Maurice Delauney

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Maurice Delauney
Naissance
La Haye-du-Puits (Manche)
Décès (à 90 ans)
Cannes
Nationalité française
Profession
Conjoint
Hélène Courcy (décédée en 2008)

Ambassadeur de France

Libreville, Gabon

Prédécesseur Jean Ribo
Successeur Maurice Robert

Tananarive, Madagascar

Libreville, Gabon

Prédécesseur François Simon de Quirielle
Successeur Jean Ribo

Maurice Delauney, né le à La Haye-du-Puits, (Manche) et mort le à Cannes[1],[2], était un diplomate français. Son père était notaire, maire du pays et conseiller général d'un des cantons les plus peuplés et les plus vastes du département. Il est inhumé au cimetière du Grand Jas à Cannes[3], aux côtés d’Hélène Courcy, qui fut son épouse durant 60 ans[4],[5].

Il est connu pour avoir été administrateur de la France d'outre-mer et ambassadeur de France en Afrique, au Gabon, au Cameroun, à Madagascar et au Bénin. Il a aussi été maire RPR de Cannes.

Biographie[modifier | modifier le code]

Maurice Delauney fut reçu en au concours de l'ENFOM.

Engagé volontaire en septembre 1939, après une brève campagne, à la sortie de l’École d'application de l'arme blindée et cavalerie de Saumur, il fut fait prisonnier. Sa captivité durera trois longues années, au terme desquelles, après diverses péripéties, il eut l'opportunité de reprendre le combat. Il termina la guerre comme lieutenant d'infanterie de marine. Il devint ensuite membre des réseaux « Foccart », en tant qu'ambassadeur de France en Afrique, au service des intérêts politico-économiques français.

Il déclara à ce propos lors d'une émission télévisée, en 2009, sur l'empoisonnement criminel de l'opposant camerounais Félix Moumié : « la politique prévaut sur la morale, dans le cadre de ma mission officielle »[6].

Il commença sa carrière comme administrateur de la France d'outre-mer[7] de 1945 à 1965 :

De 1956 à 1958, il fut « chef de région » en pays Bamiléké, homme de confiance du haut-commissaire Pierre Messmer, gaulliste de conviction, et à ce titre dirigea dans ce secteur la sanglante répression des maquis de l'Union des populations du Cameroun[8].

Carrière diplomatique[modifier | modifier le code]

Il poursuivit ensuite par une carrière d'ambassadeur :

  • au Gabon de 1965 à 1972
  • à Madagascar de 1972 à 1975
  • au Gabon, de nouveau, de 1975 à 1979.

Nommé ambassadeur de France à Madagascar en septembre 1972, Maurice Delauney devait rejoindre son poste dans un contexte révolutionnaire. En effet, de violentes émeutes venaient d'éclater à Tananarive. Celles-ci ont amené le président de la République, Philibert Tsiranana, à céder la place au commandant en chef de l'armée malgache, le général Gabriel Ramanantsoa. Pendant plus de deux années, Maurice Delauney essaya de composer avec le général et son ministre des affaires étrangères, Didier Ratsiraka, non sans se trouver confronté à de multiples oppositions du pouvoir et de la presse malgache.

Delauney réussit à maintenir l'essentiel des éléments de la présence politique et économique française et à préserver les intérêts de la France, et ceux des Français encore très nombreux dans la « Grande île »[9].

Il ne perdra jamais le contact avec le Gabon. En effet, lorsqu'il quittera l'ambassade en 1979, ce sera pour prendre la tête de la Compagnie des mines d'uranium de Franceville au Gabon, dont il restera président-directeur général jusqu'en 1989.

Plongeur sous-marin, il participa à la découverte de La Boussole, l'un des deux navires de Jean-François de La Pérouse (l'autre s'appelait L'Astrolabe), qui firent naufrage à Vanikoro[10].

La carrière de Maurice Delauney révèle que celui-ci a été le prototype de ces serviteurs de l’État qui ont géré l’ancien empire africain sans état d’âme, justifiant les opérations illégales menées par la France au nom de la « raison d’État ». Se définissant lui-même comme un homme de Jacques Foccart qui, en tant que secrétaire général du président de Gaulle pour les affaires africaines et malgaches, avait la haute main sur les services de "documentation extérieure" et de contre-espionnage, il fut l'exécuteur en chef de la politique secrète de la France en Afrique, et à ce titre chargé de la grande répression des indépendantistes au Cameroun à la fin des années cinquante. Ambassadeur de France au Gabon à deux reprises (de 1965 à 1972 puis de 1975 à 1979), il organisa l’arrivée au pouvoir d’Albert-Bernard Bongo (devenu par la suite Omar Bongo). Il géra depuis Libreville (Gabon) l’aide militaire française au Biafra en 1967 avec notamment, sous ses ordres, Pierre Debizet, « conseiller technique » à la présidence du Gabon. Par l’intermédiaire de son épouse, il a été l’associé du mercenaire Bob Denard au sein de la Société gabonaise de sécurité (devenue par la suite Société gabonaise de services), créée par Denard en 1997, qui comprenait également[11] :

  • Julien MPouho Epigat (ministre gabonais et oncle de Bongo),
  • Georges Rawiri (ancien ministre de Bongo dont il était le compagnon de route depuis 1967, parrain d’un de ses enfants et son témoin de mariage),
  • Maurice Robert (agent du SDECE et chef du service de renseignement, après avoir occupé la tête de la Division « Afrique » dudit service qui était lui aussi associé par l’intermédiaire de son épouse),
  • Pierre Debizet (ancien patron du SAC et chargé de la sécurité de Bongo)
  • ou encore Jean-Louis Domange (compagnon d’armes au Katanga de Bob Denard, dont il était le bras droit mais aussi « sans doute l’ange gardien placé par le SDECE auprès de lui »[12])

Il dirigea et protégea Bob Denard en particulier pour les opérations de déstabilisation au Bénin en 1977. Il fut également le témoin des mouvements de fonds clandestins entre l’Afrique et les responsables français. Il était donc ce qu’il convient d’appeler un ambassadeur « barbouze ».

Maire de Cannes[modifier | modifier le code]

Après avoir été, de 1989 à 1996, à la mairie de Cannes, premier adjoint de Michel Mouillot, le « Kennedy de la Croisette »[13], Maurice Delauney a été maire de Cannes de 1997 à 2001.

Même après son départ de la mairie, il a continué à s'intéresser aux affaires de la ville[14].

Écrits[modifier | modifier le code]

  • De la casquette à la jaquette, ou, de l'administration coloniale à la…, 1982, La Pensée universelle
  • Kala-Kala, De la grande à la petite histoire, un ambassadeur raconte, Robert Laffont, 1986, (ISBN 2221052552),
  • Chronique d'une mairie[15]
  • Gobina
  • Au pays des Ravenala, Madagascar 1954-1975, 2004, France Europe éditions, (ISBN 2848250941)
  • La guerre comme je l'ai vécue
  • Un témoin de l'histoire: le condominium franco-britannique des Nouvelles-Hébrides, 2005, Bénévent, (ISBN 2848719737)
  • Rencontres d'hier et d'aujourd'hui - une série de portraits
  • 1919-1939, un autre temps, 2009, Éditions Bénévent

Distinctions[modifier | modifier le code]

Maurice Delauney était :

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Christian Huault, « L'Ambassadeur n'est plus… », dans Nice-Matin, 2 décembre 2009, en ligne www.cannes.maville.com
  2. Michel Émeriau, « Maurice Delauney, Ministre Plénipotentiaire (ER), ancien Ambassadeur de France, ancien Maire de Cannes, s’est éteint tout doucement au milieu des siens… comme une lumière ! », dans Le Cannois déchaîné, 3 décembre 2009, en ligne www.lecannoisdechaine.com
  3. Pierre Valet, « Le dernier adieu à Maurice Delauney », dans Nice-Matin, 5 décembre 2009, en ligne www.cannes.maville.com
  4. « Hélène Delaunay, épouse de l'ancien maire, n'est plus », dans Nice-Matin, 3 décembre 2008
  5. Michel Émeriau, « Hélène Delauney n’est plus », dans Le Cannois déchaîné, 4 décembre 2008, en ligne sur www.lecannoisdechaine.com
  6. La Raison d'État, Docs ad Hoc.
  7. « La France d'outre-mer (1930-1960) : témoignages d'administrateurs », en ligne sur books.google.fr
  8. Thomas Deltombe, Manuel Domergue et Jacob Tatsitsa, Kamerun ! Une guerre cachée aux origines de la Françafrique 1948-1971, La Découverte, (ISBN 978-2-7071-5913-7), chapitre 13, notamment les p. 234-235
  9. « Au pays des Ravenala - Madagascar 1954-1975 », en ligne sur www.decitre.fr
  10. Voir son ouvrage Kaka-kala.
  11. "Dans l'ombre de Bob Denard : Les mercenaires français de 1960 à 1989", Walter Bruyère-Ostells en ligne sur https://books.google.fr
  12. "Histoire politique des services secrets français : De la Seconde Guerre mondiale à nos jours", Roger FALIGOT, Jean GUISNEL, Rémi KAUFFER en ligne sur https://books.google.fr
  13. " L'Ambassadeur n'est plus...", en ligne sur http://www.cannes.maville.com, 2 décembre 2009 (consulté le 26 janvier 2017)
  14. Fred Maurice, « Cannes : Maurice Delauney, l'ancien maire à livre ouvert - un témoignage de celui qui a géré la transition entre Michel Mouillot et Bernard Brochand se raconte pour la première fois », dans Nice-Matin, 26 avril 2009
  15. René Allain et Christian Olivier , « Delauney : passage en mairie », dans paris côte d'azur international, , en ligne sur www.pariscotedazur.fr

Voir aussi[modifier | modifier le code]

"Françafrique", documentaire en 2 parties de Patrick Benquet. Conseiller historique : Antoine Glaser, la compagnie des Phares et Balises, diffusé sur France 2, les 9 et 16 décembre 2010 ainsi que le 13 octobre 2011 dans lequel Maurice Delauney témoigne longuement

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]