Maurice Noguès

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Maurice Noguès
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Naissance
Drapeau de la France Rennes (Ille-et-Vilaine)
Décès (à 44 ans)
Corbigny (Nièvre)
Nationalité Française
Profession
Distinctions
Ligne Noguès entre Paris et Hô-Chi-Minh-Ville
Famille
Magdeleine Marie Gicquel (femme), Monique Noguès (fille), Gérard Boucheron (gendre), Chantal Boucheron (petite-fille), Alain Boucheron (petit-fils)

Maurice Emile Théodore Auguste Marie NOGUES, né à Rennes le et mort le à Corbigny (Nièvre), est un aviateur français [1],[2].

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance[modifier | modifier le code]

De famille bretonne, Maurice Noguès naît à Rennes le d'un père colonel d'artillerie et d'une mère membre de la haute-bourgeoisie. Très tôt, il se passionne pour les innovations technologiques rendues possibles par la Révolution industrielle (les moyens de locomotions comme la voiture, le bateau à moteur et l'avion), et dévore les romans de Jules Verne. Il est obligé de renoncer l'École navale pour des raisons de santé.

Carrière de pilote[modifier | modifier le code]

Une passion devenue métier[modifier | modifier le code]

En 1909, il échange sa voiture pour un avion biplan de marque Farman ; il s'empresse de l'essayer à l'aérodrome d'Issy les Moulineaux et frole la mort. Il obtient son brevet de pilote civil (Aéro-Club) n°114 [3],[2], le sur un Voisin. Il participe à la 2e Semaine d'Aviation de la Champagne à Bétheny du 3 au 10 juillet 1910, ainsi qu'à des rencontres d'aviation à Lyon, Reims, et dans la Plaine de Crau[2].

Réformé pour faiblesse cardiaque, il s'engage pour la durée de la guerre le . Il est tout d'abord affecté comme mécanicien au 1er Groupe d'Aviation puis, breveté pilote militaire n°682 [3],[2] le 6 février 1915, il rejoint l'escadrille le 21 avril. Il est nommé sous-lieutenant le 15 juillet après s'être vu décerner la Médaille Militaire avec deux citations. En 1916, il forme et commande l'escadrille de bombardiers de nuit V.B. 107 [2]. Il prend part aux premiers bombardements nocturnes mais, victime d'une défaillance en vol, il percute le sol le 24 juin et se blesse grièvement. Sa convalescence terminée, il reprend l'entraînement sur « Bébé » Nieuport avec le groupe d'entraînement du Plessis-Belleville. En octobre 1916, il est affecté à l'escadrille de protection MF29, avant de passer dans la chasse à l'Escadrille 73 (appartenant au Groupe de Combat 12 ou Escadrille des Cigognes) dont il prend le commandement le 15 mars 1918. Il reçoit la Croix de Guerre avec cinq citations et cinq palmes, ainsi que la Légion d'honneur après sa seconde blessure, survenue à la suite d'un capotage le 27 avril 1918.

Lorsque la guerre prend fin, il est Capitaine, avec 1661 heures de vol de guerre et 13 victoires homologuées [2].

Le 29 juillet 1918, il épouse Magdeleine Marie GICQUEL[4], son amour de toujours, à qui il écrira une lettre par jour, lors de ses longs voyages.

Installations de lignes en Orient[modifier | modifier le code]

En juin 1922, il intègre la Compagnie Franco-roumaine de Navigation Aérienne grâce à Albert DEULLIN, as aux vingt victoires et ancien camarade de la N.73. Chef pilote de la Franco-Roumaine, il cherche à étendre son réseau et fait appel à Noguès qui, déjà, entrevoit un développement des lignes vers l'Orient. Il passe son brevet de pilote de transport public n°0690 le 6 juillet 1922, et est affecté au secteur Paris-Strasbourg, où il fait sa première liaison sur un Salmson le 13 août 1922 dans le sens Strasbourg-Paris. Promu Chef-Pilote au décès de DEULLIN, les vols de nuit sont mis au point sous sa responsabilité, et il assure la première liaison régulière de nuit Strasbourg-Paris le 2 septembre 1923. Il effectue quelques liaisons vers Prague, Vienne et Budapest et, du 7 au 24 septembre, un voyage de reconnaissance jusqu'à Constantinople sur Caudron. Au cours de ce voyage, il fait une liaison Bucarest-Belgrade en vol de nuit. Du 7 au 14 novembre 1924, il remplit une mission entre Paris et Moscou, durant laquelle il est chargé de porter à l'URSS l'acte de reconnaissance français, puis de chercher des lignes aériennes qui contourneraient l'espace aérien allemand.

Le , la Franco-Roumaine change de nom et devient la CIDNA. Maurice Noguès fait un voyage d'études Paris-Téhéran sur un SPAD 46 modifié (futur S.66), puis quitte la C.I.D.N.A. quelques années plus tard pour entrer à la Compagnie des Messageries Transaériennes dans laquelle il obtient toute liberté d'action pour créer une ligne vers l'Extrême-Orient. Il avait compris qu'il était inutile de s'entêter à vouloir rejoindre la Syrie en survolant la Turquie à cause de la concurrence allemande et de la politique pro-allemande du gouvernement turc. Il décide donc de passer par la Méditerranée ce qui offre, de surcroit, l'avantage d'un temps plus clément pendant la saison d'hiver. Le survol de la Méditerranée devant nécessairement se faire par hydravion, Noguès passe son brevet le 2 août 1926 et, dès le 27 août, il décolle du plan d'eau d'Argenteuil pour tenter de rallier Athènes. Une panne de moteur l'oblige à un amerrissage au large de Naples mais les naufragés sont recueillis quelques heures plus tard par un navire norvégien.

La Compagnie des Messageries Transaériennes, devenue Air-Union Lignes d'Orient début 1927, reçoit un contrat pour effectuer plusieurs voyages d'essais entre La Ciotat et Beyrouth via Athènes. Maurice Noguès remplit ce contrat avec succès sur un hydravion Meteore et obtient un nouveau contrat commercial pour 1928, où il réalise sept nouveaux voyages, mettant définitivement au point la ligne Marseille Marseille-Beyrouth. Du 6 au 8 juin 1929, le premier voyage hebdomadaire Marseille-Beyrouth est réalisé, quatre escales étant prévues sur la parcours Naples, Corfou, Athènes et Castelrosso.

Le service France-Liban étant en exploitation régulière, Noguès pense déjà à prolonger la ligne vers l'Orient. Il négocie avec l'Irak et obtient le droit d'escale à Bagdad. La première liaison régulière Damas-Bagdad est réalisée le 3 janvier 1930 et le premier vol postal le 2 avril.

Installations de lignes en Asie[modifier | modifier le code]

Farman F.190 du type utilisé par Noguès pour défricher la ligne vers Saïgon.

Pour Maurice Noguès, Bagdad n'était pas un but mais une simple étape vers l'Indochine française.

A partir de Tossus-le-Noble, le 12 février 1930, avec le mécanicien naviguant Georges MARSOT, il décolle pour Saïgon à bord du monomoteur Farman F-190 n°38 F-AJLL.

Rejoints à Damas le 24 février par Louis ALLÈGRE, administrateur délégué de la Compagnie A.U.L.O. et chargé de mission par le Ministère de l'Air, l'équipage décolle de Syrie pour le royaume d'Irak. Le périple se poursuit par Bagdad (28/02), Bassorah (01/03), Bouchir, Djask (Perse, actuel Iran, 02/03), Karachi (Inde, actuellement Pakistan 03/03), Jodhpur (04/03), Allahabad, Calcutta (06/03), Akyab (07/03), Rangoon (08/03), Bangkok (09/03) et, le 10 mars vers midi, l'avion tango atterrit à Saïgon, sur le terrain de Tan-Son-Nhut. Maurice NOGUÈS vient d’exécuter la première liaison Paris-Saïgon de l'histoire de l'aviation commerciale, créant la ligne aérienne qui porte son nom.

Un accord intervient avec la compagnie Air-Asie et, le 8 juillet, les deux compagnies fusionnent et deviennent Air Orient. Après de difficiles négociations avec les autorités britanniques en Inde, les droits d'escale sont enfin obtenus, pour les avions uniquement, les hydravions ne pouvant amerrir sur les plans d'eau.

Maurice Noguès ne voulant pas attendre plus longtemps la mise en service de la ligne Indochine et les constructeurs français ne pouvant offrir un ensemble d'appareils capable d'assurer l'exploitation commerciale du trajet Damas-Saïgon, il obtient l'autorisation de louer trois avions trimoteurs Fokker F.VIIb 3-m. La première liaison entre Marseille et Saïgon (Cochinchine) a lieu le , et le premier service régulier est effectué du 17 au 27 janvier 1931. Le premier service retour Saïgon-Marseille a lieu du 4 au 16 février, le survol de la Méditerranée étant toujours fait en hydravion. La liaison, tout d'abord effectuée à raison d'un voyage toutes les deux semaines, devient hebdomadaire à partir de mai 1932. Maurice Noguès peut maintenant se consacrer à l'extension de la ligne jusqu'en Chine. En octobre/novembre 1932, une mission d'étude et de négociation se rend à Hong-Kong et Canton. Les négociations avec les autorités chinoises sont très difficiles et n'aboutiront qu'en 1936, après la mort de Noguès. Ce projet lui demande un grand investissement qui l'amène à décliner les propositions de traverser l'océan Atlantique ; il déclare : « L'idéal d'un pilote de ligne, ce n'est pas la conquête de titres de gloire, mais la réalisation d'un programme établi de sorte qu'il apporte à notre pays un champ de découvertes nombreuses facilitant ses relations avec le reste de l'univers »[5]. Son prochain projet est d'ouvrir une ligne reliant l'Europe au Japon.

Décès[modifier | modifier le code]

Dewoitine D.333 dérivé du prototype D.332 dans lequel Noguès trouva la mort.

Maurice Noguès trouve la mort le , en s'écrasant avec l'avion prototype Dewoitine D.332 L'Émeraude alors que, joignant Saïgon à Paris, il traverse le Morvan dans des conditions météorologiques épouvantables. À bord de l'appareil, piloté par André LAUNAY, se trouvaient également le directeur général de l’aviation civile, Emmanuel Chaumié et son épouse, Pierre PASQUIER[6], Gouverneur Général de l'Indochine française et son ordonnance, Maurice BALAZUC, directeur technique d'Air France, un journaliste ainsi que 2 membres d'équipage[4],[7]. NOGUÈS était alors directeur général adjoint, chargé de l'exploitation, de la nouvelle compagnie Air France, créée en 1933.

Maurice Nogués était Directeur Général adjoint, chargé de l'exploitation, de la nouvelle compagnie Air France, créée en 1933. Il avait été auparavant chef-pilote d'Air Orient, et précédemment de la CIDNA. Ayant travaillé pour la CIDNA, Air Orient et Air France, c'était l'un des plus grands aviateurs français de cette époque, à l'instar de Jean Mermoz, Henri Guillaumet, Maryse Hilsz ou Hélène Boucher.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michèle KAHN, La Tragédie de l'Émeraude. 15 janvier 1934, Saïgon-Paris, Éditions du Rocher, 2007.
  • Gérard Collot, Les grands pilotes français : Maurice Noguès, dans le Bulletin de la 72e Vente sur Offres Bertrand Sinais, novembre 2011.
  • Bernard MARCK, Maurice NOGUES, le rêve d'Orient, Jean Picollec Editeur, Paris, décembre 2014, 651p.

Honneurs posthumes[modifier | modifier le code]

  • En hommage à Maurice Noguès, créateur de la ligne aérienne Paris-Saigon, La Poste française émet un timbre le 15 octobre 1951[8].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives Nationales, cote inv. 20160286/140, Carnet de Vol de Pilote, juin 1922 - décembre 1929, page 5/34 (Brevet de Pilote d'Avion de Transport).
  2. a, b, c, d, e et f CATILLON, Qui était qui ? Mémorial de l'aéronautique Tome 2, Paris, Nouvelles Éditions Latines (NEL), (ISBN 9782723320535, OCLC 469475442, lire en ligne)
  3. a et b Archives Nationales, cote inv. 20160286/140, Carnet de Vol de Pilote, juin 1922 - décembre 1929, page 6/34 (récapitulatif).
  4. a et b Bernard MARCK, Maurice Noguès, le rêve d'Orient, Paris, Jean Picollec, , 651 p. (ISBN 9782864772767, OCLC 908341030, lire en ligne)
  5. Air France Magazine, .
  6. Le Gall, Erwan, « L’Emeraude des pilotes : Maurice Noguès », En Envor, consulté le 2 mars 2014.
  7. Michèle KAHN, La tragédie de l'Émeraude : enquête, Monaco, Editions du Rocher, , 345 p. (ISBN 9782268063164, OCLC 174130292, lire en ligne)
  8. Voir le timbre

Liens[modifier | modifier le code]