Max Bahon

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Max Emmanuel Théodore Pierre Bahon est un ancien directeur général et vice-président de la Compagnie du Canal de Suez, né le à Laval, décédé le à Paris, ingénieur du génie maritime et industriel français.

Biographie[modifier | modifier le code]

Origine et études[modifier | modifier le code]

Max Bahon est le fils de Théodore Bahon, professeur de mathématiques au Lycée de Laval, et le frère de Carle Bahon. Il se distingue dès le lycée de Laval par de brillants succès scolaires, aussi bien en lettres qu’en sciences. Il s’oriente vers l’École polytechnique où il est reçu en 1891.

Les deux frères, grâce aux relations paternelles, sont introduits dans les milieux les plus cultivés de la capitale ; ils y font la connaissance notamment de Gaston Boissier et les Funck-Brentano. Les années d’études passent vite : en 1893, il sort de l’école Polytechnique[1]; et après deux années d’école d’application, il est affecté à l’Arsenal de Brest.

Marine nationale[modifier | modifier le code]

Ingénieur à Brest, il est presque aussitôt affecté aux grandes constructions ; il commence par la refonte du Courbet[2] en 1898. Les qualités dont il fait preuve dans la conduite de ce premier chantier, sont telles qu’on lui confie la construction du cuirassé "République"[3], de 15 000 t.

Après avoir achevé la "République" et acquis son brevet de grand constructeur, Max Bahon passe, en 1907, de Brest à Lorient pour y commencer le cuirassé « Mirabeau » ; mais il ne le mène que jusqu’au lancement, ayant été nommé au Service Technique en 1909.

Dans son nouveau poste, il prend une part active aux essais à la mer de trois unités de la même classe : « Danton », « Diderot » et « Condorcet »[4].

L’activité essentielle de Max Bahon pendant ces 16 ans de séjour à Brest et à Lorient, porte sur ces trois cuirassés mais aussi sur les nombreux travaux auxquels il prend une part prépondérante. Ces travaux, par leurs résultats, ont influé sur l’évolution des flottes françaises de combat : Les cuirassés 18 000 t sont munis d’une protection spéciale contre les torpilles ; c’est Max Bahon qui est chargé d’exécuter le caisson expérimental destiné à mettre au point le dispositif que portent les navires[5]. Max Bahon est chargé à la fin de l'année 1907, de construire un caisson d’expérience, reconstituant dans tous les détails, munitions comprises, de la tranche des soutes arrière de « l’Iéna ». La contribution de Max Bahon à l’étude des explosions et de la protection contre leurs effets, ne se borne d’ailleurs pas aux recherches que les caissons expérimentaux du « Mirabeau » et de « l’Iéna » suscitaient ; il est pendant son séjour à Lorient, membre de la commission de Gâvres (recette des projectiles) et de la commission des blindages ; il est en outre à Paris, membre de la commission des poudres et explosifs[6].

Max Bahon arrive à Paris avec une richesse d’expérience trop complète pour qu’elle ne soit pas mise à profit par les ingénieurs élèves du Génie Maritime. Déjà à Brest, il avait suivi des cours à l’École Supérieure de Maistrance qui forme les cadres supérieurs du personnel technique des arsenaux. A l’école du Génie Maritime (1910-1914) il dispense le cours de construction des navires, mettant les rédactions de ses prédécesseurs à jour des progrès les plus récents réalisés en charpentage et en aménagements ; il développe notamment tout ce qui concerne la réfrigération des soutes et le hissage des embarcations par les grues à grande puissance.

Enfin en février 1914, il commence à enseigner à l’Ecole Supérieure de la Marine, qui prépare l’élite des officiers français à l’exercice des hauts commandements ; mais la guerre vient interrompre l’enseignement capital qu’il entreprend. Des tâches urgentes vont le solliciter et motiver plusieurs missions à Brest et à Lorient : la construction des ponts militaires qui assurent les communications de l’armée avec l’arrière, après la dévastation de la bataille de la Marne ; la conception et la construction de douze canonnières qui sont affectées à la défense des canaux du Nord.

En 1916, il est de retour à la Direction des constructions navales pour y diriger le bureau des réparations. La guerre sur mer s'intensifie et il s’agit de ne pas succomber sous le poids croissant des pertes et de l’usure. L’un des problèmes les plus graves et le plus controversé, qu’il résout alors avec succès, est sans doute celui de l’augmentation de la portée de la grosse artillerie des cuirassés français[7].

Compagnie Générale du Canal de Suez[modifier | modifier le code]

À la veille de la guerre il sollicite son congé de la Marine pour entrer au service de la Compagnie Générale du Canal de Suez ; mais la mobilisation suspend son départ. Il est ensuite envoyé en Égypte comme ingénieur capable de diriger les travaux de réparation des navires alliés qui franchissent le canal. Sur la demande du Gouverneur Général Jonnart, Président de la Compagnie du Canal de Suez, Max Bahon est mis à sa disposition, en avril 1918, à Port-Saïd en qualité d’Ingénieur en Chef Adjoint.

Très rapidement, nommé ingénieur en chef à Ismaïlia, il regagne définitivement Paris en 1920, pour exercer au siège les fonctions de directeur adjoint. Max Bahon accède à la Direction Générale en 1926, au conseil d’administration et au comité de direction en 1935, à la vice-présidence en 1942 : il y demeure jusqu’en 1957. Durant cette collaboration de près de quarante années, il montre pleinement ses qualités de technicien, de diplomate et de chef d’entreprise.C’est sous son autorité que qu'est exécuté en dix années le sixième et fameux programme de travaux du canal, celui qui ouvre une nouvelle voie d’eau aux grands navires de la taille de l’Île-de-France, et qui réduit de deux heures la durée moyenne du passage, pour un trafic majoré de 30 %.

Parallèlement, il fait construire un vaste ensemble de logements pour le personnel, aménageant les ateliers généraux de Port-Fouad.

Associations[modifier | modifier le code]

Il est président de la Société Amicale du Génie Maritime, fondation à laquelle il participe après Emmanuel Rousseau en 1941. Il est aussi président de l’Association Technique Maritime et Aéronautique[8], à partir de 1938. Cette Présidence, qu’il exerce pendant seize années, connait des jours difficiles sous l’occupation : il sait maintenir intacte la dignité de ce groupement et assurer un nouvel essor au lendemain de la guerre. Il répond avec la même inlassable générosité aux sollicitations des conseils de la Société des Amis du Musée de la Marine, de l’Association Centrale de Sauvetage des Naufragés, de l’Association France-Grande-Bretagne, de la Société des Amis de l’École polytechnique.

Académie de Marine[modifier | modifier le code]

L’Académie de Marine, dès 1929, l'accueille dans sa Section économique après la disparition du président Dal Piaz. En 1935, elle l’appelle à succéder à Joannes Trammond en qualité de secrétaire ; elle le nomme en 1937 secrétaire perpétuel adjoint, et en 1955, secrétaire perpétuel après le décès de l’Amiral Lacaze. Sa désignation à cette haute fonction se trouve justifiée par la fidélité qu’il n’a cessé de témoigner à la compagnie. Il lui présente plusieurs communications sur les grandes voies maritimes : Canal de Panama, et surtout Canal de Suez dont il peut témoigner[9].

Publications[modifier | modifier le code]

  • L'Électricité dans la marine. Cours d'électricité pratique professé à l'École supérieure de maistrance, Paris-A. Challamel, 1904. In-8°, VIII-452 p., fig. ;
  • Compagnie universelle du canal maritime de Suez. Réunion du 15 février 1927. Allocution adressée à M. Edgar Bonnet par M. Max Bahon,... - Réponse de M. Edgar Bonnet,.... Paris, impr. de E. Desfossés, (1927). In-8°, 12 p. ;
  • Le Canal de Panama, le percement de l'isthme et le canal d'aujourd'hui, communication faite par M. Max Bahon,... Paris, Société d'éditions géographiques, maritimes et coloniales, 1933. In-8°, paginé 171-196, carte. Extrait de "Académie de marine". Communications et Mémoires. Séance du 17 avril 1931 ;
  • Académie de Marine. Le Libre Usage du canal de Suez et sa neutralité, communication faite par M. Max Bahon,... (séance du 23 avril 1936), Mesnil (Eure), impr. Firmin-Didot ; Paris, Société d'éditions géographiques, maritimes et coloniales, 17, rue Jacob, 1936. (30 octobre.) In-8, 27 p.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Classé dans le Génie Maritime.
  2. Ce cuirassé de 9 600 t, lancé en 1881, marquait la transition entre les navires modernes pourvus de grosse artillerie en tourelle. Il comportait, en effet, une ceinture blindée basse, surmontée d’un réduit central qui protégeait quatre pièces de 340 tirant en abord ; l’armement était complété par trois 240 en demi-tourelles, et onze canons de 138 à plat-pont.
  3. Les plans de base de ce navire émanaient du Service Technique qui venait d’être créé ; ils appliquaient les idées d’Emile Bertin et réalisaient des progrès importants sur les types antérieurs : Un seul calibre de grosse artillerie (4 X 305 en deux tourelles axiales, avant et arrière) ; artillerie moyenne constituée par 18 X 164, dont douze en tourelles et six en casemates. Protection étendue à toute la longueur de la coque et assurée par une muraille haute en acier spécial, complétée par un cofferdam en abord et par deux ponts formant blindage par éclats. La puissance motrice était répartie sur trois lignes d’arbres contre deux seulement sur le « Courbet », ce qui réduisait le danger de chavirement, en cas d’invasion d’eau dans une des chambres. La vitesse était de plus de 19 nœuds. Le Capitaine de vaisseau Pivet commande le cuirassé "République" dont il suit les travaux d'achèvement et pratique les essais avant de l'emmener en Escadre de Méditerranée.
  4. Il traite, en outre, toutes les questions de principe qui concernent l’ensemble de ces navires. Les 18 000 t sont les premiers cuirassés français à turbines ; ils sont munis d’un caisson de protection contre les explosions sous-marines ; mais leur armement conserve la disposition classique de deux tourelles de 305 axiales, complétées, de six tourelles latérales doubles de 240. Le « Mirabeau » possède une puissance de feu considérable ; sa vitesse supérieure à 20 nœuds, est importante pour l’époque.
  5. Le 2 mars 1907, le cuirassé d'escadre Iéna entrait dans le bassin 2 de Missiessy de l'arsenal de Toulon pour procéder à des réparations. Le 12 mars, alors que les travaux étaient presque terminés, à 13h55, le vaisseau explosa. Bilan de la catastrophe 117 morts (100 à bord du Iéna et 17 aux alentours) et 33 blessés. L'explosion du Iéna est attribuée à la déflagration de la poudre B. Comme nombre de désastres qui éprouvèrent la Marine; notamment l'explosion de la poudrière de Lagoubran dans la nuit du 4 au 5 mars 1899 et l'explosion et l'immersion du cuirassé Liberté en rade de Toulon le 25 septembre 1911, l'explosion du Iéna est attribuée à la déflagration de la poudre B.
  6. Rien de ce qui concernait la grosse artillerie des navires français, ne lui fut étranger : Recherches relatives aux poudres nouvelles, effet des projectiles sur les blindages, qualités réalisables pour les blindages eux-mêmes.
  7. Les premières batailles navales ayant révélé que les unités françaises étaient incapables de riposter aux distances de combat auxquelles l’ennemi pouvait ouvrir le feu, Max Bahon sut vaincre les objections, pourtant émises par des ingénieurs très qualifiés, et il emporta par sa fermeté l’heureuse décision d’accroître la hauteur des embrasures de tourelles. L’inspecteur Général Sabatier a laissé quelques notes laissées auprès de ses collaborateurs et subordonnés : Cette intervention (l’augmentation de portée de l’artillerie des cuirassés français), qui fut la dernière avant son départ en Égypte, met en lumière les qualités éminentes dont il fit preuve pendant ses vingt-cinq années de service dans la Marine : chacun de nous savait que lorsqu’une affaire, si délicate qu’elle fût, lui était confiée, elle aboutissait, sans geste inutile, peut-être par étapes, mais surement. La netteté de sa pensée et de sa parole, la largeur de ses vues, facilitaient les discussions et menaient sans détours aux mesures d’exécution pratiques ; très aimé de ses subordonnés, il les guidait, sans entraver leur liberté d’action, ni leur goût d’initiative. Ceux d’entre nous qui l’ont alors secondé gardent le souvenir de la finesse de son visage, de sa taille mince que l’âge devait un peu voûter, de son accueil souriant et de la classe exceptionnelle de cette courtoisie qui ne le quittait jamais.
  8. Dont le Président, qui était également Emmanuel Rousseau, le désigne lui-même pour lui succéder
  9. La dernière de ses communications eut un grand retentissement, à une époque où les visées de l’Italie sur l’Éthiopie avaient créé un état de tension aiguë entre Rome et Londres, en un temps où le Canal constituait la voie d’acheminement du corps expéditionnaire italien vers Massaouah : c’était le message d’un homme de rigueur rappelant utilement au monde le statut international du Canal de Suez et la foi des traités qui en laissaient l’accès libre à toutes les nations, en temps de paix comme en temps de guerre.

Voir aussi[modifier | modifier le code]