Masculinité toxique

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Le concept de masculinité toxique est utilisé en psychologie et dans les études sur le genre en référence à certaines normes du comportement masculin en Amérique du Nord et en Europe qui sont associées à un impact négatif sur la société et sur les hommes eux-mêmes. Les stéréotypes traditionnels dépeignant les hommes comme socialement dominants, accompagnés de traits liés comme la misogynie et l'homophobie, peuvent être considérés comme "toxiques" en raison de leur promotion de la violence, incluant l'agression sexuelle et la violence domestique. D'autres traits stéréotypés masculins, tels que l'autonomie et la répression des émotions, peuvent être mis en corrélation avec l'augmentation des problèmes psychologiques chez les hommes tels que la dépression, l'augmentation du stress, et l'abus de substances.

Les traits masculins toxiques sont caractéristiques du code tacite de comportement chez les hommes dans les prisons Américaines, où ils existent en partie en tant que réponse à la rudesse des conditions de vie en prison. Des chercheurs affirment que les rapports sociaux des garçons normalise souvent la violence, comme dans le dicton "boys will be boys" ("les garçons resteront des garçons") utilisé lorsqu'il s'agit de harcèlement et d'agressivité.

D'autres traits traditionnellement masculins tels que le dévouement au travail, la fierté d'exceller dans les sports, et de pourvoir aux besoins de sa famille, ne sont pas considérés comme "toxiques". Le concept de masculinité toxique était à l'origine utilisé par des auteurs associés au mythopoetic men's movement, en contraste avec une masculinité "vraie" ou "profonde" avec laquelle les hommes auraient perdu le contact dans la société moderne.

Aperçu[modifier | modifier le code]

Selon la théorie de l'apprentissage social, apprendre aux garçons à réprimer les émotions de vulnérabilité, comme dans l'expression "big boys don't cry", est une partie importante de la différentiation des genres dans la société Occidentale.[1][2]

En psychologie, la masculinité toxique se réfère à des normes masculines culturelles traditionnelles dans les sociétés Américaines et Européennes qui peuvent être nocives pour les hommes, les femmes et la société dans son ensemble. Le concept de masculinité toxique n'est pas destiné à diaboliser les hommes ou les attributs masculins, mais tend plutôt à mettre en évidence les effets nocifs de la conformité à certains idéaux traditionnels des comportements masculins tels que la domination, l'autosuffisance, et la compétitivité.[3][4] La masculinité toxique est définie par l'adhérence aux rôles de genre masculins traditionnels qui limitent les types d'émotions qu'il est acceptable d'exprimer pour les garçons et les hommes, en incluant la pression sociale incitant les hommes à chercher à être dominant (le "mâle alpha") et la limitation de leur portée émotionnelle principalement à des expressions de colère.[5] Les attentes contemporaines liées à la masculinité peuvent produire des effets "toxiques" tels que de la violence (y compris les agressions sexuelles et la violence domestique), des "excès sexuels" (promiscuité), des comportements excessivement risqués et/ou socialement irresponsables, tels que l'abus de substance, et un certain dysfonctionnement dans les relations.[6]

Dans le contexte des études de genre, Raewyn Connell argumente que des pratiques toxiques telles que la violence physique peuvent servir à renforcer la domination des hommes sur les femmes. Elle argumente que de telles pratiques sont un élément marquant de ce qu'elle appelle l'hégémonique de la masculinité, bien que ne faisant pas toujours partie des caractéristiques qui la définissent.[7] Terry Kupers de l'Institut Wright, école de psychologie, définit la masculinité toxique comme étant "la constellation des traits masculins socialement régressifs qui servent à promouvoir la domination, la dévalorisation des femmes, l'homophobie et de la violence gratuite".[8][9] Selon Kupers, la masculinité toxique permet de définir les aspects de masculinité hégémonique qui sont socialement destructeurs, "tels que la misogynie, l'homophobie, la cupidité et la domination violente". Ces traits sont en contraste avec les aspects plus positifs de masculinité hégémonique comme "la fierté dans [sa] capacité à exceller dans le sport, à maintenir la solidarité avec un ami, à réussir au travail, ou à pourvoir aux besoins de [sa] famille".[8]

Les normes masculines toxiques font partie intégrante de la vie des hommes dans les prisons américaines, où elles se reflètent dans le comportement à la fois du personnel et des détenus. L'autosuffisance extrême, la domination des autres hommes par la violence, et la capacité à éviter toute apparence deféminité ou de faiblesse, sont les qualités qui fondent un code tacite parmi les détenus.[10][11] La répression des émotions de vulnérabilité est souvent adoptée dans le but de faire face à la dureté des conditions de vie en prison, à savoir la punition, l'isolement social, et de l'agressivité. Ces facteurs sont susceptibles de jouer un rôle dans le suicide chez les détenus de sexe masculin.[10][12]

Le harcèlement des garçons par leurs pairs et la violence familiale vécue par les garçons à la maison peuvent également être des expression de masculinité toxique.[13] La socialisation des garçons, souvent violente, produit un traumatisme psychologique par le biais de la promotion de l'agression et de le manque de relations interpersonnelles. Un tel traumatisme est souvent négligé, comme dans le dicton "boys will be boys" (les garçons resteront des garçons) en ce qui concerne le harcèlement.[14] La promotion des rôles masculins idéalisés mettant l'accent sur la dureté, la domination, l'autosuffisance, et la répression des émotions peut commencer dès la petite enfance. De telles normes sont transmises par les parents, d'autres membres de la famille de sexe masculin, et des membres de la communauté.[1][15] Les représentations médiatiques de la masculinité sur des sites tels que YouTube favorisent souvent  des rôles de genre stéréotypés similaires.[15]

Effets sur la santé[modifier | modifier le code]

Les hommes qui adhèrent aux normes culturelles traditionnellement masculines, telles que la prise de risque, la violence, la domination, la primauté du travail, le dédain de l'homosexualité, la nécessité de contrôle des émotions, le désir de gagner, et  la poursuite d'un statut social, ont tendance à être plus susceptibles d'éprouver des problèmes psychologiques tels que la dépression, le stress, des problèmes de perception de leur corps, l'abus de substance, et des comportements sociaux inadaptés.[16] L'effet tend à être plus fort chez les hommes qui accordent également aux normes masculines "toxiques", telles que l'autosuffisance, la recherche de pouvoir sur les femmes, et la promiscuité sexuelle ou un comportement de "playboy".[4][17]

La valeur sociale de l'autosuffisance a diminué au fil du temps, alors que la société moderne Américaine se déplaçait de plus en plus vers l'interdépendance.[15] L'autosuffisance liée à l'étouffement de l'expression des émotions peut nuire à la santé mentale, en rendant les hommes moins prompts à demander une aide psychologique ou à développer la capacité de gérer les émotions difficiles.[15] Des recherches préliminaires suggèrent que la pression culturelle poussant les hommes vers le stoïcisme et l'autosuffisance peut également raccourcir leur espérance de vie en les rendant moins susceptibles de discuter de leurs problèmes de santé avec leur médecin.[18][19]

La masculinité toxique joue également un rôle dans des problèmes de santé publique liés à la société, tels que des taux élevés de cancer de la peau chez les hommes,[20]Modèle:Verify source et tels que le rôle des comportements sexuels de “chasseurs de trophées” dans les taux de transmission du VIH et d'autres infections sexuellement transmissibles.[21]Modèle:Primary source inline

Les mouvements masculins[modifier | modifier le code]

Certains auteurs associés au mythopoetic men's movement considèrent les pressions sociales demandant aux hommes d'être violents, compétitifs, indépendants, et insensibles comme une forme "toxique" de la masculinité, par opposition à une masculinité "vraie" ou "profonde" avec laquelle, selon eux, les hommes ont perdu le contact dans la société moderne.[22][23] L'universitaire Shepherd Bliss a proposé un retour à l'agrarisme comme une alternative à la "masculinité potentiellement toxique" de l'éthique du guerrier.[24] Le Sociologue Michael Kimmel écrit que la notion de Bliss de la masculinité toxique peut être considérée comme faisant partie de la réaction du mythopoetic men's movement face au sentiment d'impuissance des hommes à un moment où le mouvement féministe remet en cause l'autorité masculine traditionnelle:

« Ainsi Shepherd Bliss, par exemple, proteste contre ce qu'il appelle 'masculinité toxique' — qu'il pense responsable de le plupart des maux du monde — et proclame la bonté méconnue des hommes qui combattent les feux, labourent la terre entretiennent leur famille.[25] »

Le psychiatre Frank Pittman a décrit les différents effets nocifs des normes masculines traditionnelles sur les hommes, suggérant que ceux-ci incluent une espérance de vie plus courte, de plus grands risques de mort violente et de maladies telles que le cancer du poumon et la  cirrhose du foie. Il défend que cette masculinité toxique trouve son origine dans l'éducation des garçons par des femmes en l'absence de modèles masculins. L'auteur féministe John Stoltenberg, au  contraire, approche la masculinité toxique d'un point de vue antimasculiniste.[26]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Ronald F. Levant, « The new psychology of men », Professional Psychology: Research and Practice, vol. 27, no 3,‎ , p. 259–265 (DOI 10.1037/0735-7028.27.3.259, lire en ligne)
  2. Linda L. Lindsey, Gender Roles: A Sociological Perspective, Routledge, (ISBN 978-1-31-734808-5, lire en ligne), p. 70
  3. (en) Peter Hess, « Sexism may be bad for men's mental health », sur Popular Science,
  4. a et b Sarah Kaplan, « Sexist men have psychological problems », The Washington Post,‎ (lire en ligne)
  5. William Ming Liu, « How Trump’s ’Toxic Masculinity' Is Bad for Other Men », Motto (Time), New York,‎ (lire en ligne)
  6. William Ming Liu et Samuel J. Shepard, An International Psychology of Men: Theoretical Advances, Case Studies, and Clinical Innovations, Routledge, (ISBN 978-1-13-528065-9), « Masculinity Competency Typology for Men Who Migrate », p. 8
  7. R. W. Connell et James W. Messerschmidt, « Hegemonic Masculinity: Rethinking the Concept », Gender and Society, vol. 19, no 6,‎ , p. 829-859 (lire en ligne)
  8. a et b Terry A. Kupers, « Toxic masculinity as a barrier to mental health treatment in prison », Journal of Clinical Psychology, vol. 61, no 6,‎ , p. 713–724 (DOI 10.1002/jclp.20105, lire en ligne)
  9. Terry A. Kupers, « Role of Misogyny and Homophobia in Prison Sexual Abuse », UCLA Women's Law Journal, vol. 18, no 1,‎ , p. 107–30 (lire en ligne)
  10. a et b (en) Terry A. Kupers, Men and Masculinities: A Social, Cultural, and Historical Encyclopedia, Santa Barbara, Calif., ABC-CLIO, , 630–633 p. (ISBN 978-1-57-607774-0), « Prisons »
  11. (en) Terry A. Kupers, International Encyclopedia of Men and Masculinities, Routledge, , 648–649 p. (ISBN 978-1-13-431707-3), « Working with men in prison »
  12. E.S. Mankowski et R.M. Smith, Encyclopedia of Mental Health, Volume 3, Oxford, UK; Waltham, Massachusetts, Academic Press, (ISBN 978-0-12-397753-3), « Men's Mental Health and Masculinities », p. 71
  13. Thomas Keith, Masculinities in Contemporary American Culture: An Intersectional Approach to the Complexities and Challenges of Male Identity, Routledge, (ISBN 978-1-31-759534-2, lire en ligne), p. 2 :

    « In some ways, bullying and other forms of coercion and violence are part of what has been termed em, a form of masculinity that creates hierarchies favoring some and victimizing others. Disrupting these forms of toxic masculinity benefits boys and men, rather than attacks and blames men for these behaviors. »

  14. William Ming Liu, The SAGE Encyclopedia of Psychology and Gender, Thousand Oaks, Calif., (ISBN 978-1-48-338427-6), « Gender Role Conflict », p. 711
  15. a, b, c et d (en) Kirsten Weir, « The men America left behind », American Psychological Association, vol. 48, no 2,‎ , p. 34 (lire en ligne)
  16. Y. Joel Wong, Moon-Ho Ringo Ho, Shu-Yi Wang et I. S. Keino Miller, « Meta-analyses of the relationship between conformity to masculine norms and mental health-related outcomes », Journal of Counseling Psychology, vol. 64, no 1,‎ , p. 80–93 (DOI 10.1037/cou0000176, lire en ligne)
  17. (en) Ben Panko, « Sexism Sucks for Everybody, Science Confirms », sur Smithsonian,
  18. (en) Kate Horowitz, « Psychologists Say Macho Behavior May Help Explain Men’s Shorter Lifespans », sur Mental Floss,
  19. (en) Marie Ellis, « 'Tough guys' less likely to be honest with doctor », Medical News Today,‎ (lire en ligne)
  20. Donald R. Nicholas, « Men, Masculinity, and Cancer: Risk-factor Behaviors, Early Detection, and Psychosocial Adaptation », Journal of American College Health, vol. 49, no 1,‎ , p. 27–33 (ISSN 0744-8481, PMID 10967881, DOI 10.1080/07448480009596279, lire en ligne)
  21. Nelson Muparamoto, « ‘Trophy-hunting scripts’ among male university students in Zimbabwe », African Journal of AIDS Research, vol. 11, no 4,‎ , p. 319–326 (ISSN 1608-5906, PMID 25860190, DOI 10.2989/16085906.2012.754831, lire en ligne)
  22. Abby L. Ferber, « Racial Warriors and Weekend Warriors: The Construction of Masculinity in Mythopoetic and White Supremacist Discourse », Men and Masculinities, vol. 3, no 1,‎ , p. 30–56 (DOI 10.1177/1097184X00003001002, lire en ligne) Reprinted in Feminism and Masculinities, Oxford University Press, (ISBN 978-0-19-926724-8, lire en ligne)
  23. (en) W. Merle Longwood, William C. Schipper, Philip Culbertson et Gar Kellom, Forging the Male Spirit: The Spiritual Lives of American College Men, Eugene, Oregon, Wipf and Stock Publishers, , 65–6 p. (ISBN 978-1-55-635305-5, lire en ligne)
  24. (en) Rebecca Hartman, American Masculinities: A Historical Encyclopedia, SAGE Publications, , 20–22 p. (ISBN 978-1-45-226571-1), « Agrarianism »
  25. The Politics of Manhood: Profeminist Men Respond to the Mythopoetic Men's Movement (and the Mythopoetic Leaders Answer), Philadelphia, Temple University Press, , 366–7 p. (ISBN 1-56-639365-5, lire en ligne)
  26. Nancy E. Dowd, Redefining Fatherhood, New York University Press, , 185–6 p. (ISBN 0-8147-1925-2, lire en ligne) :

    « [Pittman] links toxic masculinity to men being raised by women without male role models. In his view, if men raised children they would save their lives, and save the world. On the other hand, John Stoltenberg views toxic masculinity from a strongly antimasculinist, radical feminist perspective, arguing that masculinity can be serious, pervasive, and hateful. »