Maurice Piron
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Maurice Piron, né à Liège le et mort dans la même ville le , est un philologue liégeois et un militant wallon. Il a été professeur aux universités de Gand, du Congo et de Liège, et académicien à l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.
Biographie
[modifier | modifier le code]Jeunesse et études
[modifier | modifier le code]Déjà passionné par la langue wallonne vers ses 17 ans, alors qu'il est étudiant du Collège Saint-Servais de Liège, Maurice Piron fréquente le cours de dialectologie wallonne de Jean Haust en élève libre. Il y côtoie Louis Remacle et Élisée Legros qui, des années plus tard, deviendront avec lui les principaux disciples de leur maître et les continuateurs de son œuvre philologique[1].

À partir du , il collabore au périodique Le Blé qui lève de la Jeunesse estudiantine catholique, sous le pseudonyme de Gallus[2]. Il y signe une chronique consacrée à la littérature en langue wallonne, dans laquelle il peut se montrer très critique envers des auteurs de son époque. À l'écoute des plus jeunes plumes, il se lie notamment avec Willy Bal, alors adolescent.
Après une année passée au séminaire de Saint-Trond, il s'engage dans des études de philologie romane de l'Université de Liège. Devenu docteur (1937), après une thèse sur l’œuvre d'Henri Simon réalisée en une seule année académique et couronnée de la plus haute distinction, Maurice Piron devient d'emblée un spécialiste de la littérature dialectale wallonne[1].
Parcours académique et scientifique
[modifier | modifier le code]Malgré l'appui de Jean Haust, dont il est l'assistant de 1936 à 1938, il n'obtient pas le poste de chargé du cours d'histoire de la littérature wallonne. L'administration universitaire lui préfère Rita Lejeune. Jean Haust ne cache pas sa déception et l'emmène alors à ses côtés au sein de l'équipe de chercheurs du Musée de la Vie wallonne, où il effectue plusieurs enquêtes ethnographiques et dialectales. Il poursuit malgré tout une carrière de chercheur FNRS au sein de l'Université jusqu'en 1944. Il réalise des éditions littéraires d’œuvres d'auteurs dialectaux : Gabrielle Bernard, Henri Bragard, Jules Claskin.
Lauréat en 1937 d'une bourse de voyage, il n'est en mesure de la dépenser qu'après la Seconde Guerre mondiale. En 1945-1946, il étudie dans ce cadre à Paris, sous la direction de Mario Roques et de Charles Bruneau[3].
Son petit ouvrage Clartés sur les lettres wallonnes contemporaines, paru en 1944 chez Casterman, crée un véritable séisme au sein des acteurs du milieu wallon. Cet ouvrage, critique extrêmement honnête avec les auteurs, n'est pas en phase avec l’auto-congratulation habituelle et vexe la plupart des auteurs wallons[4]. Piron y envisage la littérature wallonne comme une littérature à part entière et cherche à l'élever au-delà du rang de patois qu'on lui réserve bien trop souvent.
Bientôt, en 1946, à la succession de Louis Michel, il se voit confier une chaire de philologie française à l'Université de Gand, qui ne l'éloigne pourtant pas des milieux wallons. Il continue à écrire et à étudier la littérature dialectale : il y enseigne la dialectologie wallonne, la littérature française des temps modernes, l'histoire de la littérature française de Belgique et la phonétique du français.
En 1950, son étude du personnage de Tchantchès dans la tradition liégeoise est récompensée et publiée par l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique.
Ses centres d'étude ne se limitent pas au wallon. Au fil du temps, Maurice Piron se fait spécialiste des langues d'oïl et des littératures francophones, de littérature francophone de Belgique, étymologiste, fin connaisseur de Paul Verlaine et de Guillaume Apollinaire.
Professeur invité à la Sorbonne en suppléant de Charles Bruneau (en 1950), nommé à l'Université du Congo belge et du Ruanda-Urundi entre 1957 et 1959, il revient finalement à Liège en 1963, où il obtient la chaire de philologie et de littérature françaises[5]. Avec ses collaborateurs, Claudine Gothot, Danièle Latin, Jacques Dubois et Jean-Marie Klinkenberg, il y crée notamment le Centre d'études québécoises, le plus ancien du genre en Europe, ainsi que le cours de "Cultures québécoises". Cette idée lui fut inspirée par son année en tant que professeur invité à l'Université de Laval. Il est d'ailleurs l'un des premiers à s'être penché sur l'ensemble des littératures francophones septentrionales et à concrétiser le concept de Francophonie. Avec son équipe et ses proches — Jacques Dubois et Jean-Marie Klinkenberg —, il aborde également l'étude scientifique de l'œuvre de Georges Simenon, avec qui il entretient une correspondance régulière. Durant une année scolaire complète, en 1972, il consacre tout son cours de littérature belge à Georges Simenon. Ses notes fourniront la matière nécessaire à son livre L'univers de Simenon, guide des romans, contes et nouvelles (1931-1972), qu'il publie aux presses de la cité en 1983. Cette relation amicale favorise, dans un premier temps, la remise du titre de docteur honoris causa à Simenon en 1973. Puis, bientôt, Maurice Piron parvient à convaincre Simenon de céder par donation irrévocable toutes ses archives à l'Université de Liège[6]. Cette acte de donation aboutit à la création, en 1976, du Centre d'études Georges Simenon et du Fonds Simenon, intimement lié au Centre[7].
Indéniablement, s'il demeure une constante dans toute sa carrière académique et scientifique, c'est celle de la littérature wallonne. Mais Piron sut partir du fait régional pour le mener vers l'universel : en cherchant à étudier la littérature wallonne comme toute autre littérature, en la dotant d'outils performants : une présentation critique de la littérature wallonne en 1944, une anthologie des auteurs contemporains en 1961, un inventaire des textes les plus anciens en 1962, une anthologie des textes majeurs en 1978[8]. Il est considéré comme « un des critiques les plus autorisés, les plus sûrs, mais également des plus sévères, voire des plus durs, en matière littéraire wallonne »[9].
Engagements divers et reconnaissances
[modifier | modifier le code]Nommé en 1941 membre correspondant de la Commission royale de toponymie et de dialectologie, il en devient membre titulaire en 1945 et préside à deux reprises[note 1] sa section wallonne[5].
Élu à l'Académie royale de langue et de littérature françaises en 1960[5], il obtient de nombreux prix pour ses travaux scientifiques, dont le Grand Prix de la Communauté Wallonie-Bruxelles pour son ouvrage Aspects et profils de la culture romane en Belgique (1978) et le prix Albert Counson pour son Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie (1979).
Membre titulaire de la Société de langue et de littérature wallonnes dès 1949[5], il y est un des membres les plus actifs, surtout lors de sa présidence en 1980-1981, à l'occasion des 125 ans de la Société.
L'Encyclopédie du Mouvement wallon lui consacre une notice de plusieurs pages en son Tome III où elle évoque également son militantisme pour le Rassemblement wallon, dans le mouvement chrétien Rénovation wallonne et à l'UDB (Union démocratique belge) ou encore dans le périodique Forces nouvelles.
Vie privée
[modifier | modifier le code]Maurice Piron épouse Anne Lhoneux le 10 septembre 1938. De leur union naissent trois enfants : Jacqueline, Monique et André[10].
Il meurt le par suite d'un accident vasculaire cérébral[11].
Publications
[modifier | modifier le code]Monographies scientifiques
[modifier | modifier le code]- Le problème culturel wallon, Bruxelles, La Cité chrétienne, 1939, 40 p.
- Les Lettres wallonnes contemporaines, Paris et Tournai, Casterman, , 164 p.
- Tchantchès et son évolution dans la tradition liégeoise, histoire d'un type populaire, Bruxelles, Palais des Académies, 1950, 114 p.
- Turgot, Étymologie. Édition avec notes, Bruges 1961
- Inventaire de la littérature wallonne des origines (vers 1600) à la fin du XVIIIe siècle, Liège, P. Gothier, 1962, 125 p.
- Émile Verhaeren, Toute la Flandre, extraits. Avec une notice biographique, une notice historique et littéraire, des documents, des jugements, Paris, 1965 (Nouveaux classiques Larousse)
- Guillaume Apollinaire et l'Ardenne, Bruxelles, J. Antoine, 1975, 123 p.
- Aspects et profils de la culture romane en Belgique, Liège, sciences et lettres, 1978, 163 p.
- L'Univers de Simenon. Guide des romans et nouvelles (1931-1972) de Georges Simenon (écrit avec Michel Lemoine), Paris 1983
- Guillaume Apollinaire, La Chanson du mal-aimé. Édition commentée, Paris 1987
Éditions critiques
[modifier | modifier le code]- Gabrielle Bernard, Poèmes choisis, Liège, La Vie wallonne, 1938, 15 p.
- Henri Bragard, Poèmes choisis, Liège, La Vie wallonne, 1947, 17 p.
- Jules Claskin, Airs de flûte et autres poèmes wallons. Édition critique d'après les manuscrits de l'auteur, avec introduction et notes, Liège, Société de langue et de littérature wallonnes, 1956, 155 p.
- Henri Simon, Djan'nèsse, Liège, Société de langue et de littérature wallonnes, 1981, 184 p.
Anthologies
[modifier | modifier le code]- Poètes wallons d'aujourd'hui, Paris, Gallimard, 1961, 173 p.
- Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie, Liège, Mardaga, 1979, 661 p. (ISBN 2-8021-0024-6)[lire en ligne]) - Prix Albert Counson
Prix et distinctions
[modifier | modifier le code]Maurice Piron a reçu les prix suivants[10] :
- Lauréat de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, en 1944, pour Tchantchès et son évolution dans la tradition liégeoise, histoire d'un type populaire
- Prix de l'Association des Amis de l'Université de Liège, en 1944, pour une histoire des lettres wallonnes.
- Prix littéraire du Parlement de la Communauté française de Belgique, en 1975, pour Aspects et profil de la Culture romane[12]
- Prix Albert Counson, en 1980, pour son Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie[13]
Notes et références
[modifier | modifier le code]Notes
[modifier | modifier le code]- ↑ En 1959-1961 et en 1979-1981.
Références
[modifier | modifier le code]- Goosse et al. 2002, p. 18.
- ↑ Goosse et al. 2002, p. 17.
- ↑ Bal 1986, p. 15.
- ↑ Goosse et al. 2002, p. 40.
- Bal 1986, p. 16.
- ↑ Laurent Demoulin, « Georges Simenon et Maurice Piron : une correspondance plurielle », Traces, vol. 18, (lire en ligne)
- ↑ « Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique : Maurice Piron », sur www.arllfb.be (consulté le )
- ↑ Albert Maquet, « De Gallus à Maurice Piron », dans L'œuvre de philologie, d'histoire et de critique des lettres wallonnes de Maurice Piron (1914-1986), Liège, Société de langue et de littérature wallonnes,
- ↑ Bs d'Hule (pseud. Jules Rivière), « Poètes wallons d'aujourd'hui par Maurice Piron de l'Académie Royale de Langue et de Littérature française » (rubrique « Chîjes èt Pasquéyes », no 783), Vers l'Avenir, .
- Marc Wilmet, « Maurice Piron », Nouvelle biographie nationale, vol. 7, , p. 276-279 (lire en ligne)
- ↑ Jean-Marie Klinkenberg, « Littérature en langue wallonne et littérature en langue française », dans Maurice Piron, Poètes wallons d'aujourd'hui, Bruxelles, Labor, coll. « Espace Nord » (no 198), (ISBN 2-8040-1973-X), p. 199
- ↑ « Prix Parlement Comm Franc / Prix Belges / Prix Littéraires | Littérart », sur litterart.webador.fr (consulté le )
- ↑ « Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique : Prix Albert Counson », sur www.arllfb.be (consulté le )
Annexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
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: document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.
- Willy Bal, « In memoriam : Maurice Piron », Bulletin de la Commission royale de Toponymie & Dialectologie, vol. 59, no 1, , p. 15-23 (lire en ligne
). 
- André Goosse, Willy Bal, Jean-Marie Pierret et Albert Maquet, L'œuvre de philologie, d'histoire et de critique des lettres wallonnes de Maurice Piron (1914-1986), Liège, Société de langue et de littérature wallonnes, coll. « Mémoire wallonne » (no 6), , 47 p.

- Marc Wilmet, « Maurice Piron », dans Nouvelle biographie nationale, volume 7, Bruxelles, Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, (lire en ligne), p. 277-279
Liens externes
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- Archives conservées par : Bibliothèque des dialectes de Wallonie
- Ressource relative à la musique :
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- Notices dans des dictionnaires ou encyclopédies généralistes :
- Notice biographique (site de l'Académie royale de langue et littérature françaises de Belgique)
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- Décès en février 1986
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- Walloniste
- Décès à 71 ans