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Mary E. Brunkow

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Mary E. Brunkow
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Biographie
Naissance
Nom dans la langue maternelle
Mary Elizabeth BrunkowVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Autres informations
A travaillé pour
Institute for Systems Biology (en)
UCB Pharma
Celltech (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Directrice de thèse
Distinction

Mary Elizabeth Brunkow[1], née en 1961, est une chercheuse en biologie moléculaire et immunologie américaine, lauréate du prix Nobel de physiologie ou médecine 2025.

Mary E. Brunkow réalise une thèse en biologie moléculaire en 1991 à l'université de Princeton sous la direction de la biologiste moléculaire Shirley M. Tilghman[2].

Dans le laboratoire de Tilghman à Princeton, Brunkow travaille sur le gène H19 (en)[3]. Ses recherches sur ce gène mal connu à l'époque, montrent que ce premier long ARN non codant décrit avait une fonction potentiellement importante et n'était ni un gène « poubelle » ni un gène muté devenu inutilisable. Ses recherches doctorales ont contribué à la compréhension actuelle de l'empreinte génomique, le concept selon lequel un gène peut être inhibé selon qu'il a été hérité de la mère ou du père. Elles illustrent également l'importance de la recherche fondamentale et de la recherche scientifique dans la compréhension et le suivi des maladies[2].

Depuis 2009, Mary Brunkow est responsable principale de programme à l'Institute for Systems Biology (en) (ISBS) à Seattle, un organisme de recherche sans but lucratif qui propose une approche interdisciplinaire de la recherche en biologie[2]. Elle y mène différents projets de recherche comme le rôle de la génomique familiale dans des adaptations[4], des pathologies comme la maladie d'Alzheimer[5], l'ostéoporose[6] ou la maladie de Lyme[7],[8].

Prix Nobel de médecine

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Dans les années 1980-1990, la tolérance immunitaire est supposée se développer grâce à un processus appelé « tolérance centrale », dans lequel les nouveaux lymphocytes T susceptibles d’attaquer l’hôte sont éliminés dans le thymus avant d’être libérés dans le corps[9]. En 1995, le chercheur en immunologie à l’université d’Osaka, Shimon Sakaguchi, réalise une première avancée en démontrant qu'une classe de cellules immunitaires jusqu’alors inconnue, les lymphocytes T régulateurs, protège l’organisme contre les maladies auto-immunes[2].

Dans les années 1990, Mary Brunkow travaille avec Fred Ramsdell à Celltech (en), une société de biotechnologie située à Bothell, dans l'État de Washington, aux États-Unis qui développe des médicaments contre les maladies auto-immunes. Les chercheurs s'intéressent à une mutation particulière de souris et cherchent à comprendre le mécanisme moléculaire sous-jacent à la maladie chez ces souris « scurfy » (squameuses). Les souris squameuses sont des souris mâles malades naissant de manière inattendue avec une peau squameuse, une rate et des ganglions lymphatiques très hypertrophiés. Leur vie n'est que de quelques semaines. Elles ont été étudiées dans les années 1940 dans un laboratoire d'Oak Ridge, dans le Tennessee, où des chercheurs étudiaient les conséquences des radiations dans le cadre du Projet Manhattan et du développement de la bombe atomique[10].

En 2001, Mary Brunkow et son équipe dont Fred Ramsdell[11], publient dans la revue Nature Genetics un article Disruption of a new forkhead/winged-helix protein, scurfin, results in the fatal lymphoproliferative disorder of the scurfy mouse dont elle est l'auteur principal[12]. Cette autre découverte-clé montre qu'un certain type de souris, la souris squameuse, particulièrement vulnérable aux maladies auto-immunes, possède une mutation dans un gène qu’ils nomment FOXP3. FoxP3 (Forkhead Box P3), aussi nommé scurfin, est une protéine régulant les réponses du système immunitaire. Les cellules T régulatrices (Treg) sont une sous-population de lymphocytes T CD4+CD25+ doués de propriétés immuno-régulatrices exprimant le facteur de transcription FoxP3[13]. L’inactivation du gène FoxP3 par mutation provoque chez la souris et chez l’homme une forme létale de maladie auto-immune touchant plusieurs organes, une forme de syndrome lymphoprolifératif[14].

Mary E. Brunkow est également coautrice avec Fred Ramsell d'un article publié en 2001 montrant qu'une maladie rare, le syndrome IPEX d'immunodérégulation, polyendocrinopathie et entéropathie, est une affection récessive liée à une mutation du gène FoxP3 situé sur le chromosome X[15].

Le gène FoxP3 contrôle le développement des lymphocytes T régulateurs. Une découverte récompensée par le Prix Nobel de médecine 2025.

Deux ans plus tard, Sakaguchi fait le lien entre ses propres découvertes et celles de Brunkow et Ramsdell. Il démontre que le gène Foxp3 régit le développement des cellules qu’il avait identifiées en 1995. C'est le gène Foxp3 qui contrôle le développement des lymphocytes T régulateurs, empêchant ainsi d'autres lymphocytes T d'attaquer par erreur leur propre hôte et qui signale également au système immunitaire le moment où il va se retirer après avoir combattu les virus ou bactéries envahissants[16].

En 2025, plus de 20 ans après ces recherches, le prix Nobel de physiologie ou médecine est décerné conjointement à Mary E. Brunkow, Fred Ramsdell et Shimon Sakaguchi pour leurs découvertes concernant la tolérance immunitaire périphérique[10].

Les travaux de recherche de Mary Brunkow et de ses collègues, l'identification des cellules T régulatrices qui empêchent les cellules immunitaires d’agresser les tissus de l’organisme, sont considérés par le comité Nobel qui les a récompensés comme des découvertes révolutionnaires sur la tolérance immunitaire périphérique. Le comité souligne que ces découvertes « ont ouvert un nouveau champ de recherche et favorisé le développement de traitements innovants, notamment pour le cancer et les maladies auto-immunes »[17].

Avec ce prix Nobel de médecine, Mary Brunkow rejoint à Princeton les lauréats Eric Wieschaus (1995) et James Rothman (2013)[2].

L'annonce de son prix Nobel devait être faite directement par l'Académie suédoise à Mary Brunkow dans la nuit, mais celle-ci a pris les appels téléphoniques insistants de Stockholm pour des spams, n'y a pas répondu et s'est endormie. Vers 3h45 du matin, le photographe Lindsey Wasson, envoyé par l'agence Associated Press de Seattle, vient frapper à la porte de la maison de Mary Brunkow. Son mari ouvre et le photographe lui apprend la nouvelle. Il vérifie l'information sur le site de l'agence et va réveiller sa femme qui reste incrédule un moment, puis découvre les avalanches d'appels manqués, de messages et de mails de ses proches et de journalistes, la félicitant pour son prix Nobel[18].

Références

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  1. (en) Mary Elizabeth Brunkow -  Princeton University, « Expression and function of the H19 gene in transgenic mice », sur proquest.com,
  2. a b c d et e (en) Liz Fuller-Wright et Office of Communications on Oct. 6, « Princeton alumna Mary Brunkow *91 receives Nobel Prize in Physiology or Medicine », sur www.princeton.edu (consulté le )
  3. M. E. Brunkow et S. M. Tilghman, « Ectopic expression of the H19 gene in mice causes prenatal lethality », Genes & Development, vol. 5, no 6,‎ , p. 1092–1101 (ISSN 0890-9369, PMID 2044956, DOI 10.1101/gad.5.6.1092, lire en ligne, consulté le )
  4. (en) Hao Hu et al., « Evolutionary history of Tibetans inferred from whole-genome sequencing », PLOS Genetics, vol. 13, no 4,‎ , e1006675 (ISSN 1553-7404, PMID 28448578, PMCID 5407610, DOI 10.1371/journal.pgen.1006675, lire en ligne, consulté le )
  5. (en) Matthew A. Lalli, Hannah C. Cox, Mary L. Arcila et Liliana Cadavid, « Origin of the PSEN1 E280A mutation causing early‐onset Alzheimer's disease », Alzheimer's & Dementia, vol. 10, no 5S,‎ (ISSN 1552-5260 et 1552-5279, PMID 24239249, PMCID 4019728, DOI 10.1016/j.jalz.2013.09.005, lire en ligne, consulté le )
  6. (en) Martyn K. Robinson, John Caminis et Mary E. Brunkow, « Sclerostin: how human mutations have helped reveal a new target for the treatment of osteoporosis », Drug Discovery Today, vol. 18, nos 13-14,‎ , p. 637–643 (DOI 10.1016/j.drudis.2013.04.001, lire en ligne, consulté le )
  7. (en) Yong Zhou et al., « Measurement of Organ-Specific and Acute-Phase Blood Protein Levels in Early Lyme Disease », Journal of Proteome Research, vol. 19, no 1,‎ , p. 346–359 (ISSN 1535-3893 et 1535-3907, PMID 31618575, PMCID 7981273, DOI 10.1021/acs.jproteome.9b00569, lire en ligne, consulté le )
  8. (en-US) « Mary Brunkow, PhD », sur Hood Lab (consulté le )
  9. (en) Shohei Hori, « FOXP3 as a master regulator of Treg cells », Nature Reviews Immunology, vol. 21, no 10,‎ , p. 618–619 (ISSN 1474-1741, DOI 10.1038/s41577-021-00598-9, lire en ligne, consulté le )
  10. a et b (en-US) « Nobel Prize in Physiology or Medicine 2025 », sur NobelPrize.org (consulté le )
  11. Fred Ramsdell et Steven F. Ziegler, « FOXP3 and scurfy: how it all began », Nature Reviews. Immunology, vol. 14, no 5,‎ , p. 343–349 (ISSN 1474-1741, PMID 24722479, DOI 10.1038/nri3650, lire en ligne, consulté le )
  12. (en) Mary E. Brunkow, Eric W. Jeffery, Kathryn A. Hjerrild et Bryan Paeper, « Disruption of a new forkhead/winged-helix protein, scurfin, results in the fatal lymphoproliferative disorder of the scurfy mouse », Nature Genetics, vol. 27, no 1,‎ , p. 68–73 (ISSN 1546-1718, DOI 10.1038/83784, lire en ligne)
  13. (en) Shimon Sakaguchi, Makoto Miyara, Cristina M. Costantino et David A. Hafler, « FOXP3+ regulatory T cells in the human immune system », Nature Reviews Immunology, vol. 10, no 7,‎ , p. 490–500 (ISSN 1474-1733 et 1474-1741, DOI 10.1038/nri2785, lire en ligne, consulté le )
  14. Christian Schmitt Inserm U448, « Treg : Tyrannosaurus regulans ? », Médecine Sciences, vol. 23, no 3,‎ , p. 264 (lire en ligne [PDF])
  15. (en) Craig L. Bennett, Jacinda Christie, Fred Ramsdell et Mary E. Brunkow, « The immune dysregulation, polyendocrinopathy, enteropathy, X-linked syndrome (IPEX) is caused by mutations of FOXP3 », Nature Genetics, vol. 27, no 1,‎ , p. 20–21 (ISSN 1061-4036 et 1546-1718, DOI 10.1038/83713, lire en ligne)
  16. « Le prix Nobel de médecine décerné aux chercheurs américains Mary E. Brunkow, Fred Ramsdell et japonais Shimon Sakaguchi, pour leurs recherches sur le contrôle du système immunitaire », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  17. « Prix Nobel de médecine : Mary E. Brunkow, Fred Ramsdell et Shimon Sakaguchi récompensés pour la découverte des cellules T régulatrices », sur Salle de presse de l'Inserm (consulté le )
  18. (en-US) « Behind the lens: Breaking the news to a Nobel Prize winner », sur The Associated Press (consulté le )

Publications

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  • (en) Mary E. Brunkow, Eric W. Jeffery, Kathryn A. Hjerrild et Bryan Paeper, « Disruption of a new forkhead/winged-helix protein, scurfin, results in the fatal lymphoproliferative disorder of the scurfy mouse », Nature Genetics, vol. 27, no 1,‎ , p. 68–73 (ISSN 1546-1718, DOI 10.1038/83784, lire en ligne)
  • (en) Craig L. Bennett, Jacinda Christie, Fred Ramsdell et Mary E. Brunkow, « The immune dysregulation, polyendocrinopathy, enteropathy, X-linked syndrome (IPEX) is caused by mutations of FOXP3 », Nature Genetics, vol. 27, no 1,‎ , p. 20–21 (ISSN 1061-4036 et 1546-1718, DOI 10.1038/83713, lire en ligne)

Articles connexes

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Liens externes

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