Martha Desrumaux

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Martha Desrumaux
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 85 ans)
ÉvenosVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Conjoint
Louis Manguine (jusqu'en )Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Parti politique

Martha Desrumaux, née le 18 octobre 1897 à Comines et morte le 30 novembre 1982 à Evenos, est une figure emblématique du mouvement ouvrier et de la résistance intérieure française. Militante syndicale de la Confédération générale du travail et membre du jeune Parti communiste français, elle entre en Résistance dans le Nord. Déportée au camp de concentration de Ravensbrück pendant plus de trois ans, elle est reconnue en 1945 comme déléguée représentante des déportés dans l'Assemblée consultative réunie par le Général de Gaulle, devenant l'une des seize premières représentantes parlementaires en France[1],[2]. Elle est également connue pour son engagement dans la défense des droits des femmes, leur reconnaissance et leur émancipation dans la société.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance, travail et militantisme[modifier | modifier le code]

Martha Desrumaux naît le 18 octobre 1897 à Comines dans le Nord de la France[3]. Elle est le sixième des sept enfants d'une famille pauvre : son père Florimond Desrumaux, est un employé du gaz qui a été licencié pour insolence, sa mère a une jambe amputée[3]. À 9 ans, elle perd son père, pompier volontaire écrasé lors d'une intervention par la charrette qui transporte la pompe à eau[4]. Elle part travailler comme "bonne à tout faire" dans une famille bourgeoise dans la banlieue sud de Lille. Elle s'enfuit très vite et devient ouvrière du textile de l'usine Cousin de Comines où elle travaille le lin[5]. Consciente des conditions de travail difficiles auxquelles elle est confrontée, Martha Desrumaux adhère à la CGT à 13 ans[6].

À l'âge de 15 ans, elle adhère aux Jeunesses socialistes, sensible aux discours de Jean Jaurès dont elle entend des témoignages autour d'elle. Pendant la Première guerre mondiale, les civils et les usines sont évacués vers les zones éloignées du front. Elle part pour Lyon et trouve embauche aux usines textiles Hassebroucq. En 1917, elle prend la direction des grévistes pour obtenir le retrait d'une caution logement dans les contrats de travail, qui empiète sur le salaire des ouvrières. C'est une première victoire pour la jeune syndicaliste, qui prend pleinement conscience du rôle du collectif dans le règlement des conflits[7].

Responsabilités syndicales, politiques à l'échelle régionale et nationale[modifier | modifier le code]

Martha Desrumaux devient membre du Parti communiste français dès 1921, juste après sa création (à l'issue du congrès de Tours). Elle s'implique dans les combats des communistes de cette époque, antimilitarisme, anticolonialisme, antifascisme... Lors d'une réunion à Lille, à la demande de Maurice Thorez, elle rédige un télégramme à l'attention du Président de la République, dénonçant la guerre coloniale au Maroc. En 1927, elle est la première femme élue au Comité Central du Parti communiste français[8]. Elle est conviée au dixième anniversaire de la révolution d'Octobre à Moscou, où elle fera des rencontres fondatrices, comme celle de Clara Zetkin, la créatrice de la Journée internationale des droits des femmes.

A son retour, elle continue à s'investir syndicalement pour aider les ouvrières du textile à s'organiser dans les usines et les ateliers, pour obtenir de meilleures conditions de travail et de meilleurs salaires. Elle crée le journal L'Ouvrière qui permet l'information pour une meilleure défense des droits des femmes au travail. Pendant près de quinze ans, elle va être le fer de lance de grèves dans toute la région Nord-Pas-de-Calais, de Bailleul à Halluin, d'Armentières à Watten et à Lille, dans une région où le Consortium textile tente de réduire la main-d'œuvre féminine à une simple variable d'ajustement. Son combat continue avec l'âpreté du chômage liée à la crise économique des années 1930. Dans le cadre de la CGTU, des comités de sans-travail naissent. Pour une meilleure protection des chômeurs et l'instauration d'une assurance-chômage, Martha Desrumaux va accompagner la Marche de la faim de décembre 1933, composée de chômeurs, qui reçoit un soutien populaire sur tout son parcours de Lille à Saint-Denis. Jusque 1935, d'autres marches convergent vers les centres urbains. "Le mouvement des chômeurs fut un embryon des conditions d'union de la classe ouvrière", analyse-t-elle dans un entretien enregistré. Lors de la scission entre la Confédération générale du travail (CGT) et la Confédération générale du travail unitaire (CGTU), en 1922, Martha Desrumaux a en effet choisi d'aller vers le courant minoritaire. Mais suite à des luttes communes et sous la pression des ouvriers, les deux syndicats fusionnent. Martha Desrumaux est reconnue comme militante syndicale de confiance. Elle est amenée à prendre de plus en plus de responsabilités. En 1935, c'est elle qui représente la CGTU au comité de fusion avec la CGT[8].

Elle devient une des grandes animatrices de la stratégie de Front populaire dans le Nord. En 1936, Jean Renoir la repère pour jouer son propre rôle dans le film La vie est à nous. La même année, elle participe avec Léon Jouhaux et Léon Blum aux victoires du Front populaire. Elle est la seule femme membre de la délégation ouvrière aux accords Matignon en 1936. Benoît Frachon s'appuie sur elle pour négocier des augmentations de salaires conséquentes face au patronat, qui refusait jusque-là le moindre geste. En 1936, elle est aux côtés de Danielle Casanova lors de la création de l'Union des jeunes filles de France, dont Martha prend la direction pour le Nord. C'est le pendant féminin des Jeunesses communistes, qui milite pour l'émancipation des jeunes femmes et l'égalité entre les sexes. L'année suivante, elle s'implique aussi pour aider les Républicains espagnols.

Seconde Guerre mondiale : Résistance et déportation[modifier | modifier le code]

Menacée par la répression anti-communiste en septembre 1939, elle se réfugie en Belgique auprès du dirigeant de l'Internationale communiste Eugen Fried. Dès le mois de mai 1940, le Nord-Pas-de-Calais est occupé par la Wehrmacht. Martha Desrumaux revient à Lille et réorganise le Parti clandestinement. Dès juillet 1940, elle impulse le projet d'une grève des mineurs. A partir de l'automne 1940, Auguste Lecœur et Julien Hapiot développent l'action dans le Pas-de-Calais. De septembre 1940 à mai 1941, plusieurs arrêts de travail et des manifestations de femmes mobilisent les familles de mineurs du bassin minier. Du 27 mai au 9 juin 1941, cent mille mineurs sont en grève et la production est totalement arrêtée[8]. Elle devient une figure de la Résistance intérieure française. Dénoncée par le préfet Carles, elle est arrêtée par la Gestapo le 26 août 1941 à Lille. Mise au secret à la prison de Loos, elle est transférée dans les prisons allemandes puis déportée en mars 1942 au camp de Ravensbrück. Elle organise le soutien des plus faibles avec Geneviève de Gaulle-Anthonioz et Marie-Claude Vaillant-Couturier. Malgré les conditions de vie extrêmes, les maltraitances, les privations, les maladies, les femmes trouvent des moyens de résister à leurs geôliers en sabotant leurs outils de travail ou encore en donnant un peu d'humanité aux nouvelles arrivantes. Martha Desrumaux est atteinte du typhus. Elle est libérée de Ravensbrück, rapatriée par la Croix-Rouge en avril 1945. Dès son retour, elle tient à participer à un meeting pour expliquer les horreurs du système concentrationnaire.

Elue du peuple, représentante des déportés et militante féministe[modifier | modifier le code]

Le droit de vote est accordé aux femmes en 1944. Martha Desrumaux est élue aux élections de 1945 au conseil municipal de Lille. Celle qui était surnommée « la pasionaria du Nord » reprend ses responsabilités à l'Union des syndicats CGT du département. Elle en est co-secrétaire avec Marcel Tourbier. Nommée Déléguée à l'Assemblée consultative en 1945, au titre des représentants des prisonniers et déportés, elle n'a pu y siéger bien longtemps, étant malade. En 1950, elle est contrainte de se démettre de ses fonctions à l'Union départementale des syndicats CGT[8]. Après 1950, elle s'occupe de la FNDIRP : la Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes, pour défendre les droits des anciens déportés résistants et faire connaître leurs valeurs. Ouvrière et féministe, elle a toujours milité afin que les jeunes filles et les femmes puissent prendre des responsabilités au sein du mouvement syndical et des organisations politiques. Durant les Trente Glorieuses, la société ne semble pas évoluer assez vite pour elle. Elle va donc continuer à militer pour l'émancipation des femmes, au sein de l'Union des Femmes françaises, née en 1945, association qui évoluera sous le nom de Femmes Solidaires.

Martha Desrumaux décède, le 30 novembre 1982, le même jour que son mari Louis Manguine, lui-même ancien métallurgiste et syndicaliste.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michèle Cointet, Histoire des 16. Les premières femmes parlementaires en France, Fayard, 2017.
  • Catherine Lacour-Astol, Le genre dans la Résistance. La Résistance féminine dans le Nord de la France, Presses de Sciences Po., 2015.
  • Marie-Laure Le Foulon, Le procès de Ravensbrück. Germaine Tillion: de la vérité à la justice, Cherche-Midi, 2016.
  • Marc Leleux, Histoire des sans-travail et des précaires du Nord, Presses universitaires du Septentrion, 2013.
  • Jean-François Murraciole, Histoire de la Résistance en France, Presses universitaires de France, 2012.
  • Pierre Outteryck, Martha Desrumaux. Une femme du Nord, ouvrière, syndicaliste, déportée, féministe, Le Geai Bleu éditions, 2009.
  • Jean-Pierre Besse et Claude Pennetier, Juin 40, la négociation secrète, Éditions de l'Atelier, 2006.
  • Bernard Pudal et Claude Pennetier, Le souffle d'Octobre. L'engagement des communistes français, Éditions de l'Atelier, 2017.
  • Danielle Tartakowsky, Les manifestations de rue en France, Publications de la Sorbonne, 1997.
  • Manie Philippe, "Martha Desrumaux, femme, ouvrière, syndicaliste, communiste du Nord - Récit de vie" Mémoire de Maîtrise de l'Université de Lille III - 1979

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Article de Laurent Decotte publié dans la Voix du Nord le 8 mars 2009.
  2. http://www.nord-social.info/spip.php?article138
  3. a et b Pierre Outteryck, Martha Desrumaux: une femme du Nord, ouvrière, syndicaliste, déportée, féministe, le Geai bleu, , p. 40.
  4. Pierre Outteryck, op. cit., p.41
  5. Pierre Outteryck, op. cit., p.44
  6. « Conférence-débat sur Martha Desrumaux, une femme d'engagements », La Voix du Nord,‎ , p. LENS-LIEVIN_22
  7. Pierre Outteryck, op. cit., p.53
  8. a b c et d « MORT DE MARTHA DESRUMAUX ANCIEN DÉPUTÉ COMMUNISTE », Le Monde,‎