Matérialisme spirituel

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Le matérialisme spirituel est un concept du rinpoché tibétain Chögyam Trungpa, issu de son observation de la pratique spirituelle en Occident[1],[2], mettant en garde sur le risque de détournement par l'ego de la pratique spirituelle pour se renforcer.

En 1968, lors d'une retraite de 10 jours à Taktshang au Bhoutan, Chögyam Trungpa composa La Sadhana du Mahamudra, et réalisa que pour permettre le développement d'une spiritualité authentique en Occident, il devait essayer d'exposer le matérialisme spirituel et ses embûches[3]. Il décrivit ce processus, et le moyen de s'en libérer dans plusieurs conférences retranscrites dans ses ouvrages.

Définitions[modifier | modifier le code]

Selon Chögyam Trungpa, « les problèmes fondamentaux du matérialisme spirituel sont communs à toutes les disciplines spirituelles[4]. Pour le décrire, il a recours aux « trois seigneurs du matérialisme », le Seigneur de la Forme, et « sa quête névrotique de confort, de sécurité et de plaisir », le Seigneur de la Parole, et l'usage des « systèmes d'idées » et le Seigneur de l'Esprit, et l'effort de maintenir la « conscience de soi ». Selon Chögyam Trungpa, l'ego peut utiliser n'importe quoi pour subsister (alors que la démarche spirituelle a pour objectif de se débarrasser de l'ego). Par exemple, il peut se fasciner par sa propre pratique de méditation dans une attitude d'imitation qui n'est pas une pratique authentique. L'utilisation des croyances peut également « servir de façon névrotique ». Il préconise d'examiner sa propre expérience, selon les principes bouddhistes, afin de ne plus être « assujettis au trois seigneurs »

Chögyam Trungpa, dans son livre sur le sujet, caractérise ce comportement de « spiritualité frelatée » ou comme une conséquence de la « bureaucratie de l'ego »[5].

« Un certain nombre de voies de traverse conduisent à un version distordue, égocentrique, de la vie spirituelle. Nous pouvons nous illusionner en pensant que nous nous développons spirituellement, alors qu'en fait nous usons de techniques spirituelles pour renforcer notre ego. Cette distorsion fondamentale mérite le nom de matérialisme spirituel »[6]

Libération[modifier | modifier le code]

Dans Le mythe de la liberté et la voie de la méditation, Chögyam Trungpa déclare que dans la voie du mahayana, à la 7e terre d'éveil, le bodhisattva dont l'approche était encore marquée par le matérialisme spirituel, s'en libère avec le développement de moyens habiles[7].

Critiques[modifier | modifier le code]

Selon Frédéric Lenoir, c'est face au matérialisme spirituel occidental, que Chögyam Trungpa a « renoncé à transmettre des initiations du Vajrayana aux débutants pour mettre en place un cursus simple et progressif d'initiation au bouddhisme, le plus universel et le plus déculturé possible »[8].

Divers auteurs ont commenté ce concept, Françoise Bonardel souligne en particulier l'aspect de « rationalisation du sentier spirituel » que relève Trungpa, qui serait une conséquence de la vieille confrontation entre la raison et la foi[9]. André Fortier y voit la conséquence de l'intérêt pour les manifestations psychophysiques et le paranormal plutôt que pour la spiritualité[10]. Philippe Gaudin, y voit une tentative d'éviter de « s'exposer de manière plus directe et plus abrupte à ce qui est »[11]. Frans Goetghebeur définit le matérialisme spirituel comme un « produit de consommation qui n'engage pas l'être de l'homme »[12]. Elisabeth Martens approuve cette définition d'« un matérialisme spirituel qui assaille notre monde désenchanté », tout en relevant que les excès du « lama dans sa vie privée » sont contrebalancés par son apport au bouddhisme[13].

Robert Linssen a écrit en 1954 un ouvrage intitulé « vers le matérialisme spirituel » auquel il donnait un sens différent de "matérialisation de la spiritualité »[14].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Chögyam Trungpa, Pratique de la voie tibétaine - Au-delà du matérialisme spirituel, Seuil, coll. « Sagesses » (ISBN 2-02-004395-5)

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Maitre dans la diffusion et la transmission du bouddhisme tibétain en France Par Cécile Campergue Editions L'Harmattan, 2012 p. 133
  2. LUMIÈRES SUR LA VOIE BOUDDHIQUE DE L'ÉVEIL (N°61-64) Editions L'Harmattan p. 38
  3. Chögyam Trungpa, Implanter le Dharma en Occident, Postface de Né au Tibet, p. 317-319
  4. Introduction à Pratique de la voie tibétaine - Au-delà du matérialisme spirituel »
  5. Chögyam Trungpa, Pratique de la voie tibétaine - Au-delà du matérialisme spirituel, Seuil, coll. « Sagesses » (ISBN 2-02-004395-5)
  6. Chögyam Trungpa, Pratique de la voie tibétaine
  7. Le mythe de la liberté et la voie de la méditation collection "Points - Sagesses", Paris : Seuil, 1979, p. 129-130
  8. Le bouddhisme en France Par Frédéric Lenoir, Fayard, 1999
  9. Bouddhisme et philosophie: En quête d'une sagesse commune par Françoise Bonardel, L'Harmattan, 2008, p. 225
  10. Ce Dieu au regard poétique par André Fortier, Editions Fides, 1999, p. 126
  11. La violence par Philippe Gaudin, Editions de l'Atelier, 2002, p. 151
  12. Les mille visages du bouddhisme: Histoire, actualité et pratiques par Frans Goetghebeur, Lannoo Uitgeverij, 2008, p. 59
  13. Histoire du bouddhisme tibétain, Elisabeth Martens, L'Harmattan
  14. Le Matérialisme Spirituel par Robert Linssen