 ans lors de la délivrance du verdict, voit son audience reportée en raison de troubles mentaux[16]. Il est finalement jugé coupable de meurtre le 19 avril 2016 puis condamné à la prison à vie le 3 mai 2016[17].

Inhumation[modifier | modifier le code]

L'enterrement de Mohammad Abou Khdeir a lieu vendredi 4 juillet 2014 après-midi à Jérusalem-Est. Partant de son domicile de Shuafat, la dépouille du jeune homme, enveloppé d'un drapeau palestinien et d'un keffieh, a été accompagnée par des milliers d'habitants de Jérusalem-Est jusqu'au cimetière[18].

Aussitôt les obsèques terminées, les heurts redoublent d'intensité entre la foule, persuadée que Mohammad Abou Khdeir a été tué en raison de motifs nationalistes par des extrémistes juifs en représailles à l'enlèvement et au meurtre de trois étudiants israéliens, et la police israélienne[19].

Réactions[modifier | modifier le code]

À Jérusalem-Est[modifier | modifier le code]

Banderole à Jérusalem-Est.

Persuadé que le jeune Mohammad Abou Khdeir a été tué en représailles des meurtres des trois adolescents israéliens, des centaines de Palestiniens habitants de Shuafat, le quartier résidentiel de Jérusalem-Est dans lequel habitait l'adolescent, s'en prennent à la police israélienne[20], en blessant plus d'une centaine[21]. 360 attaques contre des Juifs y sont perpétrés durant le mois de juillet, en majorité des jets de pierre ou de cocktails Molotov contre des civils[22], mais également des pétards lancés dans des maisons juives. Trois tirs à balles réelles par des manifestants sont recensées[21]. Les heurts de Shuafat provoquent, à partir du jeudi 3 juillet 2014, des répliques à Ramallah et dans d'autres villes de Cisjordanie. Aux abords de Gaza la tension s'accroît, conduisant l'armée israélienne à masser des renforts de troupes et de blindés après la récente multiplication des tirs de roquettes depuis la bande de Gaza vers le Néguev, dont certains ont frappé des habitations à Sderot[20].

En Israël[modifier | modifier le code]

Benyamin Netanyahou a téléphoné au père de la victime afin de l'assurer que les meurtriers seront « jugés et condamnés avec toute la sévérité prévue par la loi[23] ».

À la suite de l'inculpation des trois coupables, le ministère israélien de la Défense décrète que la famille de l'adolescent sera considérée comme « victime du terrorisme » et pourra prétendre à des indemnités. Le conseiller juridique du gouvernement a par ailleurs dénoncé le meurtre « commis par racisme contre un innocent[14] ».

Le nom de la victime a par ailleurs été inscrit au mémorial pour les victimes du terrorisme en Israël, mais en fut retiré à la demande de sa famille.

Familles des victimes[modifier | modifier le code]

Rachel Frenkel, mère d'un des trois adolescents israéliens tués précédemment, a envoyé ses condoléances à la famille de Mohammad Abou Khdeir[24].

Quelques mois plus tard, Mahmoud Abou Khdeir, cousin de Mohammad, est un des premiers à porter secours à des Israéliens victimes d'une attaque à l'arme blanche[25].

Internationales[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Motivation nationaliste du meurtre fort probable, Times of Israel (Fr), 2 juillet 2014
  2. Abou Khdeir : « La police ne me laisse pas voir le corps », Times of Israel (Fr), 3 juillet 2014
  3. a et b Six suspects arrêtés après la mort d'un jeune Palestinien, Reuters (Jérusalem), 6 juillet 2014
  4. (en) Arab Boy’s Death Escalates Clash Over Abductions, New York Times, 2 juillet 2014
  5. Ce que l'on sait sur l'enlèvement de trois jeunes Israéliens en Cisjordanie, L'Express, consulté le 18 juin 2014
  6. Vive tension en Israël après la découverte des corps des trois adolescents disparus, Le Parisien, consulté le 30 juin 2014
  7. Israël : campagne de soutien pour les trois adolescents enlevés, le Hamas réplique, Le Monde, consulté le 21 juin 2014
  8. a b c d et e (en) « « Mort aux Arabes » : une haine décomplexée sur le Web israélien », sur Le Monde, (consulté le 19 juillet 2014)
  9. a b c d e et f « Meurtre à Jérusalem : les premiers éléments de l'enquête », sur Figaro
  10. « Mort du jeune Palestinien: 3 des 6 suspects avouent leur crime », sur BFM TV,
  11. (en)Daniel K. Eisenbud, « Report: Autopsy finds murdered Palestinian teen was burned alive », sur The Jerusalem Post,
  12. « A Jérusalem-Est, la rancœur des proches du jeune Mohammed, brûlé vif », sur Le Monde,
  13. « Three Jewish men arrested over assault of two Palestinians in East Jerusalem », sur Haaretz, (consulté le 30 juillet 2014)
  14. a et b « Gaza : deux initiatives de paix s'opposent », sur Figaro,
  15. « Inculpation de 3 extrémistes juifs pour le meurtre d'un jeune Palestinien », sur Figaro,
  16. Israël : lourdes peines pour les assassins d'un Palestinien brûlé vif, Le Parisien, consulté le 5 février 2016]
  17. Le Parisien, 3 mai 2016.
  18. « Violents heurts à Jérusalem-Est », sur Times of Israël
  19. « Adolescents tués : violences et ambiance électrique à Jérusalem-Est », sur L'express
  20. a et b « Jérusalem-Est s'embrase après le meurtre d'un ado palestinien », sur Figaro
  21. a et b (en) Nir Hasson, « Violent incidents against Jews in East Jerusalem double since Abu Khdeir murder », Haaretz,‎ (résumé).
  22. (en) « Violence against Jews in East Jerusalem doubles », Times of Israel,‎ (lire en ligne).
  23. Marc Henry, « Israël : le gouvernement Nétanyahou fragilisé par l'extrême droite », sur Le Figaro,
  24. Teen's mom condemns revenge killings; Peres turned away
  25. Cousin of murdered Palestinian teen helped supermarket terror victims

Articles connexes[modifier | modifier le code]


Lien externe[modifier | modifier le code]

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