Marie-Victorin

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Marie-Victorin
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Marie-Victorin vers 1920

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Abréviation en botanique
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Frère Marie-Victorin (né Conrad Kirouac le à Kingsey Falls, Québec et mort le à Montréal dans la même province) est un religieux canadien, botaniste, intellectuel et écrivain. Au XXe siècle, il est surtout connu pour ses travaux en botanique qui ont probablement culminé avec la publication de sa Flore laurentienne et l'élaboration de l'herbier Marie-Victorin.

Biographie[modifier | modifier le code]

Formation et enseignement[modifier | modifier le code]

Marie-Victorin dans son laboratoire à la faculté des sciences de l'Université de Montréal, vers 1925

En 1901, à l’âge de 16 ans, il entre au Noviciat du Mont-de-La-Salle à Maisonneuve où il se joint aux Frères des écoles chrétiennes[1]. Il adopte alors le nom nom religieux de frère Marie-Victorin[2].

Il commence d’abord à enseigner au Collège Saint-Jérôme en 1903[2], et ensuite au Collège Saint-Léon de Westmount, avant d’être enseignant au Collège de Longueuil de 1904 à 1920[1].

Il devient ensuite professeur de botanique à l’Université de Montréal à partir de 1920[3].

Carrière[modifier | modifier le code]

Outre sa profession d'enseignant, il fonde l'Institut botanique de Montréal en 1922 (il en sera le directeur jusqu'à sa mort), ainsi que la Société canadienne des sciences naturelles en 1923, qu'il dirige jusqu'en 1940[4]. À travers celle-ci, il inspire la création des Cercles des jeunes naturalistes en 1931[5]. La même année, il fonde le Jardin botanique de Montréal qui servira de lieu touristique, mais sera aussi utilisé à des fins de recherche et d'enseignement[2].

Auteur d'un grand nombre d'ouvrages, on lui doit notamment celui sur la botanique du Québec : la Flore laurentienne, 917 pages de descriptions accompagnées de 2 800 illustrations[6]. Cet ouvrage, publié pour la première fois en 1935, est encore vendu en 2017, et a fait l'objet de multiples rééditions[6].

À partir de 1938, il fait plusieurs séjours annuels à Cuba afin d'y visiter son ami le frère Léon[7]. Lors de ces voyages, il prend un très grand intérêt pour la flore cubaine et se met à l'étudier. En résultera Itinéraires botaniques dans l’île de Cuba, publié en trois tomes (la publication du dernier tome étant posthume)[8], fait en collaboration avec le Frère Léon[7].

Littéraire, nationaliste et avant-gardiste[modifier | modifier le code]

Marie-Victorin était passionné de littérature (son auteur préféré étant Thomas Mann[9]) et cela sa reflète dans son œuvre. Entre l'âge de 18 ans et 35 ans, il tient un journal intime, plus tard publié chez les Éditions Fides, où il s'exprime sur divers sujets : littérature, politique, botanique et nationalisme[10].

Il fonde le cercle littéraire Cercle La Salle, affilié plus tard à l'Association catholique de la jeunesse canadienne-française (l'ACJC), permettant aux jeunes de développer leur sentiment nationaliste en participant à des représentations théâtrales mettant en scène des personnages historiques de la Nouvelle-France[11]. Il écrit lui-même plusieurs pièces à saveur nationaliste dont la pièce de théâtre Charles Le Moyne (1910), un drame historique en trois actes[12], et Peuple sans histoire (1918), une nouvelle historique au sujet du rapport Durham[2].

En 1919, il publie son recueil de nouvelles Récits laurentiens, qui est inspiré de la littérature du terroir[12], et en 1920, ses Croquis laurentiens, où il raconte poétiquement son amour de la nature[13].

À partir de 1915, il commence à écrire des « billets du soir » dans Le Devoir, sous le pseudonyme « M. Son Pays ». Il s'y révèle très concerné par le sort du peuple canadien-français. Cette collaboration durera jusqu'à sa mort[12]. Il utilise également Le Devoir comme tribune pour promouvoir l'importance du savoir scientifique et comment celui-ci permettrait au peuple canadien-français d'acquérir une indépendance intellectuelle et économique[14]. Il écrit, par exemple :

« Nous ne serons une véritable nation que lorsque nous cesserons d'être à la merci des capitaux étrangers, des experts étrangers, des intellectuels étrangers: qu'à l'heure où nous serons maîtres par la connaissance d'abord, par la possession physique ensuite, des ressources de notre sol, de sa faune et de sa flore. Pour cela, il nous faut un plus grand nombre de physiciens et de chimistes, de biologistes et de géologues compétents. »

— Marie-Victorin[15]

En tant que religieux et scientifique, il est choqué de voir des questions religieuses avoir préséance sur des questions scientifiques comme cela est le cas avec la théorie de l’évolution. Il affirme, en 1940, que la formation religieuse devra changer si elle veut pouvoir s’adapter aux nouvelles réalités du monde[14].

Il s’oppose également au cardinal Villeneuve sur la question du droit de vote des femmes qu’il ne prend pas tout à fait au sérieux, sans doute en raison de son manque de foi en les politiciens de l’époque[16]. Dans une lettre adressée à Mère Marie-des-Anges, il dit :

« Je suis certain qu'elles voteraient toujours pour le plus joli candidat!!! Et je pense que cela n'irait pas plus mal que ça va là! Homme pour homme, insignifiant pour insignifiant, pourquoi ne pas prendre le plus beau? Tu vois que je traite sérieusement cette fondamentale question du vote féminin! »

— Marie-Victorin[17]

Mort[modifier | modifier le code]

Marie-Victorin a eu une santé fragile (poumons phtisiques et hémorragies chroniques) tout au long de sa vie et pensait mourir jeune de la tuberculose[18].

Il décède finalement à 59 ans, le 15 juillet 1944, suite à un accident de voiture sur la voie Sir Wilfrid Laurier, entre Saint-Hyacinthe et Sainte-Rosalie[19]. Il revenait d'une excursion d'herborisation à Black Lake (dans les Cantons-de-l'Est) à la recherche d'un Cheilanthes siliquosa (sorte de fougère rare), en compagnie de ses amis Rolland Germain, James Kucyniak, et Marcel Raymond[19].

Quelques espèces nommées par Marie-Victorin[modifier | modifier le code]

Conrad Kirouac avec un chardon de Mingan en 1928

Publications[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

  • 1916 : La Flore du Témiscouata[22], Imprimerie Laflamme.
  • 1919 : Récits laurentiens, Frères des écoles chrétiennes.
  • 1920 : Croquis laurentiens, Frères des écoles chrétiennes.
  • 1935 : Flore laurentienne, Imprimerie de La Salle.
  • 1942 : Itinéraires botaniques dans l’île de Cuba (première série), Institut botanique de l'Université de Montréal.
  • 1944 : Itinéraires botaniques dans l’île de Cuba (deuxième série), Institut botanique de l'Université de Montréal.
  • 1956 : Itinéraires botaniques dans l’île de Cuba (troisième série), Institut botanique de l'Université de Montréal (publication posthume).
  • 1969 : Flore de l'Anticosti-Minganie, Presses Université de Montréal (publication posthume).
  • 2004 : Mon miroir - Journaux intimes 1903-1920 - Texte intégral, Fidès, Édition établie et annotée par Gilles Beaudet et Lucie Jasmin (publication posthume).

Prix, honneurs et éponymie[modifier | modifier le code]

Statue du frère Marie-Victorin au Jardin botanique de Montréal

Prix[modifier | modifier le code]

Honneurs[modifier | modifier le code]

  • Félix-Antoine Savard a rendu hommage à Marie-Victorin pour lui avoir appris à décrire habilement la nature.
  • L'historien Robert Rumilly a composé Le Frère Marie-Victorin et son temps en son honneur.
  • Le prix Marie-Victorin, un des prix du Québec, récompense depuis 1977 un scientifique dans l'une des disciplines de sciences pures ou appliquées autre que le domaine biomédical.

Éponymie[modifier | modifier le code]

Le frère Marie-Victorin est une des personnalités québécoises du XXe siècle qui a la plus été honorée dans la toponymie.

Pavillon Marie-Victorin de l'Université de Montréal

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Yves Gingras, « L’itinéraire du Frère Marie-Victorin, é.c. (1885-1944) », Revue d'histoire de l'Amérique française, vol. 39, no 1,‎ , p. 77-82 (ISSN 1492-1383, lire en ligne)
  2. a, b, c et d Pierre Couture, « KIROUAC, CONRAD », sur Dictionnaire biographique du Canada (consulté le 15 septembre 2017)
  3. Yves Gingras, « Marie-Victorin à la recherche de la flore laurentienne », Cap-aux-diamants, no 46,‎ , p. 27 (ISSN 1923-0923, lire en ligne)
  4. Société canadienne d'histoire naturelle sur archives.uqam.ca
  5. Madeleine Lavallée, Marie-Victorin, un itinéraire exceptionnel, Éditions Héritage Inc., , 272 p. (ISBN 0777356546), p. 77
  6. a et b Yanick Villedieu, « La Flore laurentienne de Marie-Victorin a 80 ans », Radio-Canada,‎ (lire en ligne)
  7. a et b André Bouchard, Marie-Victorin à Cuba, Les Presses de l'Université de Montréal, , 217 p. (ISBN 9782760620667), p. 11
  8. Yves Gingras, « Marie-Victorin à la recherche de la flore laurentienne », Cap-aux-diamants,‎ , p. 29 (ISSN 1923-0923, lire en ligne)
  9. Madeleine Lavallée, Marie-Victorin, un itinéraire exceptionnel, Éditions Héritage Inc., , 272 p. (ISBN 0777356546), p. 244
  10. « MON MIROIR. Journaux intimes, 1903-1920 », sur Éditions Fides, (consulté le 15 septembre 2017)
  11. Madeleine Lavallée, Marie-Victorin, un itinéraire exceptionnel, Éditions Héritage Inc., , 272 p. (ISBN 0777356546), p. 75-75
  12. a, b et c Yves Gingras, « Le frère Marie-Victorin : un intellectuel de combat », sur La fondation Lionel-Groulx, (consulté le 15 septembre 2017)
  13. Jacques Bélisle, « Croquis laurentiens, du Frère Marie-Victorin », Lettres québécoises,‎ , p. 96-97 (ISSN 0382-084X)
  14. a et b Pauline Gravel, « La science comme salut : les idées d'avant-garde de Marie-Victorin ont forgé le Québec moderne », Le Devoir,‎ (ISSN 0319-0722, lire en ligne)
  15. Marie-Victorin, « La province de Québec, pays à découvrir et à conquérir », Le Devoir,‎ (ISSN 0319-0722, lire en ligne)
  16. Yves Gingras, « Formation et combats d'un frère éducateur », Radio-Canada,‎ (lire en ligne)
  17. Marie-Victorin, « Lettre de Marie-Victorin à Mère Marie-des-Anges », Confidence et combat,‎ , p. 162
  18. Jean Gould, « Frère Marie-Victorin. Mon miroir. Journaux intimes, 1903-1920. Édition établie et annotée par Gilles Beaudet é.c. et Lucie Jasmin. Montréal, Fides, 2004. 814 p. », Mens, vol. 6, no 2,‎ , p. 290-295 (ISSN 1927-9299, lire en ligne)
  19. a et b Madeleine Lavallée, Marie-Victorin, un itinéraire exceptionnel, Éditions Héritage Inc., , 272 p. (ISBN 0777356546), p. 243-246
  20. « Le chardon de Mingan », sur Parcs Canada, (consulté le 18 septembre 2017)
  21. Cirsium minganense
  22. University of Ottawa > La Flore du Temiscouata : mémoire sur une nouvelle exploration botanique de ce comté de la province de Québec
  23. a et b Recherche sur le site de la Commission de toponymie du Québec.
  24. À propos du parc Marie-Victorin

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Institut des Frères des Écoles Chrétiennes, Biographies Lasalliennes : notices choisies -, vol. 4e série, Maison Saint Jean-Baptiste de La Salle, Rome,
  • Robert Rumilly, Le Frère Marie-Victorin et son temps, Montréal, Les Frères des Écoles Chrétiennes, , 489 p.
  • Louis-Philippe Audet, Le frère Marie-Victorin. Ses idées pédagogiques, Québec, Éditions de l'Érable, , 283 p.
  • Conrad Kirouac, Frère Marie-Victorin /Mon miroir : Journaux intimes 1903 - 1920, Montréal, Québec, Canada, FIDÈS, , 1e éd., 816 p. (ISBN 2-7621-2569-3)
  • Madeleine Lavallée, Marie-Victorin: Un Itineraire Exceptionnel, St Hubert Quebec, Les Editions Héritage, , 273 p. (ISBN 0-7773-5654-6)
  • André Bouchard, Marie-Victorin à Cuba : Correspondances avec le frère Léon, Montréal, Québec, Canada, les Presses de l'Université de Montréal, , 1e éd., 220 p. (ISBN 978-2-7606-2066-7)
  • Nicole Gravel, Victorin, le naturaliste, ONF, 1997, 52 min. (en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Portails et catégories[modifier | modifier le code]

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