Assassinat de Hichem Miraoui
| Affaire Hichem Miraoui | |
| Localisation | Puget-sur-Argens, |
|---|---|
| Cible | Étrangers et français d'origine étrangère |
| Date | 31 mai 2025 |
| Type | Homicide à motivation raciste et terroriste présumée |
| Armes | Arme à feu |
| Morts | 1 (Hichem Miraoui) |
| Blessés | 1 |
| Auteurs | Christophe Belgembe |
| Mouvance | Extrême droite |
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Le , Hichem Miraoui, un coiffeur tunisien, est abattu de cinq balles à Puget-sur-Argens, dans le Var, en France. Cette affaire donne lieu à la première saisie du Parquet national antiterroriste (PNAT), créé en , pour un meurtre potentiellement lié à l'extrême droite. Le suspect est mis en examen pour « assassinat et tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, en raison de la race, de l'ethnie, de la nation ou de la religion ».
Faits
[modifier | modifier le code]Le , vers 22 h, Hichem Miraoui, un Tunisien âgé d'environ 46 ans, est abattu de cinq balles devant son salon de coiffure par son voisin, Christophe Belgembe, 53 ans, de nationalité française, alcoolisé[1] et équipé de quatre armes à feu et de plus de 1 000 cartouches[2].
Un second homme, Afik B.[3], d'origine turque, est légèrement blessé à la main[4].
Profil du suspect
[modifier | modifier le code]Christophe Belgembe est un homme de 53 ans, ancien soudeur, sans antécédents judiciaires significatifs. Il publie sur Facebook des vidéos à tonalité islamophobe et raciste avant et après l'attaque[5], appelant à voter pour le Rassemblement national et à « virer les immigrés ». Le Parisien et le site Les Jours datent le début de sa radicalisation aux attentats de [6],[7]. Il relaie également des propos de Marine Le Pen, Jordan Bardella et David Rachline[8]. Amateur de tir sportif[5], il annonce avant les faits sa volonté de « dire stop aux islamiques » et de faire « un petit carton déjà rien qu'en sortant de chez [lui], tous les sans-papiers »[9],[10]. Il a, avant les faits, tagué d'insultes racistes le scooter de la victime[11].
Enquête et procédure
[modifier | modifier le code]L'enquête est confiée au Parquet national antiterroriste (PNAT), première saisie de cet office pour un meurtre potentiellement lié à l'extrême droite[12]. Le PNAT indique qu'avant ce crime, il avait déjà pris en charge 15 autres affaires impliquant des suspects d'extrême droite, depuis sa création en , mais aucun pour homicide[13].
Le , Christophe B. est mis en examen pour « assassinat et tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste, en raison de la race, de l'ethnie, de la nation ou de la religion »[14],[15],[16]. Il reconnaît les faits mais nie toute motivation raciste ou terroriste[17] tout en peinant à expliquer son geste[18]. Il est néanmoins révélé en que le suspect a envoyé juste après les faits des messages vocaux à son neveu dans lesquels il revendique « J'viens de niquer du bicot », « J'veux qu'la France se réveille », confirmant le motif raciste[19].
Le ministre de l'Intérieur qualifie le crime de « clairement raciste », « peut-être terroriste » et possiblement « antimusulman »[20].
Réactions
[modifier | modifier le code]Le Rassemblement national condamne l'incident, tout en refusant d'en assumer une quelconque responsabilité idéologique. SOS Racisme, le MRAP et plusieurs médias alertent sur l'impact des discours d'extrême droite dans la radicalisation[21]. Une marche blanche organisée le à Marseille et Puget-sur-Argens rassemble près de 1 600 personnes[22].
L'avocat de la famille de la victime, SOS Racisme et des personnalités politiques de gauche dénoncent un « climat politique » favorable aux crimes racistes, un « racisme d'atmosphère »[23]. La gauche reproche également au ministre de l'Intérieur, Bruno Retailleau, sa réaction tardive aux faits et son « laxisme » vis-à-vis du racisme[24].
En Tunisie, l'annonce du meurtre de Hichem Miraoui crée une vive émotion[évasif] chez la population[25].
Analyses et impact sociétal
[modifier | modifier le code]Pour Mathieu Molard, rédacteur en chef à StreetPress, site web d'information français, « il y a eu une politisation » du débat sur l'identité[26].
D'après RFI, station de radio publique française, le meurtre de Hichem Miraoui constitue « une bascule », car c'est la première fois que le PNAT est chargé du dossier et que le crime « est explicitement qualifié d'attentat terroriste »[27].
La Croix considère que ce « crime raciste [...] illustre le niveau inédit des infractions à caractère raciste en France » tout en soulignant que ce niveau est probablement sous-évalué car une grande partie des infractions n'aboutit pas à une plainte[28].
Le politiste spécialiste de l'islam Haoues Seniguer et le sociologue Philippe Corcuff voient dans ce crime, comme dans l'assassinat d'Aboubakar Cissé à la mosquée de La Grand-Combe le mois précédent, le résultat d'« une islamophobie d'atmosphère », de « la prégnance de la xénophobie dans l'espace public », alimentée par « une culture du soupçon à l'égard de l'islam et des musulmans »[29].
Le sociologue Dominique Boullier s'inquiète, pour ce crime et celui de La Grand-Combe, de l'absence de modération sur les plateformes utilisées par les assassins pour relayer leur propagande raciste, manifester leur intention de tuer, puis montrer ou revendiquer leurs crimes[10]. Il parle également de « racisme d'atmosphère »[10].
Le sociologue Gérôme Truc constate qu'avec cet assassinat et celui de La Grande-Combe, « on finit par avoir peur d'être tué en France en tant que musulman, ce qui contribue à affermir un sentiment d'identification communautaire chez des personnes qui jusqu'alors se vivaient d'abord et avant tout comme français » ; il y voit une illustration du théorème de Thomas[30].
Le sociologue Alain Chouraqui, spécialisé dans la mémoire de la Shoah, estime que cet assassinat et celui de La Grande-Combe sont « des signaux qui alertent, surtout dans un contexte de focalisation politique sur l'immigration »[31].
La philosophe Hélène L'Heuillet voit dans cet assassinat, qui conjugue racisme et conflit de voisinage, « l'émergence d'un terrorisme de proximité », un « terrorisme de voisinage », qui n'est plus réservé au djihadisme ; elle fait le parallèle avec le meurtre de Djamel Bendjaballah commis neuf mois plus tôt par un militant d'extrême droite sur le compagnon de son ex-conjointe, ou encore les meurtres antisémites de Mireille Knoll () et Sarah Halimi (), également commis par des voisins[32].
Selon une note du Centre de recherche de la gendarmerie nationale (CRGN) en , « cette attaque constitue le premier attentat mortel commis par l'ultradroite depuis plusieurs décennies en France, malgré plusieurs attaques en dont la qualification terroriste n'avait pas été retenue » (notamment l'attaque de la mosquée de Bayonne et la tentative d'assassinat de l'imam Rachid Eljay)[33],[34],[35]. Cette note relève également dans l'assassinat d'Hichem Miraoui une « atomisation » de la mouvance terroriste d'extrême droite, tendance qui peut aussi être observée dans le djihadisme.
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ Paul Conge, « INFO BFMTV. "Je n'ai jamais voulu troubler mon pays": les dernières déclarations du tueur après l'assassinat d'Hichem Miraoui à Puget-sur-Argens »
, BFM TV, .
- ↑ « Mort d'Hichem Miraoui : le meurtrier présumé était équipé de quatre armes et plus de 1000 cartouches »
, Le Figaro, .
- ↑ Marie Turcan, « “Tué parce qu'arabe” : Hichem Miraoui, le “gars sans problème”, laisse un vide dans sa ville du Var »
, sur Mediapart, .
- ↑ « Attentat dans le Var : en garde à vue, le suspect a reconnu les faits mais contesté toute motivation raciste selon le PNAT »
, Le Monde, .
- (en) Angelique Chrisafis, « France opens terror case after Tunisian hairdresser shot dead in ‘racist act’ »
, The Guardian, (consulté le )
- ↑ Timothée Boutry, « “Bande de bâtards” : avant le meurtre d’Hichem Miraoui, Christophe B. étalait sa haine raciste sur Facebook »
, Le Parisien, .
- ↑ Simon Lambert (édité par François Meurisse), « Christophe Belgembe, la longue traîne de la haine d'extrême droite sur Facebook »
, sur Les Jours, .
- ↑ Renaud Dély, « Édito : Attentat raciste à Puget-sur-Argens : le profil du suspect embarrasse le RN »
, L'édito politique, France Info, .
- ↑ « Meurtre d'Hichem Miraoui : le suspect Christophe B. « reconnaît » les faits mais « conteste toute motivation raciste » »
, Le Parisien, .
- Dominique Boullier, « Meurtres racistes mis en scène sur les réseaux sociaux : le droit des médias doit s'imposer aux plateformes », sur The Conversation, .
- ↑ Natacha Tatu, « À Puget, après l'assassinat d'Hichem Miraoui : “On se demande qui va être le prochain” »
, Le Nouvel Obs, .
- ↑ (en) « French suspect in racist killing indicted for murder as act of terrorism »
, Radio France internationale, .
- ↑ (en) Layli Foroudi et Juliette Jabkhiro, « A far-right inspired murder forces France to wrestle with what counts as terrorism »
, Reuters, .
- ↑ Soren Seelow, « Christophe Belgembe, mis en examen pour l'assassinat terroriste de Hichem Miraoui dans le Var, nie tout mobile raciste »
, Le Monde, .
- ↑ [vidéo] « Meurtre d'Hichem Miraoui à Puget : "j'viens de niquer du bicot", les déclarations du tueur »
, , BFM TV (consulté le ).
- ↑ « Meurtre d'Hichem Miraoui : le suspect mis en examen pour « assassinat terroriste » »
, Europe 1, .
- ↑ Soren Seelow, « Christophe Belgembe, mis en examen pour l'assassinat terroriste de Hichem Miraoui, nie tout mobile raciste »
, Le Monde, .
- ↑ Lorraine de Foucher et Jérôme Lefilliâtre, « Pourquoi je pète les plombs, j'en sais rien » : Christophe Belgembe, quand la haine ordinaire mène à un assassinat raciste
, Le Monde, .
- ↑ Théo Bourrieau, « « J'viens de niquer du bicot » : ce que disent les nouveaux messages versés au dossier de l'assassinat raciste d'Hichem Miraoui »
, L'Humanité, .
- ↑ (en) David Chazan, « French police probe possible first ‘anti-migrant terrorist’ killing »
, The Times, .
- ↑ « La menace terroriste d'extrême droite est-elle suffisamment prise au sérieux ? »
, Questions du soir : le débat, France Culture, .
- ↑ Émilie Barthe et Sidonie Canetto, « "Plus jamais ça" : près de 1 600 personnes réunies pour la marche blanche à Puget-sur-Argens où Hichem Miraoui a été tué »
, sur franceinfo.fr, France 3 PACA, .
- ↑ « Meurtre de Hichem Miraoui dans le Var : le «racisme d'atmosphère» pointé du doigt », Libération, .
- ↑ Martin Bot, « Assassinat d'Hichem Miraoui : la gauche juge sévèrement la réaction tardive de Bruno Retailleau », Marianne, .
- ↑ « En Tunisie, émotion aux funérailles de Hichem Miraoui, victime d'un assassinat raciste en France »
, Le Monde, (consulté le ).
- ↑ Sarah Calamand, « VIDEO. Racisme en France : l'identité a été mise "au sommet des sujets qui font une élection" »
, sur franceinfo.fr, (consulté le ).
- ↑ Guillaume Ouattara, « Décryptage - La violence raciste s'est-elle décomplexée ? »
, Radio France internationale, (consulté le ).
- ↑ Hugo Forquès, « Meurtre d'Hichem Miraoui dans le Var : les actes racistes en France sont-ils en hausse ? »
, La Croix, .
- ↑ Haoues Seniguer et Philippe Corcuff, « Crimes racistes et islamophobes, lutte contre « le frérisme » et culture du soupçon anti-musulmans »
, sur The Conversation, .
- ↑ Gérôme Truc (d) (interviewé) et Sophie Gherardi (intervieweuse), « Gérôme Truc : « Les attentats nous ont à la fois unis et divisés » »
, Sciences humaines, publié le , actualisé le .
- ↑ Alain Chouraqui, « De la séparation mentale au génocide : pour un courage de mémoire », Après-demain, no 75, , p. 20–23 (lire en ligne
).
- ↑ Hélène L'Heuillet, « Vers un terrorisme de voisinage ? »
, Philosophie Magazine, .
- ↑ Alexandre Rodde, « Terrorisme en France : Panorama des mouvances radicales en », Les Notes du CRGN, Centre de recherche de la gendarmerie nationale, no 125, , p. 3 (lire en ligne
).
- ↑ Judith Blanes, Mathilde Karsenti et Thomas Lapointe, « Légitime défense, sécurité du quotidien, ANPJ… au menu des brèves de la semaine du pour la sécurité publique », dépêche no 744804
, AEF info, .
- ↑ Armêl Balogog, « Mort de Quentin Deranque : la violence d'extrême droite est-elle vraiment "dérisoire" par rapport à la violence d'extrême gauche ? »
, Le Vrai ou faux, sur radiofrance.fr, France Info, .