Massacre de Mỹ Lai

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Les nombreuses photographies prises par Ronald Haeberle lors du massacre de Mỹ Lai provoquèrent l'indignation à travers le monde entier.

Le massacre de Mỹ Lai, survenu durant la guerre du Viêt Nam, a été perpétré le par des soldats américains contre plusieurs centaines de civils vietnamiens, dont beaucoup de femmes et d'enfants, dans le hameau de Mỹ Lai. Le massacre a été caché par l'armée américaine et dévoilé seulement un an et demi plus tard dans un reportage du magazine Harper's.

L'indignation soulevée par ce massacre fut le point de départ d'un scandale international.

L'opinion publique américaine pense que ce massacre est unique ou une exception mais en 2001 le journaliste Nick Turse a trouvé dans les US National Archives les dossiers d'un groupe de recherche secret le Vietnam War Crimes Working Group qui montrait que l'armée américaine avait trouvé les preuves de plus de 300 massacres, meurtres, viols ou tortures commis par des soldats américains[1].

Déroulement des opérations[modifier | modifier le code]

Durant l'offensive du Tết, en janvier 1968, le 48e bataillon de l'armée du FNL (unité Việt Cộng) avait opéré dans la zone de Quảng Ngãi. Les services de renseignements militaires américains avaient estimé que des éléments de cette unité, battant retraite, s'étaient probablement repliés et avaient trouvé refuge à Mỹ Lai, un petit village côtier du golfe du Tonkin, au nord du Sud-Viêt Nam, pas très loin du Nord-Viêt Nam (dans l'actuelle province de Quảng Ngãi).

Le , lors du briefing, les officiers supérieurs ont expliqués à tort aux GI de la compagnie Charlie appartenant à la 11e brigade de la 23e division d’infanterie américaine qu'ils combattraient contre le 48e bataillon de l'armée du FNL[2]. Ceux-là même qui les ont attaqués lors de l'offensive du Têt qui a éliminé et blessé plusieurs de leurs camarades.

Le , vers 7h30, les 120 GI de la compagnie Charlie[3] commandée par le lieutenant William Calley encercle Mỹ Lai. Les services de renseignements militaires américains l'ont prévenu que les villageois vont au marché ou dans les champs ce jour-là. Le lieutenant William Calley pense donc que ceux qui restent sont des Việt Cộng et leurs sympathisants. Alors que les Américains débarquent de leurs hélicoptères, les villageois prennent leur petit-déjeuner.

Les troupes américaines pénétrèrent dans le village et arrivèrent à le boucler totalement sans trouver un seul combattant vietnamien. Certaines personnes civiles ont essayé de s’enfuir en courant, et même des femmes avec des enfants dans les bras, mais elles en furent empêchées.

Selon les témoignages du soldat Gary Garfolo, l'opération dégénère après qu'il ait tiré sur une femme qui cachait son enfant en pensant qu'il s'agissait d'une arme et qu'un autre soldat abat froidement cinq vietnamiens.

Avant d'être tuées, certaines victimes sont agressées sexuellement, violées, battues, torturées ou mutilées. Les Américains scalpent, égorgent, décapitent ou éventrent même les femmes enceintes. Les femmes sont déshabillées, violées, sodomisées et achevées d'une balle dans la tête ou d'un coup de baïonnette dans le vagin.

Le nombre de civils tués ne peut pas être établi avec certitude. Le mémorial bâti sur le site liste 504 noms (de 1 à 82 ans) dont :

  • 50 victimes étaient âgées de 0 à 3 ans ;
  • 69 victimes étaient âgées de 4 à 7 ans ;
  • 91 victimes étaient âgées de 8 à 12 ans ;
  • 27 avaient plus de 70 [4].

Cependant, une enquête conduite par l'armée américaine minimise le nombre à 347 morts, alors que les bilans universitaires retiennent plutôt la fourchette haute de 500 victimes[5],[6].

Un pilote d'hélicoptère de l'armée américaine, Hugh C. Thompson, Jr., et ses deux coéquipiers, qui survolaient la zone par hasard, tentèrent vainement d'intervenir pour mettre fin à ce massacre. Ils ne purent sauver qu'une douzaine de villageois en les embarquant à bord de leur hélicoptère[7].

Un an plus tard, le soldat Ron Ridenhour, stupéfait par le témoignage d'un participant du massacre, révéla cette atrocité commise par les Américains au Viêt Nam.

Suites et condamnations[modifier | modifier le code]

En 1971, une enquête suivie d’un procès a abouti à la condamnation du lieutenant William Calley à la prison à vie pour meurtres prémédités. Cependant, deux jours après son incarcération, une intervention du président Richard Nixon a ordonné son assignation à résidence dans l'attente du jugement en appel. Après celui-ci, William Calley a passé trois ans et demi assigné à résidence à Fort Benning, en Georgie. Le juge fédéral J. Robert Elliott a ordonné sa libération le après l'invocation par William Calley de l'Habeas Corpus pour contester sa mise aux arrêts. William Calley a toujours proclamé qu'il avait suivi les ordres de son capitaine, Ernest Medina. Medina a nié avoir donné de tels ordres et a été acquitté dans un autre procès en 1971. La plupart des soldats impliqués dans le massacre ont quitté l'armée et, sur les 26 hommes initialement inculpés, seul le lieutenant Calley a été condamné.

Cette affaire a contribué pour une large part à la montée en puissance du mouvement pacifiste aux États-Unis. Il a été largement évoqué au cours des séances du Tribunal Russell.

Pour l'intellectuel américain Noam Chomsky, Mỹ Lai n'était qu'une « banalité », un épisode dans « une opération militaire appelée Wheeler/Wallowa, qui était une énorme opération de génocide, au cours de laquelle les raids des B-52 ciblaient les villages »[8].

Quarante et un ans après les faits qui continuent de hanter William Calley, celui-ci a exprimé en privé le mercredi 19 août 2009 des remords devant les membres du Club des Kiwanis de l'agglomération de Columbus (Géorgie) : « Il ne se passe pas un jour sans que je ressente des remords pour ce qui s'est passé ce jour là à Mỹ Lai. J'éprouve des remords pour les Vietnamiens qui ont été tués, pour leurs familles, pour les soldats américains impliqués et pour leurs familles. Je suis profondément désolé »[9].

Au cinéma[modifier | modifier le code]

Joseph Strick a réalisé en 1970 un court-métrage documentaire sur le sujet, Interviews with My Lai Veterans, qui remporta l'année suivante l'oscar du meilleur court-métrage documentaire. Cinq soldats ayant participé au massacre y témoignent et tentent d'expliquer leurs actes.

Une scène de Platoon (1986), du cinéaste américain Oliver Stone, comporte une allusion explicite au massacre. Oliver Stone envisageait de porter cet événement à l'écran dans un film intitulé Pinkville, mais la grève des scénaristes aurait fortement compromis l'aboutissement du projet[10].

De même, dans le film Tigerland de Joel Schumacher (2000), le massacre de Mỹ Lai est évoqué par un soldat en réponse à son sergent qui lui ordonne de tirer sur tout ce qui bouge, « que ce soit une femme, un p'tit gosse ou Johnny le fils du voisin ».

Par allégorie, il faut aussi citer le western Soldier Blue (Soldat bleu) réalisé en 1970 par Ralph Nelson ; le 29 novembre 1864, une tribu cheyenne (plusieurs centaines de femmes enfants et vieillards) fut massacrée par les soldats du colonel John Chivington (Iverson dans le film). Cette tuerie est connue sous le nom de massacre de Sand Creek. Comme à Mỹ Lay il y eut un procès. Comme Calley partiellement libéré sur ordre présidentiel après avoir été condamné, le colonel fut seulement blâmé et destitué.

Un film documentaire de Marcel Ophüls réalisé en 1970 a pour sujet cet évènement (La moisson de My Lai).

Notes et références[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Kendrick Oliver, The My Lai Massacre in American History and Memory, Manchester University Press, 2006.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]