Metaxytherium

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Metaxytherium est un genre éteint de mammifère marin de l'ordre des siréniens (mammifères aquatiques ancêtres du lamantin et du dugong), ayant vécu au Néogène il y a entre −23 Ma (millions d'années).

On retrouve ses fossiles dans le Miocène de la Paratéthys (mer préfigurant la Méditerranée)[2], en France[3] dans les faluns d'Anjou, de Bretagne[4] et de Touraine, à Montpellier, à Manosque[5], dans le Pacifique sud-est[6], et nord-est[7], dans les Caraïbes[8], et aussi dans les sédiments du Pliocène du Bassin méditerranéen[9].

Stratigraphie[modifier | modifier le code]

  • Ère : Cénozoïque
  • Période : Néogène
  • Époque : Miocène & Pliocène

Liste des espèces[modifier | modifier le code]

Metaxytherium krahuletzi.
Metaxytherium subappenninum.

Il y a plusieurs espèces de Metaxytherium :

Le genre Thalattosiren (Sickenberg 1928) était autrefois considéré comme distinct de Metaxytherium, mais est maintenant considéré comme un synonyme junior de Metaxytherium medium[10].

Ancien monde[modifier | modifier le code]

Le bassin méditerranéen, la Paratéthys et les côtes atlantiques du nord-est, la plupart des espèces de Metaxytherium semble suivre un même lignage du Miocène au Pliocène avec une division en quatre espèces principales :

Pour Domning, l'exception est le Metaxytherium meyeri[11] qui a évolué a priori en isolement dans le bassin des Carpates pendant le Miocène moyen issue de la lignée des Metaxytherium medium et Metaxytherium krahuletzi.

Spécimens[modifier | modifier le code]

En 1928, un squelette complet de cet animal est découvert par le paléontologue Cottreau, qui en fait une description complète. On peut également voir un squelette composite de cet animal au Muséum d'histoire naturelle d'Angers : il mesure 2,50 m de longueur et devait ressembler au dugong actuel. Cet animal se nourrissait d'algues formant des prairies sous marines.

Description[modifier | modifier le code]

Il mesure environ 2,50 m de long et est très similaire à la structure du dugong actuel, il n'en diffère essentiellement que dans l'ajout de dents. Aux crânes généralement plus ou moins complets de cet animal, on trouve beaucoup de côtes[12]. Dans la plupart des mammifères, les côtes sont minces et leur structure interne est spongieuse pour alléger le poids de la poitrine, les côtes du Metaxytherium sont au contraire plus importantes de façon à permettre à l'animal de rester sous l'eau plus longtemps et donc avec moins de dépense énergétique par rapport à son alimentation en algues, qui forment des prairies sous-marines. C'est cette raison qui a permis la conservation des grands côtes fossiles.

Habitat[modifier | modifier le code]

Le métaxytherium a vécu dans les zones côtières de la mer Paratéthys et ses restes se retrouvent dans de nombreux endroits en Afrique du Nord, en Europe et dans les Caraïbes. Il a été classé au fur et à mesure du temps dans de nombreuses espèces, dont certaines avaient été attribuées à de nouveaux genres comme Felsinotherium au moment de sa découverte.

Paléobiologie[modifier | modifier le code]

Metaxytherium vivait dans les eaux côtières et dans des bras de mers intérieures. Il est prouvé qu'il était la proie des requins. On a retrouvé quelques rares os de Metaxytherium marqués de stries profondes notamment sur des côtes, il s'agit très probablement de la marque de morsures de Megaselachus (= Carcharodon) megalodon, qui d'après certains spécialistes[13] se nourrissaient de ces animaux.

Évolution[modifier | modifier le code]

Les principaux fossiles de ces animaux sont des côtes, des dents isolées et parfois des vertèbres. Des fossiles de mammifères marins herbivores du genre Metaxytherium ont été recueillis à partir des sédiments du Néogène des pays méditerranéens pendant près de 200 ans[14].

Ce genre fait son apparition en Europe (éventuellement en provenance d'Amérique) durant le Miocène inférieur. Sa présence persiste en Europe jusqu'au Pliocène moyen avec une évolution qui compte actuellement quatre espèces chronologiques[15].

Metaxytherium krahuletzi est considéré comme le plus ancien des métaxytheriums à l'exception de Metaxytherium albifontanum, et il apparaît être l'ancêtre direct de tous les métaxytheriums de l'Ancien Monde[16]. Cette théorie est revue à partir de 2001, en effet en 2008, pour Silvia Sorbi « la difficulté à différencier morphologiquement Metaxytherium krahuletzi et Metaxytherium medium est avérée ». Les espèces du genre Metaxytherium manifesteraient une sorte de stase morphologique pendant plus de 10 millions d’années.

Une étude récente de l'Université de Pise[17] a montré que dans les mers du Miocène supérieur, Metaxytherium krahuletzi a partagé son environnement avec d'autres espèces de Siréniens comme Miosiren kocki de la famille des Trichechidae[18] et un représentant de la sous-famille actuelle des Dugonginae, le Rytiodus[19].

Dans ces formes, les métaxytheriums ont survécu pendant le Miocène moyen conjointement avec Prohalicore dubaleni[20]. La nouvelle espèce de Metaxytherium possède un squelette composé d'un crâne presque complet sur la moitié droite, une mâchoire complète avec quelques dents, des incisives et une molaire, 14 vertèbres dorsales, caudales et deux sacrales et 35 côtes plus ou moins complète avec deux omoplates.

A la fin du Miocène, le genre Metaxytherium a disparu du monde entier, à l'exception de la côte euro-africaine, où l'on trouve l'espèce Metaxytherium serresii, située en Italie (7,24 millions d'années), en Libye (6,8 millions d'années), en Espagne (5,2 à 4,98 millions d'années) et en France (5,3 à 4 millions d'années). Cette espèce est beaucoup moins importante par rapport à la précédente.

Dans une révision de cette lignée, Domning & Thomas ont noté en 1987 un très léger changement morphologique des espèces du Miocène (Metaxytherium krahuletzi et Metaxytherium medium, respectivement). Cette quasi-stase[21] a été suivie par deux changements remarquables :

Metaxytherium serresii résiste jusqu'à l'arrivée du Pliocène et à côté de l'espèce appelée Metaxytherium subapenninum qui a un plus grande dimorphisme sexuel dans les crocs pour démontrer le comportement d'une compétition pour le territoire et l'accouplement. L'augmentation rapide de la taille du corps, cependant, a été fatale dans le climat du Pliocène moyen : l'animal n'a pas été en mesure d'adapter son régime alimentaire d'algues contrairement au Rhytine de Steller, descendant du metaxytherium[24].

Cependant, il semble que l'histoire de Metaxytherium ne se termine pas à cette période : il est trouvé au Maroc des restes fossiles attribués à l'espèce du Pliocène Metaxytherium serresii qui montrent une grande similitude avec l'espèce Corystosiren varguezi des Caraïbes, attribuée à la sous-famille Dugonginae.

Espèces associées[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. de Christol, 1840 : Nouveau genre de Cétacé fossile. L'Institut, vol. 352, p. 322-323
  2. Domning & Thomas 1987; Domning & Pervesler 2001; Bianucci et al. 2004; Carone & Domning 2007)
  3. Cottreau 1928; Estevens 200.
  4. Falun de Saint-Grégoire
  5. Molasse de La Rochette.
  6. Muizon & Domning 1985)
  7. Aranda-Manteca et al. 1994)
  8. Domning 1988; Toledo & Domning 1991.
  9. Domning & Thomas 1987; Pilleri 1988; Sendra et al. 1999; Bianucci et al. 2004; Carone & Domning 2007).
  10. (en) D. P. Domning and P. Pervesler. 2012. The sirenian Metaxytherium (Mammalia: Dugongidae) in the Badenian (Middle Miocene) of Central Europe. Austrian Journal of Earth Sciences vol. 105, (3) p. 125-160. [1]
  11. Abel, 1904.
  12. Ce qui reste curieux en raison de la fragilité des os qui peinent à résister longtemps au processus de fossilisation.
  13. [2] ; * Rémi Rateau, Cyril Gagnaison, Vincent Gelot, Un Metaxytherium medium (Mammalia, Sirenia) attaqué par des requins dans les faluns miocènes de Channay-sur-Lathan (37, France), Symbioses, nouvelle série, no 23, 2009 [3]
  14. Domning et Thomas, 1987.
  15. Domning & Thomas, 1987; Canocchi, 1987, en reconnaissent une cinquième.
  16. Dommning & Pervesler 2001.
  17. (it) Silvia Sorbi. Il Neogene in Europa e Nord Africa dei Sirenia: studio filogenetico e sistematico, considerazioni paleoecologiche e paleobiogeografiche - Facoltà di Scienze della Terra, Università di Pisa.
  18. Lamantins vivant dans la marge sud de la Mer du Nord.
  19. Dont les fossiles ont été trouvés en Aquitaine et en Libye.
  20. Également de la famille des Trichechidae.
  21. Documentée en détail par Domning & Pervesler, 2001.
  22. L'agrandissement des défenses sont interprétées comme des adaptations à l'alimentation des rhizomes des grandes espèces de plantes marines, qui étaient des organes de stockage des glucides et donc nutritionnellement importants. In Domning, 2001.
  23. Domning en 1981, Domning & Thomas en 1987 ont interprété cette réduction comme coïncidant avec la crise de salinité messinienne, spéculant que la dégradation de l'habitat et des ressources alimentaires (herbiers marins) dont dépendaient ces animaux se traduit par une croissance ralentie. Cette explication impliquait que la réduction de la taille aurait dû se produire d'abord près du début de la crise de salinité messinienne, et aurait dû être inversée après sa fin (ou à chaque fois que des ressources suffisantes étaient disponibles) pour les populations siréniennes qui ont survécu à la crise ou (plus vraisemblablement) à la recolonisation de la Méditerranée effectuée par la suite. Il était demeuré incertain si cette réduction de taille a commencé bien avant la crise de salinité messinienne, peut-être pour des raisons qui ne lui sont pas liées ; ou coïncidé avec le début de la dessiccation méditerranéenne ; ou était seulement manifestée après la fin de la crise de salinité messinienne. En 2007, les découvertes dans le Miocène supérieur (Tortonien supérieur) de Metaxytherium serresii en Calabre établissent que les deux phénomènes ont eu lieu avant le Messinien. Ces fossiles démontrent que le nanisme dans cette lignée était en effet péri-messinien, c'est-à-dire manifesté avant, comme après la crise de salinité messinienne (Bianucci et al., 2004).
  24. Il s'éteint dans l'océan Pacifique il y a environ 3,1 millions d'années.

Référence taxonomique[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

En langue anglaise[modifier | modifier le code]

  • Jeff Ripple, Manatees and Dugongs of the World
  • Frank A. Garcia, Donald S. Miller, et Jasper Burns, Discovering Fossils: How to Find and Identify Remains of the Prehistoric Past (Fossils & Dinosaurs)
  • William F. Perrin, Bernd Wursig, er J. G.M. Thewissen , Encyclopedia of Marine Mammals
  • Annalisa Berta, James L. Sumich, et Kit M. Kovacs, Marine Mammals: Evolutionary Biology
  • A. Rus Hoelzel, Marine Mammal Biology: An Evolutionary Approach
  • David Rains Wallace, Neptune's Ark: From Ichthyosaurs to Orcas
  • Malcolm C. McKenna and Susan K. Bell, Classification of Mammals
  • Daryl Paul Domning, MORGAN G.S. & RAY C.E., 1982. North American Eocene Sea Cows (Mammalia  : Sirenia). Smithsonian Contributions to paleobiology, no 52, 74 p.
  • ERTA A., SUMICH J.L., KOVACS K.M., FOLKENS P.A. & ADAM P.J., 2006. Sirenian and other marine mammals: Evolution and systematic. Marine mammals (Second edition), p. 89-110.
  • Giuseppe Carone, Daryl Paul Domning, Metaxytherium serresii (Mammalia: Sirenia): new pre-Pliocene record, and implications for Mediterranean paleoecology before and after the Messinian Salinity Crisis, Bollettino della Società Paleontologica Italiana, 46 (1), 2007, 55-92. Modena, 31 agosto 2007. ISSN 0375-7633. [4]
  • Silvia Sorbi, New record of Metaxytherium (Mammalia, Sirenia) from the lower Miocene of Manosque (Provence, France), GEODIVERSITAS, 2008, Publications Scientifiques du Muséum national d’Histoire naturelle, Paris. [5]
  • Silvia Sorbi,The Neogene Euro-North African sirenia: Phylogenetic and systematic study, Palaeoecological and palaeibiogeographic considerations, 2008 [6]

En langue française[modifier | modifier le code]

  • Christol J. de (1832). Mémoire sur le moyen hippopotame fossile de Cuvier, replacé au genre des dugongo. Annales des Sciences et de l’Industrie du Midi de la France, 2 (8): 161-176, 241-253.
  • Serres M. de (1838). Note sur les animaux des terrains tertiaires marins supérieurs découverts dans le sol immergé des environs de Montpellier. Annales des Sciences Naturelles (Zoologie et Biologie animale), 9 (2): 280-292.
  • Christol J. de (1841). Recherches sur divers ossemens fossiles attribués par Cuvier à deux phoques, au lamantin, et à deux espèces d’hippopotame, et rapports au Metaxytherium, nouveau genre de cétacé, de la famille des dugongs. Annales des Sciences Naturelles (Zoologie et Biologie animale), (2) 15: 307-336.
  • Blainville H.M.D. de (1844). Ostéographie ou description iconographique comparée du squelette et du système dentaire des mammifères. Arthus Bertrand (ed.), Paris. 4 vols.
  • Gervais P. (1847). Observations sur les mammifères fossiles du Midi de la France. Deuxième partie. Annales des Sciences Naturelles (Zoologie et Biologie animale), (3) 8: 203-224.
  • Gervais P. (1859). Zoologie et paléontologie françaises. Arthus Bertrand (ed.) 2° ed, viii + 544, Paris.
  • Depéret C. & Roman F. (1920). Le Felsinotherium Serresi des sables pliocènes de Montpellier et les rameaux phylétiques des siréniens fossiles de l’Ancien Monde. Archives du Muséum d’Histoire Naturelle de Lyon, 12: 1-56.
  • COTTREAU J., 1928. Le Metaxytherium cuvieri du golfe de la Loire. Annales de Paléontologie, 17 : 2-20, 4 fig., 2 pl.
  • Léonard Ginsburg & JANVIER P., 1971, Les Mammifères marins des faluns miocènes de la Touraine et de l’Anjou. Bulletin du Muséum National d’Histoire Naturelle, 3e série, 22 : 161-195.
  • Léonard Ginsburg & JANVIER P., 1975, Les mammifères marins des faluns de la Touraine et de l’Anjou. Bulletin de la Société d’Études Scientifiques de l’Anjou, n.s., IX : 73-96, 8 fig.
  • Les restes de Poissons des faluns de l'Anjou-Touraine (J. Mornand) - APBG/SESA (Société d'Études Scientifiques de l'Anjou) ; 1978, Mém. 3, 23 p.
  • Les restes de Reptiles des faluns de l'Anjou-Touraine (et supplément Poissons) (J.F. Gobé, J. Mornand et D. Pouit) - APBG/SESA (Société d'Études Scientifiques de l'Anjou) ; 1980, Mém. 5, 30 p. + 10 p.
  • Léonard Ginsburg & MORNAND J., 1986. Les restes de mammifères des faluns de l’Anjou-Touraine. Mémoire de la Société d’Études Scientifiques de l’Anjou, 6: 1 85.
  • TEMEY I., 1996. Le Néogène de Touraine : approche environnementale et paléogéographique des faluns du bassin de Noyant-Savigné (Indre-et-Loire et Maine-et-Loire, France). M.G.I., IGAL, n. 73, t.1, 67 fig., 27 pl., 292 p.
  • SAGNE C., 2001. Halitherium taulannense, nouveau sirénien (Sirenia, Mammalia) de l’Éocène supérieur provenant du domaine Nord-Téthysien (Alpes-de-Haute-Provence, France). Compte Rendu de l’Académie des Sciences de Paris, Sciences de la Terre et des Planètes/Earth and Planetary Sciences, 333 : 471-476.
  • MERLE D., BAUT J.P., Léonard Ginsburg, SAGNE C., HERVET S., CARRIOL R.P., VÉNEC-PEYRÉ M.T., BLANC-VALLERON M.M., MOURER-CHAUVIRÉ C., ARAMBOL D. & VIETTE P., 2002. Découverte d’une faune de vertébrés dans l’Oligocène inférieur de Vayres-sur-Essonne (bassin de Paris, France) : biodiversité et paléoenvironnement. C. R. Palevol, 1 : 111-116.
  • CAHUZAC B. & AUDOUIN M., 2005.Sur une vertèbre d’Halitherium (Siréniens), découverte dans le Calcaire à Astéries oligocène à Rauzan (Gironde). Aperçu paléoécologique. Bulletin de la Société Linnenne de Bordeaux, nouv. série no 33, 140 (3) : 171-192.
  • Rémi Rateau, Cyril Gagnaison, Vincent Gelot, Un Metaxytherium medium (Mammalia, Sirenia) attaqué par des requins dans les faluns miocènes de Channay-sur-Lathan (37, France), Symbioses, nouvelle série, no 23, 2009 [7]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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