Massacre d'Ispahan
Le massacre d'Ispahan désigne un massacre commis par l'armée de Tamerlan (ou Timour) après le siège de la ville en 1387.
Contexte
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Conquêtes et invasions timourides (en) |
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Tamerlan effectue une série de raids en Perse. Il conquiert le Khwarezm où il rase la ville d'Ourgendj en 1379[1],[2]. En 1381, il s'empare de Hérat dont il fait abattre les murailles[3]. L'année suivante, des Afghans se révoltent et reprennent la ville. L'un des fils de Tamerlan réprime dans le sang cette rébellion et fait édifier des tours de têtes humaines[4],[5]. Tamerlan marche ensuite sur le Khorasan. Il détruit la ville d'Isfarayin[6]. Après un séjour à Samarcande, il revient en Perse. À Sabzevar, en 1383, il fait enterrer vivants 2 000 prisonniers[6],[2]. Il fait massacrer la population de Zarendj, dans le Sistan, la même année[2],[7]. Il entreprend de conquérir la Perse occidentale (Azerbaïdjan et Arménie) en 1386[8].
Siège d'Ispahan
[modifier | modifier le code]La dynastie mozafféride n'a pas manifesté son allégeance à Tamerlan. C'est pourquoi, en , il fait le siège de la ville perse d'Ispahan. La ville résiste peu. Une partie de la population lui est acquise. Les religieux parce qu'il est musulman, et les commerçants parce qu'il assure la sécurité des routes. Lorsque les habitants se rendent, Tamerlan exige qu'ils lui versent un impôt en échange de leurs vies et de leurs biens[2]. C'est sa façon habituelle de procéder lorsqu'il s'empare d'une ville : elle doit verser une « taxe de sûreté » (mâl-i amân), à laquelle il faut ajouter la confiscation des armes et des biens des princes, sans compter les artisans et artistes qu'il déporte vers Samarcande ; faute de quoi la ville est pillée[5]. Tamerlan visite le bazar, laisse dans la ville une garnison d'environ 6 000 soldats et campe à l'extérieur avec le reste de son armée[5].
Durant la nuit du [9], un soulèvement se produit dans la ville et les rebelles massacrent de nombreux percepteurs ainsi que des soldats. Selon certaines sources, c'est aux percepteurs que la population s'en prend[10],[11]. Mais selon d'autres, la collecte de la rançon se déroule sans heurts, jusqu'à ce qu'un incident, un soldat qui violente une jeune fille[5], ne déclenche une émeute au cours de laquelle 3 000 soldats sont tués[2].
En représailles, Tamerlan ordonne l'extermination de la population d'Ispahan. Il donne l'ordre de massacrer tous les hommes, de trancher leurs têtes et d'en faire des minarets[11]. Chaque unité militaire se voit attribuer comme objectif un certain nombre de têtes[12]. Certains soldats musulmans, répugnant à tuer des coreligionnaires, achètent des têtes à leurs camarades. On tond des femmes pour les faire passer pour des hommes[2]. Les soldats violent les femmes et les jeunes gens[5].
Bien qu'on rencontre fréquemment une estimation de 70 000 victimes[10],[5], tirée du Zafer nameh, l'apologie de Tamerlan[12], des évaluations plus précises chiffrent le massacre à environ 40 000 morts. Cette comptabilité macabre est établie à partir du récit d'un témoin oculaire, Hâfez-e Abrou, évoquant 28 pyramides d'environ 1 500 crânes chacune[13],[11].
La ville sera de nouveau rançonnée par Tamerlan en 1393[2], qui pille ensuite Dehli en 1398, puis Damas et Alep, et massacre les habitants de Bagdad en 1401[5]. Dans ces villes aussi, afin d'inspirer la terreur, Tamerlan fait édifier des tours de têtes coupées[5].
Galerie
[modifier | modifier le code]- Mise à sac d'Ispahan, miniature du XVIe s..
- Les hommes de Tamerlan bâtissent des tours de têtes coupées (XVIe).
Notes et références
[modifier | modifier le code]- ↑ René Grousset, L’empire des steppes : Attila, Gengis-khan, Tamerlan, (lire en ligne), p. 528
- 1 2 3 4 5 6 7 Jean-Paul Roux, « La prise d'Ispahan par Tamerlan », Les collections de L'Histoire, no 42, , p. 58-60
- ↑ Grousset 2006 p. 534
- ↑ Grousset 2006 p. 535
- 1 2 3 4 5 6 7 8 Jean Aubin, « Comment Tamerlan prenait les villes », Studia Islamica, no 19, , p. 83–122 (ISSN 0585-5292, DOI 10.2307/1595194, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 Grousset 2006 p. 536
- ↑ Grousset 2006 p. 537
- ↑ Grousset 2006 p. 538-539
- ↑ (en) Clements Robert Markham, Narrative of the Embassy of Ruy Gonzalez de Clavijo to the Court of Timour at Samarcand : A.D. 1403-6 de Ruy González de Clavijo, vol. 26, Hakluyt Society, , 200 p. (lire en ligne).
- 1 2 (en-US) Hossein Kamaly, « ISFAHAN vi. MEDIEVAL PERIOD », sur Encyclopaedia Iranica, (consulté le )
- 1 2 3 Encyclopædia Universalis, « ISPAHAN : Le dépeuplement | Arts », sur Encyclopædia Universalis, (consulté le )
- 1 2 Grousset 2006 p. 541
- ↑ (en) W.B Fisher, P Jackson, L. Lockhart et J.A. Boyle, The Cambridge History of Iran (en), Cambridge University Press, , 1396 p. (ISBN 978-0-521-24693-4 et 0-521-24693-8, lire en ligne), p. 55.
