Merci Patron !

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Merci Patron !
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Réalisation François Ruffin
Acteurs principaux

François Ruffin et la famille Klur

Sociétés de production Mille et une productions, Les Quatre Cents Clous
Pays d’origine Drapeau de la France France
Genre Film documentaire
Durée 83 minutes
Sortie 2016

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Merci Patron ![1] est un film documentaire satirique français réalisé par François Ruffin, sorti le .

« Comédie documentaire »[2], le film montre le parcours de François Ruffin pour porter auprès de Bernard Arnault la voix de la famille Klur dont le père et la mère ont été licenciés de l'entreprise Ecce, sous-traitant du groupe LVMH[3], à la suite d'une délocalisation de la production.

Il sort en salles à l'époque des débats autour de la « Loi travail » de Myriam El Khomri, source de nombreuses grèves et manifestations, dont le mouvement social Nuit debout. En quatre mois de diffusion, le documentaire atteint les 500 000 entrées en salle[4]. La critique est globalement favorable, malgré certaines pressions exercées par le groupe LVMH dans les médias qu'il contrôle.

Lors de la 42e cérémonie des César en février 2017, le film remporte le César du meilleur film documentaire.

Synopsis[modifier | modifier le code]

François Ruffin est un fan absolu de Bernard Arnault. Qu'importent les services de sécurité qui l'empêchent de rencontrer son idole, ou l'hostilité d'anciens employés licenciés, François va déborder d'ingéniosité pour rétablir le dialogue et partager avec tous sa passion pour le PDG de LVMH.

Sur sa route il croise Jocelyne et Serge Klur, pour qui rien ne va plus : leur usine fabriquait des costumes Kenzo pour le groupe LVMH, à Poix-du-Nord, près de Valenciennes, mais elle a été délocalisée en Pologne. Depuis lors, le couple est au chômage, criblé de dettes et sur le point de voir sa maison saisie par un huissier.

Mais François Ruffin est confiant et décidé à les sauver. Entouré d’un inspecteur des impôts belge, d’une bonne sœur rouge, de la déléguée CGT, et d’ex‑vendeurs à la Samaritaine, il tentera de porter le cas Klur à l’assemblée générale de LVMH, bien décidé à toucher le cœur de son PDG, Bernard Arnault. Puis les protagonistes useront de surprenants stratagèmes.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Information icon with gradient background.svg Sauf indication contraire ou complémentaire, les informations mentionnées dans cette section proviennent de la base de données IMDb.

Intervenants[modifier | modifier le code]

Les personnes intervenant à l'écran sont dans leur propre rôle :

Production[modifier | modifier le code]

Projet refusé par le CNC, le film, qui a coûté 150 000 [4] — le budget moyen d'un tel documentaire se situant entre 300 000 et 500 000 [5] — est en partie achevé grâce à une campagne de financement participatif via Ulule recueillant plus de 21 000 euros, sur les 15 000 demandés initialement pour terminer la post-production du film[6].

Autour du film[modifier | modifier le code]

Avant et jusqu'au jour de la sortie nationale du film, François Ruffin, fondateur et rédacteur en chef du journal Fakir, organise une tournée d'une trentaine d'avant-premières dans toute la France pour présenter lui-même son film[7]. Cette promotion par le réalisateur est amplifiée par un mouvement de soutien entre autres composé d'économistes hétérodoxes (par exemple Jean Gadrey ou Frédéric Lordon), du Monde diplomatique (Serge Halimi, Benoit Bréville, Renaud Lambert, etc.), de son association de lecteurs Les Amis du Monde diplomatique, d'Acrimed, d'Attac et de divers autres mouvements militant contre le néolibéralisme[8].

Le film est présenté à l'ouverture du quatrième Festival International du film grolandais de Toulouse (Fifigrot) en septembre 2015.

Alors qu'il devait être l'invité de l'émission Europe 1 Social Club animée par Frédéric Taddeï le 23 février, la veille de la sortie du film, François Ruffin est informé, quelques jours avant, que sa venue est annulée. Devant le buzz négatif qui commence à prendre de l'ampleur, la direction d'Europe 1 décide de l'inviter, le 24 février, dans la tranche de midi animée par Jean-Michel Aphatie[9].

Le 10 mars 2016 une intersyndicale des journalistes du Parisien dénonce la censure exercée à leur encontre par la direction de leur journal (détenu par le groupe LVMH[10]) visant à leur interdire d'écrire sur ce film[11].

Une polémique autour du film enfle à la suite d'une procédure de licenciement engagée contre un employé du techno-centre de Renault à Guyancourt pour avoir fait la promotion du film dans un mail adressé à des syndicalistes, hors de son bureau et hors de ses horaires de travail. L'employé est accusé de « faute grave »[12].

Pour plusieurs observateurs, les débats lors d'une rencontre organisée à la bourse du travail autour du documentaire participent à la genèse du mouvement « Nuit debout »[13],[14].

L'édition internationale du New York Times publie à la une du un article sur le documentaire – « a guerrilla-style documentary » – et son réalisateur[15].

Lors du Festival de Cannes, les droits de distribution du film ont été vendus au Benelux, en Suisse, en Espagne et au Canada[16], ainsi qu'en Thaïlande[17].

Accueil[modifier | modifier le code]

Réception critique[modifier | modifier le code]

Dans la presse, malgré d'importantes pressions internes dans les médias contrôlés par LVMH[10], les critiques du film sont particulièrement favorables et le site Allociné relève une note moyenne de 4,1/5 sur un total de près de 20 titres nationaux, allant de 3/5 à 5/5[18].

Sorj Chalandon, pour Le Canard enchaîné, vante « un film tonique, vengeur, grinçant, terriblement drôle. [...] un spectacle décapant à la Michael Moore, avec l'humour en plus... »[19].

Dans Le Monde, pour Jacques Mandelbaum « François Ruffin signe le chef-d’œuvre du genre. L’histoire semble simplette, elle va rapidement donner le vertige »[2].

Dans Le Journal du dimanche, Alexis Campion vante un film « Plaisantin plutôt que pleurnichard, fort d’une mise en scène bout de ficelle et facétieuse avec ses séquences en caméra cachée, ce documentaire en forme de satire sociale et clownesque n’y va pas de main morte. »[18].

Pour L'Obs , « Merci patron ! est une fête de l’esprit en même temps que le triomphe de la fraternité sur l’argent roi »[20].

Dans Marianne, Hervé Nathan commente « Merci patron, commencé comme un documentaire, se transforme alors en un désopilant et imprévisible Bienvenue chez les Ch'tis mâtiné de L'Arnaque. Ce film sent la frite, la bière et la solidarité : qu'est-ce-que ça fait du bien »[18].

Dans Télérama, Mathilde Blottière trouve que « ce pastiche de thriller sur fond de lutte des classes réussit la gageure de réenchanter l'action dans une époque aquoiboniste. Moqueur sans condescendance, joyeusement combatif, le film est un parfait dosage d'humour et de constat social. La preuve que l'engagement peut être payant... »[21].

Dans les Cahiers du cinéma, Camille Bui encense un film « bricolé, désinvolte, tourné dans une forme d’émulation et d’urgence politiques, [qui] se distingue du défaitisme et de l’impuissance ambiants pour faire du cinéma le moteur d’une lutte locale prête à essaimer »[18].

La rédaction du Point relève : « documentaire incarné et engagé, "Merci patron !" use de l'humour pour faire passer ses messages, dont la réhabilitation du combat syndical. »[22]

Pour Damien Leblanc de Première, « le pamphlet se mue soudain en savoureux récit d’espionnage et d’infiltration et le suspense est digne de celui d’un thriller. Le réalisateur expose ses personnages au danger, mais prouve que le documentaire social, bien réel, peut s’assumer comme une savoureuse comédie de caractères »[23].

Dans Positif, Fabien Gaffez estime que « entre caméra cachée, provocation potache, journal "extime" et documentaire embarqué; "Merci Patron !" fait mouche »[18].

Dans Les Inrockuptibles, Vincent Ostria voit dans le film « à côté de la réflexion sociale réelle, irréfutable, juste, [...] une dimension jouissive en détaillant sur un mode humoristique la victoire inespérée du pot de terre contre le pot de fer »[18].

Dorothée Barba sur France Inter encense le film en rappelant, elle aussi, dans quelle veine il s'inscrit : « Voilà un film insolent, drôle, bigrement bien ficelé, avec un message politique assumé et un réalisateur omniprésent à l’écran : difficile de ne pas penser à Michael Moore... »[24].

Quant à François Morel, dans son billet, lu sur la même station, il estime que tous les acteurs interprétant leur rôle devraient rafler les palmes de Cannes tant leur jeu est réaliste : « Je ne sais pas si Serge Klur a fait le conservatoire, s’il a pris des cours chez Blanche Salan ou Jean-Laurent Cochet, s’il a plutôt suivi la méthode Stanislavski ou Strasberg mais dans le rôle de cet homme du peuple, qui a perdu son emploi après que son entreprise a été délocalisée en Pologne, ouvrier au bout du rouleau, prêt à mettre le feu à sa maison dont il n’arrive pas à payer les traites, Serge Klur est quasiment aussi crédible que Vincent Lindon… »[25].

Réception populaire[modifier | modifier le code]

Le site Allociné relève une note moyenne de 4,5/5 pour les critiques spectateurs sur un total de plus de 1800 notes[26].

Dans les milieux intellectuels[modifier | modifier le code]

Le film reçoit le soutien du sociologue Jean-Pierre Garnier[27], de l'économiste Jean Gadrey[28], de l'économiste Frédéric Lordon[29],[30], des sociologues Monique et Michel Pinçon Charlot ou encore de l'ancien inspecteur du travail Gérard Filoche.

Réaction de Bernard Arnault[modifier | modifier le code]

Lors de l'assemblée générale du groupe LVMH qui s'est tenue le 14 avril 2016, Bernard Arnault a déclaré au sujet de ce film qu'il n'a pas vu[31] :

« Depuis de nombreuses années, une vingtaine d'années, on est l'objet de critiques de la part de groupes d'extrême-gauche. On est habitué à ce genre de critiques. Le groupe LVMH est l'illustration, l'incarnation de ce que, pour ces observateurs d'extrême-gauche, l'économie libérale produit de pire. »

Box-office[modifier | modifier le code]

Pays ou région Box-office Date d'arrêt du box-office Nombre de semaines
Drapeau de la France France 451 000 entrées[32] 12

Le documentaire, parfois qualifié de phénomène[33],[5], dépasse, un mois après sa sortie, 150 000 entrées et passe la barre des 300 000 le 14 avril 2016[34].

Fort d'une grande fréquentation en France[33], le distributeur Jour2fête a profité du Festival de Cannes 2016 pour conclure des accords de diffusion à l'étranger (Bénélux, Brésil, Canada, Corée du Sud, Espagne, Portugal, Suisse et Thaïlande) [35],[17].

En , le documentaire comptabilise plus de 500 000 entrées[36]. Le , La Lettre A rapporte que « selon les calculs des producteurs et des professionnels du cinéma, les 500 000 entrées du film et la vente des droits à plusieurs pays étrangers ont rapporté quasiment un million d'euros »[37].

Récompenses[modifier | modifier le code]

François Ruffin profite de la remise du prix pour fustiger l'indifférence des médias et des politiques à l'égard des ravages sociaux provoqués en France depuis trente ans par les délocalisations industrielles[39].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le titre est emprunté à une chanson satirique des Charlots.
  2. a et b Jacques Mandelbaum, « « Merci patron ! » : la rencontre de Michael Moore et de Luc Moullet en terre picarde », sur Le Monde, .
  3. « Merci patron !, un cinéma d’action directe », (consulté le 28 juillet 2016)
  4. a et b « «Merci patron!», les Pieds Nickelés chez LVMH », L'Hebdo, 16 juin 2016.
  5. a et b Mathilde Blottière, « Le phénomène “Merci patron !” : l'histoire d’un joyeux succès », sur telerama.fr,
  6. « Merci Patron : levée de fronde ! », sur Ulule (consulté le 25 février 2016).
  7. Merci Patron !, critique du film sur le site Mediapart, par Amélie Poinssot, 25 janvier 2016.
  8. « « Merci Patron ! » La tournée », sur Fakir,
  9. Jean-Michel Thénard, « Merci poltrons ! », Le Canard enchaîné, mercredi 24 février 2016, p. 5.
  10. a et b Le rachat du « Parisien » par LVMH est définitif, Alexis Delcambre, Le Monde, 21 octobre 2015
  11. «Merci patron!» : Des journalistes du «Parisien» dénoncent la « censure» de leur journal sur 20 minutes, le 10 mars 2016
  12. Rachida El Azzouzi, « Chez Renault, vanter Merci patron! peut conduire au licenciement », sur Mediapart,
  13. Raphaëlle Besse Desmoulières, « Nuit debout, histoire d’un ovni politique », sur lemonde.fr,
  14. « Nuit debout : genèse d'un mouvement pas si spontané », Le Figaro, 7 avril 2016.
  15. «Merci patron!» en Une du «New York Times»: «Un cri de ralliement français», 20 minutes,
  16. « Cannes : les droits du film "Merci Patron !" vendus en Europe et au Canada », RTL Belgique, 18 mai 2016.
  17. a et b « Merci patron ! (2015) », sur www.unifrance.org (consulté le 9 mai 2017)
  18. a, b, c, d, e et f « Critiques Presse », sur Allociné, .
  19. Sorj Chalandon, « Merci Arnault ! », Le Canard enchaîné, mercredi 24 février 2016, p. 5.
  20. « Les films à voir cette semaine », sur Le Nouvel Observateur, .
  21. Mathilde Blottière, « Merci patron! », sur Télérama, .
  22. « "Merci patron !", le documentaire qui tacle Bernard Arnault », sur Le Point, .
  23. Damien Leblanc, « Merci Patron ! »
  24. "Merci patron", un traquenard aux allures de farce (Dorothée Barba) sur France Inter, le 24 février 2016
  25. Le billet de François Morel sur France Inter, le 26 février 2016
  26. « Critiques Spectateurs », sur Allociné, .
  27. « Merci Patron ! : « Mieux vaut en rire qu’en pleurer » », 11 décembre 2015.
  28. « Merci Patron ! L’avis de Jean Gadrey », 5 janvier 2016.
  29. Frédéric Lordon, « Un film d'action directe », Le Monde diplomatique, février 2016, p.  28.
  30. « Merci Patron : "mes inspirateurs ? Michael Moore et Lafesse" : Ruffin, Lordon, et le film qui ridiculise Bernard Arnault », sur Arrêt sur images, (consulté le 25 février 2016).
  31. « Que pense Bernard Arnault du documentaire « Merci patron ! » ? Pas grand-chose de bien », sur bigbrowser.blog.lemonde.fr, (consulté le 15 avril 2016)
  32. « Prévision de fréquentation en France du 11 au 17 mai », sur Cine-directors net, .
  33. a et b Laurent Lemercier, « Le phénomène « Merci Patron ! », sur Cineuropa,
  34. « Succès de "Merci Patron" au cinéma : "Un film joyeux" », Sud Ouest, 15 avril 2016.
  35. « Le documentaire « Merci Patron ! bientôt dispo dans le monde », sur Zickma.fr,
  36. Merci Patron : 500.000 entrées et une date de sortie DVD, Avoir à lire, 24 juin 2016
  37. « François Ruffin (brève) », La Lettre A, no 1733,‎ , p. 1
  38. « "Merci Patron!", César du meilleur documentaire », ladepeche.fr,‎ (lire en ligne)
  39. « Regardez le discours engagé de François Ruffin, césar du meilleur documentaire pour “Merci Patron !” », sur Télérama.fr, .

Annexes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]