Mehmet Ali Ağca

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Mehmet Ali Ağca
Assassin
Naissance (56 ans)
Hekimhan, Malatya
Patrie Drapeau de la Turquie Turquie
Sentence Emprisonnement à perpétuité en Italie
10 ans d'emprisonnement en Turquie
Assassinat ou tentative d'assassinat
Affaires Assassinat d'Abdi İpekçi
Tentative d'assassinat de Jean-Paul II du 13 mai 1981
Victime(s) 1 mort et 1 blessé
Ville(s) Istanbul, Rome

Mehmet Ali Ağca (pron. aadja [a:ʤa]), né le 9 janvier 1958 à Malatya en Turquie, est un ancien militant de l'extrême droite turque (les « Loups Gris ») et le no 3 du stay-behind du Gladio turc[1]. Assassin d'un journaliste turc en 1979, il a tiré sur le pape Jean-Paul II sur la place Saint-Pierre de Rome, le 13 mai 1981.

Après l'attentat, Jean-Paul II demanda aux fidèles de prier pour « son frère (Ağca), à qui j'ai sincèrement pardonné ». En 1983, Jean-Paul II et Ağca se sont rencontrés à la prison italienne où celui-ci était détenu, et ont parlé en privé. Selon un article de United Press, le pape a gardé le contact, jusqu'à sa mort, avec la famille d'Ağca. Il a même rencontré la mère et le frère d'Ağca une décennie plus tard.

En 2000, Ağca est transféré en prison en Turquie pour des crimes qu'il a commis sur le sol turc avant d'aller en Italie. Le 27 avril 2002, le président de la République turque Ahmet Necdet Sezer avait mis son veto à la loi d’amnistie qui aurait permis d’annuler la peine de Mehmet Ali Ağca, condamné initialement à la prison à vie (peine réduite par la suite à dix ans d'emprisonnement) pour le meurtre en 1979 du directeur de publication du quotidien Milliyet, Abdi İpekçi. Il a été libéré pendant une semaine début 2006. En 2009, il déclare avoir abjuré depuis le 13 mai 2007 la foi musulmane, et être devenu un fidèle de l'Église catholique romaine, ajoutant qu'il espérait un jour pouvoir aller prier sur la tombe de Jean Paul II[2]. Il sort finalement après 29 ans d'enfermement le 18 janvier 2010.

Biographie[modifier | modifier le code]

Dans sa jeunesse, Ağca, orphelin de père depuis 1966, était un petit voyou qui fit partie d'un gang de rue de sa propre ville. Il fut plus tard contrebandier dans le commerce lucratif entre la Turquie et la Bulgarie. Il alla ensuite en Syrie où il reçut deux mois d'entraînement en armement et sur les tactiques terroristes. Il affirma que cela avait été payé par le gouvernement bulgare. Ağca se décrit lui-même comme un mercenaire sans orientation politique qui était prêt à faire n'importe quoi pour de l'argent. Le 1er février 1979, il tua Abdi İpekçi, rédacteur en chef de Milliyet, un grand quotidien de centre-gauche en Turquie. Il fut arrêté grâce à un informateur et fut condamné à la prison à vie. Il parvint à s'enfuir de la prison militaire la mieux gardée de Turquie avec l'aide d'Abdullah Çatlı, le numéro 2 des Loups gris, Oral Çelik et, selon certains, l'aide de l'État turc[3].

Complot contre le pape[modifier | modifier le code]

La "papamobile" dans laquelle se trouvait Jean-Paul II au moment de l'attentat.

Ağca fuit vers la Bulgarie. Il déclara par la suite qu'il fut approché à Sofia par les services secrets bulgares, qui lui offrirent trois millions de marks pour assassiner le pape. Les Bulgares reçurent prétendument des ordres du KGB d'assassiner le pape à cause de son appui au mouvement Solidarité en Pologne. Toutefois, plus tard, Ağca retira cette version des faits et donna d'autres versions contradictoires. certains spécialistes de l'affaire, comme Edward Herman, Noam Chomsky et Michael Parenti avancent que l'histoire d'Ağca n'est pas crédible, d'autant plus que ce dernier n'a fait aucune allusion à l'implication de la Bulgarie avant d'être mis en cellule d'isolement et visité régulièrement par le service de renseignement militaire italien (SISMI), qui lui aurait sans doute soufflé l'idée de l'implication bulgare. De plus on ne trouva jamais la trace des trois millions de marks soit disant offert par les Bulgares à Mehmet Ali Ağca en échange de l'assassinat du pape.

Au début août 1980, Ağca commença à voyager dans la région méditerranéenne, changeant de passeports et d'identités. Il arriva à Rome le 10 mai 1981 par un train depuis Milan. Le jour même, il assiste à une cérémonie à la paroisse San Tommaso d'Aquino à laquelle participe le pape, dans l'aire réservée aux invités du Vatican (grâce à un laissez-passer déposé par le protocole du Vatican dans la pension Isa où il séjourne)[1].

À Rome, il déclara avoir rencontré trois complices, un Turc et deux Bulgares ; on pense que le Turc était Musa Celebi. Selon Ağca, l'opération était dirigée par Zelio Vassilev, l'attaché militaire bulgare à Rome.

Le plan supposé était qu'Ağca et sa réserve Oral Celik tirent depuis la Place Saint-Pierre et déclenchent ensuite une bombe pour créer la panique et le chaos, et permettre au groupe de fuir vers l'ambassade bulgare. Le 13 mai, ils écrivaient des cartes postales sur la place Saint-Pierre en attendant le Pape. Quand il passa, Ağca tira deux fois, mais fut rapidement maîtrisé par la foule. Celik paniqua et donc ne déclencha pas la bombe et ne tira pas sur le Pape, il s'évanouit dans la foule avant d'être arrêté peu de temps après.

D'abord Ağca déclara appartenir au Front populaire de libération de la Palestine mais cette organisation démentit tout lien avec lui.

Un peu plus tard, Sergei Antonov, un des Bulgares, fut arrêté sur la base du témoignage d'Ağca. Après trois ans de procès, il fut déclaré non coupable par manque de preuves en 1986. Le témoignage d'Ağca se révéla contradictoire et parfois même insensé puisqu'il déclara être l'incarnation de Jésus. Les Bulgares prétendirent toujours être innocents et avancèrent que la dénonciation d'Ağca relevait en fait d'un complot anticommuniste mis en place par les Loups gris, les services secrets italiens et la CIA (i.e. Gladio) et les médias américains. Edward Herman, dans son livre sur la connexion bulgare, affirma que la CIA employa Michael Ledeen comme défenseur de la thèse du projet bulgare. Cette thèse a été mise en place par Ronald Reagan et les États-Unis pour lutter contre le communisme. La thèse de l'implication du réseau stay-behind Gladio a aussi été soutenue par la journaliste Lucy Komisar[4].

Ağca, condamné à l'emprisonnement à vie en Italie pour la tentative d'assassinat de Jean-Paul II, fut gracié, après 19 ans passés derrière les barreaux, par le président italien Carlo Azeglio Ciampi, et extradé vers la Turquie le 14 juin 2000. Dès son arrivée dans son pays natal, il fut incarcéré dans la centrale de haute sécurité de Kartal-Maltepe (Istanbul), pour l'assassinat en 1979 du journaliste turc Abdi İpekçi, pour lequel il avait été condamné à mort par contumace en 1980, peine commuée en dix années de réclusion en vertu d’une loi d’amnistie de 1991.

Le , le pape Jean-Paul II dévoila le troisième secret de Fatima et expliqua que la tentative d'assassinat était l'accomplissement de ce troisième secret. Des théoriciens de la conspiration mettent en doute la divulgation complète du contenu de la lettre, car en général, on croit que le secret prédit est l'Apocalypse.

Pendant sa visite en Bulgarie en , le pape Jean-Paul II déclara qu'il n'avait jamais cru à la piste bulgare.

Ağca déclara : « Pour moi, le pape était l'incarnation du capitalisme dans son ensemble ». Malgré une demande de libération anticipée en novembre 2004, une cour turque décida qu'il ne pouvait pas quitter la prison jusqu'en 2010.

Au début février 2005, pendant la maladie du pape, Ağca lui envoya ses vœux et lui annonça la fin du monde. Un peu plus tard, le pape publia son livre Mémoire et identité : Conversations au passage entre deux millénaires, qui relate sa vision de la tentative d'assassinat. Le livre est pour l'essentiel une retranscription des conversations qu'il eut en polonais avec son ami, le philosophe politique Krzysztof Michalski et feu le révérend Jozef Tishner en 1993 à Castel Gandolfo près de Rome.

Le 9 janvier 2006, un tribunal turc décide de le libérer dans la semaine et le 12 janvier, Mehmet Ali Ağca sort de prison après près de 25 années passées derrière les barreaux, dont 19 en Italie. Mais sa libération est de courte durée puisqu'elle est annulée le 20 janvier 2006, date à laquelle il est de nouveau placé en détention, la Cour de cassation ayant estimé qu'il devait continuer à purger la peine de dix ans de prison à laquelle il avait été condamné pour le meurtre d'un journaliste turc en 1979.

D'après le rapport d'une commission d'enquête parlementaire italienne, publié en mars 2006, l'URSS aurait commandité l'attentat contre le pape Jean-Paul II en mai 1981. Ces révélations, attribuant la décision de l'attentat au président de l'URSS Léonid Brejnev et son organisation aux services militaires soviétiques, reposent sur les archives d'un ex-agent du KGB passé à l'Ouest au début des années 1990, Vassili Mitrokhine.

Les interviews de 2005[modifier | modifier le code]

Le 31 mars 2005, la mort du pape Jean-Paul II étant imminente, Ağca accorda une interview au journal italien la Repubblica. Une traduction anglaise commentée peut être également consultée. Ağca déclara travailler sur un livre concernant la tentative d'assassinat qui devrait être publié plus tard en 2005. Il affirma également avoir eu des complices au Vatican pour l'aider. Toutefois, une semaine plus tard, Turkish Weekly rapporta la dénégation d'Ağca.

Quand le pape mourut le 2 avril 2005, le frère d'Ağca, Adnan, déclara, dans une interview que Mehmet Ali et toute sa famille le pleuraient et que le pape était leur ami. Le 5 avril, CNN annonça qu'Ağca voulait assister aux funérailles du pape le 8 avril. Cependant, les autorités turques rejetèrent cette requête.

Sortie de prison[modifier | modifier le code]

Mehmet Ali Ağca sort de prison le [5] en proclamant « la fin du monde ». Un texte est diffusé par un de ses avocats, signé « Le Christ éternel Mehmet Ali Ağca[6] ». Par ailleurs il a déclaré qu'il allait étudier différentes propositions de livre, de film et de documentaire pour la télévision et précisé qu'il aimerait aller au Vatican pour rencontrer le pape Benoît XVI, bien qu'il n'ait pas fixé de date pour cette visite[7].

Références culturelles[modifier | modifier le code]

La tentative d'assassinat du pape est un élément majeur du livre de Tom Clancy, Red Rabbit. Ağca n'y est pas expressément mentionné mais le livre détaille l'implication supposée du KGB et la tentative elle-même.

Voir aussi le roman de Philippe Sollers, Le Secret. Voir aussi le documentaire de Yona Andronov, Sur la piste des loups Voir aussi le livre de Jean-Marie Stoerkel, Les loups de Saint-Pierre, les secrets de l'attentat contre Jean-Paul II, éditions Plon à Paris, 1996, et son édition turque Mesih Papa'Yi Neden vurdu? Sabah Kitaplari[pas clair].

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Roumiana Ougartchinska, La vérité sur l'attentat contre Jean Paul II, Éditions Presses de la Renaissance, 2007 (ISBN 9782750902841).
  2. http://www.7sur7.be/7s7/fr/1505/Monde/article/detail/835989/2009/04/28/L-auteur-de-l-attentat-contre-Jean-Paul-II-a-renie-l-islam.dhtml .
  3. « Les liaisons dangereuses de la police turque », Le Monde diplomatique, mars 1997 .
  4. (en) « The Assassins of a Pope » article de Lucy Komisar 4 juin 1997 sur Abdullah Catli et Mehmet Ali Agca et l'implication de Gladio
  5. (fr) « L’auteur de l’attentat contre Jean Paul II sort de prison », sur Tribune de Genève (consulté le 18 janvier 2010).
  6. « Agca, qui tenta de tuer Jean Paul II, est libre après 30 ans en prison », AFP, 15 janvier 2010.
  7. « Pope Gunman to Consider Book, Film Offers », The New York Times, 9 janvier 2010.

Liens externes[modifier | modifier le code]