Martin Vaughn-James

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Martin Vaughn-James
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Martin Vaughn-James Autoportrait

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Martin Vaughn-James (né à Bristol le 5 décembre 1943 et mort le en Provence) est un peintre, illustrateur et auteur de bande dessinée britannique. Après avoir séjourné à Londres, Montréal, Tokyo et Paris, il a longtemps vécu à Bruxelles.

Illustrateur davantage qu'auteur de bandes dessinées au sens traditionnel, il a cependant publié quelques ouvrages pouvant correspondre à l'idée de "roman graphique". Notamment quatre titres datant de l'époque où il résidait au Canada : Elephant (1970), The Projector (1971), The Park (1972) et The Cage (1975).

C'est ce dernier, vertigineux récit déconstruit sous l'influence du Nouveau roman et de Robbe-Grillet, labyrinthe graphique sans personnage, qui a le plus fait pour sa notoriété. La Cage a connu plusieurs éditions en Français, la plus récente étant due aux Impressions Nouvelles (2006), et a même fait l'objet d'une monographie, La construction de la cage par Thierry Groensteen (Impressions Nouvelles, 2002). Il a publié ensuite L'Enquêteur et Chambres noires, deux autres renouvellements du récit graphique.

À partir du milieu des années 1980, Martin Vaughn-James s’est consacré principalement à la peinture, exposant régulièrement en France, en Belgique et en Allemagne des toiles où ses préoccupations narratives s'exprimaient d'une autre façon. Il est cofondateur avec Hastaire du Groupe Mémoires (2000) composé de Kleinmann, Yuri Kuper, Boris Zaborov, Lydie Arickx...

Biographie[modifier | modifier le code]

Fils de Clifford Howard James, instituteur itinérant et de Kathleen Florence Stevens il naît à Bristol en Angleterre le 5 décembre 1943. Sa famille et lui s'expatrient Australie à partir de 1958 où il étudie pendant quatre ans à la "National Art Shool of Australia", East Sydney. Le 3 mai 1967 il épouse Sarah Mac Coy (Noddy), poétesse, à Kensington (Londres - Angleterre)

En 1968, il émigre au Canada avec son épouse, et s'installe à Toronto. Ils quittent le Canada en juin 1977 pour retourner en Angleterre, d'abord dans le Sussex, puis à Londres

En septembre 1978, ils s'installent durablement en France à Paris. En 1991, ils s'installent au "domaine de la Hêtraie" à Doudeville puis dans un ancien relais de poste "La Cour Rabault" dans le Calvados, à La Chapelle-Yvon. Ils reviennent à Paris en décembre 1995.

En 2006, après avoir vendu leur appartement parisien, ils émigrent en Belgique, pour habiter place Louis Morichar à Saint-Gilles.

Il décède en Provence le 3 juillet 2009.

Œuvres illustrées[modifier | modifier le code]

Martin Vaughn-James publie son premier cartoon surréaliste[1] (vignette illustrée) [un homme qui dort, rêvant à… lui-même qui dort !] en page 36 du mensuel canadien Saturday Night[2] du mois de septembre 1968. Il fournira au même mensuel tous les mois des séries de vignettes (de une à huit cases sans texte) jusqu’en août 1980 (illustration en page 48). A partir d’octobre 1969, il publie, pour le même magazine Saturday Night de très nombreuses illustrations pour des articles polémiques : en commençant, en mai 1970, en page 54, par illustrer l’article de Myrna Kostash[3], « Canada’s no place to be a guerrilla ».

A la page 16 du même numéro de mai 1970, le mensuel Saturnay Night rend compte, sous une photo de MVJ, de la sortie, aux éditions New Press [84 Sussex avenue, Toronto 179], pour 3 dollars 50, de sa première « bande dessinée » (pour MVJ, il s’agit d’un « boovie ») intitulée Elephant. Il décrit lui-même Elephant comme suit[4] :

« The age of reason has inflicted man with ans asphyxia of the mind. We live in a age of corporate bodies. We experience collectively approved emotions on a national scale. Any deviation is considered neurotic, insane or subversive. Our individual vision has been sacrificed for an amazingly limited range of collective perceptions wich we learn from childhood bu repetition and limitation the way a parrot learns to swear. Our society believes in words, not people or things. We are abstract. When we perceive an object or person or feeling we see a word first, and, if we are not already too far gone, the thing later. Our world is no longer populated with trees and storms and stines and blood but the words « trees », « storms », « stones », « blood ». Our mania for equality and affluence achieved through systems of logic and order has meant that we must reject our natural chaos and all accept the same way of perceiving the so-called « real-world ». Elephant is NOT a fantasy. The modern world is a fantasy ; a fantasy of our reason, our logic, our insistence on problems and solutions. Elephant is a man living subjectively, illogically and mysteriously. Elephant is a confused whimper in a corridor of steam-irons and bank buildings. Elephant is a heart in a cardboard box, its beat almost inaudible as it stands in an empty parking-lot »

Deux pages originales et promotionnelles pour Elephant, dessinées par MVJ, sont publiées dans The Toronto New Paper, du 20 octobre 1970. Deux pages extraites de l’album (pages 17 et 18) sont publiées dans le numéro de novembre 1970 du magazine Other Scenes et quatre autres, en pages 135 à 138, du numéro de juin 1970 du mensuel The Canadian Forum[5]. MVJ explique dans ce numéro ce qu’il entend par « boovie » comme style littéraire, « inventé » par lui à l’été 1968[4] :

« The boovie : it is not a book, not a comic-strip, not a de-animated cartoon, not a scenario for a film. It is a new form, wich, granted, like any new form owes something to those already in existence. The Boovie is primarily a visual experience. The book has been transformed into an object in its own right. It is not, anu more, an abstract vehicle for ideas or feelings with no existence of its own, but a thing in itself. Unlike certain other forms (painting) it is truly democratic for it is a multiple object available to all in the same form at the same price. It exists in time, like the novel and the film, and in space, like the painting of the sculpture. Art is Anarchy of the Spirit »

Dans le numéro de novembre 1970 de Saturday Night, MVJ publie, une courte bande dessinée [un deuxième « boovie » ?] de trois pages en couleurs et sans paroles, intitulée « Polluterman – The final episode in the saga of man’s conquest of his environment ! »

En 1971, les éditions Coach House Press de Toronto, sortent sont deuxième (réel) « boovie », intitulé The Projector, composé de 123 pages. Certains extraits (comme « Scythes in the night » par exemple) seront publiés dans l’anthologie Breakthrough fictionneers, publiée chez Barton en 1973

Et, en 1972, les mêmes éditions Coach House Press sortent son troisième « boovie », intitulé The Park , ouvrage disponible en une série de différents très petits formats de 32 pages

Par bien des côtés, ces deux derniers « boovies » préfigurent ce qui sera son œuvre phare : La Cage, sortie en 1975

A compter de janvier 1971, MVJ collabore avec le mensuel The Canadian Forum, dans lequel il publie tant des illustrations d’articles [par ex. page 343 du numéro de janvier 1971] que ses cartoons surréalistes [par ex. page 383 du numéro de février 1971]. Le numéro de novembre-décembre 1970 contenait déjà, entre ses pages 286 et 287, un encart dépliable de six pages intitulé « Umbrella fruit ». Il y collaborera jusqu’en novembre 1979 (cover).

A compter d’octobre 1971, MVJ fournit des illustrations grand format pour le Toronto Daily Star : première illustration en page 8 du numéro du 2 octobre 1971 en illustration d’un article de Jack McArthur « Our basic choice : fight US economy or join it ». Dans ces trois journaux, à compter de cette période, ses dessins sont de plus en plus polémiques et réalistes. Il collaborera avec le Toronto Daily Star jusqu’en août 1976 (illustration de l’article de Gerald Utting « Is U.S. reaping benefits of our research ? »)

A compter de novembre 1974, MVJ collabore avec le mensuel Books in Canada – A national review of books : première publication en couverture du volume 3 numéro 7 en illustration d’un article de George Woodcock, « We are what we map ». Il y collaborera jusqu’en septembre 1982 (cover)

En pages 67 à 76 de l’ouvrage de « short fictions » intitulé The Story so far 3, édité en 1974 par David Young, au milieu de textes de William Burroughs ou de Hubert Selby Jr., MVJ publie « The Mole », huit illustrations légendées. Sous sa photo, aux fins de biographie, MVJ  place un descriptif détaillé de son passeport. Aux pages 82 à 84, suit la publication de la nouvelle « Diving » rédigée par sa femme, Sarah McCoy

Plus épisodiquement, il réalisera d’autres illustrations ponctuelles, ainsi, par exemple, pour les magazines Chimo ou Egg (deux cartoons de six cases en page 3) ; ou une illustration, intitulée « Portrait of the boovist as a young portrait », en page 13 du numéro 1 de juin 1970 de Guerilla ; ou des affiches poster pour le journal Dreadnaught (de novembre 1970 numéros 2 – pages 6, 10 et 11) ; ou pour le numéro de Vanguard, de mai 1977, en page 3 : une illustration caricaturale pour l’article « John Robert Colombo – Me, Myself & I – An author’s view of his own work »…

En 1973 et 1974, MVJ réalise les couvertures de deux livres de Leonard Cohen, « Flowers fot Hitler » et « The Spide-Box of Earth » tous deux édités par Jonathan Cape (Londres)

Du 5 septembre au 12 octobre 1975, MVJ a sa première exposition à l’Art Gallery of Ontario. Elle est intitulée « Image..Word...Sequence » et comprend essentiellement des planches extraites de ses quatre «visuals-novels»[6] : Elephant, The Projector, The Park et The Cage. Lors de l’exposition annuelle de 1975-1976, The Art Directors Club of Toronto lui décerne le prix du mérite.

En 1975, aux éditions The Coach House Press de Toronbto (Canada) paraît « La Cage – A Visual Novel », son œuvre (illustrée) maîtresse, qui sera rééditée à de nombreuses occasions. Il y est précisé (p. 184) que le livre a été commencé en 1972 à Toronto, complété dans la même ville en février 1974, même si la majeure partie de l’ouvrage a été réalisée à Paris en 1972 et 1973. L’œuvre est dédiée à sa femme Noddy, « trough the arcades indestructible longing casts its dangerous and lovely shadow on the heart »

A compter de janvier 1973 et jusqu’à janvier 1982, MVJ va collaborer à la revue périodique française « Minuit » des éditions de Minuit, en fournissant des illustrations (d’une à parfois onze pages) pour les numéros 2 (pages 64 à 69), 6 (pages 39 à 42), 8 (pages 48 à 55), 10 (pages 4 à 15), 11 (pages 8 à 11), 13 (9 illustrations), 16 (pages 23 à 26), 17 (pages 53 à 56), 21 (pages 23 à 28), 25 (pages 72 à 75), 26 (pages 48 à 51), 28 (1 illustration), 29 (1 illustration), 30 (1 illustration), 31 (1 illustration), 32 (1 illustration), 33 (pages 40 à 41), 34 (deux illustrations), 35 (1 illustration), 36 (2 illustrations), 38 (1 illustration), 39 (1 illustration), 47 (1 illustration) et 49 (pages 21 à 24).

Toutes ces illustrations seront reproduites par la suite dans Après la bataille, publié en 1982 par l’Atelier de l’Agneau, avec une longue et détaillée préface de Jean-Pierre VIDAL, qu’il clôture en ces termes (p. 10) : « Nul n’entre ici s’il ne veut concourir à la production des sens que Vaughn-James, artificier majuscule, fait éclater en tous sens, à toute page, sur chaque image. Avec Vaughn-James. le récit en dessins, le roman ou la nouvelle visuels ou visibles accède enfin à l’âge adulte de l’écriture. Avec Vaughn-James, les fils de Tintin ont enfin rencontré Alain Robbe-Grillet. Qu’est-ce qui pourrait bien, maintenant, les arrêter ? ».

Et de nombreuses illustrations seront reproduites dans le numéro 1982/42 spécial, intégralement consacré à Martin Vaughn-James, de Canadian Fiction Magazine. Outre celles-ci, ce numéro contient une longue interview de Martin Vaughn-James par Geoffrey Hancock. Paru en juin 1976 aux éditions The Dreadnaught press (Canada), MVJ réalise la couverture et six illustrations pour le livre de sa femme, Sarah McCoy, intitulé « Lies » (en anglais). Il en fera de même pour ses ouvrages subséquents : « Album » (en anglais) paru en 1983 aux éditions John Calder (Londres) ; et « Ouï-dire » (en français), paru en avril 1986, aux éditions Castor astral/Atelier de l’agneau.

Dans le numéro 4 (sorti au printemps 1976) de Essays on canadian writing (éditeur Jack David), MVJ réalise la couverture et le quatrième de couverture.

Dans The Story So Four, édité par The Coach House Presse en 1976, MVJ sort « The observer » (pages 148 à 153) ; qui sera repris, dans l’anthologie Ground works, en 2002, en pages 111-116.

En juillet 1977, MVJ réalise « Leçon de choses génériques », sept illustrations pour un texte de Claude Simon, paru dans le numéro 105 de La Nouvelle Critique, en pages 34 à 42. Deux illustrations seront reprises dans Ni les loups ni les chiens, un texte de Anita J. Laulla, paru en 2009 aux éditions Atelier de l’agneau.

En 1978, MVJ réalise la couverture et quatre illustrations pour le texte du Manuscrit trouvé dans une valise de Louis Philippe Hebert, publié aux éditions Quinze.

En avril 1978, pour le numéro 11/1 des Etudes littéraires, il réalisera six illustrations intitulées « Six visions de Maldoror ».

MVJ réalisera encore, pendant la même période, différentes illustrations pour diverses revues :  en 1978, « Le Temple », une illustration pour le numéro 16-17 de la revue Obliques ; en 1979, une illustration intitulée « Où sommes-nous » qui sera reprise, en page 4, dans l’ouvrage de Jean-Pierre Vidal, Histoires cruelles et lamentables, paru en 1991 ; des illustrations dans la revue belge « 25 » (pages 24 et 25 du numéro 27 ; numéro 41 ; numéro 51, page 14) ; des illustrations dans la revue belge La vigie des minuits polaires (cover du numéro 4 ; dans le numéro 5 ; la cover du numéro 7 ; la cover et 6 illustrations dans le numéro 8) ; des illustrations pour la revue française Bas de casse  (cover du numéro du 2ème trimestre 1981 ; une illustration dans le numéro 4, en page 28, la cover du numéro 5/6) ; en 1982, une illustration, en page 68, du numéro 6 de la revue Jungle ; les 12 illustrations intitulées Boulevards périphériques pour le numéro 1 de la revue Affaires de style (pages 36 à 42), une illustration, en page 61 du numéro 1 et une illustration en page 64 du numéro 3 ; en 1986, une illustration, en page 39, du numéro 5 de la revue française Station blanche de la nuit ; à l’hiver 1986, deux illustrations dans le numéro 19 des Études littéraires, pages 198 et 199.

En 1980, MVJ réalise la couverture, une illustration et 6 vignettes du texte « Pièces » de Francis Dannemark, édité par lui-même.

En 1982, il réalise avec Jacques Izoard six dessins à l’encre de chine pour un livre intitulé Axe de l’œil publié au éditions Atelier de l’Agneau. Le Ministère français de la Culture (Centre National des Arts Plastique) achètera (pour 9.000 FF) les six dessins, en octobre 1985, pour les intégrer au Fonds National d’Art Contemporain.

En 1983, il réalise la couverture et 12 illustrations pour le roman de Harry Blake, intitulé Meurtres clandestins et publié aux éditions Bas de casse.

En 1984, sort aux éditions Futuropolis un ouvrage de 56 pages intitulé « L’enquêteur ». Il s’agit en fait d’un « remaniement » soigné de dessins réalisés antérieurement et depuis 1975, essentiellement Boulevards périphériques et de From the investigator (publié dans le numéro 42, en pages 112 à 121 de Canadian Fiction Magazine).

L’ouvrage sera réédité, dans un autre format, en 2002, par les éditions Les Impressions Nouvelles.

Des extraits seront repris dans le numéro 35 de la revue Traverse, en pages 84 et 85 ; ou en couverture de l’ouvrage de Richard Saint-Gelais, Châteaux de pages, paru en 1994 aux éditions Hurtubise (Canada).

En 1985, MVJ réalise la couverture de l’édition anglaise de The Flanders road, de Claude Simon. Il en fera de même, en 1987, pour la couverture de The Palace et, en 1989, pour The Georgics. Les trois ouvrages sont publiés aux éditions John Calder (Londres). Il en fera de même pour les illustrations des couvertures de Death on credit (Céline), Journey to the end of the night (Céline) ou Only by Mistake (P.J. Kavanagh).  

Au 2ème trimestre 1990, en pages 105 à 130, du numéro 13-14 de la revue française Conséquences, MVJ réalise une œuvre crayonnée intitulée « Chimère », qui préfigure ses premiers tableaux.

En 1989, les éditions Collins Publishers (Australie) publient son premier roman, intitulé Night train (298 pages). Il en commettra un second, en 1991, intitulé The Tomb of Zwaab, qui sera édité par Collins Publisher (Londres). MVJ en a illustré la couverture. 

En 2007, les éditions Les Impressions Nouvelles sortent « Chambres noires » (en hommage à Harry Blake). Il ne s’agit en fait que de la reprise et du « dépiautage » des 12 illustrations réalisées par MVJ pour illustrer Meurtres clandestins de Harry Blake, accompagnées de quelques illustrations plus anciennes (publiées par exemple, dans le numéro 42 de Canadian fiction Magazine ou le numéro 3 de Affaires de style)...

Œuvres peintes[modifier | modifier le code]

Dans un article publié en 1994[7], le critique Guy Gilsoul décrira bien quelle était la « philosophie picturale » de MVJ : « Vaughn-James appartient à la race des nomades. Né en Angleterre en 1943, il gagne d’abord l’Australie puis le Canada, passant d’une ville à l’autre, revient vers l’Europe, s’installe à Paris, puis rejoint la Normandie, avant de faire halte à Bruxelles où il travaille actuellement. Il aime marcher, parcourir les rues des faubourgs et les sentiers de campagne. A la manière d’un chasseur, il traque, écouten sent, observe. Sa proie lui ressemble. Cela peut être une mare au milieu d’un pré, une souche d’arbre, une porte.

Le nomade n’aura pour tout bagage que son corps à porter avec, par-dessus, sa propre enfance. D’où, chez lui, la figure troublée du père, certains jouets en fer blanc, des baraques en forme de demi-cylindre métallique, un rideau de douche, un pont, une forêt. Tout cela lui appartient et relève de ces journées noyées ».

1980-1986 : Les « machinations »[modifier | modifier le code]

Avant de passer à la peinture, MVJ réalise, au début des années 1980, trois séries de 7, de 9 et de 8 grands « dessins policiers », à la plume et à la mine négro, avec pour les derniers quelques rares couleurs ; des grands formats assez proches des illustrations réalisées pour la revue Minuit :

« Dans une atmosphère de clinique et de vivisection, on rencontre des chiens et des hyènes entravés, des sièges médicaux, des harnais, tout ce qu’il faut pour faire naître l’angoisse et suggérer des tortures silencieuses. Il y a d’étranges appareils, des fils électriques, des miroirs ou rideaux derrières lesquels tout peut se passer, des masques de cuir ou de fer, des fenêtres brisées, des papiers froissés, des pierres qui tombent, des pièces encombrées de gravats, des débris divers (tuyauteries arrachées, vieux lits métalliques, matelas crevés…). Les grands dessins de l’artiste, exécutés à la mine « negro » qui permet à la fois la précision du trait et le « charnu » de la matière, évoquent un univers vidé de l’anecdote, de l’accessoire pittoresque »[8]

Ceux-ci seront essentiellement exposés en 1982, en 1984 et en 1986 à la Galerie d’art contemporain (Paris) puis à l’Autre Musée (Bruxelles), la Librairie La Hune (Paris) et la Librairie Macondo (Bruxelles).

Danièle Gillemon dira de ces œuvres[9] : « La technicité éblouissante, « clean » jusqu’au vertige, de cet Anglais qui a vécu bon nombre d’années en Australie relève effectivement de l’ordre policier. Les choses banales, les lieux embusqués, à la limite du sordide ne sont-ils pas toujours les plus révélateurs ? Son crayon, sa plume sont comme une torche puissante qui balaie murs, planchers, objets, meubles, pour mettre en lumière l’élément suspect.

Une armoire dès lors, un paravent, un classeur ou une boîte qui devraient être sans histoire deviennent le centre de l’énigme et brillent d’un halo particulier. C’est ici, semble nous dire le dessinateur, que « cela se passe ». mais l’objet vers lequel converge notre regard est occulté bien que scrupuleusement évoqué. Quelque chose nous le dérobe, en court-circuite le sens : il n’y a pas de « clefs » pour ce mystère obsessionnellement mis en scène. Si Vaughn James nous piège, c’est pour que nous voyions réellement les choses, en dehors de toute projection « romanesque » ».

Et Jo Dustin[10] :

« Le trait est incisif et cruel. La morbidité s’installe sans vergogne. Les chiens subissent d’étranges opérations sadiques. La désagrégation se déploie de manière minutieuse. (…) C’est Jean-Pierre Raynaud qui a inauguré ce décor impersonnel, répandu abondamment dans les bandes dessinées actuelles. Les grands dessins aux noirs poreux de Vaughn-James s’éloignent de ce chaos démonstratif. Nous sommes le plus souvent dans des pièces silencieuses aux planchers saisis de perspectives aiguës. Des échafaudages bâchés, des paravents sombres, des amas recouverts de plastique suggèrent avec violence l’inquiétante chose cachée. Ici l’énigme devient dangereusement familière ».

Dans un article intitulé « L’inquiétante hospitalité de la mort » qu’elle rédige pour présenter le travail de MVJ en préalable à  l’exposition, en novembre 1982, à la Galerie d’Art contemporain de Paris, la philosophe Marie-José Baudinet-Mondzain précise, :

« Le travail de Martin Vaughn-James est une démonstration infiniment lente et rigoureuse, sans lapsus et sans erreur de ce qui constitue l’essence de l’énigme elle-même dans une vertigineuse équivalence de l’innocence et du crime, de la vision et d’une stupeur mortelle. Ce sont des planches pour leçons de choses où l’angoisse, la torture, le silence deviennent de paisibles expériences méthodiquement déroulées dans le laboratoire du visible. Applications exactes dans une temporalité ralentie jusqu’au suspens, d’une science impeccable de l’hétérogénéité. Sans crainte ni tremblement ».

Plus précisément, dans l’article titré « L’horlogerie diabolique de nos solitudes » qu’elle rédige pour être distribué lors de l’exposition elle-même, Marie-José Baudinet-Mondzain précise encore :

« Voici les grands formats de Martin Vaughn-James. Je voudrais à présent les désigner du nom de machinations ; mais ce sont des machinations qui, au fil du temps, de dessin en dessin, se détachent de plus en plus de l’intrigue ; je veux dire de toute anecdote plus ou moins narrative qui vous ferait chercher quelque part le visage de l’intrigant. Non, il n’y a personne derrière tout cela et c’est grand deuil ».

1987-1990 : Les sphinx (une vingtaine d’œuvres).[modifier | modifier le code]

En 1988, MVJ expose « le cycle des sphinx », une petite vingtaine de pastels sur papiers colorés en assez petits formats. Ainsi présentés (dans le programme de L’Autre Musée) par le critique Jacques ANDRE : « Fréquenter les productions de Martin Vaughn-James permet de découvrir régulièrement et avec bonheur les variations et les subtilités de la force avec laquelle il peut depuis longtemps piéger notre imaginaire. Et c’est ainsi, spectateur à la fois complice et victime, qu’il nous est donné de partager ses explorations de territoires dont il est l’hôte familier : frontières et passages où vacillent les repères de l’Histoire, de l’identité et de la perception ; paysages hantés par le paradoxe, le trouble ou la suspension du temps, de l’espace et du geste ».

On retiendra, de cette époque et de cette série, que MVJ réalisa aussi une « Carte postale de Tyr » [130 x 97] œuvre pour laquelle l’Association Internationale pour la sauvegarde de Tyr lui octroya, le 26 octobre 1987, à l’Institut de France, le prix de l’Association Internationale.

1990-1995 : Méditations et Vanités (une trentaine d’œuvres).[modifier | modifier le code]

A compter de 1994, MVJ présente une trentaine d’œuvres qu’il appelle « Méditations » : une série de très grands formats représentant « un nouvel imaginaire de Vanités : crâne de bœuf, meutes de canons, barbelés, baraquements, voies ferrées... »[11], essentiellement influencées par la période de trois années vécu par lui-même, jeune dans les camps pour expatriés en Australie. 

Mais c’est d’abord le travail sur la matière, plus que le sujet, qui frappe dans cette série d’œuvres (parce qu’il préfigure ce qui singularisera tout le travail ultérieur de MVJ) : « Huile et pastels, énergiquement frottés, dilués, coulés, raclés, effacés, repris, accordés, en maigre couleurs, resserrées autour de l’écru de la toile. Noirs, bruns, verts, et jaunes fondus, ocres, beiges, gris bleutés, rarement quelques textures rouges, fantomatiques elles aussi. Toutes sont rongées par l’éclat de blancs ossifiés, chaulés, cotonneux, rehauts des cieux livides qui laissent l’apaisement s’abriter seul dans les ombres des contre-jours et des bordures »[11]

C’est ensuite sans doute les œuvres les plus « intimes » de MVJ, placées « entre nostalgie et violence », puisque cette série formalise les trois années passées par MVJ dans les « camps de réfugiés » lors de son arrivée en Australie.

Le critique Guy Gilsoul dira de cette série : « Entre les ruptures d’échelle et les traits interrompus, les taches et les coulures, la toile écrue garde l’odeur de la paille et des campements du poète errant. Vaughn-James dessine. A coups de noirs et de bistre, au pointstick ou en tirant l’empreinte de surfaces rugueuses posées sous le support, il vise une étrange construction teintée à la fois de nostalgie et de violence. Il appartient à la famille des Böcklin ou plus près de nous de Hopper, voire de Delvaux ou de Vaccari. Comme le Suisse, l’Américain, le Belge et l’Italien, Vaughn-James construit une image dans sa langue « maternelle ». Une image irréductible aux traductions. Une image Babel, arrachée aux profondeurs noires d’une simple mare... »[7]

1996-1999 : Architectures, pyramides et bâtons (environ 80 œuvres).[modifier | modifier le code]

En 1999, lors de son exposition à la Galerie Océane, à Saint Denis-La Réunion, MVJ expose ses premières œuvres qui sont « du style » de la majorité de ses œuvres et qu’il maintiendra jusqu’à la fin. Benoît Peeters a tourné, en 2002, dans l’atelier de l’artiste, un court métrage sur Vaughn-James, intitulé « Création d’un tableau », dans lequel est mis en évidence la parfaite singularité de son travail. Travail que, se reportant au film, Hastaire précise encore dans son livre La Peinture vagabonde – Thématiques[12] qui se clôt sur un hommage à MVJ :

« Avant d’amener la peinture à son exigence « littéraire », Martin Vaughn-James aura entrepris de maroufler des papiers de toute sorte : page de cahier d’écolier à spirales, enveloppes, cartes géographiques… Gardant, privilégiant jalousement leur identité ; les piégeant ensuite avec de l’enduit. Suivra une dilution de pastel sec afin d’animer les fonds, puis encore quelques interventions « chimiques ». Ces riches fonds une fois constitués, les dessin est ensuite réalisé au crayon Graphite (notons que jamais l’artiste n’intègre à l’œuvre réalisée des éléments exogènes à la peinture). A ce moment seulement, intervient l’acrylique que le peintre manie depuis longtemps avec une belle virtuosité. Enfin, après avoir été fixées, ces images subiront l’assaut du papier de verre, de la brosse métallique, du couteau, connaîtront encore des retouches avant le vernis final. (…) Apparaissent, surgissent enfin comme sidérés des Architectures, des Jardins, des Personnages, des Bagages qui livrent leur mémoire, nous imposent leur présence tour à tour délicate ou violente. Violence du Palais de Justice de Bruxelles ; à peine né le nouvel Etat se voit dans des habits trop grands : c’est Mussolini au pays de Tintin et Milou… Harmonies ou délires, les Architectures se succèdent : Palais Longchamp de Marseille, architectures éclectiques, toujours du dix-neuvième siècle… Ouvrons les Bagages, malles, valises… Que découvrons-nous ? Des photos, des cartes postales : grenier ordinaire de toute histoire familiale. Les Personnages, eux, sont mis à distance « affective », tout comme la famille qui, elle, est mise à l’écart, ou réifiée. Même les anonymes se retrouvent décadrés, la tête coupée. Glissez mortels… Et les Immigrations, documents de toutes sortes, timbrés, estampillés… (…) Ce monde foisonnant qui se bouscule, ce point de rencontre ultime des mémoires qu’accompagnent leurs richesses constituent le trésor amassé patiemment par l’artiste. Cette quête ardente du passé, du gommé, du détruit comme du retrouvé nous assure la présence insistante et pérenne de Vaughn-James, dandy furieux, rebelle toujours esthétiquement désenchanté. Mais surtout, peintre hautement accompli ».

Cette exposition à La Réunion valut à MVJ un article dans Le Journal du 12 mars 1999, intitulé « Archéologue de l’image », où, sous des photographies de Frédéric Laï-Yu, il est précisé, quant à ce qui y était « représenté » : « Toute une histoire de mémoires, rapportée avec la rigueur d’un esprit de symétrie. Celle de Vaughn-James vagabonde entre des archives familiales riches d’exils et de lieux tant mythiques qu’exotiques, sans oublier les trésors et les plaies de l’humanité. (…) Avec, toujours, en exergue une sorte de lanterne magique toute symbolique : « La métaphore de l’imagination », explique Vaughn-James en reconnaissant qu’il appréhende beaucoup mieux la réalité par le filtre de la documentation. « Un vieux cliché des Alpes m’inspire plus, comme matière, que les montagnes offertes en direct. Je ne peux rien faire devant la nature mais avec une carte postale de 1900, je suis à pied d’œuvre. Et cette lanterne qui veille figure un projectionniste observateur d’une image dont il est en quelque sorte le créateur mais aussi le voyeur, comme le regard du public... » La machine se dresse avec son optique phallique au pied d’autres décors devant, par exemple, des corps féminins livrés à l’académisme photographique du siècle dernier que l’artiste offre comme une réponse ironique aux grands nus de l’histoire de l’art qu’ont sublimé Ingres ou le Titien…

Un peu plus loin, Martin Vaughn-James livre en de semblables installations des architectures libres d’humains. Des temples de son inspiration où l’art à contempler a remplacé le sacré, les tableaux chassant les icônes, comme pour rappeler que le peintre s’est offert dans son plan de carrière l’histoire des musées imaginaires du siècle dernier. Une piste supplémentaire explorée avec cette angoisse grandissante que la réalité est toujours la plus forte et que seules les certitudes du passé peuvent apaiser l’artiste en création bien plus que toute projection sur l’avenir ».

Dans Arts Actualité magazine (page 20) de 1998, en relation avec l’exposition qui eut lieu à la Galerie Mengin [février 1998], le travail de « technique mixte » sur toutes les œuvres réalisées à compter de cette époque est ainsi décrit : « Pour que cette expérience ait lieu, il ne faut que certaines choses, un matériel somme toute : un plancher, deux ou trois murs bordés de plinthes, du métal, du bois, du plastique, quelques meubles, quelques machines ; il faut aussi du papier, de l’encre, beaucoup d’encre, ou de la mine de plomb. Les gestes seront minutieux, irréprochables pour rendre l’un après l’autre visible chaque élément qui surgit comme par l’effet d’une nécessité fondatrice et irrémédiable. Mais cette nécessité graphique n’a rien de logique ni de psychologique. Au contraire, chaque apparition s’inscrit comme les bribes tangibles d’un texte sans contiguïté ni continuité ».

1999 : Groupe « Mémoire » - Songe de Guerre et de Paix.[modifier | modifier le code]

En 1999, il fonde avec Hastaire le groupe « Mémoires » auquel adhéreront des artistes comme Alain Kleinmann, Yuri Kuper, Boris Zaborov ou Lydie Arickx.

En mars 1998, il expose déjà sous le titre « Songe de Guerre et de Paix », en mars 1998, à la Galerie Dewart à Bruxelles : « Une palette de couleurs brune et sépia sert de base à ses peintures acryliques qui traitent, en profondeur, de sujets liés au destin de l’humanité et à l’archéologie. L’homme avec son sceptre en bois représenté dans de nombreux tableaux conduit son destin à travers les tumulte sde l’Histoire, tel le héros du roman de Dostoïevski, entre crime et châtiment. Pour cette exposition, Vaughn-James a fait le choix de développer trois thèmes qui sont centraux dans son œuvre : la fuite et l’exode d’être humains dans des scènes de la guerre 14-18, l’archéologie et les constructions de l’homme à travers, entre autres, le spyramides et les cathédrales et, enfin, les loisirs et la montagne dans les années 30, un troisième volet plus paisible où les couleurs apparaissent douces et légèrement effacées ».    

Lors de l’exposition à la Foire d’art contemporain de Strasbourg, en février 1998, MVJ est intimement associé aux œuvres d’Hastaire. Bernard Mengin s’en explique :

« Ce n’est pas par hasard que j’ai choisi de présenter ces deux artistes de même génération, en un moment de plein accomplissement de leur travail. Travail de deux solitaires, farouches, indomptés, sourds aux diktats des modes comme aux sirènes des bonnes fortunes. (…) Si les travaux de ces deux peintres présentent d’indéniables différences stylistiques, c’est bien plutôt dans leur choix thématiques très marqués qu’il faut chercher ce qui les réunit : obsession de la mémoire, des mémoires. Hastaire et Vaugh-James ont depuis longtemps compris qu’au-delà des jeux formels qu’elle suppose, la peinture reste avant tout une quête archéologique de sa propre histoire. Quête, enquête qu’ils mènent avec passion ; et aussi le secondarité nécessaire à prendre avec cette dernière : « Il faut apprendre à surmonter ses sensations » pourrait être un de leur leitmotiv. C’est donc un esprit de symétrie, avec l’intéressante confrontation qu’elle suppose, qui aura guidé mon choix ».

C’est à cette époque encore que Vaughn-James expose pour la première fois, en décembre 1999, à la Galerie Zédès de Bruxelles, ses œuvres ainsi décrites[13] :

« Sa peinture capte une aura nostalgique, où les gris, les rouilles, les bruns révèlent la présence d’un dessin remarquable qui s’intègre à une sorte de brume ambiante. C’est qu’ici la mémoire opère. Elle se souvient de documents précis mais estompe certaines images ou adopte la vision de jeunes enfants pour qui les adultes sont des géants, aux visages inaccessibles. Le passé règne ici en maître. Toutefois, il s’agit d’un passé proche, celui de l’après-guerre, des émigrations douloureuses, des séquences fantomatiques, cyniques, de la guerre des tranchées. Piétinement triste sur un sol jonché de papiers, vieilles malles bouclées à la destination océane, « jeux de guerre » qui multiplient les attroupements anonymes, les bandages sanglants. Le Chemin des Dames n’est pas loin et les jouets guerriers proposent leurs échos ironiques. Chez Martin Vaughn-James, l’histoire ne revêt pas ses faux habits de lumière. Elle ne cache pas ses pansements, tout le lot des meurtrissures inutiles. Sa force très acérée dénonce les charniers sous le decorum des monuments aux morts ».

Et, dans L’Echo[14], sous la plume de Stéphane Rey et sous le titre de « Archéologue de la mémoire », on peut lire encore :

«Martin Vaughn-James porte en soi une sorte d’humour secret comme en ont les Anglais de bonne souche, ce qui lui permet de tout considérer avec une objectivité désarmante. Ici, ce sont des pyramides ou des intérieurs de cathédrales aux architectures linéaires ; là, des valises, abandonnées après avoir trop servi ou fraîchement époussetées pour de nouveaux départs. Et sur les flancs de celles-ci, l’artiste a peint un petit paysage, comme l’adresse d’une destination : « La mer », « la campagne », « un coin de cité », « un bateau »... ».

2001 : La patine du temps (plus de 200 œuvres).[modifier | modifier le code]

En 2001 encore, lors d’une deuxième exposition à la Galerie Zédès à Bruxelles, le critique Guy Gilsoul[15] précise, décrivant les dernières œuvres exposées  :

« Ni l’Australie, ni le Canada, ni la Belgique où il a planté sa tente, n’ont fait oublier à Martin Vaughn-James les premières années, l’enfance dans les décombres d’une Angleterre saignée. Dessinateur précis, il aime garder ses distances avec les lieux, les scènes, les détails. Jouant sur les cadrages efficaces, sur les pertes d’horizon, sur les nuées bienvenues, il libère l’objet figuré de son « matricule ». Restent des silences lourds, des dallages inhabités, des architectures muettes, des valises fermées. Un très beau travail, nourri par l’expérience sans grimace ».

Ces mêmes dernières œuvres sont ainsi décrites dans Le Soir, du 21 mars 2001 :

« La patine du temps : les fragments estompés de l’histoire inspirent toujours les dérives minutieuses et érodées de Martin Vaughn-James. Le sépia et le gris dilués expriment chez lui la fragile patine du temps. Nostalgie des moments rescapés dans les archives du souvenir… Les ruines du Grand-Hornu s’échelonnent en deux registres. Les valises usées, les fichiers aux parcelle géographiques, la clé énigmatique, les bouffées de paysage, les fantômes des commémorations interrogent un passé proche. Au jeu des ricochets de ces visions anciennes, le spectateur capte des réminiscences. Notre présent n’est-il pas riche de nombreux et nécessaires retours en arrière ? La mémoire est le creuset de tout devenir. Une exposition qui enrichit et approfondit notre quête quotidienne ».

Ou dans le Vif-L’Express[16], sous la plume de A. Hustache :

« Tout en apparaissant fidèles à eux-mêmes, les objets semblent filtrés par le souvenir, par le nuage de la mélancolie : ici un bâtiment sort de la brume, là une valise traîne sur le sol, dont la couleur terreuse a envahi toute la composition. « L’artiste dessine, confie Martin Vaughn-James. Il ment avec son crayon pour mieux casser la vérité de sa mémoire. Il creuse dans sa peau abîmée comme un archéologue dans le sable, pour atteindre l’intérieur, sans succès acquis, en vain » ».

Evolution confirmée lors de la troisième exposition, en 2003, de Vaughn-James à la Galerie Zedes, toujours sous la plume de A. Hustache[17] :

« De vieilles valises, celles dont le cuir garde les autocollants des pays visités et symbolise la fatigue des longs périples, ont occupé les toiles de ses expositions précédentes. Aujourd’hui, les parcs et jardins offrent de nouvelles pistes d’exploration du passé et des traces qu’il laisse dans la réalité actuelle. Les thèmes entremêlés, tous tissés aux fils de la mémoire, et croqués par le remarquable dessinateur qu’est Martin Vaughn-James traitent des parcs où s’inventaient mille jeux, d’allées ombreuses où se confiaient les secrets et de clairières ensoleillées où fusaient les rires ».

Et attestée par le critique Thibaut Alex, dans Le Progrès[18] lorsque l’exposition se déplacera à Lyon, Galerie Bachs-Scherer en octobre 2003 :

« Vaugh-James, le peintre de l’éveil. Les toiles de ce peintre atypique semblent sortir d’un songe. Fluides, délicates, transfigurant le réel avec un bonheur étonnant, elles suggèrent plus qu’elles ne montrent. Corps de femmes en mouvement dont les visages sont soigneusement ignorés, pour peut-être mieux les rêver, malles anciennes estampillées de personnages et paquebots d’un autre temps, bâtiments semblant sortir du fog anglais mais cependant lumineux de la présence insolite d’enfants, corps en mouvement, objets bien réels posés là, on ne sait trop pourquoi… On vit là un rêve éveillé, une parenthèse d’une extrême délicatesse. Tout semble sortir d’un passé resté très vivant ».

En 2002, la même Galerie Zédès avait exposé quatre membres du groupe « Mémoires » : les français Alain Kleinmann et Hastaire, le belge Didier Mahieu et l’anglais Vaughn-James. Colette Bertot dira de ce dernier à cette occasion[19] :

« Sa mémoire à lui passe par son cheminement de nomade, émigré adolescent en Australie. D’un coup de pinceau assuré, il sait créer une atmosphère teintée de gris, éclairée de blanc et redonner un instant de vie à quelque fantômes d’autrefois dont il se garde bien de reproduire les visages mais dont les pieds, les mains croisées, la silencieuse douleur posent des questions qui resteront sans doute sans réponse ». Et Guy Gilsoul et Wim Toebosch, rendant compte de la même exposition, d’ajouter, rendant compte des « intentions » du groupe « Mémoires » : « Au-delà des jeux  formels que suppose la peinture, nous savons que nous ne sommes que les archéologues de nous-mêmes, comme nous savons que nous sommes condamnés à revivre notre passé afin de nous projeter le plus possible en avant : plus profondes seront les racines, plus l’arbre sera généreux ».

On relèvera encore, parmi les autres nombreuses critiques développées sur l’œuvre, le « coup de cœur » de Danièle Gillemon, publié dans Le Soir[20] :

« Les puristes, sans doute, feront la fine bouche. C’est que Martin Vaughn-James joue avec la peinture, métissant sans vergogne sa technique, créant des images quand il est de bon ton de porter à grande échelle d’intangibles propositions ! Collages, sur-peints, reports, l’homme se situe délibérément à la croisée des chemins. La littérature, la BD, la photographie et la géographie se combinent étroitement dans cette recherche du temps perdu baignée de poésie et d’humour très british. Martin Vaughn-James est pourtant ce que l’on appelle un intellectuel. A mi-chemin entre le Français Jean Le Gac et les étoiles du « nouveau roman », il a jadis commis des « romans visuels avant-gardistes ». Désormais peintre, il œuvre dans un registre plus « populaire », mais nourri des expériences passées. Remontant le temps sur foi d’une photo désuète, d’anciens papiers imprimés qu’il peint après encollement sur la toile, il ranime ses souvenirs en les inscrivant dans une nouvelle et mémorable perspective. Le tableau met toujours en scène des instantanés et des bouts de scénario, où planent parfois l’ombre d’une catastrophe, un avion en feu, un monument percuté. (…) Subtilement décalée, sa peinture va jusqu’à rendre, avec un art consommé et une tendance à faire silence, les vieilles enveloppes qui emprisonnent la mémoire, les malles, emblèmes de voyage. C’est que l’artiste a beaucoup voyagé ».

On relèvera enfin la fin du texte écrit par le critique Jean-Pierre Van Tieghem, « M.V.J. explorateur du temps », en présentation du catalogue des œuvres de Vaughn-James lors de l’exposition à la Galerie Dukan, en 2002 : « Installé dans un vieux fauteuil transatlantique, il faut prendre le temps du voyage et des bagages. Le regard, la réflexion et les questions se transforment en secrets et en fantasmes. Le contenu des bagages emplit les pensées et construit un personnage : un paquet de cigarettes chiffonné, une vieille bouteille de whisky bon marché, un ancien mouchoir qui a essuyé les traces d’une masturbation solitaire, une petite culotte dérobée, quelques pièces de monnaie ramassées dans le hall de la gare, un mot d’amour enveloppé dans une chaussette trouée, une épingle à cheveux, un poste de T.S.F. , une affiche de pin-up, des clous rouillés et des poussières de mémoires.

A l’arrivée, les bagages sont déposés dans une ville du XIXème. Elle n’est pas amorcée, les rues ne portent pas de nom, les maisons pas de numéro. Celle choisie est la demeure du grand-père. Boîte aux lettres bourrée. Au sol, une photo non identifiable. Sur le trottoir marche une femme aux hanches larges, revêtue d’une robe longue, portant des gants et un sac à main. La ville est faux renaissance, d’une architecture pompier. Martin ne dit rien. Il montre simplement une voiture d’enfant, un lit et une baignoire.

Il vient de partir avec sa valise. Suivons l’explorateur à la découverte d’autres mémoires ».

Après son décès, en accompagnement d’une exposition rétrospective d’octobre à décembre 2009, la Galerie Libre Cours de Bruxelles publiera un dernier catalogue intitulé « Itinerary : A long voyage through time », incluant des textes d’hommages rendus par sa femme (Sarah McCoy), sa sœur (Kathleen James), Marc Avelot, Benoît Peeters, Jacques André, Jacqueline Smith et Pablo Avendano.

Reconnaissance[modifier | modifier le code]

Il a été reçu au "Canadian Cartoonists Hall of Fame" en 2010 (08/05/2010). Giants of the North[21].

Documentation[modifier | modifier le code]

  • Benoît Peeters, « L'enquêteur », dans Les Cahiers de la bande dessinée no 59, septembre-octobre 1984, p. 63.
  • Martin Vaughn-James, « Le Non-scénario de La Cage », dans Benoît Peeters (dir.), Autour du scénario, Bruxelles, Éditions de l'université de Bruxelles, , 304 p. (ISSN 0770-0962)

Evocations[modifier | modifier le code]

  • Dans L'enfant penchée, de Schuiten - Peeters, Éditions Casterman 1996[22] (5 éditions). Augustin Desombres, le peintre de la bande dessinée, qui apparaît aussi en photo à partir de la page 15, est Martin Vaughn-James. Par ailleurs, l'œuvre peinte par l'artiste dans les premières pages est une peinture véritable de Martin Vaughn-James appelée "Stonehenge" et peinte en 1996 - format 120x120.
  • Dans Le Guide des Cités, de Schuiten - Peeters, de la série Les Cités obscures, 1996[23]. Prix spécial du jury des prix Max et Moritz en 1998. La photo d'Augustin Desombres en page 140 représente Martin Vaughn-James.
  • Dans le Petit traité de désinvolture de Denis Grozdanovitch, éditions José Corti, 2002 ; Seuil Points, 2005[24]. Le couple d'Anglais évoqué de la page 101 à la page 109 est constitué de Martin Vaughn-James et de son épouse, Sarah Mac Coy, poétesse.

Expositions[modifier | modifier le code]

  • 1975 - "Image, Word, Sequence" - Art Gallery of Ontario, Toronto
  • 1976 - Gallery Cocorocchia, Toronto
  • 1982 - Galerie Art Contemporain, Paris
  • 1983 - Château Soubira, Dammarie-les-Lys (avec Véronique Motte)
  • 1984 - Librairie Macondo, Bruxelles
  • 1984 - Librairie La Hune, Paris
  • 1984 - L'Autre Musée, Bruxelles
  • 1984 - Galerie Art Contemporain, Paris
  • 1985 - Zebra One Gallery, Londres
  • 1986 - Galerie Art Contemporain, Paris
  • 1986 - Librairie Traverses, Bruxelles.
  • 1986 - Librairie Centre Georges Pompidou, Paris
  • 1988 - L'Autre Musée, Bruxelles
  • 1994 - L'Autre Musée, Bruxelles
  • 1995 - Espace La Griffe, Liège
  • 1996 - Förderkreis zeitgenössischer Kunst Kreis Euskirchen, Euskirchen, Allemagne
  • 1997 - Loft Galerie Wiegers, Cologne
  • 1997 - Galerie Langlet, Paris
  • 1998 - Galerie Seidel, Cologne
  • 1998 - Galerie Dewart, Bruxelles
  • 1999 - Zedes Gallery, Bruxelles
  • 1999 - La Muse Hardie, Villiers-deux-Eglises (avec Jean-Claude Saudoyez)
  • 1999 - Galerie Seidel, Cologne (Avec Didier Mahieu)
  • 1999 - Labo Art VZW, Eke. Galerie Ocane, St Denis (La Réunion)
  • 2000 - Galerie Seidel, Cologne (avec Boris Minkovsky[25])
  • 2001 - Zedes Gallery, Bruxelles
  • 2001 - Atelier Arcane, Bruxelles
  • 2004 - Centre National de la Bande Dessinée et de l'Image, Angoulème
  • 2004 - Galerie Eric de Monbel, Paris
  • 2005 - Centre culturel Simone Signoret, Chateau-Arnoux
  • 2005 - Galerie Meyer-Le Bihan, 75003 Paris - du 12 mai au 2 juillet[26]
  • 2006 - Zedes Gallery, Bruxelles
  • 2006 - Drapages Art Gallery, Bruxelles
  • 2006 - L'Embarcadre, Centre culturel de Montceau
  • 2007 - Fondation Taylor, Paris (avec Enrique Magana)
  • 2007 - Maison Autrique[27], Bruxelles - du 8 mars au 28 mai
  • 2008 - Galerie Libre Cours, Bruxelles
  • 2009 - Galerie Libre Cours, Bruxelles - Exposition rétrospective

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Martin Vaughn-James, « Un homme qui dort, rêvant à… lui-même qui dort ! », Saturday Nigt,‎ , p. 36
  2. (en) « Saturday Night (magazine) », Wikipedia,‎ (lire en ligne)
  3. (en) « Myrna Kostash », Wikipedia,‎ (lire en ligne)
  4. a et b Martin Vaughn-James, « Elephant », The Canadian Forum,‎ , p. 134
  5. (en) « Canadian Forum », Wikipedia,‎ (lire en ligne)
  6. Rowan SHIRKIE, « Visual Narratives by Martin Vaughn-James », Livret de l'exposition,‎ 1975-1976
  7. a et b Guy Gilsoul, « « philosophie picturale » de Martin Vaughn-James », Le Vif-l'Express,‎
  8. « Dessins insolites de M. Vaughn-James et P. Pouillard – Des mauvais rêves et des traces d’écriture », La Libre Belgique,‎
  9. Daniele Gillemon, « La technicité éblouissante », Le Soir,‎ 29 & 30 septembre 1984
  10. Jo Dustin, « Le trait est incisif et cruel », Le Drapeau Rouge,‎
  11. a et b Jacques André, « Martin Vaughn-James », Folder de présentation de l’exposition à l’Autre Musée,‎
  12. Hastaire, La Peinture vagabonde – Thématiques, Edition FVW, , p. 215
  13. « Martin Vaughn-James », Le Soir,‎
  14. Stéphane Rey, « Archéologue de la mémoire », L'Echo,‎
  15. Guy Gilsoul, « Martin Vaughn-James », in Arts, antiques Auctions,‎
  16. A. Hustache, « Martin Vaughn-James », Le Vif-L'Express,‎
  17. A. Hustache, « Martin Vaugh-James », Le Vif-L'Express,‎
  18. Thibaut Alex, « Martin Vaugh-James », Le Progrès,‎
  19. Colette Bertot, « Martin Vaughn-James », L'Echo,‎
  20. Danièle Gillemon, « Martin Vaugh-James », Le Soir,‎
  21. « Giants of the North | Doug Wright Awards », sur www.dougwrightawards.com (consulté le 3 juillet 2017)
  22. Schuiten, François, 1956-, L'enfant penchée, Casterman, (ISBN 9782203343252, OCLC 421660656, lire en ligne)
  23. Peeters, Benoît, 1956-, Plissart, Marie-Françoise. et Gillet, Martine., Les cités obscures. 11, Le guide des cités, Casterman, (ISBN 2203380268, OCLC 38444233, lire en ligne)
  24. Normandie roto impr.), Petit traité de désinvolture : où il est question du dilettantisme et de la désinvolture, du temps et de la vitesse, des îles et du bonheur, du sport et de la mélancolie, mais aussi des chats, des tortues et des Chinois, Seuil, (ISBN 9782020659215, OCLC 469317109, lire en ligne)
  25. « Blog de Boris Minkovsky »
  26. Galerie Meyer-Le Bihan, Martin Vaughn-James (ISBN 2-912440-21-1)
  27. « Exposition Martin Vaughn-James »,

 Annexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

La Cage, page du site des Impressions Nouvelles