Massacre de Mỹ Lai

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Massacre de Mỹ Lai
Image illustrative de l'article Massacre de Mỹ Lai
Une des nombreuses photographies prises par Ronald Haeberle lors du massacre de Mỹ Lai.

Date
Lieu Village de Sơn Mỹ, district de Sơn Tịnh (en), province de Quảng Ngãi, République du Viêt Nam
Victimes Civils sud-vietnamiens
Type Massacre
Morts
  • 347 morts selon l'armée américaine (sans compter Mỹ Khe)
  • 504 morts selon le gouvernement vietnamien (Mỹ Lai et Mỹ Khe)
  • Plus de 400 morts selon d'autres sources
Blessés Inconnu
Auteurs Une compagnie de la 23e division d'infanterie sous le commandement de William Calley
Guerre Guerre du Viêt Nam
Coordonnées 15° 10′ 42″ nord, 108° 52′ 10″ est

Géolocalisation sur la carte : Viêt Nam

(Voir situation sur carte : Viêt Nam)
Massacre de Mỹ Lai

Le massacre de Mỹ Lai (en vietnamien : thảm sát Mỹ Lai, [tʰâːm ʂǎːt mǐˀ lāːj]) est un massacre — au cours de la guerre du Viêt Nam — qui a fait entre 347 et 504 morts civils dans la République du Viêt Nam (Viêt Nam du Sud) le . Il est commis par des soldats de l'armée américaine : la compagnie C (« Charlie »), 1er bataillon, 20e régiment d'infanterie (en), 11e brigade, 23e division d'infanterie (« Americal »). Les victimes sont des hommes, des femmes, des enfants et des nourrissons. Certaines femmes sont violées en groupe et leurs corps mutilés[1],[2].

Vingt-six soldats américains sont accusés pénalement, mais seul le second lieutenant William Calley, chef de peloton dans la compagnie C, est reconnu coupable de la mort de 22 villageois. Il est condamné à une peine d'emprisonnement à perpétuité, mais il purgea seulement trois ans et demi en résidence surveillée.

Le massacre, plus tard appelé « l'épisode le plus choquant de la guerre du Viêt Nam »[3], a lieu dans deux hameaux du village de Sơn Mỹ dans la province de Quảng Ngãi[4]. Ces hameaux sont dénommés sur les cartes topographiques de l'armée américaine comme « My Lai » (Mỹ Lai) et « My Khe » (Mỹ Khe)[5]. Le surnom de l'armée américaine pour ces hameaux dans la région est « Pinkville »[Note 1], ce qui fait que le carnage est initialement appelé « massacre de Pinkville » (Pinkville Massacre)[6]. Plus tard, lorsque l'armée américaine commence son enquête, les médias l'ont changé en « massacre à Songmy » (Massacre at Songmy)[7]. Désormais, l'événement est appelé « massacre de Mỹ Lai » (My Lai Massacre) aux États-Unis et a appelé le « massacre de Sơn Mỹ » (Sơn Mỹ Massacre) au Viêt Nam.

L'incident suscite l'indignation internationale lorsqu'il devient public en novembre 1969. Le massacre de Mỹ Lai augmente dans une certaine mesure[8] l'opposition à la participation des États-Unis à la guerre du Viêt Nam aux États-Unis (en), lorsque les meurtres et les dissimulations sont mises au jour. Au début, trois militaires américains qui tentent de mettre fin au massacre et de sauver les civils cachés, sont même dénoncés comme traîtres par plusieurs députés américains, dont L. Mendel Rivers (en), président de la Commission des forces armées de la Chambre des représentants des États-Unis. Ce n'est qu'après trente ans qu'ils sont reconnus et décorés, l'un à titre posthume, par l'armée américaine pour avoir protégé des personnes « non-combattantes » sur une zone de guerre[9]. Avec le massacre de No Gun Ri en Corée dix-huit ans plus tôt, Mỹ Lai est l'un des plus grands massacres de civils par les forces américaines dans le XXe siècle[10].

Déroulement des opérations[modifier | modifier le code]

Contexte[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Guerre du Viêt Nam et Offensive du Tết.
Carte du Viêt Nam en 1968-1969.

La compagnie C (« Charlie »), 1er bataillon, 20e régiment d'infanterie (en), 11e brigade, 23e division d'infanterie (« Americal ») arrive en République du Viêt Nam (Viêt Nam du Sud) en décembre 1967. Bien que leurs trois premiers mois au Viêt Nam se passent sans contact direct avec l'ennemis, à la mi-mars, la compagnie subi au moins 28 pertes humaines à cause de mines ou de pièges[11]. Ces événements auraient eu une grande responsabilité dans les raisons du massacre[12].

Durant l'offensive du Tết, en janvier 1968, le 48e bataillon de l'armée du Front national de libération du Sud Viêt Nam (FNL) — une unité « Việt Cộng » dans le jargon militaire américain — opère dans la zone de l'actuelle province de Quảng Ngãi. Les services de renseignements militaires américains estiment que des éléments de cette unité, battant retraite, se sont probablement repliés et trouvent refuge à Mỹ Lai, un petit hameau du village de Sơn Mỹ, sur la côte du golfe du Tonkin, au nord de la République du Viêt Nam, pas très loin de la frontière avec la République démocratique du Viêt Nam (Viêt Nam du Nord).

En février et mars 1968, le Military Assistance Command, Vietnam (Commandement américain pour l'Assistance Militaire au Viêt Nam), essaye énergiquement de reprendre l'initiative stratégique au Viêt Nam du Sud après cette offensive, et mène une opération de recherche et destruction contre ce bataillon du FNL[13]. La Task Force Barker (en) (TF Barker), une force opérationnelle de la taille d'un bataillon, doit être utilisée pour cette mission. Formée en janvier 1968, cette unité se compose de plusieurs compagnies de la 11e brigade d'infanterie dirigés par le lieutenant-colonel Frank A. Barker (en).

Une première tentative de sécurisation du village de Sơn Mỹ — « Pinkville » dans l'argot de force opérationnelle — est effectuée en février 1968 par la TF Barker, mais le succès reste limité.

Préparations[modifier | modifier le code]

Vue typique du hameau de Mỹ Lai.

Le , lors du briefing, les officiers supérieurs expliquent aux GI force opérationnelle qu'ils vont combattre contre le 48e bataillon de l'armée du FNL[13]. Avant l'engagement, le colonel Oran K. Henderson, commandant de la 11e brigade, exhorte ses officiers à « [y] aller agressivement, se rapprocher avec l'ennemi et l'éliminer pour de bon »[14]. À son tour, le lieutenant-colonel Barker aurait ordonne aux premiers commandants du bataillon de brûler les maisons, de tuer le bétail, de détruire les vivres et de saboter les puits[5]. Il ne donne aucune instruction sur la mise à l'écart et la protection des civils.

À la veille de l'attaque, lors du briefing de la compagnie C, le capitaine Ernest Medina (en) indique à ses hommes que presque tous les habitants civils des hameaux du village de Sơn Mỹ auraient quitté le marché avant h et que ceux qui restent sont du FNL ou des sympathisant du FNL[15]. D'après les témoignages postérieurs, y compris de chefs de peloton, les ordres sont de tuer tous les combattants de la guérilla, les combattants Nord-vietnamiens et les « suspects » — y compris les femmes et les enfants, ainsi que tous les animaux —, pour brûler le village et polluer les puits[16]. À un soldat questionnant sur la nature de l'ennemi, Medina répond « quiconque fuit [notre arrivée], se cache de nous ou semble être l'ennemi. Si un homme coure, tirez-dessus, même si une femme avec un fusil coure, tirez-dessus »[17].

La compagnie C doit entrer dans le village de Sơn Mỹ, avec le 1er peloton à l'avant-garde, engager l'ennemi et le chasser. Les deux autres compagnies de la TF Barker reçoivent l'ordre de sécuriser la zone et de fournir un soutien en cas de nécessité. La zone est désignée « zone de tir libre (en) » : les soldats américains sont donc autorisés à lancer des frappes d'artilleries et aériennes dans cette zone.

Massacre[modifier | modifier le code]

Le matin du , vers h 30[18], près de 100 GI de la compagnie C commandée par Medina posent leurs hélicoptères à Sơn Mỹ après un court barrage d'artillerie et de mitrailleuses. Sơn Mỹ est un patchwork d'habitations, des rizières, de fossés d'irrigation, de digues et des chemins de terre, reliant un assortiment de hameaux et de sous-hameaux. Bien que les GI ne sont pas attaqués après leur atterrissage, ils soupçonnent encore la présence de guérilleros Việt Cộng qui se cachent sous terre ou dans les huttes. Confirmant leurs soupçons, les mitrailleuses d'un hélicoptère engagent plusieurs ennemis armés dans le voisinage du hameau de Mỹ Lai. Plus tard, une carabine est récupérée sur le site[19].

Selon le plan opérationnel, le 1er peloton commandé par le second lieutenant William Calley et le 2e peloton commandé par le second lieutenant Stephen Brooks pénètrent dans le hameau de Tu Cung en formation à h, tandis que le 3e peloton commandé le second lieutenant Jeffrey U. Lacross et le poste de commandement du capitaine Medina restent à l'extérieur. À l'approche, les deux pelotons tirent sur des personnes qu'ils voient dans les rizières et dans les bosquets.

Corps d'un Vietnamien non identifié jeté dans un puits.

Les villageois, qui se préparent pour une journée de marché, ne paniquent ou fuient d'abord pas, et ils sont rassemblés. Harry Stanley, un mitrailleur de la compagnie C, déclare lors de l'enquête de la United States Army Criminal Investigation Command (CID) que les tueries commencent sans avertissement. Il voit un membre du 1er peloton frappe un Vietnamien de sa baïonnette, puis, le même soldat pousse un autre villageois dans un puits avant d'y jeter une grenade. Ensuite, il voit quinze ou vingt personnes, principalement des femmes et des enfants, agenouillées autour d'un temple en brûlant de l'encens. Ils prient et pleurent et sont tous tués par des tirs dans la tête.

La plupart des meurtres ont lieu dans la partie sud de Tu Cung, un sous-hameau de Xom Lang, qui abritait 700 habitants[20]. Xom Lang est marqué à tort sur les cartes militaires américaines de la province de Quảng Ngãi en tant que Mỹ Lai.

Un important groupe d'environ 70 à 80 villageois est encerclé par le 1er peloton à Xom Lang, puis conduit à un fossé d'irrigation vers l'est. Tous les détenus sont poussés dans le fossé et sont ensuite tués après des ordres répétés de Calley, qui tire également. Le soldat Paul Meadlo témoigne qu'il a utilisé plusieurs chargeurs de son M16. Il se souvient que les femmes auraient déclaré « pas VC » en essayant de protéger leurs enfants. Il indique à l'époque être convaincu que les villageois étaient tous piégés avec des grenades et étaient prêts à attaquer. À une autre occasion lors de la sécurisation de Mỹ Lai, Meadlo tire de nouveau sur des civils côte à côte avec le second lieutenant Calley.

Le soldat Dennis Konti, témoin du procès, raconte un épisode particulièrement horrible pendant la tueries : « Beaucoup de femmes se sont jetées sur les enfants pour les protéger […] les enfants qui étaient assez grands pour marcher se sont relevés et Calley a commencé à tirer sur les enfants ». D'autres membres du 1er peloton témoignent que beaucoup de décès d'hommes, de femmes et d'enfants vietnamiens ont eu lieu à l'intérieur de Mỹ Lai lors de la sécurisation du hameau. Le bétail est également abattu.

Lorsque le soldat Michael Bernhardt est entré dans le sous-hameau de Xom Lang, le massacre est en cours. Il déclare « Je me suis promené et j'ai vu ces gars faire des choses étranges… Mettre le feu aux huttes […] et attendre que les gens sortent [pour] leur tirer dessus […] entrer dans les huttes et les tuer […] rassembler des gens en groupes et tirer dessus […] Au fur et à mesure que je marchais, on voyait des tas de gens dans tout le village […] partout. Ils sont rassemblés en grands groupes. Je les ai vus tirer un [lance-grenade] M79 dans un groupe de personnes encore vivantes. Mais c'était surtout avec une mitrailleuse. Ils tiraient sur des femmes et des enfants comme n'importe qui d'autre. Nous n'avons rencontré aucune résistance et je n'ai vu que trois armes capturées. Nous n'avons eu aucune victime. C'était comme n'importe lequel village vietnamien : [vieillards], femmes et enfants. En fait, je ne me souviens pas d'avoir vu un homme d'âge [pour porter une arme] dans l'ensemble du lieu, mort ou vivant ».

Un groupe de 20 à 50 villageois est emmené au sud de Xom Lang et est tué sur une route de terre. Selon le témoignage du photographe militaire Ronald Haeberle sur le massacre, dans un cas : « Il y avait des Vietnamiens du Sud, peut-être quinze d'entre eux, femmes et enfants inclus, marchant sur une route de terre à [90 mètres] de là. Tout à coup, les GI [tirent] au M16. À côté de cela, ils tiraient sur les gens avec des lance-grenades M79 […] Je ne pouvais pas croire ce que je voyais ».

Un soldat brûlant une habitation.

Le second lieutenant Calley témoigné qu'il a entendu les tirs et est alors arrivé sur les lieux. Il a observé ses hommes dans un fossé avec des Vietnamiens dedans et il a ensuite commencé à tirer avec un M16. Ensuite, un hélicoptère atterri de l'autre côté du fossé et un pilote demande à Calley s'il peut fournir une assistance médicale aux civils blessés dans Mỹ Lai. Calley admet avoir répondu qu'une grenade à main est le seul moyen disponible qu'il a pour l'évacuation des blessés. Après cela, vers 11 h, le capitaine Medina annonce le cessez le feu et le 1er peloton prend une pause déjeuner.

Les membres du 2e peloton tuent au moins entre 60 à 70 Vietnamiens, alors qu'ils traversent la moitié nord de Mỹ Lai et Binh Tay, un petit sous-hameau à environ 400 mètres au nord de Mỹ Lai. Le peloton subi un mort et sept blessés par des mines et des pièges. Après les passages des 1er et 2e pelotons, le 3e peloton est envoyé pour traiter toute résistance restante. Le 3e peloton, resté en réserve, aurait également rassemblé et tué un groupe de sept à douze femmes et enfants.

Avant d'être tuées, certaines victimes sont agressées sexuellement, violées, battues, torturées ou mutilées. Les Américains scalpent, égorgent, décapitent ou éventrent même les femmes enceintes. Les femmes sont déshabillées, violées, sodomisées et achevées d'une balle dans la tête ou d'un coup de baïonnette dans le vagin.

Comme la compagnie C ne rencontre aucune opposition ennemie à Mỹ Lai et ne demande pas de soutien, la compagnie B (« Bravo »), 4e bataillon, 3e régiment d'infanterie de la TF Barker est héliporté entre h 15 et h 30, trois kilomètres plus loin. Elle attaque le sous-hameau de Mỹ Hoi du hameau de Co Luy, cartographié par l'armée américaine comme Mỹ Khe. Au cours de cette opération, entre 60 et 155 personnes, y compris des femmes et des enfants, sont tuées.

Le lendemain, les deux compagnies sont impliquées dans l'incendie et la destruction des habitations, ainsi que des mauvais traitements infligés à des détenus vietnamiens. Alors que certains soldats de la compagnie C ne participe pas aux crimes, ils ne proteste ni ouvertement ni se plaignent plus tard à leurs supérieurs.

William Thomas Allison, professeur d'histoire militaire à l'université de Georgia Southern, écrit : « Au milieu du matin, des membres de la compagnie C avaient tué des centaines de civils, violé ou agressé d'innombrables femmes et jeunes filles. Ils n'ont rencontré aucun feu ennemi et n'ont trouvé aucune arme dans Mỹ Lai même ».

Intervention de l'équipage de l'hélicoptère[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Hugh C. Thompson, Jr..

Le warrant officer Hugh Thompson, Jr., un pilote d'hélicoptère de la compagnie B (« Aero-Scouts »), du 123e Bataillon d'aviation, de la 23e division d'infanterie, voit des civils morts et blessés alors qu'il vole au-dessus du village de Sơn Mỹ pour fournir un soutien aérien pour les troupes au sol. L'équipage (Thompson, Glenn Andreotta (en) et Lawrence Colburn (en)) fait plusieurs tentatives de communication radio pour obtenir de l'aide pour les blessés. Ils posent leur hélicoptère près d'un fossé « plein de corps et de mouvements ». Thompson demande à un sergent qu'il rencontre (David Mitchell du 1er peloton) s'il peut aider à sortir les gens du fossé, et le sergent lui répond alors qu'il les aiderait à sortir de leur misère. Thompson, confus, parle ensuite avec le second lieutenant Calley, qui prétend « simplement suivre les ordres ». Lorsque l'hélicoptère décolle, Thompson voit Mitchell tirer dans le fossé.

Thompson et son équipage voit une femme non armée être frappée et abattue à bout portant par Medina, qui a plus tard affirmé qu'il pensait qu'elle tenait une grenade à main. Thompson voit ensuite un groupe de civils (composés d'enfants, de femmes et de vieillards) qui se cache dans un abri abordé par les troupes. Thompson pose de nouveau l'hélicoptère et dit à son équipage que si les soldats tirent sur les Vietnamiens alors qu'il essaye de les sortir de l'abri qu'ils pouvaient ouvrir le feu sur ces soldats. Thompson témoigne ensuite qu'il parle avec un second lieutenant (identifié plus tard comme Stephen Brooks du 2e peloton) et lui indique qu'il y a des femmes et des enfants dans l'abri et demande si le second lieutenant peut les aider à les sortir. Selon Thompson, « [le lieutenant] a déclaré que la seule façon de les sortir était avec une grenade à main ». Thompson a ensuite dit à Brooks de « tenir ses hommes juste là où ils se trouvaient [pour pouvoir] sortir les enfants ». Thompson trouve un groupe de personnes dans l'abri et les entraînent à l'hélicoptère, se tenant avec eux alors qu'ils sont menés en deux groupes.

En revenant à Mỹ Lai, Thompson et les autres membres d'équipage remarquent plusieurs grands groupes de corps. Voyant certains survivants dans un fossé, Thompson atterri de nouveau. Un membre de l'équipage, Glenn Andreotta, entre dans le fossé et en revient avec un enfant en sang mais apparemment indemne. Il est amené à bord de l'hélicoptère. Thompson rapporte ensuite ce qu'il voit au commandant de sa compagnie, le major Frederic W. Watke, en utilisant des termes tels que « meurtres inutiles ». Les déclarations de Thompson sont confirmées par d'autres pilotes d'hélicoptères et membres d'équipage.

L'équipage de l'hélicoptère ne peut au final que sauver que douze villageois en les embarquant à bord de l'aéronef[21].

Pour ses actes à Mỹ Lai, Thompson reçoit la Distinguished Flying Cross et ses membres d'équipage Glenn Andreotta et Lawrence Colburn reçoivent des médailles Bronze Stars. Andreotta reçoit sa médaille à titre posthume, puisqu'il est tué au Viêt Nam le . Comme la citation à la Distinguished Flying Cross comprend une mention fictive du sauvetage d'une jeune fille de Mỹ Lai d'un « feu nourri », Thompson refuse sa médaille. Il reçoit ensuite un Purple Heart pour d'autres services dans la guerre du Viêt Nam.

En mars 1998, les médailles de l'équipage de l'hélicoptère sont remplacées par la Soldier's Medal, « la plus haute distinction que l'armée américaine puisse accorder pour bravoure sans conflit direct avec l'ennemi ». Les citations de la médaille déclarent qu'ils sont « pour un héroïsme au-delà de l'appel du devoir tout en sauvant la vie d'au moins dix civils vietnamiens pendant le massacre illégal de non-combattants par les forces américaines à Mỹ Lai ». Thompson refuse d'abord la médaille lorsque l'armée américaine veut la remettre discrètement, puis demande que cela se fasse en public et que son équipe soit également honorée de la même manière. Les vétérans prennent également contact avec les survivants du massacre.

Bilan, suites et condamnations[modifier | modifier le code]

Tranchée au mémorial de Mỹ Lai. Une plaque commémorative indique que 170 personnes y ont été tuées[22].

Un an plus tard, le soldat Ron Ridenhour, stupéfait par le témoignage d'un participant du massacre, révéla cette atrocité commise par les Américains au Viêt Nam. Le massacre, caché par l'armée américaine, est dévoilé dans un reportage du magazine Harper's.

Le nombre de civils tués ne peut pas être établi avec certitude. Le mémorial bâti sur le site liste 504 noms de personnes ayant de 1 à 82 ans dont[23] :

  • 50 victimes étaient âgées de 0 à 3 ans ;
  • 69 victimes étaient âgées de 4 à 7 ans ;
  • 91 victimes étaient âgées de 8 à 12 ans ;
  • 27 victimes avaient plus de 70 ans.

Une enquête conduite par l'armée américaine minimise le nombre à 347 victimes, alors que les bilans universitaires retiennent plutôt la fourchette haute de 500 victimes[24],[25].

Dissimulation et enquête[modifier | modifier le code]

Cour martiale[modifier | modifier le code]

Une fosse commune où sont enterré 12 victimes du massacre.

Quarante et un ans après les faits qui continuent de hanter William Calley, celui-ci a exprimé en privé le mercredi 19 août 2009 des remords devant les membres du Club des Kiwanis de l'agglomération de Columbus (Géorgie) : « Il ne se passe pas un jour sans que je ressente des remords pour ce qui s'est passé ce jour là à Mỹ Lai. J'éprouve des remords pour les Vietnamiens qui ont été tués, pour leurs familles, pour les soldats américains impliqués et pour leurs familles. Je suis profondément désolé »[26].

En 1971, une enquête suivie d’un procès a abouti à la condamnation du lieutenant William Calley à la prison à vie pour meurtres prémédités. Cependant, deux jours après son incarcération, une intervention du président Richard Nixon a ordonné son assignation à résidence dans l'attente du jugement en appel. Après celui-ci, William Calley a passé trois ans et demi assigné à résidence à Fort Benning, en Géorgie. Le juge fédéral J. Robert Elliott a ordonné sa libération le après l'invocation par William Calley de l'Habeas Corpus pour contester sa mise aux arrêts. William Calley a toujours proclamé qu'il avait suivi les ordres de son capitaine, Ernest Medina. Medina a nié avoir donné de tels ordres et a été acquitté dans un autre procès en 1971. La plupart des soldats impliqués dans le massacre ont quitté l'armée et, sur les 26 hommes initialement inculpés, seul le lieutenant Calley a été condamné.

Cette affaire a contribué pour une large part à la montée en puissance du mouvement pacifiste aux États-Unis. Il a été largement évoqué au cours des séances du Tribunal Russell.

Pour l'intellectuel américain Noam Chomsky, Mỹ Lai n'était qu'une « banalité », un épisode dans « une opération militaire appelée Wheeler/Wallowa, qui était une énorme opération de génocide, au cours de laquelle les raids des B-52 ciblaient les villages »[27].

Survivants[modifier | modifier le code]

Couverture médiatique[modifier | modifier le code]

Manifestation contre la guerre du Viêt Nam à Washington en octobre 1967 (avant le massacre de Mỹ Lai).

Presse écrite[modifier | modifier le code]

L'opinion publique américaine pense que ce massacre est unique ou une exception mais en 2001 le journaliste Nick Turse a trouvé dans les US National Archives les dossiers d'un groupe de recherche secret le Vietnam War Crimes Working Group qui montrait que l'armée américaine avait trouvé les preuves de plus de 300 massacres, meurtres, viols ou tortures commis par des soldats américains[28].

Télévision et cinéma[modifier | modifier le code]

Joseph Strick a réalisé en 1970 un court-métrage documentaire sur le sujet, Interviews with My Lai Veterans, qui remporta l'année suivante l'oscar du meilleur court-métrage documentaire. Cinq soldats ayant participé au massacre y témoignent et tentent d'expliquer leurs actes.

Une scène de Platoon (1986), du cinéaste américain Oliver Stone, comporte une allusion explicite au massacre. Oliver Stone envisageait de porter cet événement à l'écran dans un film intitulé Pinkville, mais la grève des scénaristes aurait fortement compromis l'aboutissement du projet[29].

De même, dans le film Tigerland de Joel Schumacher (2000), le massacre de Mỹ Lai est évoqué par un soldat en réponse à son sergent qui lui ordonne de tirer sur tout ce qui bouge, « que ce soit une femme, un p'tit gosse ou Johnny le fils du voisin ».

Par analogie, il faut aussi citer le western Soldier Blue (Soldat bleu) réalisé en 1970 par Ralph Nelson ; le 29 novembre 1864, une tribu cheyenne (plusieurs centaines de femmes enfants et vieillards) fut massacrée par les soldats du colonel John Chivington (Iverson dans le film). Cette tuerie est connue sous le nom de massacre de Sand Creek. Comme à Mỹ Lay il y eut un procès. Comme Calley partiellement libéré sur ordre présidentiel après avoir été condamné, le colonel fut seulement blâmé et destitué.

Un film documentaire de Marcel Ophüls réalisé en 1970 a pour sujet cet évènement (La moisson de My Lai).

Photographie[modifier | modifier le code]

Les nombreuses photographies prises par Ronald Haeberle lors du massacre de Mỹ Lai provoquèrent l'indignation à travers le monde entier.

Souvenir[modifier | modifier le code]

Diorama du massacre de Mỹ Lai au musée consacré.
Exposition sur le massacre de Mỹ Lai au musée des survivants de la guerre (en) d'Hô-Chi-Minh-Ville.

Le massacre de Mỹ Lai occupe une place particulière dans la mémoire collective américaine et vietnamienne. Un mémorial, le mémorial de Sơn Mỹ Memorial (en), s'étend sur 2,4 hectares et est consacré aux victimes du massacre dans le village de Tịnh Khê, dans le district de Sơn Tịnh (en), dans la province de Quảng Ngãi. Les tombes avec des pierres tombales, des panneaux commémoratifs sur les lieux de la tuerie et un musée sont tous situés sur le site.

Le musée des survivants de la guerre (en) d'Hô-Chi-Minh-Ville consacre aussi une exposition sur le massacre de Mỹ Lai.

Certains anciens combattants américains ont choisi de faire un pèlerinage sur le site du massacre pour guérir et se réconcilier. À l'occasion du 30e anniversaire du massacre, le , une cérémonie d'inauguration a lieu dans le parc de la paix Mỹ Lai qui se trouve à deux kilomètres du site de la tuerie. Beaucoup d'anciens combattants de la guerre du Viêt Nam, y compris Hugh Thompson, Jr. et Lawrence Colburn (en) de l'équipage de l'hélicoptère, participent à la cérémonie. Mike Boehm, un vétéran qui a soutenu la création du parc de la paix, a déclaré : « Nous ne pouvons pas oublier le passé, mais nous ne pouvons pas non plus vivre avec la colère et la haine. Avec ce parc de la paix, nous avons créé un monument vert et vivant à la paix ».

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Cette référence à la couleur rose (pink) serait dûe à une zone plus densément peuplée sur les cartes militaires américaines

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Susan Brownmiller, Against Our Will : Men, Women and Rape, Simon & Schuster, (ISBN 978-0-671-22062-4), p. 103–105.
  2. (en) « Murder in the name of war - My Lai », sur BBC (consulté le 20 mai 2017)
  3. (en) Bernd Greiner, War Without Fronts : The USA in Vietnam, Yale University Press, .
  4. (en) « Peers Inquiry: Military Legal Resources (Federal Research Division: Customized Research and Analytical Services, Library of Congress) » (consulté le 20 mai 2017)
  5. a et b (en) Doug Linder, « Peers Report on the My Lai Incident: A Summary » (consulté le 20 mai 2017)
  6. (en) « The My Lai Massacre: Seymour Hersh's Complete and Unabridged Reporting for the St. Louis Post Dispatch, November 1969 /Candide's Notebooks » (consulté le 20 mai 2017)
  7. (en) « Ex-G.I. Says He Saw Calley Kill a Vietnamese Civilian » (consulté le 20 mai 2017)
  8. (en) Christopher L. Corley, Effects on Public Opinion Support During War or Conflict, Naval Postgraduate School, , p. 39.
  9. (en) « Moral Courage In Combat: The My Lai Story. Lecture by Hugh Thompson. », sur Center for the Study of Professional Military Ethics, United States Naval Academy, (consulté le 20 mai 2017)
  10. (en) Gilbert Rozman, U.S. Leadership, History, and Bilateral Relations in Northeast Asia, Cambridge University Press, , p. 56.
  11. (en) Howard Jones, My Lai : Vietnam, 1968, and the Descent into Darkness, New York, Oxford University Press, (ISBN 978-0-195-39360-6).
  12. (en) Claude Cookman, An American Atrocity : The My Lai Massacre Concretized in a Victim's Face, New York, Oxford University Press, .
  13. a et b « Les fantômes de My Lai », sur LExpress.fr (consulté le 22 mai 2017)
  14. (en) « TRIALS: My Lai: A Question of Orders », sur TIME.com, (consulté le 22 mai 2017)
  15. (en) « Peers Report: Captain Ernset Medina » (consulté le 22 mai 2017)
  16. (en) Karen D. Smith, « American soldiers testify in My Lai court martial » (consulté le 22 mai 2017)
  17. (en) Michael Walzer, Just and Unjust Wars : A Moral Argument with Historical Illustrations, Basic Books, (ISBN 071391162X).
  18. Bruno Philip, « Guerre du Vietnam : des rescapés de My Laï racontent », sur Le Monde, (consulté le 22 mai 2017)
  19. (en) Doug Linder, « Company C Actions at My Lai » (consulté le 22 mai 2017)
  20. (en) linderd, « Stories of the Villagers of My Lai 4. » (consulté le 22 mai 2017)
  21. « My Lai : une orgie de massacres », sur Courrier international (consulté le 23 mai 2017)
  22. Voir cette photographie.
  23. « Carnets du Vietnam », sur carnetsduvietnam.com (consulté le 1er janvier 2016)
  24. (en) « My Lai Massacre ».
  25. [1].
  26. « Massacre du village de Mỹ Lai : les excuses du lieutenant Calley », LeMonde.Fr, 22 août 2009.
  27. Noam Chomsky, Comprendre le pouvoir : tome I, Aden, 2005, p. 72-73.
  28. (en) « Vietnam 40 years on: how a communist victory gave way to capitalist corruption », The Guardian, 22 avril 2015.
  29. « Le projet « Pinkville » d'Oliver Stone serait abandonné malgré un accord provisoire entre la United Artists et la WGA », sur http://www.showbizz.net/.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Kendrick Oliver, The My Lai Massacre in American History and Memory, Manchester University Press, 2006.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]