Masmouda

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Masmouda
مصمودة
ⵉⵎⵚⵎⵓⴷⵏ
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Le Haut Atlas fief des Masmouda

Populations significatives par région
Autres
Régions d’origine Drapeau du Maroc Haut Atlas
Langues Berbère (ghomari, chleuh), arabe
Religions Islam
Ethnies liées Chleuh, Ghomara, Berghouata

Les Masmouda ou Imesmouden[1] (en berbère : ⵉⵎⵚⵎⵓⴷⵏ, Imeṣmuden, en arabe : مصمودة) forment l'un des grands groupes berbères (tels que les Zénètes et les Sanhaja).

L'origine des Masmouda remonterait aux Branès selon Ibn Khaldoun, et leur présence est rapportée par les chroniqueurs médiévaux tantôt dans la région de Annaba et de Tanger puis d'une grande partie du Maroc actuel. Il s'agit principalement de berbères sédentaires, habitants les montagnes du Haut-Atlas.

Les Mamsoudas s'illustrent par la formation du royaume Berghouata de 744 à 1058, et servent de base tribale au mouvement religieux préfigurant l'Empire almohade naissant au XIe siècle. Abū Ḥafṣ 'Umar Inti, ancêtre de la dynastie hafside est également issu de la confédération masmouda.

Étymologie

Le mot Masmouda serait la contraction des mots mass (signifiant "maître" ou "détenteur") et amud (signifiant "culture" ou "graine"). Masmouda signifierait conc "celui qui possède les semences", il s'agit là d'une description du mode de vie de ces nomades montagnards[2]

Histoire

Selon Ibn Khaldoun, les Masmouda seraient issus de la branche des branis ou berr[3]. Il explique qu'il s'agit d'une grande famille, dont font notamment partie les Berghouata, les Ghomara et les peuples de l'Atlas[3].

Selon les généalogistes médiévaux, Masmud, descendant de Burnus Ibn al-Barr, serait venu d’Orient et se serait établi dans les environs de Tanger. El-Bekri, rapporte la présence des Masmouda dans la région de Bûna (Annaba) et dans les environs de Tanger. Dans cette dernière localité, ils se divisent en quatre tribus : les Doghagh, les Assada, les Bani Senghera et les Kotama[4].

Les Masmouda s'installèrent dans de vastes régions du Maroc où ils étaient largement sédentaires et pratiquaient l'agriculture. La résidence de l'aristocratie Masmouda était Aghmat, dans le Haut Atlas. À partir du xe siècle, les tribus berbères des groupes Sanhadja et Zénète ont envahi les terres des Masmouda, suivies à partir du xiie siècle par les bédouins arabes (voir Banou Hilal).

Carte de l'empire almohade
Carte du sultanat hafside vers 1400.

Les Masmouda s'illustrent par la formation du royaume Berghouata dans les plaines du Tamesna et la partie du littoral comprise entre Salé et Azemmour jusqu’à la région d’Anfa et Asfi. Ce royaume est demantelé par les invasion Ifrenides puis Almoravides. Les Masmuda passent alors sous la domination des Almoravides.

Les Masmouda forment la base de la communauté religieuse almohade où prêche Ibn Toumert[5], et les notables de leur tribus font parti du « conseil des Dix » puis de celui des « cinquante », ossatures de l'Empire almohades naissant. Ibn Toumert de la tribu masmoudienne des Harga réussit à fédérer les tribus Masmouda au début du xiie siècle en fondant le mouvement et l'État almohade[6], qui par la suite unifia l'ensemble du Maghreb et de l'Andalousie[7]. Le calife almohade succédant à Ibn Toumert, Abd el Mumin, est originaire des Koumya, une tribut zénète de l'Oranie. Il pratique une politique visant à réduire l'influence des Masmoudas et, pour ce faire, s'appuie sur les arabes hilaliens qu'il introduit au Maroc et rend son pouvoir héréditaire en instituant une dynastie muminide à la tête du califat almohade[6].

Abū Ḥafṣ 'Umar Inti, ancêtre de la dynastie hafside est un dignitaire almohade issu de la confédération masmouda[8].

À la chute des Almohades, le gouveneur almohade de Tunis de la tribu masmoudienne des Hintata venu du Maroc mater une rébellion dans la région finit par s'émanciper des Almohades devenus faibles et crée l'État et la dynastie des Hafsides qui englobe l'Ifriqiya dans l'est du Maghreb. Ils en resteront les maîtres jusqu'à l'arrivée de l'empire ottoman.

Langue

Extrait du dictionnaire arabo-chleuh[9] d'Ibn Tunart (1085)

Au Moyen-Âge, les Masmoudas parlaient le tachelhit ancien[10],[11] nommé tamesmudit et parfois appelé "berbère masmouda"[12] en français, aisément compréhensible par les locuteurs du tachelhit moderne[11]. Cette langue fut la lingua franca du Maghreb Al-Aqsa (actuel Maroc), à l'époque des Almohades.[11] Elle disposait d'un vocabulaire pointu et avancé, ayant permis la publication de livres de géographie, de botanique ou encore de dictionnaires scientifiques[13],[11] .Au Maghreb, elle était la langue la plus parlée et des savants tels que Abu al-Abbas al-Azafi la qualifiaient de "langue de l'Occident" [11] puisque les Almohades ont vraisemblablement imposé le tamesmudit à l'ensemble du Maghreb Al-Aqsa et possiblement au-delà[11].

En effet, les califes ont tenté d'unifier linguistiquement le Maghreb en uniformisant les dialectes berbères autour du tachelhit[12],[13]. Le dictionnaire arabo-berbère Kitāb Al-asmā’ de Ibn Tunart, dont l'essentiel du lexique provient du tachelhit[13] , en est la preuve.

Aujourd’hui le tachelhit moderne est toujours la langue berbère plus parlée au Maghreb. Il existe également un second dialecte masmouda particulièrement arabisé[14] qui a survécu dans le Nord du pays : le ghomari[14], qui est plus proche du tachelhit que du tarifit malgré la proximité géographique.[14],[15]

Sous-tribus

Tinmel première capitale almohade au sein du domaine masmouda

L'auteur du livre "Mafakhir al-Barbar", ouvrage hagiographique du XIVe siècle (se traduit à peu près comme : La gloire des Berbères) cite les sous-tribus des Masmouda comme suit[16] :

Rajoutons les Hargha qui est la tribu d'origine d'Ibn Tumart[17].


Références

  1. Louis Rinn, Les origines berbères: études linguistiques & ethnologiques, A. Jourdan, (lire en ligne)
  2. Pascal Buresi, Mehdi Ghouirgate, « Le Maghreb XIe-XVe siècle »
  3. a et b Ibn Khaldoun (trad. William Mac Guckin de Slane), Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, tr. par le baron de Slane, , 650 p. (lire en ligne), p. 124
  4. A. Khelifa, « Masmuda », Encyclopédie berbère, no 30,‎ , p. 4644–4646 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.488, lire en ligne, consulté le 15 juillet 2021)
  5. Encyclopædia Universalis, « ALMOHADES », sur Encyclopædia Universalis (consulté le 15 juillet 2021)
  6. a et b Almohades, Encyclopédie Larousse[1]
  7. (en) Harold D. Nelson, Morocco, a country study, Washington D.C, The American University, (lire en ligne), p. 14
  8. C. El Briga, « Abū Ḥafṣ 'Umar Inti. (Voir Almohades) », Encyclopédie berbère, no 1,‎ , p. 88 (ISSN 1015-7344, DOI 10.4000/encyclopedieberbere.794, lire en ligne, consulté le 15 juillet 2021)
  9. « "Le lexique du manuscrit appartient en majorité au tachelhit (chleuh), parlé dans le sud-ouest du Maroc." »
  10. « "Le lexique du manuscrit appartient en majorité au tachelhit (chleuh), parlé dans le sud-ouest du Maroc." »
  11. a b c d e et f Mehdi Ghouirgate, « Chapitre V. Le choix de la langue », dans L’Ordre almohade (1120-1269) : Une nouvelle lecture anthropologique, Presses universitaires du Midi, coll. « Tempus », (ISBN 978-2-8107-0867-3, lire en ligne), p. 215–251
  12. a et b Van Den Boogert N., « Medieval Berber Orthography », dans Chaker S., Zaborski A., Études berbères
  13. a b et c « Numérisation d'un manuscrit du XIIe siècle : le Lexique arabo-berbère d’Ibn Tunart », sur Inalco, (consulté le 15 juillet 2021)
  14. a b et c M. Kossmann, The Arabic Influence on Northern Berber (Brill, 2013), p.21
  15. Morocco - VII. Linguistic survey, dans: BRILL's First Encyclopaedia of Islam: 1913-1936 (Brill, 1993), p.598
  16. Auteur inconnu 1312, p. 172.
  17. Gouverner l'empire: La nomination des fonctionnaires provinciaux dans l'empire almohade, Pascal Buresi, Hicham El Aallaoui [2]

Bibliographie

  • Auteur inconnu, Mafakhir Al-Barbar, Université Hassan II de Casablanca, Abdelkader Boubaya,

Annexes

Articles connexes