Match de la mort

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FC Start - Flakelf
Image illustrative de l’article Match de la mort
Contexte
Date
Stade Stade Zenit
Lieu Kiev, Ukraine
Affluence 45 000 spectateurs
Résultat
Flag of the Ukrainian Soviet Socialist Republic.svg FC Start 5 - 3 Drapeau de l'Allemagne nazie Flakelf
Mi-temps 2 - 1 0

Le match de la mort est un match de football, organisé le à Kiev alors occupé par les allemands entre l'équipe soviétique composée principalement de joueurs de Dynamo Kiev et l'équipe allemande[1].

Histoire[modifier | modifier le code]

À l'été 1941, le Troisième Reich lance l'opération Barbarossa au cours de laquelle les Allemands envahissent l'URSS, dont la ville de Kiev[2].

Après l'invasion de Kiev un semblant d'une vie organisée s'installe. Quelques événements culturels (concerts, spectacles) ont lieu. À ce moment le nouveau directeur de l'usine à pain no 1, nommé par les Allemands, Józef Kordić décide de monter une équipe de football amateur. Il y invite neuf anciens joueurs ukrainiens venus travailler dans son entreprise - Nikolaï Troussevitch, Mikhaïl Poutistine, Ivan Kouzmenko, Alekseï Klimenko, Makar Gontcharenko, Fiodor Tioutchev, Mikhaïl Sviridovski, Vladimir Balakine et Pavel Komarov. À l'équipe se joignent également trois anciens joueurs qui servent dans la police - Lev Goundarev, Aleksandr Tkatchenko, Gueorgui Timofeïev, le cuisinier de la cantine municipale Nikolaï Korotkikh (ancien officier du NKVD), le chargé de la sécurité du Conseil municipal Iouri Tchernega, et deux joueurs travaillant aux chemins de fer - Mikhaïl Melnik et Vassili Soukharev.

Les autorités du Reich organisent un championnat de football, dans le but de montrer la « supériorité de la race aryenne » dans le sport. Les Allemands ayant dissous le club du Dynamo Kiev, ses anciens joueurs choisissent d'évoluer sous le nom du FC Start[2].

À partir du 7 juin 1942, le FC Start enchaîne une série de sept victoires consécutives - en jouant contre Ruch (Ukraine), Ungarisches Garnisonsmannschaft (Hongrie), Sport (Ukraine), RSG (Reichsbahn Sportgemeinschaft - Allemagne), MSG. Wal (Hongrie), GK SZERO (Hongrie), - ce qui décourage les équipes nazies qui y voient une provocation contre le régime d'Adolf Hitler[2].

FC Start le 9 août 1942[modifier | modifier le code]

  • Nikolaï Troussevitch (Николай Трусевич, 1909-1943)
  • Mikhaïl Poutistine (Михаил Путистин, 1906-1981)
  • Ivan Kouzmenko (Иван Кузьменко, 1912-1943)
  • Alekseï Klimenko (Алексей Клименко, 1912-1943)
  • Makar Gontcharenko (Макар Гончаренко, 1912-1997)
  • Fiodor Tioutchev (Фёдор Тютчев, 1907-1959)
  • Mikhaïl Sviridovski (Михаил Свиридовский, 1908-1973)
  • Vladimir Balakine (Владимир Балакин, 1913-1992)
  • Pavel Komarov (Павел Комаров, 1913-après 1970)
  • Lev Goundarev (Лев Гундарев, 1921-1994)
  • Gueorgui Timoféïev (Георгий Тимофеев, 1910-1967)
  • Nikolaï Korotkikh (Николай Коротких, 1909-1942)
  • Iouri Tchernega (Юрий Чернега, 1919-1947)
  • Mikhaïl Melnik (Михаил Мельник, 1915-après 1944)
  • Vassili Soukharev (Василий Сухарев, 1911-après 1944)

Match[modifier | modifier le code]

Le 8 août 1942 à Kiev, une rencontre oppose, devant 45 000 spectateurs, le FC Start à une équipe de la Luftwaffe. Le match est arbitré par un soldat de la Luftwaffe, qui ordonne aux Ukrainiens, qui refusent, de faire le salut fasciste. Les Allemands ouvrent le score mais se font égaliser, puis sont menés 2-1 à la mi-temps. En vain, le FC Start gagne la rencontre 5-3[2].

Après le match[modifier | modifier le code]

Après le match joueurs allemands et ukrainiens posent tous ensemble sur une photo.

Le 9 août 1942, neuf footballeurs de FC Start qui travaillent à l'usine à pain de Kiev sont arrêtés (Nikolaï Troussevitch, Mikhaïl Poutistine, Ivan Kouzmenko et Alekseï Klimenko; Makar Gontcharenko, Fiodor Tioutchev, Mikhaïl Sviridovski, Vladimir Balakine, Pavel Komarov). Les raisons de leur arrestation ne sont pas déterminées avec exactitude. Mikhaïl Sviridovski en février 1944 affirme que les joueurs du Dynamo Kiev ont été dénoncés par un ancien champion de natation Gueorgui Viatchkis, un collaborateur qui sera décoré d'une Croix de fer. Viatchkis aurait signalé leur appartenance à des structures du NKVD. Cela explique la libération de Vladimir Balakine, venu de FC Lokomotiv, le lendemain des arrestations[3]. Mikhaïl Melnik et Vassili Soukharev ne sont pas inquiétés.

Nikolaï Korotkikh est arrêté le 6 septembre 1942. Le 8 septembre 1942, Aleksandr Tkatchenko est tué lors d'une tentative de fuite. On découvre les photos de Korotkikh en tenue d'officier NKVD ce qui scelle son destin, il est torturé et périt en prison. Les autres sont transférés dans le Camp de concentration de Syrets où trois joueurs de FC Start - Nikolaï Troussevitch, Ivan Kouzmenko et Alekseï Klimenko - sont fusillés en 1943.

La propagande soviétique s'empare de cet événement[4],[5]. On forge une légende selon laquelle après la première mi-temps du match, des soldats du Troisième Reich entrent dans le vestiaire du FC Start en annonçant aux joueurs qu'ils seront exécutés s'ils ne laissent pas gagner l'équipe adverse, mais l'esprit soviétique s'avère plus fort que la peur de la mort[6].

Le premier article dans la presse soviétique consacré à l'illustre rencontre parait le 17 novembre 1943 dans la Kiïvska pravda (Київська правда). On propose à Léo Cassil de développer ce sujet, mais pour des raisons inconnues celui-ci refuse. Qu’à cela ne tienne, en 1944, le journal du front de Transbaïkalie Na boevom postou (На боевом посту) publie, sous forme de feuilleton, la nouvelle Dinamovtsy (Динамовцы) écrite par Aleksandr Borchtchagovski, qui présente les joueurs comme les héros de la résistance. [7]. Le même Borchtchagovski en août-septembre 1946, publie dans le journal Stalinskoe plemia (Сталинское племя) la nouvelle Match de la mort consacrée au même sujet. Selon une version, en transformant les joueurs en personnages de la lutte anti-nazi l'auteur cherchait à leur épargner d’inévitables poursuites pour collaboration avec l'ennemi, car c'est ainsi qu'une rencontre sportive pouvait être interprétée[7].

Après la guerre, les films Troisième mi-temps d'Evgueni Karelov (1962) et Deux mi-temps en enfer (1962) de Zoltán Fábri[3],[8] consolident ce scénario dans la mémoire collective des Soviétiques.

Après la dislocation de l'URSS[modifier | modifier le code]

Le film Match d'Andreï Malioukov réalisé en 2012, qui a reçu la majorité de son financement du gouvernement russe, ne remet pas en cause l'héroïsme des footballeurs. Mais ce qui le distingue des productions précédentes est la représentation de la plupart des Ukrainiens en tant que collaborateurs et sympathisants des nazis. Les Ukrainiens ont réagi avec indignation à de telles représentations[9].

En France, Pierre-Louis Basse, ex-journaliste sportif, dans Gagner à en mourir (2012) livre la version approuvée par les Soviétiques, celle de la menace de mort en cas de victoire de l'équipe soviétique[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]