Metula News Agency

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Metula News Agency

Création 2002
Personnages clés Rédacteur en chef : Stéphane Juffa
Forme juridique Société anonyme
Siège social Drapeau d’Israël Société enregistrée aux Îles Vierges britanniques, selon son site web - Rédaction : Metoula Voir et modifier les données sur Wikidata (Israël)
Activité média militant et d'information
Site web www.menapress.org

Capitalisation 3 millions d’euros (2002, selon leur site web)

La Metula News Agency, ou Mena (acronyme), ou plus souvent Ména (accentué), est un média israélien francophone se présentant comme une agence de presse, qualité que lui contestent plusieurs contradicteurs et analystes[1] qui la considèrent comme un média militant.

La Ména commente essentiellement les événements du Proche-Orient et ce qu’elle identifie comme étant des manifestations d’antisionisme et/ou d’antisémitisme. Le rôle de la Metula News Agency dans l’affaire Mohammed al-Durah, et plus généralement ses prises de position pro-israéliennes, notamment lors des conflits armés du Liban et de Gaza, l’ont mise au centre de plusieurs controverses.

L’acronyme « MENA » est identique à celui d’une agence de presse créée en 1955 en Égypte, la Middle East News Agency (MENA), avec laquelle elle n’entretient aucun rapport. L’acronyme « MENA » renvoie également vers l’expression en anglais « Middle East and North Africa » qui désigne le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord.

Création et statut[modifier | modifier le code]

La Mena a été créée en 2002 par Stéphane Juffa[2] sous la forme d’une société, la Metula News Agency S.A., enregistrée aux Îles Vierges britanniques, selon son site internet[3]. Elle est établie dans le village israélien de Metula — qui lui donne son nom — à la frontière libanaise[4], où est située la rédaction[5].

Elle se présente, selon les cas, comme une « agence d’analyse, de ré-information et de reportage de proximité[1],[6] » ou comme une « agence de presse[5] », désignation parfois reprise par ailleurs[7],[8],[9],[10] mais qui lui est contestée par ses divers contradicteurs qui considèrent la Mena comme un média militant[11],[12],[13],[14],[15]. Barah Mikhaïl, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques[16], a publié dans la revue Confluences Méditerranée une analyse dans laquelle il explique le caractère militant de la Ména. Il estime également que la Métula News Agency a acquis « une audience non négligeable chez les passionnés » des débats liés au conflit israélo-arabe[1].

Fonctionnement[modifier | modifier le code]

La Ména publie ses articles en français[7].

La Ména affirme avoir des correspondants dans divers pays (Israël, France, États-Unis, etc.), y compris des pays et territoires arabes (Liban, Jordanie et Syrie). Son rédacteur en chef est le journaliste et analyste Stéphane Juffa. Elle couvre surtout les événements du Proche-Orient mais commente aussi l’actualité politique des États-Unis, d’Europe et d’Afrique (en particulier le génocide au Rwanda[17] ou au Darfour[18]). Elle dénonce ce qu'elle considère comme des manifestations d’antisionisme et/ou d’antisémitisme. Elle a lancé en France la contestation de la version de France 2 de l’affaire Mohammed al-Durah. Elle a également couvert la guerre du Liban de l’été 2006 et la guerre de Gaza (2008-2009).

Selon Barah Mikhaïl reprenant des extraits du site, ses responsables ont la volonté de parvenir à « un rééquilibrage des informations erronées ou tronquées, qui parviennent à l'étranger sur ce qui se passe chez nous [i.e. en Israël] »[1], une notion connue en tant que hasbara. Il estime que la Ména se focalise sur les événements qui « confortent l'État hébreu dans ses conceptions et ses actions sécuritaires ». Elle présente soit des articles écrits par des membres de la rédaction qui reviennent sur un événement leur apparaissant important pour le « décodage de l'actualité », soit elle fait appel à des « plumes célèbres » telles que « Guy Millière ou feu Laurent Murawiec »[1]. Toujours selon Barah Mikhaïl, ces derniers « osent un ton beaucoup plus agressif [que les autres rédacteurs], et expriment une absence de nuances beaucoup plus frappantes, comme si la légitimité de l'intellectuel permettait de repousser certaines limites [...][1]. Par ailleurs, Luc Rosenzweig, ancien journaliste de Libération et ancien rédacteur en chef du Monde, fut également collaborateur de la Mena[7],[15] ».

Controverses[modifier | modifier le code]

Le rôle de la Metula News Agency dans l’affaire Mohammed al-Durah, et plus généralement ses prises de position pro-israéliennes, notamment lors des conflits armés du Liban et de Gaza, l’ont mise au centre de plusieurs controverses qui lui ont donné sa notoriété[1],[2]. Elle se démarque toutefois d'autres sites de « réinformation » plus extrêmes et rejette toute forme de racisme[2].

S’agissant de l’affaire Mohammed Al-Durah, la Mena s’oppose au journaliste Charles Enderlin et à la chaîne de télévision France 2. Selon un ancien collaborateur de la Ména, Gérard Huber, cette affaire procède d’une « mise en scène »[19]. Selon Hervé Deguine, de la revue Médias[12], c’est même cette affaire qui aurait « assuré le véritable lancement de l’agence ». La Ména n’a pas été attaquée en justice sur cette affaire, au contraire de Philippe Karsenty, celui-ci ayant repris la thèse du trucage à son compte. Pour la dernière décision de justice à ce sujet, le 26 juin 2013, après diverses péripéties judiciaires[20], la Cour d'appel de Paris confirme le jugement de première instance qui, en 2008, condamnait Philippe Karsenty pour diffamation envers Charles Enderlin et France 2.

Ces controverses se mêlent, à celles, plus générales, portant sur l’antisionisme, forme ou non d’antisémitisme. Ainsi la Ména a critiqué Le Monde qu’elle accuse de propagande[21], voire d’antisémitisme[22]. Pour Dominique Vidal, journaliste au Monde diplomatique, la Ména « excelle dans la dénonciation de journalistes[23] ». Il mentionne, en plus des attaques contre Charles Enderlin, des attaques de la Ména contre Alexandra Schwartzbrod du journal Libération[23]. Dans le même ordre d’idées, Daniel Psenny, journaliste du quotidien Le Monde, estime, dans un article paru en , que la Ména est un site militant et précise que celle-ci, plusieurs années auparavant, aurait qualifié l’AFP d’« Agence France Palestine[24] ».

Barah Mikhaïl dénonce la couverture faite par la Ména autour du procès de Pierre Péan intenté pour « diffamation et incitation à la haine raciale  » à la suite de son ouvrage portant sur le génocide rwandais. Il estime que la Ména s'est contentée de reprendre les arguments de ses détracteurs et de tenir à l'égard de Péan des propos virulents et calomnieux tandis qu'à l'issue du procès, elle rejetait le jugement le relaxant[1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g et h Barah Mikhaïl, « Information ou Propagande, le cas de la Metula News Agency », Confluences Méditerranée, n°72, hiver 2009-2010, pp. 91-96 (extraits).
  2. a, b et c Jérôme Bourdon, Le récit impossible : le conflit israélo-palestinien et les médias, De Boeck, 2009, p. 30-31.
  3. « [...] la société Metula News Agency S.A., incorporée aux Iles Vierges Britanniques, [...] » selon la section « Comment acquérir des actions » sur le site internet de la Metula News Agency.
  4. La Ména : opportunités commerciales et financières.
  5. a et b « Introduction à la Ména » (consulté le 2 mars 2009).
  6. « La ména fait peau neuve », 18 février 2010.
  7. a, b et c Denis Jeambar, Daniel Leconte, « Guet-apens dans la guerre des images », sur Le Figaro, .
  8. (en) Doreen Carvajal, « The mysteries of an iconic video frame », International Herald Tribune,‎ (lire en ligne).
  9. « une agence de presse internationale et francophone » dans Jeune Afrique – L'intelligent
  10. Ricki Hollander, Gilead Ini, Anatomy of a French Media Scandal, Committee for Accuracy in Middle East Reporting in America, 13 octobre 2005.
  11. Guillaume Weill-Raynal, « Retour sur l’affaire Enderlin : guet-apens dans la guerre des images ou harcèlement dans la diffamation ? », Revue internationale et stratégique, no 58,‎ , p. 187 -194 (ISBN 2247062512, lire en ligne).
  12. a et b Hervé Deguine, « Charles Enderlin. Il gagne la guerre du soupçon », Médias, no 11, décembre 2006.
  13. Françoise Germain-Robin, « Réponse à Catherine Leuchter III », Outre-Terre, no 9,‎ , p. 383 -384 (ISBN 2-7492-0374-0, lire en ligne).
  14. L’ouvrage de C. Gabizon et J. Weisz, OPA sur les Juifs de France, enquête sur un exode programmé, publié chez Grasset, mentionne (page 123) la Ména à propos de la « ré-information ».
  15. a et b Nicolas Delesalle et Marc Belpois, « La controverse de Netzarim », Télérama, no 2863, 19 novembre 2004.
  16. Page de Barah Mikhaïl sur le site web de l'IRIS.
  17. Liste des articles consacrés au génocide rwandais.
  18. Liste des articles sur le Darfour.
  19. Les thèses de l’agence sont exposées dans un livre de Gérard Huber, à l’époque correspondant de la Mena à Paris, intitulé « Contre expertise d’une mise en scène », mentionné dans la note 1 de « La controverse de Netzarim ».
  20. « Al-Doura: Philippe Karsenty de nouveau condamné en appel », L'Express/AFP, 26/06/2013
  21. « Le Monde marche sur la tête ».
  22. « Lettre ouverte à Robert Solé, médiateur au journal Le Monde ».
  23. a et b Dominique Vidal, « Les alliances douteuses des inconditionnels d’Israël. Au nom du combat contre l’antisémitisme », Le Monde diplomatique, décembre 2002, accessible en ligne.
  24. Cf. Daniel Psenny, « Accusée de mise en scène, France 2 porte plainte », Le Monde, 20 novembre 2004.

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]