Marsault

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Marsault, né en 1988[1], est un dessinateur français. Après avoir publié ses premiers albums en auto-édition, il se fait connaître du grand public par le biais des réseaux sociaux. Ses dessins humoristiques, souvent crus et violents, ont suscité diverses polémiques sur Internet : les détracteurs de Marsault l'accusent d'être misogyne ou d'extrême droite, ce que lui-même conteste.

Biographie[modifier | modifier le code]

Après avoir arrêté sa scolarité à l'âge de seize ans, il travaille comme ouvrier sur des chantiers. Il commence à dessiner pour amuser ses amis, puis décide de passer à la vitesse supérieure[1]. Revendiquant notamment les influences de Gotlib, Coyote[2], Albert Uderzo, Morris et Reiser[3], il apprend le dessin en s'exerçant le soir, parallèlement à son travail dans une usine. Il déclare par la suite : « Au final, j’ai dû passer un an de ma vie aux Beaux Arts… et j’ai vraiment eu l’impression de perdre mon temps », et se revendique comme autodidacte[2], jugeant que « Les écoles c'est pour les fiottes »[1]. Alors qu'il cherche un éditeur, il fait la connaissance de Papacito[4], un blogueur et vidéaste engagé à droite[5]. Marsault commence à publier ses dessins sur le blog de Papacito puis, constatant que sa production est appréciée par les lecteurs, décide de créer ses propres pages web[4].

À partir de 2014, il publie des albums en auto-édition, se signalant par un humour noir très cru[6] et des gags aux « chutes » souvent violentes. Le site Art/ctualité commente à son propos : « il propose un style de dessin à l’acide sulfurique, que certains réprouvent mais que bon nombre de lecteurs adorent. Dénonçant le racisme, la haine, la misogynie, l’alcoolisme et la plupart des vices, il dégoupille grenades sur grenades dans un univers où la BD n’a plus rien de choquant. C’est le genre de dessin que l’on regarde sous la gabardine, en se marrant devant un humour noir qui dépasse l’entendement. On ricane, on se dit que le type abuse et pourtant, on devine une bonne dose d’intelligence à travers les borborygmes de ses personnages et l’extrême violence. (...) Reprenant les codes de nos ancêtres, de nos dabes ou de nos darons, Marsault s’échine à nous faire revivre un monde cruel et hors normes, celui de l'Indochine et de l'Algérie, de la misère sociale et intellectuelle, en passant par les ravages de l’alcool, tout en gardant un œil acerbe sur l’actualité de notre cher pays »[7].

C'est principalement via Internet qu'il se fait connaître. Les dessins qu'il publie régulièrement sur Facebook sont largement partagés et, en 2016, sa page compte plus de 150 000 abonnés sur le réseau social[6]. L'un des gags les plus récurrents de ses dessins met en scène un individu musculeux au crâne rasé, baptisé « Eugène », qui assomme — ou attaque au char d'assaut — des personnages que l'auteur juge agaçants[3], parmi lesquels des gauchistes, des féministes ou des « fumeurs de joints à dreadlocks »[8]. Il cosigne une bande dessinée écrite par Papacito[5]. Le politologue Nicolas Lebourg résume en 2018 son cas comme celui d'un dessinateur qui parvient « à retourner les codes de l’humour façon Fluide glacial contre les valeurs censément progressistes[9]. »

Le style souvent violent de Marsault, et sa tendance à s'en prendre aux tenants du « politiquement correct », ne font cependant pas l'unanimité et entraînent divers signalements sur Facebook. Certains de ses dessins sont en outre repris sur des sites souvent classés à l'extrême droite comme Égalité et Réconciliation ou Fdesouche, ce qui lui vaut d'être accusé de faire partie de la même mouvance politique[10]. Lui-même le conteste et déclare : « Des gens se sont appropriés mon travail sans mon accord et l’ont mis en ligne en mon nom, point. » Concernant sa position politique, il précise :

« J'ai tapé sur les politiciens, sur les féministes, sur les écolos, sur les gourdasses… en fait, j’ai tapé sur les extrémistes de tous bords. Quand je m’attaque à une communauté de personnes, ce sont les extrémistes que je vise. Dans la liste des gens qui se sont pris une mandale dans mes dessins, il faut à chaque fois rajouter le terme “extrémiste” devant[2]. »

Pendant plusieurs mois, en 2015 et 2016, la page Facebook de Marsault fait l'objet de signalements de la part de cybermilitants qui dénoncent ses dessins comme misogynes ou racistes. Les attaques contre le dessinateur sont notamment le fait de communautés en ligne féministes : Marsault ayant publié en décembre 2015 un dessin qui tournait en dérision une certaine rhétorique féministe, ses publications font ensuite l'objet d'une vague de signalements systématiques, y compris dans le cas de dessins sans teneur politique comme des hommages à Lemmy Kilmister ou David Bowie[11]. En février 2016, son compte est bloqué pendant un mois. En août de la même année, après plusieurs mois de polémiques à son sujet sur les réseaux sociaux, la page est supprimée suite à un nouveau signalement. Marsault dénonce alors sur une autre page — également supprimée peu après — une militante féministe comme étant la cause de cette suppression. Marsault affiche publiquement son nom, son prénom et sa page Facebook en incitant ses fans à lui envoyer des messages de reproches (il condamnera par la suite les menaces de viol et de meurtre que son appel a entraîné contre l'internaute) : l'intéressée, qui s'était publiquement réjouie de la fermeture de la page[12], reçoit ensuite de nombreux messages d'insultes ou de menaces[10]. En janvier 2017, elle déclare en avoir reçu près de 1 200 sur Facebook[13]. Le webzine Tak prend la défense de Marsault, le jugeant victime d'une censure orchestrée par des « antiracistes d’opérette », et qualifiant les accusations d'accointance avec l'extrême droite de « scandaleuses affabulations »[14].

En octobre 2016, Marsault publie aux éditions Ring deux albums constituant un best-of de ses publications sur Internet[2],[6]. Plusieurs autres sortent chez le même éditeur dans les mois qui suivent. Dès la sortie de son premier album chez Ring, l'ouvrage figure parmi les meilleures ventes sur Amazon[8]. La personnalité du dessinateur continue cependant d'occasionner des polémiques, et plusieurs de ses séances de dédicaces en librairie sont annulées[15]. En décembre, Causeur salue en lui « le Gotlib de l'underground réac » et dénonce la « censure inadmissible » dont il a fait l'objet[3].

Dans une interview, le dessinateur reconnaît avoir « plus de « fachos » que de « gauchos » » parmi ses lecteurs car il pratique un « humour de droite » — ce qu'il définit avant tout comme un état d'esprit — mais revendique avoir avant tout un lectorat apolitique[16]. En juillet 2018, Valeurs actuelles fait l'éloge du « moins politiquement correct des dessinateurs » en le présentant comme un vengeur du « vieux monde » et de la « France morte »[17].

Le 7 août 2018, Marsault publie sur Facebook un texte très polémique pour accompagner un dessin évoquant les meurtres de fermiers blancs en Afrique du Sud. Dans ce billet, il dénonce « la société multiraciale » qui « ne peut mener qu'à une boucherie », ajoutant que les Blancs sont menacés en France et se diviseront bientôt en trois groupes : ceux qui se préparent au conflit ethnique à venir, ceux qui hésitent, et ceux qui ne veulent pas le voir. Il retire son texte le jour même, mais de nombreuses copies d'écran en gardent la trace.

Publications[modifier | modifier le code]

  • Sans filtre, tome 1 : C'était la guerre, auto-édition, 2014[18]
  • Sans filtre, tome 2 : Là où je pense, auto-édition, 2015
  • BREUM, tome 1 : Attention, ça va piquer, auto-édition, 2015 (réédition augmentée, Ring, 2016)
  • Deux poids deux mesures (en collaboration avec Cordell), auto-édition, 2015 (réédition, Ring, 2017)
  • FDP de la mode, tome 1: Enculés va ! (en collaboration avec Papacito), auto-édition, 2015 (réédition, Ring, 2018)
  • BREUM, tome 2 : Blindage et liberté, Ring, 2016
  • Dernière Pute avant la fin du monde, Ring, 2017
  • Sans filtre : l'intégrale (réédition en un volume des tomes 1 et 2), Ring, 2017
  • Illustrations du livre L'Inavouable Histoire de France - La satire officielle, de Norbert Hérisson et Stéphane Burne, Ring, 2017
  • Asphalte, Ring, 2018
  • BREUM, tome 3 : C'est pas la taille qui compte, Ring, 2018

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c Biographie sur ring.fr.
  2. a, b, c et d « Brainterview : Qui a peur du grand méchant Marsault ? », Brain Magazine, 27 octobre 2016.
  3. a, b et c Patrick Mandon, « Viril mais incorrect », Causeur, 11 décembre 2016.
  4. a et b Papacito : « Toulouse est l’exemple de la street crédibilité » , Infos Toulouse, 7 août 2018
  5. a et b Papacito : “Nous faisons un contre Canal + culturel : fun, patriote et réactionnaire”, Valeurs actuelles, 12 juillet 018
  6. a, b et c « Marsault, le BREUM dessinateur qui fait un massacre », interview sur le site funeraire-info., 29 octobre 2016.
  7. « Dessine moi un canon », sur artctualite.com, 2 janvier 2015
  8. a et b « Ring, des éditions qui sentent le soufre », Libération, 15 janvier 2017
  9. « A l'extrême droite, quoi de nouveau ? », Le Nouveau Magazine littéraire, 25 juin 2018
  10. a et b «On va s’occuper de toi»: une féministe harcelée par les fans d’un dessinateur, Buzzfeed, 10 août 2016.
  11. « Dessiner en France au 21e siècle: retour sur la censure de Marsault », sombre-plume.fr, 10 août 2016.
  12. Pauline Grand d'Esnon, « Sur les réseaux sociaux, le harcèlement de féministes se pratique en meute et en toute impunité. Un phénomène en expansion », sur neonmag.fr, (consulté le 9 mars 2017).
  13. « J'ai reçu plus de 1200 messages d'insultes sur Facebook », sur StreetPress, .
  14. François Miclo, « Marsault n’est pas facho ! », tak.fr, 12 août 2016.
  15. « L’auteur de BD Marsault attendu ce samedi chez Humeurs noires, loin de toute polémique », La Voix du Nord, 12 novembre 2016.
  16. « Interview Bande dessinée : Marsault », Planète BD, 14 mars 2018.
  17. Cyril de Beketch, Marsault, héraut de la France morte, Valeurs actuelles, 11 juillet 2018
  18. Sans filtre, sur bedetheque.com

Liens externes[modifier | modifier le code]