Merde

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Page d'aide sur les redirections Cet article concerne le mot « merde ». Pour les excréments corporels, voir matière fécale.

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Merde est un mot de français moderne désignant les matières fécales, mais il sert aussi souvent de juron, sous la forme d'une interjection, dans le langage familier. Il a aussi de nombreux autres usages plus ou moins vulgaires. Il est et fut utilisé par les gens de tous milieux sociaux, de l'empereur Napoléon Ier jusqu'au peuple, en passant par les artistes et les plus grands écrivains.

Il est souvent désigné en français comme « le mot de Cambronne » en référence au général Pierre Cambronne qui l'aurait prononcé comme seule réponse au général britannique Charles Colville qui le sommait de se rendre. Toutefois, ce fait est souvent contesté.

« Merde » est aussi parfois désigné par l'expression « le mot de cinq lettres » ou plus souvent « m**** » ou bien « merdoum ».

Étymologie

Le mot merde, attesté pour la première fois en 1179 dans le Roman de Renart, est issu du latin merda, « fiente, excrément ». Ce mot du langage vulgaire est sans étymologie sûre.

Usage

En Europe francophone

En plus de la définition citée plus haut, il est aussi utilisé dans le monde des arts (à l'origine au théâtre) pour souhaiter bonne chance au destinataire de l'interjection. En effet, lorsqu'une pièce avait du succès, les attelages stationnant derrière le théâtre laissaient une quantité de crottin importante... L'acteur ainsi interpellé ne doit pas, selon les croyances, remercier celui qui lui a adressé ce souhait.

Au Canada

Surtout au Québec et au Nouveau-Brunswick, mais aussi en Ontario, au Manitoba, dans quelques villes de l'Alberta, de la Colombie-Britannique, de la Saskatchewan et de la Nouvelle-Écosse où on parle français, le mot "mârde" est plus populaire, et ce à un tel point que la prononciation européenne donne un effet recherché et éduqué (pour ne pas dire snob).

Quand le mot suit la prononciation canadienne dans un contexte interjectif il est souvent précédé du qualificatif "maudite". Dans un contexte confrontationnel, le mot fait office de complément d'objet direct, dans le mode impératif indiquons-le, au verbe "manger". De plus, dans un contexte descriptif d'une situation individuelle, le mot indique un environnement dans lequel ledit individu se retrouve avec des problèmes insolubles (c'est-à-dire être dans la...).

Autres langues

Dans les langues étrangères, en particulier en anglais, ce mot fleure bon la France. Il est pour les anglophones le cliché français par excellence avec la baguette et le béret. La bibliographie anglophone fourmille du reste d'ouvrages dont le titre commence par, ou contient, le mot Merde (en français dans le texte).

Expressions

  • « C'est de la merde ! », « /objet/ de merde » -- Objet de piètre qualité, ou objet sans valeur artistique.
  • « C'est la merde… » -- Se dit au sujet d'une situation difficile, inextricable ou dont il est difficile de percevoir les tenants et les aboutissants. On dit aussi « Être dans la merde »
  • « Être dans la merde » -- Être en grande difficulté
  • « Une vie de merde » -- vie minable, frustrante. viedemerde.fr est un site Internet qui collecte toutes les petites phrases qui ruinent une journée.
  • « Je vous dis merde » -- bonne chance, surtout avant une performance. Expression typiquement employée en France pour encourager la personne qui entre en scène, ou avant un examen.
  • « Chercher la merde » -- Rechercher des situations conflictuelles, se mettre volontairement en difficulté.
  • « Petit merdeux » -- se dit d'une personne méprisable ou d'une personne qu'on estime immature, pas à la hauteur (synonyme : « Petit morveux » ). Une personne qui serait encore incapable de se passer de couches.
  • « J'ai marché dedans » -- Cette expression étant elliptique, le mot "merde" n'y apparaît pas mais c'est bel et bien celui qu'on doit comprendre, ici dans son sens premier (la matière organique).
  • « Je me suis foutu dedans » -- Comme pour la précédente, cette expression est elliptique mais le sens ici est différent, l'expression signifiant de manière imagée qu'on s'est mis dans une situation difficile.
  • « Avoir un œil qui dit merde à l'autre » -- Loucher
  • « Avoir de la merde aux yeux » -- Ne pas voir ce qui est pourtant évident.
  • « Merde alors ! » -- deux sens selon l'intonation qu'on y met :« Zut alors ! » ou « Surprenant, inattendu, admirable ».
  • « Le fouille-merde » -- Le journaliste.
  • « Un foutteur de merde » -- Un perturbateur.
  • « Raconter de la merde » -- Dire n'importe quoi.
  • « Mieux vaut le dire qu'en manger » -- Après l'avoir utilisé comme juron.
  • « C'est le bout de la merde » (au Québec seulement) -- Situation méprisable.
  • « Mangeux de merde » -- Salaud, personne se prenant pour une autre.

Dérivés verbaux

Le verbe dénominatif merder (intransitif) désigne très familièrement le fait d'échouer, et également tout dysfonctionnement qui aurait des conséquences dangereuses ou funestes. Un emploi au sens « déféquer » est attesté dans l'ancienne langue.

Il existe également merdoyer glosé « s'embrouiller, s'empêtrer » par le TLFi.

En politique

À tout seigneur tout honneur, le , Napoléon Ier s'adressant à Talleyrand qu'il soupçonne de trahison : « ...Tenez, vous êtes de la merde dans un bas de soie ! ». Talleyrand, une fois que l'Empereur fût sorti, dit aux témoins de l'altercation : « Quel dommage, Messieurs, qu'un si grand homme soit si mal élevé ! »

On citera bien sûr Ravachol le célèbre anarchiste du XIXe siècle, au matin de son exécution à Montbrison le , qui chante L'bon dieu dans la merde.

Dans la littérature et autres arts

Une grossièreté héroïque qui a inspiré une pièce à Sacha Guitry, Le mot de Cambronne. Comme elle est en vers et que le mot en question ne possède qu'une seule rime (« perde »), l'oreille du spectateur est évidemment aux aguets.

On peut citer dans la poésie du XXe siècle le texte "La recherche de la fécalité", extrait de Pour en finir avec le jugement de dieu d'Antonin Artaud, poème récité par Roger Blin dans le très célèbre enregistrement radiophonique de ce recueil. Le poème commence par les vers particulièrement forts : "Là où ça sent la merde ça sent l'être." Cependant, le mot merde est employé assez fréquemment dans l'œuvre d'Artaud.

Discographie

Plusieurs chansons intègrent le mot dans leur titre (et leur texte) :

Arts plastiques

Dans l'art contemporain en général, et les arts plastiques en particulier, les artistes qui utilisent des matières fécales jouent souvent sur le sens du mot "merde" pour interpeller la fonction de l'art : les célèbres Merdes d'artiste de Piero Manzoni, par exemple.Merda d'artista : en 1961, Piero Manzoni déféqua dans 90 petites boîtes de conserves, ou plus précisément, déposa trente grammes de ses excréments par boîte et mis en vente ces boîtes au prix de trente grammes d'or. Ces excréments étaient réellement une production de l'artiste : toute production d'artiste est-elle artistique ?

Les artistes qui ne désirent pas jouer sur ce premier degré trop voyant utilisent d'autres mots. Par exemple Cloaca est une œuvre conçue pour être inutile et produire de l'inutile (des excréments), mais l'artiste Wim Delvoye ne prétend pas avoir produit de la merde[1]

Filmographie

Merdre

Cette orthographe du mot merde fut inventée par Alfred Jarry dans sa célèbre pièce Ubu roi. Le personnage grotesque du père Ubu l'emploie pour afficher sa singularité, au même titre qu'il écrit le mot finance "phynance". La pièce commence d'ailleurs avec cette interjection, hurlée par le père Ubu à la mère Ubu, cela dans le but de choquer le public. Elle est devenue l'une des caractéristiques de la pièce.

Merdre est aussi devenu le 10e des 13 mois du calendrier pataphysique.

Bibliographie

Francophone

  • Petite encyclopédie de la vie merdique en Grande Bretagne à l'usage du reste du monde ; Steve Low, Alan McArthur, Traduction: Catherine Gruen, David Ramasseul ; Scali (26 avril 2007). (ISBN 2350120821)
  • Ode à la merde ; Pierre Cusson ; L'Archange Minotaure, 2002. (OCLC 83758621)
  • Je parle plus mieux française que vous et j'te merde! : les joies de la francacophonie ; Alain Stanké ; Montréal : Stanké, 1995. (OCLC 34670571)
  • Merde aux critiques ; Pierre Cabanne ; Paris, Éditions du Quai Voltaire, 1993.
  • Le fouille-merde ; Gaston Compère; Pascal Vrebos ; Bruxelles : Le Cri, 1987. (OCLC 26843743)
  • Histoire de la merde : prologue ; Dominique Laporte ; Paris : C. Bourgois, 1978. (OCLC 4438456)
  • Bordel à merde : poésie ; George Astalos ; Paris : J. Grassin, 1975. (OCLC 70481887)
  • Le marchand de merde, : parade. ; Alexis Piron ; A Mahon : De l'Imprimerie de Gilles Langlois, à l'Enseigne de l'Etrille., M.DCC.LVI. (OCLC 43745911)
  • Histoire et bizarrerie sociales des excréments, des origines à nos jours, par Martin MONESTIER, Paris, Le cherche midi, 1997.
Journaux

Anglophone

  • Merde happens ; Stephen Clarke ; London : Bantam, 2007. (OCLC 85829305)
  • Merde : excursions in scientific, cultural, and sociohistorical coprology ; Ralph A Lewin ; New York : Random House, 1999. (OCLC 39275835)
  • Merde! : the real French you were never taught at school ; Geneviève. ; New York : Atheneum, 1986. (OCLC 12079089)
  • Stephen Clarke, A Year in the Merde, Bentam Press, 2004 (ISBN 0-59305-453-9)
  • Stephen Clarke, Merde Actually, Bentam Press, 2005 (ISBN 0-59305-477-6)

Germanophone

  • Himmel und Merde : Essays, Satiren, Leitartikel ; Kurt Guss ; Borgentreich : Guss, 2005. (OCLC 76743886)
  • Merde; Karikaturen der Mairevolte, Frankreich, 1968 ; V H Brandes; H Sylvester ; München, Trikont Verlag 1968. (OCLC 22769841)
  • Hetum Gruber, "On est dans la merde" : Stadtgalerie Saarbrücken, Heidelberger Kunstverein ; Hetum Gruber; Hans Gercke; Bernd Schulz; Christoph Schreier; Stadtgalerie Saarbrücken.; Saarbrücken : Die Stadtgalerie ; Heidelberg : Der Kunstverein, 1994. (OCLC 31797281)
  • Merde : Karikaturen d. Mairevolte, Frankreich 1968 ; Volker Helmut Brandes ; München : Trikont-Verl., 1968. (OCLC 73830098)

Hispanophone

  • La merde époque : los '90 ; Wolf ; Buenos Aires : Libros del Rescoldo, 2005. (OCLC 69242419)

Jeu

Animal

Voir aussi

Liens externes

Notes et références

  1. L'art, l'argent, la merde article sur le site Wim Delvoye du Musée d'art contemporain de Lyon, 2003.