Maryse Choisy

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Choisy (homonymie).
Maryse Choisy
Naissance
Saint-Jean-de-Luz
Décès (à 76 ans)
Paris
Distinctions
Auteur
Langue d’écriture Français
Mouvement Catholicisme
Psychanalyse
Sciences humaines et sociales

Maryse Choisy est une écrivaine et journaliste française, née le à Saint-Jean-de-Luz et morte à Paris le . Elle est la fondatrice de la revue Psyché. Revue internationale de psychanalyse et des sciences de l'homme (1946-1963).

Biographie[modifier | modifier le code]

Née de parents officiellement inconnus et décédés, elle est élevée dans un milieu mondain, cultivé et non conformiste par deux tantes notamment par la comtesse de Brémont. Elle fait ses études universitaires à Cambridge et à Girton College, où elle prépare une thèse sur les systèmes de philosophie Samkhya[1].

En 1926 elle soutient -à Paris- sa thèse sur Les systèmes de philosophie vedanta et samkya.

En 1932 elle donne naissance à Neuilly-sur-Seine à une fille qu'elle prénomme Colette en hommage à l'écrivaine qui en est par ailleurs la marraine.

Elle rencontre Pierre Teilhard de Chardin en 1939 et se convertit au catholicisme. Elle décide alors de retirer de la vente Un mois chez les filles.

Psychanalyse[modifier | modifier le code]

Nourrissant des doutes sur ses origines, elle se rend à Vienne en 1925 pour consulter Freud.[2] Elle a un premier contact avec la psychanalyse en 1927, devenant brièvement la patiente de Freud qui aurait eu l'intuition qu'elle était une « enfant illégitime »[1]. Elle reprend après 1946 des séances d'analyse avec René Laforgue et Maurice Bouvet.

La revue Psyché (1946-1963)[modifier | modifier le code]

Elle se consacre à la psychanalyse, qu'elle estime capable de contribuer durablement au bonheur du genre humain. Dans un contexte d'essor de la psychanalyse féminine, et en raison de la relative fermeture du monde éditorial à ces idées[3], elle fonde en 1946 la revue Psyché où de nombreux textes psychanalytiques seront publiés pour la première fois, notamment ceux de Pierre Bachelard, Juliette Favez-Boutonier, André Berge, Jacques Lacan, Françoise Dolto, René Laforgue et Georges Mauco[4]. Elle y publie très régulièrement, notamment à propos de la sexualité féminine[3].

On trouvera en note de bas de page[5] un exemple d'article de Psyché.

Après sa conversion au catholicisme, Maryse Choisy fonde, avec Leycester King, l'Association internationale de psychothérapie et de psychologie catholique, destinée à faciliter les relations entre l'Église catholique et la psychanalyse.

Journalisme[modifier | modifier le code]

Travaillant pour assurer son indépendance, elle pratique un journalisme d'immersion, inventant le genre du "reportage vécu". Nicole G. Albert souligne l'aspect novateur, "surtout pour une femme", de cette démarche d'immersion dans un environnement fin de mieux le dépeindre[6]. Dans l'Intransigeant, elle dépeint ainsi son expérience de vendangeuse vécue en 1927[7], article qui remporte un vif succès. Pour le compte du même journal, elle poursuit son expérience en endossant tour à tour le rôle d'une "ouvrière, mannequin, infirmière, vendeuse, chauffeuse de taxi, dompteuse"[6]...

Elle n'hésite pas à se faire enlever les seins en 1929 afin de conduire son reportage sur les moines du mont Athos, expérience qu'elle relate dans Un mois chez les hommes (1929). Elle publie également L'Amour dans les prisons (1930) à partir d'une enquête de terrain.

Travaux sur les femmes[modifier | modifier le code]

D'après Nicole G. Albert, Maryse Choisy se situe « à la périphérie des luttes féministes [...] mais est l'une des premières à faire sortir le prolétariat féminin de l'invisibilité et des clichés discriminatoires »[6]. Elle défend l'autonomie sexuelle des femmes et leur droit au plaisir.

Elle participe en 1927 à l'ouvrage collectif La femme émancipée, contribution à travers laquelle certains observateurs ont lu une vision désabusée et mitigée du féminisme : « Nous courons à l’émancipation comme un païen déçu vers un nouveau Dieu, comme un dilettante blasé vers une volupté inédite, comme un enfant vers un jouet inconnu. Nous revêtons la liberté comme on change de souffrance, comme on abandonne le rythme de ses joies et de ses douleurs passées avec la robe qu’on a portée au printemps, que l’on ne mettra plus, jamais plus… »[8].

En 1928, elle publie Un mois chez les filles, ouvrage sur la prostitution qui relate son enquête dans une maison close. Dans cet ouvrage, elle interroge les rapports entre les sexes et s'engage en faveur de l'abolition des maisons closes.

Littérature[modifier | modifier le code]

Elle est surtout connue comme écrivaine, intéressée de voir ce qui peut être apporté à la littérature par d'autres disciplines. En réaction au surréalisme, elle fonde en 1927 un mouvement qu'elle nomme le « suridéalisme », désignant ainsi le gisement conceptuel sur lequel il va pouvoir s'appuyer. Le procédé sera plus tard aussi utilisé par Michel Houellebecq à partir de son roman Les Particules élémentaires[réf. nécessaire].

Elle va aussi, comme Jack London ou Alexandra David-Néel, se documenter directement aux sources quand elle le peut, allant jusqu'à passer un mois dans une maison de prostitution pour écrire son enquête Un mois chez les filles et à se travestir en jeune moine pour Un mois chez les hommes (où elle a, écrit-elle, refusé les avances d'un moine du mont Athos). Elle se pastichera ensuite elle-même dans d'autres Un mois chez....

En 1930, elle apparaît dans une revue de music-hall, tirée de Un mois chez les filles, au concert Mayol[9].

En 1944-1945, elle tient chez elle à Paris un salon.

La vocation des lettres ne la quitte pas après sa conversion, et elle en rédige l'histoire (Sur le chemin de Dieu on rencontre d’abord le diable) et de très émouvants Contes pour ma fille (1946), où le thème de la mort prend une importance particulière, même si un humour discret y est en permanence présent. Elle adapte dans l'un de ces contes le thème de la Petite Sirène, d'Andersen, en remplaçant la sirène par une sylphide et le marin par un aviateur, occasion de propos mi-compréhensifs, mi-désabusés, sur les hommes en général. Dernier clin d'œil au suridéalisme, le héros de l'une des histoires est un atome d'azote, qui se pose des questions sur son existence, connaît des liaisons malheureuses, et finira bombardé.

En 1947, elle lance le centre culturel de Royaumont qui se substitue aux Décades de Pontigny (qui n'ont pas survécu à la mort de leur fondateur). Durant cette période de l'après-guerre, Christian de la Mazière est son secrétaire.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres de Maryse Choisy[modifier | modifier le code]

Études sur Maryse Choisy[modifier | modifier le code]

  • Alain de Mijolla: La France et Freud T.1 1946-1953, Paris, PUF, 2012 (ISBN 978-2-130-58295-3)
  • Marcel Scheidhauer : Freud et ses visiteurs. Français et Suisses francophones (1920-1930), Érès, Arcanes, 2010 (ISBN 2-749-21240-5)
  • Marc-Alain Descamps, Rencontres avec douze femmes remarquables, Alphée, (p. 67-101)
  • Jacqueline Cosnier
    • « Choisy, Maryse », p. 302-303, in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 1. A/L. Calmann-Lévy, 2002, (ISBN 2-7021-2530-1).
    • «Psyché, revue internationale de psychanalyse et des sciences de l'homme» (article de Jacqueline Cosnier), p. 1304-1305, in Alain de Mijolla (dir.), Dictionnaire international de la psychanalyse 2. M/Z. Calmann-Lévy, 2002, (ISBN 2-7021-2530-1).
  • Annick Ohayon,
    • Psychologie et psychanalyse en France : L’impossible rencontre (1919-1969), Éditions La Découverte/Poche, 2006, 444p., (ISBN 2-707-14779-6)
    • « Maryse Choisy et Psyché. Psychanalyse et mondanités. Topique », Revue freudienne. Autour de l'œuvre de Piera Aulagnier. vol. 71, p. 109–140, p. 87–107
  • Bernard Guillemain, Maryse Choisy ou l'amoureuse sagesse, 1959.
  • Nicole Albert, Dames seules, 1932 (ISBN 2-908050-26-9)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. La difficulté d'établir une bibliographie de Maryse Choisy provient de
    • ses nombreux changements d'éditeur,
    • la chasse qu'elle a menée à ses propres livres,
    • sa fécondité littéraire (jusqu’à quatre ouvrages par an).

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Jacqueline Cosnier, « Choisy, Maryse », cf. bibliographie.
  2. Agnès Desmazières,L'inconscient au paradis - Comment les catholiques ont reçu la psychanalyse, Payot,2011, p.101
  3. a et b Sylvie Chaperon, « Une génération d’intellectuelles dans le sillage de Simone de Beauvoir », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés, vol. 13,‎ (DOI 10.4000/clio.135)
  4. Jacqueline Cosnier, « Psyché, revue internationale de psychanalyse et des sciences de l'homme », cf. bibliographie.
  5. Exemple d'article de la revue Psyché
  6. a b et c Sous-dir. Christine Bard, Dictionnaire des féministes. France, XVIIIème-XXIème siècle, Paris, PUF, , 1700 p., Article "Choisy Maryse", p. 297
  7. Maryse Choisy, « Les vendanges en Touraine », L'Intransigeant,‎ , p. 1-2 (lire en ligne)
  8. Mme Brunschvieg, Mme Kameneva, Mme Marcelle Tinayre, La femme émancipée, Paris, Montaigne,
  9. Paris-soir du 11 août 1930

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]