Massacre de Nemmersdorf

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Corps de victimes à Nemmersdorf, en octobre 1944.

Le massacre de Nemmersdorf est un massacre des civils commis par des soldats de l'Armée rouge à la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Nemmersdorf (aujourd'hui Maïakovskoïe dans l'oblast de Kaliningrad) est l'un des premiers villages d'avant-guerre à population allemande à être conquis par l'Armée Rouge pendant la Seconde Guerre mondiale. Le , des soldats soviétiques auraient tué de nombreux civils allemands ainsi que des prisonniers de guerre français et belges. Selon nos connaissances actuelles entre 19 et 30 personnes ont été tuées, après que l'armée rouge eut occupé cette localité de Prusse orientale. Au cœur de ces évènements se trouvent les fusillades de 13 civils de l’endroit qui, avant les combats entre la Wehrmacht et les troupes soviétiques, s'étaient réfugiés dans un bunker. En outre six autres habitants et peut-être aussi quelques personnes qui ne résidaient pas sur place ont été tués dans la prise de Nemmersdorf. Les circonstances de la mort de ces civils n’ont pas été complètement élucidées à ce jour.

Après le retrait de l'Armée rouge de Nemmersdorf, le Ministère du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande essaya d'interpréter les évènements du village dans le sens du régime national-socialiste. L'objectif était de mobiliser les réserves de la population allemande contre l'avancée des troupes soviétiques en les représentant comme des envahisseurs sans pitié. À cette fin on prit des photographies de victimes d'origine inconnue et on publia des rapports de propagande, qui parlaient de tortures méthodiques, de viols et de meurtres. L'objectif était de motiver la population allemande et même la communauté mondiale à se battre contre l'Armée rouge, mais cette propagande échoua.

En République fédérale d'Allemagne, Nemmersdorf devint un symbole de ce qu’avait éprouvé la population de l'Est de l'Allemagne vers la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les représentations des morts ont été encore accrues par la propagande nazie. Les récits de témoins oculaires auxquels on faisait référence ne correspondent ni à la présentation de la propagande nazie ni aux sources qu’on peut maintenant reconstituer. En RDA et en Union Soviétique, le massacre de Nemmersdorf était tabou ou présenté comme faisant simplement partie de la campagne de propagande du régime nazi. En Russie, à l’heure actuelle, on nie toujours la responsabilité des troupes soviétiques dans ces exécutions alors que Nemmersdorf est toujours considéré en Allemagne comme un symbole des crimes commis par l'armée rouge contre la population allemande. C’est seulement quelques décennies après les évènements que l'écrivain allemand Bernhard Fisch a contribué à une révision importante des rapports vieux de plusieurs décennies sur le massacre de Nemmersdorf. Le traitement des évènements de Nemmersdorf est considéré comme caractéristique dans la façon de voir unilatérale du complexe guerre et expulsion dans les deux pays respectifs.

Situation militaire[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la fin octobre 1944, l'Armée rouge avait pu reconquérir une grande partie des territoires soviétiques occupés par la Wehrmacht. Dans le cadre de l'opération Bagration, elle chassa les troupes allemandes de Biélorussie et put au mois d'aout s’avancer vers la frontière de la Prusse orientale, la Vistule et Riga. Ainsi, l'Armée rouge avait-elle pratiquement anéanti les résultats de l'invasion de l'Union soviétique en 1941, mais sans avoir encore franchi les frontières du Reich allemand de 1937. La principale raison pour expliquer la fin de l'offensive d'été soviétique était le grand nombre de pertes qu’il fallait compenser et la surcharge des routes d'approvisionnement. Avec 2 000 à 3 000 hommes certaines divisions de l'Armée rouge étaient bien en deçà de la force d'environ 10 000 hommes qui leur aurait été nécessaire. Les réserves restantes ne suffisaient pas pour réaliser des gains territoriaux importants sur le territoire allemand. Cependant, à l'occasion du 27ème anniversaire de la Révolution d'Octobre, l'état-major général soviétique essaya d’offrir un grand succès à Staline. Le commandement de l'armée avait prévu pour la deuxième quinzaine d'octobre d'écraser les troupes allemandes dans le Nord de la Prusse orientale avec le 1er Front balte et le 3ème Front biélorusse afin de s’emparer de toute la Prusse orientale. Cependant, l'Armée Rouge ne réussit pas à l'emporter contre la 4ème Armée, entre autres parce que la 1ère Armée Baltique sous le commandement de Hovhannes Baghramjan s'était arrêtée devant le Niémen sans le franchir. Les gains territoriaux n’atteignaient qu’environ 150 km. Seule la 11e Armée de la Garde soviétique réussit à pénétrer le territoire de la Prusse orientale et le 21 octobre 1944 atteignit le district de Gumbinnen, où elle rencontra la 4ème Armée de la Wehrmacht et lui livra des combats acharnés.

Nemmersdorf jouait un rôle stratégique clé : dans un large rayon son pont en béton était le seul carrossable au-dessus de l'Angerapp. Le pont suivant, accessible aux chars d'assaut, était à 6 km en aval, à Sabadschuhnen, au sud de Nemmersdorf, un autre pont était à Darkehmen, à 26 km en amont. Cependant, l'emplacement de Nemmersdorf n'avait pas seulement une signification militaire : en réaction à l'avancée de l'Armée rouge, Fritz Feller, führer paysan du village et du district de Gumbinnen, avait décidé avec les autorités du district d'évacuer le 20 octobre 1944 la population vers le district de Gerdauen qui se trouvait au sud-ouest. Les habitants d'une vingtaine de villages à l'est d'Angerapp furent contraints de traverser Nemmersdorf lors de leur exode. À l'exception d'un seul, tous les convois des environs passaient par Nemmersdorf, ce qui explique pourquoi les convois de réfugiés se retrouvèrent bloqués sur le pont, d’autant plus que les véhicules militaires battaient en retraite devant l'approche de la 25ème brigade de chars soviétiques. On ne voit pas très bien pourquoi la Wehrmacht ne fit pas sauter le pont ce qui ouvrait la voie aux troupes qui approchaient. Selon des témoins oculaires, le pont avait déjà été miné lorsqu'un convoi venant de Kuttkuhnen atteignit Nemmersdorf dans la nuit du 19 au 20 octobre. Bernhard Fisch suppose que les responsables sur place ne firent pas exploser le pont en raison des réfugiés qui attendaient. De nombreuses personnes au lieu d'attendre laissèrent leurs affaires personnelles en partie par impatience, en partie par peur et traversèrent à pied le pont vers Nemmersdorf.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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