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Martin Margiela

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Martin Margiela
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Martin Margiela, né le à Louvain, Belgique, est un couturier et artiste belge. Il est le créateur de la marque Maison Martin Margiela, devenue par la suite Maison Margiela.

À l'âge de 16 ans il entre à l’école Sint-Lukas à Hasselt où il suit pendant trois ans des cours de formation artistique. En 1977, il rejoint le département Mode de l'Académie royale des beaux-arts d'Anvers[1] dont il sort diplômé en 1979[2]. Il est le contemporain de Walter Van Beirendonck, Ann Demeulemeester et Dries Van Noten qui formeront plus tard avec Dirk Bikkembergs, Dirk Van Saene et Marina Yee les « Six d'Anvers ». Martin Margiela est souvent assimilé à tort à ce mouvement dont il n'a pas fait partie[3].

À la sortie de ses études, Martin Margiela travaille en free lance pendant cinq ans puis s’installe à Paris. En 1984 il rejoint Jean Paul Gaultier dont il est l'assistant personnel jusqu'en 1987[4],[5].

En 1988, il fonde avec Jerry Meirens sa propre marque, la Maison Martin Margiela[6] dont il se retirent du capital en 2002 et que Martin Margiela quitte en 2009.

De 1997 à 2003, il mène en parallèle à son activité propre la direction artistique des collections de prêt-à-porter femme d'Hermès.

Considéré comme l'un des créateurs les plus atypiques et les plus avant-gardistes de sa génération, il est reconnu par ses pairs et par les critiques de la mode [7].

Maison Martin Margiela
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Martin Margiela crée en 1988 avec la propriétaire d'une boutique de créateurs à Bruxelles, Jenny Meirens (1945-2017), sa partenaire commerciale et créative, la maison de couture Maison Martin Margiela[2]. Tout comme Martin Margiela, elle ne se montre jamais en public. C'est elle qui défend l'idée, contre l'avis de leur avocat, de ne pas faire figurer le nom de l'entreprise sur les étiquettes des vâtements : « Quand les gens entrent dans un magasin et voient des vêtements forts sans nom, ils deviennent plus curieux »[8].

En 1989, Nathalie Dufour assiste au second défilé de Margiela et découvre son travail mettant le recyclage au coeur d’une collection de mode. Elle crée la même année le prix de l’ANDAM, l'Association Nationale pour le Développement des Arts de la Mode, pour aider la jeune création. Martin Margiela en est le premier lauréat. Ce prix lui permet de financer les débuts de son atelier artisanal et d'initier sa commercialisation[9].

Au début des années 2000, la maison de couture connait des difficultés financières dûes à l'ouverture de plusieurs boutiques et, malgré un chiffre d'affaires annuel de 20 millions de dollars, ne peut poursuivre son expansion sans investissements extérieurs. Martin Margiela approche Renzo Rosso, fondateur de la marque Diesel. En 2002, Martin Margiela et Jenny Meirens se retirent du capital de l'entreprise et Maison Martin Margiela est rachetée par la holding de Rosso, Only the Brave (OTB)[10]. Son nouveau siège de 3 000 m2 est installé dans une ancienne école du 11e arrondissement de Paris.

Rosso, qui possède son propre fabricant haut de gamme, l'italien Staff International, améliore l'infrastructure de l'entreprise mais n'interfère pas dans la création. Maison Martin Margiela ouvre de nouveaux showrooms, revisite ses collections et élargit sa gamme avec des accessoires, chaussures, ceintures, parfums et sacs à des prix accessibles à un public plus large. Ces mesures permettent une expansion du chiffre d'affaires qui passe de 20 millions de dollars en 2002 à 100 millions en 2011, mais sept ans sont nécessaires après l'acquisition par Rosso pour que la maison de couture parisienne devienne rentable[10].

Depuis le printemps-été 2006, les collections « Artisanal » font partie du calendrier des défilés en tant que membre de la Chambre Syndicale de la haute couture[11].

En , Martin Margiela quitte l'entreprise qu'il a créée 21 ans auparavant[12].

En 2012, la collection « Artisanal » de Maison Martin Margiela reçoit officiellement l’appellation « Haute Couture » de la Fédération Française de la Couture[11].

La marque est renommée Maison Margiela en 2015 à l'occasion du premier défilé du nouveau directeur artistique de la maison, John Galliano[13].

D'octobre 1997 à 2003, Martin Margiela occupe le poste de directeur artistique des collections de prêt-à-porter femme d'Hermès[14]. La maison, surtout connue comme sellier, ne réalise à l'époque que 13 % de son chiffre d'affaires global avec le département de prêt-à-porter homme et femme. Margiela réactualise le logo calèche et redessine les boutons d'un H à six points recréant l'initiale de la marque. Connue jusqu'ici connu pour ses imprimés multicolores et sa palette diaprée, la marque arbore désormais des monochromes et des tons neutres craie, mastic, taupe, bronze, ardoise ou noir brûlé. Il met à la mode dans le monde de l'ultra-luxe la chaussure de sport en cuir qu'il propose de porter avec de longs manteaux transformables dont l'envers est fabriqué avec autant de soin que l'endroit, réinterprète les classiques de la garde-robe masculine ou propose des pulls sans coutures, misant sur l'élégance, le confort et le savoir-faire d'une main-d'oeuvre d'excellence. Après 7 ans de collaboration, il quitte la maison Hermès où Jean Paul Gaultier lui succède[15].

Arts visuels

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Pendant ses années de formation à l’Académie Sint Lukas de Hasselt, Margiela se découvre une passion pour le dessin et le croquis. En 1998, un de ses portraits dessinés, celui de Mary Prijot (nl), est publié dans le journal à côté de son annonce de décès. Mary Prijot, une artiste belge, avait fondé la section de mode et de costumes de théâtre de l’Académie royale des Beaux-Arts d’Anvers où Margiela avait étudié[16].

Lors de sa carrière dans la mode, Margiela expose ses créations dans des galeries comme Thaddaeus Ropac à Paris ou des institutions comme BOZAR, le Museum Boijmans Van Beuningen, Haus der Kunst, le LACMA, la Somerset House, et crée des liens avec le monde de l’art.

En 2008, après le défilé des vingt ans de maison Martin Margiela, il abandonne la couture et se consacre exclusivement aux arts visuels où il continue à cultiver l'anonymat qui le caractérise. Son oeuvre artistique, s’exprimant à travers divers médiums, de la performance à la peinture, cultive le mystère, s'attache aux thèmes de la disparition, des êtres discrets, des objets délaissés, des lieux et des événements inaperçus. Une rétrospective de ses créations est montrée par la fondation d'entreprise Galeries Lafayette Lafayette Anticipations en 2021[1].

En 2022 il expose à la galerie M WOODS à Pékin. En 2023, il présente des oeuvres avec la Zeno X Gallery d'Anvers à Art Basel Hong Kong[17].

La ville d'Anvers acquiert une de ses sculptures pour sa collection d'art public et l'installe dans l'espace urbain à l'angle de la Schuttershofstraat et de la Komedieplaats le 24 octobre 2024. L'œuvre intitulée Blinds est la première sculpture de plein air de Martin Margiela. Elle se présente sous la forme d'une colonne entourée de lamelles de stores verticales en acier inoxydable poncé pour imiter le textile et plaquées de palladium[18].

Déconstruction

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Martin Margiela, défini comme un créateur « conceptuel[19] », crée depuis le début des pièces uniques totalement artisanales, faites d'objets ou des vêtements récupérés. Il peut aussi jouer des échelles comme l'a fait la collection des vêtements de poupée agrandis. Chaque saison des replicas sont proposés : vêtements chinés dans le monde entier, explicitement et intégralement reproduits à l'identique, et vendus comme tels.

Son style unique s’appuye sur la théorie de la déconstruction, cherchant à révéler ce qui se cache sous le vêtement, derrière les étapes de sa fabrication, du patron au fil du bâti. Adepte de la formule du « rien ne se perd, tout se transforme », il recoud à la main des vêtements démodés dont il questionne l’identité en les réinterpétant sous la forme d'habits surdimensionnés, de robes de poupée à taille humaine ou de manteaux en trompe-l’œil[20].

Une des spécificités de Martin Margiela est l'importance qu'il accorde à l’anonymat et pour lequel on l'a surnommé « l'homme invisible de la mode »[21] ou le « Greta Garbo de la mode »[3]. Il se montre rarement, veille à ce qu'aucune photo de lui ne soit en circulation, ne donne jamais d’interviews et répond aux questions posées par fax. Cette stratégie de l'incognito s’applique également à ses créations dont l’étiquette, à l’intérieur des vêtements, est au départ blanche, vierge. Seules les quatre surpiqûres blanches de fixation de l’étiquette indiquent à l’extérieur du vêtement qu’il s’agit d’un vêtement de sa marque[22]. Les étiquettes se sont par la suite ornées de numéros en référence à la ligne allant de 0 pour la ligne artisanale à 23[23].

Margiela refuse les défilés ou les organise dans des lieux insolites et cache les regards des mannequins par des masques, des franges ou des lunettes de soleil pour les rendre méconnaissables. Il ne salue jamais le public à l’issue de ses défilés.

Le refus de Margiela de s'adresser à la presse serait dû au fait qu'il a été témoin de l'expérience négative de la surexposition dans les médias vécue par Jean-Paul Gaultier. Son passage comme présentateur dans l'émission Eurotrash aurait en effet nui à sa carrière lorsqu'il briguait un poste chez Christian Dior après le départ à la retraite de Gianfranco Ferré[2].

Le logo de sa marque, totalement anonyme, est à l'image du créateur[24]. Les boutiques Maison Margiela n’ont volontairement pas d’enseigne et semblent en perpétuels travaux. Son personnel accueille le public en blouse blanche. Il ne s'exprime jamais en son nom propre mais toujours au nom du collectif que constitue son entreprise. Après son départ, la maison perpétue avec un groupe de créateurs anonymes la tradition d’anonymat et de collectif voulue par Martin Margiela, jusqu'en octobre 2014 où la journaliste anglaise Suzy Menkes dévoile le nom de Matthieu Blazy derrière les créations de Maison Margiela depuis deux ans[25].

Lors de son premier défilé, il fait marcher ses mannequins dans de la peinture rouge pour laisser des traces tout au long du podium[26].

Ses défilés se déroulent souvent dans des lieux atypiques (terrain vague de Paris, station de métro (1992), plusieurs lieux), et parfois aucun défilé n'était organisé, et juste un film était projeté. Ses mannequins défilent quasi anonymes, le visage caché[24], afin que l'attention se concentre sur les vêtements. Seule exception, pour les photos de la collection automne-hiver 1999, il engage Stella Tennant, enceinte à cette époque.

Dans la culture

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Les créations de Martin Margiela entrent au musée en 1991. Le palais Galliera, le musée de la Mode de la Ville de Paris, présente son univers avec ceux de ses aînés Jean Paul Gaultier, Jean-Charles de Castelbajac, ainsi que l'espagnole Sybilla.

En 1997, un musée de Rotterdam, le musée Boijmans Van Beuningen, lui offre l'occasion de réaliser sa propre exposition. Il y présente une rétrospective de ses vêtements les plus caractéristiques, après les avoir soumis à un bain de diverses bactéries, et en les exposant à l'extérieur dans les jardins du musée. Leur aspect, de ce fait, est différent chaque jour[27].

En 2008, le ModeMuseum d’Anvers, la ville où Margiela a suivi sa formation intiale, organise une rétrospective pour les vingt ans de création de la Maison Martin Margiela[28].

En 2014, il fait partie de l'exposition « Fashion Mix » au Musée de l’Histoire de l’Immigration, qui salue le savoir-faire de créateurs étrangers et leur apport à la mode française[29].

En 2018, le Palais Galliera lui rend un hommage personnel en présentant une rétrospective de son œuvre de 1989 à 2009 et le Musée des Arts décoratifs de Paris présente l'exposition « Margiela, Les années Hermès »[30].

Notes et références

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  1. a et b « Exposition Martin Margiela à l'espace Lafayette Anticipations: découvrez l'artiste derrière le créateur de mode », sur Franceinfo, (consulté le )
  2. a b et c (en) « Martin Margiela: Fashion's invisible superstar », sur The Independent, (consulté le )
  3. a et b (en-US) Laird Borrelli-Persson, « Here Are 14 Archival Martin Margiela Shows in Celebration of His New Paris Retrospective », sur Vogue, (consulté le )
  4. « Martin Margiela - Bio », sur elle.fr (consulté le )
  5. « Martin Margiela », sur Lafayette Anticipations (consulté le )
  6. « Martin Margiela | Musée de l'histoire de l'immigration | Palais de la Porte Dorée », sur www.histoire-immigration.fr (consulté le )
  7. Collectif (Auteur), Maison Martin Margiela, Rizzoli Flammarion, , 368 p. (ISBN 978-0-8478-3380-1 et 0-8478-3380-1), p. 26-27
  8. Aurore Hennion, « La cofondatrice de Maison Martin Margiela, Jenny Meirens, est décédée », sur FashionUnited, (consulté le )
  9. « Nathalie Dufour (ANDAM) : « Parler de jeunes créateurs, c’est parler créativité, engagement, savoir-faire et patrimoine futur » », sur fashionunited.fr (consulté le )
  10. a et b (en) Clare O'Connor, Blue Jean Billionaire: Inside Diesel, Renzo Rosso's $3 Billion Fashion Empire, Forbes, 25 mars 2013
  11. a et b Isabella Naef, « Maison Margiela défile à la semaine de la haute couture de Paris », sur FashionUnited, (consulté le )
  12. Maison Martin Margiela sans Martin Margiela ?, Elle, 5 octobre 2009
  13. (en-GB) Scarlett Kilcooley-O'Halloran, « Maison Margiela Loses Martin », sur British Vogue, (consulté le )
  14. Pour Hermès, la casaque de Martin Margiela entre dans la course au luxe français, L'Humanité, 5 octobre 2009
  15. Philippe Azoury, « Anvers : une exposition célèbre les années Hermès de Martin Margiela », sur Grazia, (consulté le )
  16. (en) « Martin Margiela - M HKA Ensembles », sur ensembles.org (consulté le )
  17. Jeni Fulton, « Martin Margiela on what art can do that fashion cannot », sur Art Basel (consulté le )
  18. « La première œuvre publique de Martin Margiela a été installée à Anvers - Harpersbazaar.fr », sur www.harpersbazaar.fr, (consulté le )
  19. Cally Blackman (trad. de l'anglais par Hélène Tordo), 100 ans de mode [« 100 years of fashion »], Paris, La Martinière, , 399 p. (ISBN 978-2-7324-5710-9, présentation en ligne), « 1960-… », p. 220
  20. Jeanne Fouchet-Nahas, « Martin Margiela au Palais Galliera et au MAD de Paris », sur Connaissance des Arts, (consulté le )
  21. (en) « Fashion’s Invisible Man (Published 2008) », New York Times,‎ (lire en ligne, consulté le )
  22. FashionUnited, « Le MoMu d'Anvers honore Margiela », sur FashionUnited,
  23. admin_graduatestore, « Le Portrait de Martin Margiela », sur Graduate Store - blog, (consulté le )
  24. a et b Cally Blackman (trad. de l'anglais par Hélène Tordo), 100 ans de mode [« 100 years of fashion »], Paris, La Martinière, , 399 p. (ISBN 978-2-7324-5710-9, présentation en ligne), « Les conceptuels », p. 341
  25. Marie Ottavi, « Maison Martin Margiela: Suzy Menkes vend la mèche », sur Libération (consulté le )
  26. « Maison Margiela : l'histoire mode de la marque, ses derniers défilés - Elle », sur elle.fr (consulté le )
  27. Elisabeth Lebovici, « Margiela, du moisi dans le froufrou.Le couturier expose un vrai projet artistique à Rotterdam. Martin Margiela «(9/4/1615)» Musée Boijmans van Beuningen. Jusqu'au 17 août. Catalogue. », sur Libération (consulté le )
  28. Miriam Procureur, « Septembre 2008 : "Maison Martin Margiela (20) The Exhibition" au Momu, Anvers », sur Vogue France, (consulté le )
  29. « L'exposition "Fashion Mix" au Musée de l'Histoire de l'immigration », sur France Musique, (consulté le )
  30. Mwood, « Martin Margiela au Palais Galliera en 100 secondes chrono », sur Beaux Arts, (consulté le )

Articles connexes

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Liens externes

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