Matonge (Ixelles)
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Matongé, (nl-BE) Matongé |
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Matonge (/matɔŋɡe/ parfois écrit Matongé) était longtemps le plus important quartier commerçant et associatif africain (principalement congolais) de Bruxelles, aujourd'hui concurrencé par les alentours des Abattoirs d'Anderlecht à Cureghem. Il est situé dans la commune d’Ixelles, aux abords de la porte de Namur, et tire son appellation actuelle d’un quartier de Kinshasa, Matonge (ancien Camp Renkin), situé dans la commune de Kalamu.
Localisation
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Haut lieu congolais d'Ixelles, le quartier Matongé est situé sur la colline de Waerenbergh, dans un triangle formé des chaussées de Wavre et d'Ixelles et de la rue de la Paix avec des extensions dans les rues avoisinantes. Ce triangle comprend la galerie d'Ixelles, le quartier Saint-Boniface et la Porte de Namur.
Histoire
[modifier | modifier le code]Matongé avant Matongé
[modifier | modifier le code]Le faubourg de Namur ou faubourg d'Ixelles à l'extérieur de la Porte de Namur est structuré par deux chaussées. La chaussée d'Ixelles, empierrée dès 1459 forme à partir de 1554 avec la chaussée de Vleurgat et la partie uccloise de la route de Waterloo la chaussée Wallonne[1]. La chaussée de Wavre apparaît en 1550 sur le plan d'ensemble de Bruxelles et environs de Jacob van Deventer. Vers 1670, elle est pavée de la porte de Namur jusqu'au Maelbeek[2]. Dans le passé, elle portait successivement les noms "chemin vers Overijse", "vers Auderghem", "chaussée d'Etterbeek" ou encore "de Tervueren"[3],[1]. On y trouve des nombreux guinguettes et relais. Les marchands venus vendre leurs produits en ville, y laissent leurs ânes et chevaux, parce que l'octroi est moins élevée quand on pousse ou tire sa charrette soi-même[1].

Le quartier s'urbanise suite au remplacement de la seconde enceinte de Bruxelles par les boulevards de la petite ceinture, surtout à partir de 1860, quand la porte de Namur est aménagé comme place publique[4], et de 1863 quand les derniers restants des remparts sont nivelés[5]. Le quartier reste inchangé entre 1875 et 1960. C'est un quartier de commerce et de divertissement, sûrement à partir de la fondation du théâtre Molière en 1857, toujours dans le quartier aujourd'hui[6]. Subsiste aussi toujours le Cinema Vendôme (nl), anciennement Le Roy (depuis 1939)[7]. Des établissements disparus citons Pol's Jazzclub et le café Grain d'Orge.

À partir de 1830 la fabrique de porcelaine Vermeren-Coché s'installe dans la chaussée de Wavre 141-143, bâtiment aujourd'hui classé[8],[9].
La guerre civile perdue, des nombreux basques s'installent dans le quartier dans les années 1940 et jouent régulièrement la pelote basque dans la chaussée de Wavre[10]. En 1945, l'Association Belge des Écrivains Belges de langue française s'installe chaussée de Wavre 150, et y ouvre le musée Camille Lemonnier, alors que ce denier n'y a jamais habité[11].
Matongé comme quartier africain
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Le premier lien du quartier avec l'Afrique se situe de coté des coloniaux. En 1912, Albert Thys installe son Union Coloniale Belge Rue de Stassart 34, avec bureaux, salles de réunion, bibliothèque et salle de conférence pour 800 personnes. Ces locaux servent aussi au premier radio belge, nl:Radio Belgique, émettant du 1er novembre 1926 jusqu'en 1930. Les ex-coloniaux quittent l'immeuble en 1985[12],[5].
Le public de l'Union coloniale trouve, dès les années 1950, des clubs à l'atmosphère africaine dans la même rue: le Black and White exploité par un belge, Les Anges Noirs par un cap-verdien et Baninga par un congolais. Un belge investit le café L'Horloge, à l'endroit de l'actuel Quick de la Porte de Namur, avec son Cercle des Amis de Lumumba[13].
Les nouvelles élites du Congo indépendant (1960), viennent souvent à Bruxelles, logent à l'Hilton, font leurs courses Boulevard de Waterloo et Avenue Louise pour finir leurs soirées dans les clubs de la Rue de Stassart[13]. Et le nouveau Ministère de la Coopération au Développement occupe des locaux Place de la Bastion[14].
En 1968/69, deux événements font basculer le centre névralgique de la vie africaine à Bruxelles de l'autre coté de la Chaussée d'Ixelles: D'un, un ivoirien reprend le club de nuit La Marie Galante et le passe en 1970 à un guinéen qui le rebaptise Mambo, la discothèque africaine de Bruxelles (1970-1989), à partir de 1972 dans les mains d'un congolais[15],[16],[17]. De deux, la Maison Africaine ("Maisaf"), résidence universitaire des étudiants congolais à qui la Belgique avait octroyé des bourses déménage dans la Rue d'Alsace-Lorraine[15]. Matongé devient l'endroit pour sortir pour sub-sahariens, afro‐américains et caribéens[14].
Vers la fin des années 1970, de plus en plus de commerçants belges abandonnent leurs magasins de la Galérie d'Ixelles pour rouvrir au Boulevard de la Toison d'or, ce qui crée de l'espace pour du nouveau[15]. En 1977, le premier coiffeur africain y ouvre[18], en 1980 le premier café, d'autres suivent. La galerie, aujourd'hui occupé principalement par des coiffeurs, est rebaptisé Kanda-Kanda par les locaux, la Galerie de la Porte de Namur en face, Inzia. Quand au début des années 1980, le Zaïre lève l'interdiction d'importation pour les tissus wax, ce commerce décolle chaussée de Wavre, ce sont ces négociants qui commencent d'appeler ce quartier d'Ixelles Matongé[15]. S'y ajoutent cafés, restaurants, bijouteries, salons de beauté, épiceries exotiques et drogueries[19].
Pendant les années 1980, Matonge devient l’un des hauts lieux de l’élégance congolaise. Des étudiants, des hôtesses de l'air, négociants, fonctionnaires, ambassadeurs peuplent le quartier[20].
Ça change pendant les années 1990. Vers la fin du régime Mobutu les élites congolaises ne voyagent plus autant. En même temps, l'immigration de l'Afrique subsaharien change de caractère: en plus du beau monde de plus en plus des gens moins aisés atterrissent en Europe, à Bruxelles et à Matongé. Pas seulement de l'Afrique sub-saharien, mais aussi d'Asie et d'Amérique du Sud. Le quartier se paupérise, la petite délinquance se répand[21],[14].
Le point le plus bas est atteint, quand, en , la police anderlechtoise abat un jeune, surnommé Fofolo, présume dealer, dans la rue, et des émeutes en découlent à Matongé[21],[16].
Mais c'était aussi le moment, que les élections de 2000 avaient porté une nouvelle majorité à la commune d'Ixelles. La commune change de politique. Elle commence à utiliser elle-même le nom "Matongé" pour le quartier, comme il est ensuite utilisé par la STIB. La politique purement repressive cède la place à l'installation d'un agent de quartier au sein même de la galerie d'Ixelles[14]. L'association des commerçants de Matongé naît[18]. Des mères africaines s'organisent dans l'asbl Observatoire Bayaya pour médier entre jeunes et autorités[21].
Le design africain est en vogue, des touristes découvrent Matongé, mais ne laissent pas beaucoup d'argent. L'association des commerçants ouvre alors, ensemble avec Atrium en 2007 une Boutique Matongé qui vend des objets artisanaux sub-sahariens[22], mais ferme quelques années plus tard.
Matongé reste pour beaucoup le point d'ancrage. C'est donc aussi à Matongé, qu'ont lieu, en , à la suite des résultats controversés de l'élection présidentielle en RDC, plusieurs manifestations anti-Kabila dont qui ont dégénéré en émeutes dans le quartier[23].


Matongé après Matongé?
[modifier | modifier le code]Matongé est, pendant les années 2010 et 2020, toujours un quartier où des gens d'origine subsaharienne vont sortir et faire des emplettes. Mais Matongé n'est pas, n'a jamais été, habité par des afro-descendants en grand nombre. D'une population à plus que cent nationalités dans le quartier, ils représentent seulement 5%[24].
La plupart des magasins "africains" ne possèdent pas leur locaux, ils les louent. Le changement peut venir vite. La proximité du quartier européen se fait sentir. La place de Londres, se fait transformer en quelques années d'un coin de Matongé à un endroit branché, majoritairement peuplé par des eurocrates[24].
Il y en a aussi, comme l'activiste Aliou Baldé, qui voient tout l'investissement des autorités depuis 2000 dans une ligne droite de la politique répressive d'avant, et y voient une stratégie à long-terme de faire disparaître Matongé [25].
Vie culturelle et sociale
[modifier | modifier le code]L'histoire jeune du quartier Matongé comme quartier africain de Bruxelles est riche d'initiatives et institutions culturelles. Mais il n'y a pas beaucoup de stable, les initiatives naissent, meurent et sont suivis par d'autres.
Pendant les années 1960, le centre culturel Présence Africaine s'installe dans le quartier[14].
À partir de l'an 2000, une fête annuelle et multiculturelle de quartier, Matonge en couleurs/en fête s'organise, le documentaire Matongué, un quartier africain au cœur de l'Europe de Gboya et Homban en 2001 montre un nouvel image du quartier. Le nouveau comité de quartier Wavre lance des projets Espace Matonge (2003-) et Afrika Mali[14].
Le 9 juin 2002 la fresque "Porte de Namur - Porte de l'Amour?" de Chéri Samba est accroché à une façade de la Porte de Namur et devient vite le symbole du quartier[26]. Elle est retiré pour travaux en 2006 pour réapparaître en 2010 sur une façade voisine[27].
L'émission Télé Matongé a sa place hebdomadaire sur Télé Bruxelles de 2004 à 2012[28]. En 2010 et 2011 une revue sous le nom "Matongazet" parait dans le quartier[29]. Un centre culturel africain-flamand, sous le nom de Kuumba se trouve dans le quartier pendant les années 2010[30], avant de déménager à Anderlecht en 2023[31].
Accès
[modifier | modifier le code]| Ce site est desservi par la station de métro : Porte de Namur. |
Références
[modifier | modifier le code]- Michel Hainaut et Philippe Bovy, Porte de Namur, Ixelles, coll. « Vers l’Ermitage » (no 9), (lire en ligne), p. 4
- ↑ Ixelles - Chaussée de Wavre
- ↑ Les communes > Etterbeek > Chaussée de Wavre
- ↑ « Chaussée de Wavre site=Inventaire du patrimoine architectural », MRBC, 2009-2011 (consulté le )
- « Rue de Stassart site=Inventaire du patrimoine architectural », MRBC, 2007-2009 (consulté le )
- ↑ Michel Hainaut et Philippe Bovy, Porte de Namur, Ixelles, coll. « Vers l’Ermitage » (no 9), (lire en ligne), p. 5-6
- ↑ « Cinema Vendôme », sur wikidata
- ↑ « Ancienne fabrique de porcelaine Demeuldre-Coché », sur Inventaire du patrimoine architectural, MRBC (consulté le )
- ↑ Michel Hainaut et Philippe Bovy, De la place Fernand Cocq à la rue Saint-Boniface, Ixelles, coll. « À la découverte de l'histoire d'Ixelles » (no 7), (lire en ligne), p. 25-26
- ↑ Michel Hainaut et Philippe Bovy, De la place Fernand Cocq à la rue Saint-Boniface, Ixelles, coll. « À la découverte de l'histoire d'Ixelles » (no 7), (lire en ligne), p. 18
- ↑ Isabelle Six et Musée Camille Lemonnier, Le Musée Camille Lemonnier, Musée communal d'Ixelles, (lire en ligne).
- ↑ « Ancienne Union Coloniale Belge site=Inventaire du patrimoine architectural », MRBC (consulté le )
- (nl) « Matongé », dans Hans Vandecandelaere, In Brussel, Berchem, EPO, (ISBN 978-94-91297-35-9), p. 186
- Karel Arnaut, « Matongazet — manifeste pour un journal de quartier », Matongazet, no 1, , p. 2 (lire en ligne, consulté le )
- (nl) « Matongé », dans Hans Vandecandelaere, In Brussel, Berchem, EPO, (ISBN 978-94-91297-35-9), p. 186-187
- Sarah Demart, « De la distinction au stigmate: Matongé, Un quartier congolais à Bruxelles », Les cahiers de la fonderie, no 38, , p. 58-62 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Sarah Demart, « Histoire orale à Matonge (Bruxelles) : un miroir postcolonial », Revue Européenne des Migrations Internationales, no 29 (1), , p. 133-155 (lire en ligne, consulté le )
- « Le cœur de Matongé », La Tribune de Bruxelles, , p. 15.
- ↑ (nl) Jasmijn Post et Kim Verthé, « 'Ik ben trots op de kleur die God me gegeven heeft' », Brussel deze Week, , p. 4-5
- ↑ (nl) « Matongé », dans Hans Vandecandelaere, In Brussel, Berchem, EPO, (ISBN 978-94-91297-35-9), p. 187
- (nl) « Matongé », dans Hans Vandecandelaere, In Brussel, Berchem, EPO, (ISBN 978-94-91297-35-9), p. 188
- ↑ « Aanbod moet gevarieerder », Brussel deze Week,
- ↑ Julien Vlassenbroek et Hélène Maquet, « Bruxelles: la manifestation à Matonge a dégénéré, 16 policiers blessés », sur RTBF.be, (consulté le ).
- (nl) « Matongé », dans Hans Vandecandelaere, In Brussel, Berchem, EPO, (ISBN 978-94-91297-35-9), p. 189
- ↑ Aliou Baldé, « Matonge ne doit pas disparaître », Politique, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « 2002 Cheri Samba : Matonge-Ixelles. La porte de Namur! La porte de l'amour? », sur cec-ong (consulté le )
- ↑ « Porte de Namur, porte de l'amour s'affiche à nouveau », Matongazet, , p. 2
- ↑ « Une pétition pour ressusciter Télé Matonge », La DH Les Sports+, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ « matongazet.be (Webarchive) », (consulté le )
- ↑ (nl) « Het Vlaams is bij ons geen fetisj », Bruzz, , p. 14-15
- ↑ « Nieuwe locatie Kuumba officieel geopend », (consulté le )
Voir aussi
[modifier | modifier le code]Articles connexes
[modifier | modifier le code]Bibliographie
[modifier | modifier le code]- (nl) « Matongé », dans Hans Vandecandelaere, In Brussel, Berchem, EPO, (ISBN 978-94-91297-35-9), p. 186-189
- Brukselbinnenstebuiten, « Matongé~Promenade Quartier », sur visit.brussels (consulté le )
- Karel Arnaut, « Matongazet — manifeste pour un journal de quartier », Matongazet, no 1, , p. 2 (lire en ligne, consulté le )
- Aliou Baldé, « Matonge ne doit pas disparaître », Politique, (lire en ligne, consulté le )
- Eric Corijn, « Matongé, centre mulitculturel à Bruxelles », Politique, no 35, , p. 32-33 (lire en ligne, consulté le )
- Sarah Demart, « De la distinction au stigmate: Matongé, Un quartier congolais à Bruxelles », Les cahiers de la fonderie, no 38, , p. 58-62 (lire en ligne, consulté le )
- Sarah Demart, « Histoire orale à Matonge (Bruxelles) : un miroir postcolonial », Revue Européenne des Migrations Internationales, no 29 (1), , p. 133-155 (lire en ligne, consulté le )
- Michel Hainaut et Philippe Bovy, De la place Fernand Cocq à la rue Saint-Boniface, Ixelles, coll. « À la découverte de l'histoire d'Ixelles » (no 7), , 28 p. (lire en ligne)
- Michel Hainaut et Philippe Bovy, Porte de Namur, Ixelles, coll. « Vers l’Ermitage » (no 9), , 36 p. (lire en ligne)
- (en) Tinde Van Andel et Marie-Cakupewa C. Fundiko, « The Trade in African Medicinal Plants in Matonge-Ixelles, Brussels (Belgium) », Economic Botany, no XX(X), , p. 1–11 (lire en ligne, consulté le )
