Marwan Lahoud

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Page d’aide sur l’homonymie Pour les articles homonymes, voir Lahoud.

Marwan Lahoud (Arabe : مروان لحود), né le au Liban, est un ingénieur de l'armement libanais naturalisé français. Il a été directeur général délégué à la stratégie et au marketing du groupe Airbus jusque février 2017. En mai 2017, il est nommé président du conseil de surveillance d'OT-Morpho.

Biographie[modifier | modifier le code]

Jeunesse, études[modifier | modifier le code]

Marwan Lahoud naît dans une famille de chrétiens maronites libanais[1]. Il est le fils de Victor Lahoud, un ancien officier supérieur du renseignement de l'État libanais.

Entre 1974 et 1975, sa famille s’installe près de Bourges où Marwan Lahoud suit une année scolaire à l’école Sainte-Jeanne de Saint-Martin-d'Auxigny. En 1975, le Liban est déchiré par la guerre. Élève déjà brillant, il va passer un an (la classe de troisième en 1978-1979) à Castres dans la famille du colonel Cann, chef de corps du 8e RPIMa, alors en mission dans le cadre de la Force intérimaire des Nations unies au Liban. Il retourne au Liban où la guerre s’est calmée mais, en 1981, les hostilités reprennent. Pour lui éviter d'être recruté par une milice, son père le retire de l’école à 15 ans : après une attente de six mois, son père le fait émigrer seul en France en 1982, avant de le rejoindre avec le reste de sa famille. Marwan Lahoud passe son bac cette même année. Après deux ans de classes préparatoires au lycée privé Sainte-Geneviève de Versailles, il intègre l’École polytechnique[2],[3] en 1984, à l'âge de 18 ans[a]. Une première fois refusée, sa demande d'obtention de la nationalité française est acceptée grâce à l’appui de Philippe Séguin, alors ministre des Affaires sociales, chez qui son dossier est parvenu[1]. Ceci lui permet de rejoindre le corps de l'armement[b] à sa sortie de l’École polytechnique en 1986 : dans ce cadre, il choisit l'École nationale supérieure de l’aéronautique et de l'espace pour sa formation d’ingénieur de l'armement.

Haut fonctionnaire[modifier | modifier le code]

Marwan Lahoud a commencé sa carrière à la Délégation générale pour l'Armement, en 1989, comme chef du centre de calcul du Centre d’essais des Landes, puis chargé des projets de rénovation des moyens d’essais et de la coordination des investissements. En 1994, il devient chargé de mission au service technique des systèmes de missiles tactiques (STSMT) puis il est nommé peu de temps après adjoint auprès du directeur des missiles et de l’espace de la DGA, Jean-Pierre Rabault.

Fin 1995, il est conseiller pour les affaires industrielles, la recherche et l’armement au cabinet de Charles Millon, ministre de la Défense. Il participe à la restructuration des industries du secteur avec notamment l’éviction d’Alain Gomez de Thomson-CSF. Il prépare la fusion entre l'Aérospatiale et Dassault Aviation mais le processus échoue peu avant son terme, à cause de la dissolution de 1997[4].

Dirigeant dans l'industrie aéronautique[modifier | modifier le code]

Marwan Lahoud est recruté en 1998 par l'Aérospatiale et devient directeur du développement. Il y négocie en 2000 la fusion avec Matra, première étape de la création d'EADS[4]. En , Marwan Lahoud est nommé directeur adjoint au directeur délégué chargé de la coordination stratégique de la société Aérospatiale-Matra et au directeur délégué aux affaires militaires.

À la création d’EADS en , il est nommé senior vice-président « mergers and acquisitions », et, à ce titre, est chargé des opérations de fusions et acquisitions d’EADS, comme la création de la société Airbus, de MBDA, d’Astrium. Le , à l’âge de 36 ans, il devient président-directeur général de MBDA. Il présente son frère Imad à Jean-Louis Gergorin ; ces derniers deviennent ensuite les protagonistes de l’affaire Clearstream 2. La plupart des dirigeants politiques ou des affaires ont considéré qu’il ne l’a pas fait avec une mauvaise intention, et ne lui en ont pas tenu rigueur[4].

En , il est nommé chief strategy and marketing officer (directeur général délégué à la stratégie et au marketing) du groupe EADS. Il remplace à ce poste clé Jean-Paul Gut[1]. Dans ces fonctions, il négocie la fusion avec BAE Systems qui n’aboutira pas[5]. En 2012, il est nommé directeur général de EADS France, tout en conservant son poste de directeur stratégique[4].

Son nom est évoqué pour la direction d’Areva en 2012, puis celles de Thales[6] et de Safran en 2014[7].

En tant que directeur général délégué d'Airbus chargé de la stratégie, il quitte le groupe européen d'aéronautique et de défense, annonce Airbus dans un communiqué, confirmant l'information révélée par le site internet de La Tribune le . Son départ est effectif fin [8].

Affaires et soupçons de corruption.[modifier | modifier le code]

Son départ d'AIRBUS semble bien être lié au scandale de corruption dans lequel AIRBUS a été impliqué à partir de 2017. "Airbus ran ‘massive’ bribery scheme to win orders" (cf. titre d'un article du Financial Times du 31 janvier 2020)[9]

Il est cité par de nombreuses publications comme étant au centre d'un système de commissions [10]qui pourraient avoir été illégales.

En France, le site Actu.fr commente longuement une enquête fouillée de Médiapart parue le 28 juillet 2017[11], laquelle cite les conclusions du Parquet national financier et de son homologue britannique, le Serious Fraud Office, pour qui ces commissions étaient l’œuvre du département Strategy and Marketing Organisation (SMO) de l’avionneur, service dirigé par Marwan Lahoud opérant sur les contrats d’export les plus sensibles. « Concrètement, le service était chargé de sélectionner, de traiter et de rémunérer l’ensemble des intermédiaires utilisés pour remporter les marchés, aussi bien civils que militaires."

Les premières affaires éclatent en 2012 après une enquête européenne sur des contrats militaires en Arabie Saoudite, en Roumanie et en Autriche.

Puis, en 2014, c’est l’affaire du Kazakhgate. « Lors d’une perquisition chez Airbus Helicopters, la justice française découvre des mails qui attestent que le groupe a donné son accord de principe pour verser 12 millions d’euros de pots-de-vin au premier ministre kazakh pour faciliter une vente d’hélicoptères », dévoile Mediapart.

Toujours en 2014, ce sont cette fois deux intermédiaires turcs qui portent carrément plainte contre le groupe pour réclamer le paiement de commissions dont ils estiment devoir être bénéficiaires dans le cadre de la vente de 160 Airbus à la Chine pour 10 milliards de dollars.

Selon Mediapart, un feuillet rédigé par Marwan Lahoud, n°2 d’Airbus Groupe, prévoyait que les commissions pouvaient atteindre 250 millions de dollars, selon les deux agents turcs. D’après des documents cités par Mediapart, l’astuce du SMO pour dissimuler ces commissions furent des fausses factures émises au titre d’un projet fictif de pipeline en mer Caspienne…[12]

En Grande Bretagne, le Financial Times publie le 31 janvier 2020, dans un article intitulé "Airbus ran 'massive' bribery' schemes to win orders", une photo de lui avec ce titre: "Marwan Lahoud, qui dirigeait l'organisation de stratégie et de marketing d'Airbus, SMO, une division dédiée à la sécurisation des ventes sur les marchés émergents et au cœur d'un catalogue d'infractions".[13]

En Allemagne, le Handelsblatt a écrit un long article le 10 septembre 2017 sur ces affaires de corruption, et notamment:

"Bien que le cas du Kazakhstan soit suffisamment grave, il pourrait y avoir pire à venir alors que les enquêteurs se tournent vers des contrats d'aviation civile avec la Chine et la Turquie. Dans ce dernier cas, M. Lahoud aurait signé 250 millions de dollars de pots-de-vin. Airbus dément les allégations, mais certains disent que le départ soudain de M. Lahoud de la firme en février dernier apparaît désormais sous un nouveau jour.[14]."

Marwan Lahoud a été mis en garde à vue en septembre 2019 pour des commissions versées à Alexandre Djouhri, cité en cela par un article de Médiapart du 4 septembre 2019[15], relayé sur la page Facebook de ce journal:

"Les anciens dirigeants d’Airbus Marwan Lahoud et Jean-Paul Gut ont été placés en garde à vue et confrontés, en juin dernier, dans l’affaire libyenne. En 2009, Claude Guéant avait fait pression pour qu’Airbus (ex-EADS) s’acquitte d’une commission au profit d'Alexandre Djouhri sur la vente d’avions à la Libye. Et les juges ont découvert qu’une somme de 4 millions d’euros avait été dirigée début 2010 vers une mystérieuse société libanaise."

En janvier 2020, la presse annonce que les tribunaux français, britannique et américain ont validé les accords passés en début de semaine par Airbus et le Parquet national financier (PNF) français, le Serious Fraud Office (SFO) britannique et le Department of Justice (DOJ) américain en vertu desquels le groupe européen s'engage à payer des amendes d'un montant total à 3,6 milliards d'euros: 2,08 milliards en France dans le cadre d'une convention judiciaire d'intérêt public (CJIP), 984 millions au Royaume-Uni et 526 millions aux États-Unis.[16]

Le PNF, le SFO et le DOJ enquêtaient conjointement depuis 2016 sur les "irrégularités" portant notamment sur les agents commerciaux intervenant dans les contrats de ventes d'avions.

Au total, ces irrégularités concernent des contrats conclus en Chine, dans les Émirats Arabes Unis, en Corée du Sud, au Japon, en Arabie Saoudite, à Taïwan, au Koweit, en Turquie, en Russie au Mexique, au Brésil, au Vietnam, en Inde, en Colombie et au Népal. Éric Russo, procureur, a fait état des "pratiques massives de corruption au sein de la société" et "des faits qui disent qu'Airbus a corrompu des dirigeants publics étrangers et de compagnies aériennes pour obtenir des contrats". Ces faits ont été constitués par le versement de millions d'euros de commissions ou d'avantages en nature occultes, a-t-il expliqué.

Aujourd'hui dissoute, l'unité du groupe baptisée Strategy and Marketing Organization (SMO), dirigée par Marwan Lahoud, était au coeur du dossier.

Ces accords permettent de clore les poursuites contre AIRBUS, mais ne concernent qu'Airbus en tant que personne morale et pas ses dirigeants ou ex-dirigeants.

La quasi totalité des articles parus sur ces accords souligne que les ex-dirigeants pourront être inquiétés dans le cadre d'une enquête préliminaire toujours en cours.[17] Qui concerne donc Marwan Lahoud, impliqué à titre personnel dans ce scandale de corruption à grande échelle, en tant qu'ancien dirigeant d'Airbus, et précisément en charge du groupe SMO.

Participation à des institutions[modifier | modifier le code]

Marwan Lahoud a été membre des conseils d'administration de Dassault Aviation et de Technip ; membre du conseil de surveillance de l'Institut Aspen France.

Il est président du comité d'audit de BPCE (Banque Populaire Caisse d'Epargne) et président du conseil d’administration de l’Institut des hautes études scientifiques (IHES)[18]. Il est élu en juillet 2013 président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS) et il est nommé en 2014 membre du Conseil stratégique de la recherche[19].

Il est élu en juin 2019 président de l’Association des anciens élèves et diplômés de l'École polytechnique (AX)[20].

Il est un ancien de la promotion 1999 des Young Leaders de la French-American Foundation[21].

Il est membre du Conseil d'orientation de l'Institut Thomas More[22].

Famille[modifier | modifier le code]

Marwan Lahoud est le frère d’Imad Lahoud, connu pour avoir été impliqué dans l'affaire Clearstream 2.

Décorations[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'âge moyen d’admission à l'École polytechnique est 20 ans puisque la préparation du concours nécessite deux années de scolarité en classes préparatoires scientifiques (trois années s'il y a eu un premier échec au concours), effectuées à l'issue de l'obtention du baccalauréat.
  2. En effet, les corps d’État — a fortiori celui des ingénieurs de l'armement rattaché au ministère de la Défense — ne sont pas accessibles aux élèves étrangers.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a b et c « Marwan Lahoud. Une sacrée trajectoire », Le Point,‎ (lire en ligne).
  2. De la promotion X1983, cf. « Fiche de Marwan Lahoud », sur le site de l’association des anciens élèves et diplômés de l'École polytechnique (l’AX), Paris (consulté le 20 juillet 2016) ; y est notamment indiqué le grade de Marwan Lahoud dans la fonction publique : « ingénieur en chef de l'armement » ; y est aussi indiqué qu'il s'agit d’un « ancien élève étranger » désormais de nationalité française ; le codage de l'URL de sa fiche « id=19840345 » montre qu'il a passé le concours en 1984, étant enregistré sur les listes d'admission de l'année 1984, avec le no 345, c'est-à-dire avec une numérotation qui démarre après celle des trois cents élèves français admis.
  3. Ouvrir la « Page d’accueil », sur le site de la bibliothèque de l’École polytechnique, Palaiseau (consulté le 20 juillet 2016), sélectionner l’onglet « Catalogues » puis cliquer sur « Famille polytechnicienne », effectuer la recherche sur « Marwan Lahoud », résultat obtenu : « Lahoud, Marwan (X 1984) » ; ceci indique que Marwan Lahoud a réussi le concours d’entrée de l’École en 1984 et que, en tant qu'élève étranger non soumis aux obligations militaires réservées à ses collègues français de la promotion 1983, il a rejoint l'École pour suivre l'année d’enseignement qui commençait pour la promotion 1983, promotion à laquelle il a ainsi été rattaché et ce jusqu'à sa sortie de l'École.
  4. a b c et d Alexandra Schwartzbrod, « Marwan Lahoud. Missile dominici », Libération,‎ (lire en ligne).
  5. Guy Dutheil et Dominique Gallois, avec Frédéric Lemaître et Marc Roche, « EADS-BAE : les dessous d'une négociation au pas de charge », Le Monde,‎ .
  6. Alain Ruello, « Thales : quel successeur pour trouver un second souffle ? », sur www.lesechos.fr, .
  7. Guy Dutheil et Cédric Pietralunga, « Safran : l’État a choisi Philippe Petitcolin », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  8. Anne Bauer, « Le chef de la stratégie d’Airbus, Marwan Lahoud, quitte le groupe sans préavis », Les Échos,‎ (lire en ligne, consulté le 15 février 2017).
  9. « Subscribe to read | Financial Times », sur www.ft.com (consulté le 22 février 2020)
  10. « Subscribe to read | Financial Times », sur www.ft.com (consulté le 22 février 2020)
  11. « Selon Mediapart, un gigantesque scandale de corruption concerne Airbus », sur actu.fr (consulté le 22 février 2020)
  12. martine orange et Yann Philippin, « Le gigantesque scandale de corruption qui menace Airbus », sur Mediapart (consulté le 22 février 2020)
  13. (en-GB) « FT », sur Financial Times (consulté le 22 février 2020)
  14. (en) « Bribery Scandal(s): Airbus rocked by corruption allegations », sur www.handelsblatt.com (consulté le 22 février 2020)
  15. Fabrice Arfi et Karl Laske, « Guéant-Djouhri: les juges sur la piste des commissions occultes d’Airbus », sur Mediapart (consulté le 22 février 2020)
  16. « Corruption : Airbus évite le pire », sur La Tribune (consulté le 22 février 2020)
  17. Transparency International e.V, « Airbus bribery investigation highlights power of international cooperation in tackling corruption », sur www.transparency.org (consulté le 22 février 2020)
  18. « Accueil > Conseil d'administration », sur www.ihes.fr (consulté le 6 décembre 2014)
  19. Décret du 3 février 2014 portant nomination au Conseil stratégique de la recherche
  20. « Accueil > L'Association > Le Conseil d'administration > Le Bureau », sur www.ax.polytechnique.edu (consulté le 28 juin 2019)
  21. « Past Classes | French-American Foundation », sur frenchamerican.org (consulté le 19 juin 2015)
  22. « Qui sommes-nous ? – Institut Thomas More », sur institut-thomas-more.org (consulté le 25 juin 2019)
  23. Décret du 9 avril 2004 portant promotion et nomination
  24. Décret du 12 juillet 2013 portant promotion et nomination