Maximilian von Montgelas

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Maximilian von Montgelas
Montgelas1806.jpg
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Maximilian Carl Joseph Franz de Paula Hieronymus, comte de Montgelas né le 12 septembre 1759 à Munich où il est mort le 14 juin 1838, est un homme d’État bavarois d’origine savoisienne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Sculpture en aluminium de Maximilien von Montgelas par Karin Sander, sur la Promenadeplatz Munich, 2005.
Portrait de la comtesse Ernestine von Montgelas, née von Arco.

D’une famille noble de Savoie, son père Johann Sigmund Garnerin, baron Montgelas, est entré au service militaire de Maximilien III, électeur de Bavière, et a épousé la comtesse Ursula von Trauner[1]. Maximilian Josef, qui était leur leur fils ainé, a été éduqué à Nancy, Strasbourg puis Ingolstadt[1]. Savoyard par son père, il se montrait tout naturellement particulièrement sensible à l’influence française, alors très forte en Allemagne. Jusqu’à la fin de sa vie, il a parlé et écrit le français avec plus de correction et de facilité que l’allemand[1]. Néanmoins, né à Munich, il a toujours voulu être traité comme de nationalité bavaroise[1].

En 1779, il est entré dans la fonction publique dans le service de la censure des livres[1]. L’électeur Charles-Théodore, qui l’avait d’abord le favorisé, s’offusqua de le découvrir associé aux Illuminati, la société secrète bavaroise qui soutenait les propositions les plus anticléricales du siècle des Lumières[1]. Montgelas dut alors partir pour Deux-Ponts, où ses frères Illuminati l’aidèrent à trouver un emploi à la cour du duc, à la tête d’une branche de la famille Wittelsbach, refuge d’où les ennemis orthodoxes des Illuminati réussirent également à le faire éconduire[1]. Maximilien Joseph, frère du duc de Deux-Ponts, le prit alors à son service comme secrétaire privé[1] et, lorsque son nouveau protecteur parvint aux commandes du duché, Montgelas accéda au poste de ministre et, à ce titre, il prit part au congrès de Rastatt en 1798, où le relèvement de l’Allemagne, conséquence de la Révolution française, battait son plein[1].

Ministre en Bavière[modifier | modifier le code]

En 1799, le duc de Deux-Ponts a accédé à l’électorat de la Bavière, et il a gardé Montgelas comme son conseiller de confiance[2]. Montgelas a inspiré et dirigé la politique qui a transformé l’électorat de Bavière en royaume en 1806, et son augmentation en taille par l’annexion des terres d’Église, des villes libres et des petites seigneuries[2]. Montgelas ayant obtenu ces avantages au moyen d’une servilité inflexible à l’endroit de Napoléon et de l’indifférence la plus cynique envers les droits des États allemands voisins de la Bavière, il a incarné, aux yeux de tous les Allemands révoltés contre la suprématie de la France, le type même du politicien antipatriotique[2]. Montgelas lui-même, à en juger par sa conduite et la défense écrite de sa politique, trouvait puérils ce genre de sentiments[2].

Montgelas était un homme politique typique du XVIIIe siècle, dont l’unique préoccupation était que la maison de Habsbourg avait toujours menacé la Bavière, que la Prusse ne l’avait soutenue que par intérêt, et que le seul appui utile contre ces deux puissances était la France, dont le propre intérêt était de vouloir contrebalancer le pouvoir de l’Autriche et de la Prusse en Allemagne[2]. Jusqu’à la fin de 1813, lorsque le déclin de la puissance napoléonienne fut évident, ce dont Montgelas était bien à même de se rendre compte grâce à ses fréquentes visites de Paris, il continua toujours à soutenir que la France était primordiale pour la Bavière[2]. Même si c’est sous l’influence de son fils et du maréchal von Wrede que le roi de Bavière prit la décision, en 1814, de se retourner contre Napoléon, Montgelas lui-même n’aurait laissé aucun sentimentalisme influencer son soutien à un allié dès lors que celui avait cessé d’être utile aux intérêts de la Bavière[2].

Dans les affaires intérieures, la politique de laïcisation et de centralisation administrative mené par Montgelas a montré qu’il été resté fidèle renoncé aux idées des Lumières du siècle précédent[3]. Il peut être considéré comme le politicien allemand du début du XIXe siècle qui a le mieux réussi en politique intérieure, avec une longue liste d’accomplissements impressionnants[3]. En 1796 déjà, lors de l’exil du duc de Deux-Ponts à Ansbach, après l’avancée française sur Deux-Ponts, Montgelas avait élaboré un plan directeur pour la future modernisation de la Bavière[4]. Ce long document, le « mémoire d’Ansbach » a été redécouvert dans les années 1960 et publié en 1970 par l’historien et biographe bavarois de Montgelas, Eberhard Weis[4]. Une fois nommé principal conseiller d’État de Maximilien après que ce dernier eût accédé à l’électorat de Bavière en 1799, Montgelas mit sans fléchir son projet en œuvre[4] : la noblesse et le clergé furent désormais soumis à l’impôt[3]. La fiscalité fut accompagnée d’une description économique complète de la Bavière qui s’est traduite par un système de cadastre exceptionnel[3].

En 1808, Montgelas donna à la Bavière sa première constitution moderne, qui comprenait l’abolition de toutes les reliques du servage qui avaient survécu jusque-là[3]. En 1812, la torture fut abolie par l’introduction d’un nouveau code pénal fondé sur des normes humanitaires modernes[3]. La scolarisation, la vaccination et le service militaire furent rendus obligatoires[3]. L’administration bavaroise fut réorganisée autour d’un cabinet centralisé de ministères modernes qui remplaça les multiples chambres d’antan[3]. Montgelas également cours au libre-échange en faisant abolir tous les péages dans le royaume de Bavière[3]. Il conçut et mit en œuvre le Dienstpragmatik, un règlement pour les fonctionnaires, qui a servi de modèle à toute la fonction publique en Allemagne[3]. Désormais, l’admission à un service dans l’administration publique ne se faisait plus sur la base de l’appartenance à la religion catholique ou la noblesse, mais uniquement sur la qualité de l’éducation[3]. Les fonctionnaires recevaient un salaire suffisant et leurs veuves une pension[3]. Ce règlement, qui mettait fin à la prépondérance de la noblesse dans les rangs les plus élevés et les plus décisifs de l’administration publique, permit à Montgelas de restructurer la fonction publique sur une déontologie nouvelle qui créait, par la même occasion, un groupe social de serviteurs dont l’unique loyauté allait à la couronne et au royaume de Bavière[3].

Afin de réduire l’influence politique et culturelle de l’Église catholique en Bavière, Montgelas a accordé les droits civils, y compris la citoyenneté, aux protestants[3]. Les communautés juives ont également reçu un statut juridique, même s’il demeurait un enregistrement spécial de nature discriminatoire[3]. Il a contribué à la laïcisation de la Bavière en saisissant pour l’usage et le profit de l’État de nombreuses propriétés foncières de l’Église, surtout les monastères, car il considérait la vie monastique, au mieux, comme inutile, et au pire, comme un vivier de « superstition »[3]. Il importait essentiellement de tenter de supprimer les biens de mainmorte qui avait mené la trésorerie de l’État au bord de la faillite sous Charles Théodore[3]. La suppression des institutions et l’expropriation des biens de l’Église étaient, selon les principes des Lumières et de la réorganisation de l’Europe napoléonienne, des étapes essentielles dans la modernisation de l’État[4]. Toujours selon ces principes, Montgelas consacra l’omnipotence de l’autorité laïque sur la religion en éliminant les marques d’autorité et de contrôle des ressources par l’Église, dont les monastères possédaient, depuis les premiers siècles du Moyen Âge, de grandes étendues de terres et exploitaient les agriculteurs qui y travaillaient[3].

Montgelas considérait que toute forme de représentation parlementaire était aussi dangereuse pour l’État moderne que ne l’avait été l’Église[3]. Même le Parlement impuissant et très ploutocratique introduit par la Constitution de 1808 ne vit pratiquement jamais le jour. Montgelas, qui a lui-même déclaré que les guerres à répétition empêchaient toute convocation du Parlement, préférait, en fait, son statut de despote bienveillant qui lui permettait d’échapper à toute forme de contrôle du Parlement[3]. Ce n’est qu’après que ses ennemis eurent persuadé le roi de le renvoyer, en 1817, qu’un véritable Parlement bicaméral introduit par la deuxième constitution bavaroise de 1818. Lui-même passa alors les vingt dernières années de sa vie comme membre de la Chambre haute de Bavière (Kammer der Reichsräte)[3].

Il avait épousé en 1803, la comtesse von Arco, dont il eut huit enfants[3]. En grand seigneur du XVIIIe siècle, il permit à son épouse très séduisante d’avoir des amants et en invita même certains dans son palais. Il a été fait comte en 1809[3].

Hommages[modifier | modifier le code]

En 2005, l’État libre de Bavière et de la ville de Munich ont érigé un monument sur la Promenadenplatz s de Munich en son honneur.

En 2009, à l'occasion du 250e anniversaire de sa naissance, la Société Montgelas pour la promotion de la coopération franco-bavaroise a créé la distinction honorifique "Prix Montgelas" ("Montgelas-Preis" en allemand) remise chaque année à une personnalité bavaroise ainsi qu'à une personnalité française reconnues pour promouvoir la coopération franco-bavaroise[5]. Le prix a été remis notamment à Jean Arthuis[5] (Président de la commission des budgets du Parlement européen et ancien ministre des finances), Raymond Frugier (Maire d'Oradour-sur-Glane), Philippe Richert [6](Président du Conseil Régional d’Alsace et ancien ministre délégué aux collectivités territoriales) et Thierry Breton[7] (Président-directeur général d'Atos et ancien Ministre des Finances).

Notes[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i (de) Eberhard Weis, Montgelas: Zwischen Revolution und Reform 1759-1799, Munich, C.H. Beck, 1988.
  2. a, b, c, d, e, f et g (de) Eberhard Weis, Montgelas : Der Architekt des modernen bayerischen Staates 1799-1838, Munich, C. H. Beck, 2005.
  3. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r, s, t, u, v et w (de) Katharina Weigand, Montgelas zwischen Wissenschaft und Politik : Krisendiagnostik, Modernisierungsbedarf und Reformpolitik in der Ära Montgelas und am Beginn des 21. Jahrhunderts, Herbert Utz Verlag, Munich, Utz, 2009.
  4. a, b, c et d (de) Bayern entsteht. Montgelas und sein Ansbacher Memoire von 1796, Michael Henker, Margot Hamm, Evamaria Brockhoff (dir.), Ratisbonne, Friedrich Pustet, 1996.
  5. a et b « Remise du Prix Montgelas 2011 à MM. Arthuis et Fahrenschon », sur Frankreich in Deutschland (consulté le 18 octobre 2015)
  6. « Coopération France – Bavière : Philippe Richert récompensé pour son implication par le prix « Montgelas:» | Alsace.info : Actualité et information en Alsace Alsace.info, site information Alsace, actualités et news en Alsace, A la Une en Alsace, actualité à Strasbourg, information à Mulhouse, actu Sélestat, info Colmar », sur www.alsace.info (consulté le 18 octobre 2015)
  7. « 24.09.2015 - Ehrung für Bildungsminister Dr. Ludwig Spaenle und Frankreichs Finanzminister a.D. Thierry Breton | Bayerischer Landtag », sur www.bayern.landtag.de (consulté le 18 octobre 2015)

Sources[modifier | modifier le code]

  • (de) Juliane von Åkerman, « Maximilian Joseph Montgelas, Graf von Garnerin », Monachia. Städtische Galerie im Lenbachhaus, Jürgen Wurst, Alexander Langheiter (dir.), Munich, 2005, p. 160, (ISBN 978-3-88645-156-2).
  • (de) Bayern entsteht. Montgelas und sein Ansbacher Memoire von 1796, Michael Henker, Margot Hamm, Evamaria Brockhoff (dir.) : Ratisbonne, Friedrich Pustet, 1996, (ISBN 978-3-79171-535-3).
  • (de) Eberhard Weis, Montgelas : Zwischen Revolution und Reform 1759-1799, Munich, C.H. Beck, 1988, (ISBN 978-3-40632-974-6).
  • (de) Eberhard Weis, Montgelas : Der Architekt des modernen bayerischen Staates 1799-1838, Munich, C. H. Beck, 2005, (ISBN 978-3-40603-567-8).
  • (de) Katharina Weigand, Montgelas zwischen Wissenschaft und Politik : Krisendiagnostik, Modernisierungsbedarf und Reformpolitik in der Ära Montgelas und am Beginn des 21. Jahrhunderts, Herbert Utz Verlag, Munich, Utz, 2009, (ISBN 978-3-8316-0897-3).
  • (de) Karl Theodor von Heigel: Montgelas, Maximilian Graf von, dans: Allgemeine Deutsche Biographie (ADB). Volume 22, Duncker & Humblot, Leipzig 1885, p. 193-204.

Liens externes[modifier | modifier le code]