Constance de Jésus

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Marie-Geneviève Meunier)
Aller à : navigation, rechercher
Sœur Constance de Jésus
Image illustrative de l'article Constance de Jésus
Exécution des Carmélites, vitrail de l'église Notre Dame du Mont-Carmel de Quidenham (Angleterre)
Bienheureuse
Naissance
Saint Denis (Seine-Saint-Denis)
Décès (à 29 ans) 
barrière de Vincennes (Paris)
Nom de naissance Marie-Geneviève Meunier
Nationalité Drapeau de la France Française
Ordre religieux Ordre des Carmes déchaux
Béatification
par le pape Pie X
Vénéré par Église catholique romaine, Ordre du Carmel
Fête 17 juillet

Marie-Geneviève Meunier, en religion sœur Constance de Jésus, née le à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) (paroisse Saint-Marcel) et morte le à Paris, est la plus jeune des carmélites de Compiègne guillotinées durant la Grande Terreur. Elle était alors encore novice au carmel.

Au moment d'être exécutée la première, elle entonne le « Laudate Dominum » et donne l'exemple aux autres carmélites qui la suivent en continuant le chant.

Béatifiée le par le pape Pie X, elle est fêtée le 17 juillet[1] avec l'ensemble des carmélites martyres de Compiègne.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et entrée au Carmel[modifier | modifier le code]

Acte de baptême de Marie Geneviève Meunier, Sœur Constance de Jésus, le 29 mai 1765 en l'église Saint-Marcel à Saint-Denis (diocèse de Paris)

Marie-Geneviève Meunier est née le à Saint Denis (alors dans le Diocèse de Paris et aujourd'hui en Seine-Saint-Denis), fille de Noël Meunier, laboureur, et de Marie Geneviève Boursier. Elle est baptisée le lendemain, , en l'église Saint-Marcel de Saint-Denis : son parrain est Jean-Baptiste La Croix, maître-charpentier, et sa marraine est Marie Louise Bajot[2].

L'église Saint-Marcel, dont l'origine remonte au Moyen Âge, était alors une des nombreuses paroisses de Saint-Denis, elle était réputée comme « la plus belle des églises paroissiales de la ville de Saint-Denis » : elle est détruite pendant la Révolution française[3].

Marie-Geneviève Meunier entre au Carmel le [A 1].

La Révolution[modifier | modifier le code]

Lorsque la Révolution française éclate en 1789, elle est la plus jeune[4] du Carmel de Compiègne (elle est alors âgée de 24 ans) qui compte vingt-et-une religieuses. Elle n'a pas encore prononcé ses vœux d'engagement.

En décembre 1789, sœur Constance de Jésus alors novice au Carmel se trouve interdite par la loi du de suspension des vœux dans les monastères[5] de prononcer ses vœux. Elle reste donc novice, accompagnant fidèlement ses sœurs carmélites.

À cause du décret du qui supprime les ordres religieux, chaque carmélite est invitée à déclarer si son intention est de sortir de son monastère. Toutes affirment « vouloir vivre et mourir dans cette sainte maison ». Constance décide de rester, alors qu'elle n'a pas prononcé ses vœux, et que le but de cette loi était justement de « libérer » les religieuses enfermées contre leur volonté dans les couvents[A 2].

Les carmélites de Compiègne[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Carmélites de Compiègne.

Sœur Constance restant avec les autres religieuses, pour la vie de la communauté et leur arrestation, se reporter à l'article sur les Carmélites de Compiègne.

La première exécutée[modifier | modifier le code]

Plaque en mémoire des 16 carmélites de Compiègne au cimetière de Picpus

Les seize religieuses, conduites par leur supérieure, Mère Thérèse de Saint-Augustin, quittent la prison vers 18h et prennent le chemin de la guillotine en chantant des cantiques tout au long du parcours (Miserere, le Salve Regina). Vêtues de leurs manteaux blancs de religieuses, elles descendent des charrettes, puis se mettent à genoux et entonnent le Te Deum, prononcent le renouvellement de leurs vœux et chantent le Veni Creator[6].

À 20 h, les assistants du bourreau, Charles-Henri Sanson, viennent chercher en premier sœur Constance de Jésus, qui est aussi la plus jeune. Sœur Constance fait une génuflexion devant la mère supérieure pour lui demander la permission de mourir. En montant les marches de l'échafaud, elle entonne le « Laudate Dominum »[7],[A 3](psaume chanté lors des fondations des Carmels, avec la symbolique de fonder au Ciel une nouvelle communauté).

Les quinze autres carmélites sont exécutées ensuite, continuant à chanter à la suite de sœur Constance. Les chants des religieuses, durant leur parcours jusqu'à la guillotine, puis gravissant l'échafaud, impressionnèrent fortement la foule qui assistait en silence au transfert des religieuses et à leur exécution[8]. « On ne saurait croire l'impression de respect que commandait le dévouement de ces généreuses victimes ; toutes soupiraient après le moment de leur sacrifice, toutes s'exhortaient a rester fermes et généreuses dans le dernier combat... ; elles avaient l'air d'aller à leurs noces »(Témoignage d'un employé de la prison)[9].

Les corps et les têtes de sœur Constance et des autres carmélites sont jetés de nuit dans l'une des deux fosses communes du cimetière de Picpus[10]. Ils se trouvent encore dans le jardin des religieuses.

Du témoignage à l'œuvre[modifier | modifier le code]

C'est sur le témoignage de sœur Marie de l’Incarnation que s'appuya Gertrud von Le Fort, pour écrire un roman qui exprimait sa peur dans une Allemagne en voie de nazification et qui s'intitula La dernière à l'échafaud. Dans son récit, si le personnage de Blanche de la Force s'inspire en partie de sœur Constance de Jésus (Blanche est une jeune novice comme Constance), son auteur dira que la petite Blanche « n'a au sens historique jamais vécu mais elle reçut le souffle de son être tremblant exclusivement de ma propre intériorité et ne peut, en aucun cas, être détachée de cette origine qui lui est propre »[A 4].

Après la guerre, le père Bruckberger et Philippe Agostini demandèrent à Georges Bernanos d'écrire les dialogues du film qu'ils voulaient tirer de ce livre. Bernanos mourut avant d'avoir achevé le texte ; Albert Béguin en assura l'édition posthume en lui donnant la forme d'une pièce, qui connut rapidement un grand succès et entra tout aussi rapidement au répertoire de la Comédie-Française. Francis Poulenc en tira un opéra en 1958.

Le film de Bruckberger et Agostini, utilisant en partie les dialogues rédigés par Bernanos, sortit en 1960, mettant en scène Madeleine Renault, Alida Valli, Jeanne Moreau, Judith Magre et Georges Wilson[11].

Pierre Cardinal en réalisa un téléfilm en 1983 mettant en scène Suzanne Flon, Madeleine Robinson, Nicole Courcel, Anne Caudry et Marie Christine Rousseau.

En 1987, une version intégrale mise en scène par Gildas Bourdet, à Lille, puis à Paris au Théâtre de la Porte-Saint-Martin sous l'égide de la Comédie-Française[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Bienheureuse Charlotte », sur Nominis, nominis.cef.fr (consulté le 20 avril 2015).
  2. Registre paroissial de l'église Saint-Marcel de Saint-Denis (1765), archives municipales de Saint-Denis.
  3. http://www.saint-denis.culture.fr/fr/1_5a1_ville.htm
  4. « Histoire du martyre communautaire », sur Martyre de la communauté des 16 carmélites de Compiègne, martyres.carmelites.free.fr (consulté le 20 avril 2015).
  5. « Chronologie Carmélites de Compiègne », sur Le Carmel en France, carmel.asso.fr (consulté le 20 avril 2015).
  6. C'est l'hymne chanté pour les cérémonies de renouvellement des vœux dans les monastères.
  7. Les paroles sont (la) Laudate Dominum, omnes gentes soit Louez le Seigneur, toutes les nations
  8. Michel Lafontaine, « Carmélites de Compiègne - Qui sont-elles ? », sur Le Carmel au Québec, lecarmel.org.
  9. J. Marseille, « Les carmélites de Compiègne », sur Société Historique de Compiègne, histoire-compiegne.com (consulté le 20 avril 2015).
  10. Stéphane-Marie Morgain, L'Amour sera toujours vainqueur : les carmélites martyres de Compiègne, pensées et témoignages, du Carmel, , 132 p. (ISBN 978-2900424605), p. 14-24.
  11. a et b « Les 16 bienheureuses Carmélites de Compiègne », sur Missel, missel.free.fr (consulté le 20 avril 2015).

Jean de la Viguerie, « La résistance des religieuses à la persécution révolutionnaire (Doc B34-23) » [PDF], sur Société Historique de Compiègne, histoire-compiegne.com, (consulté le 20 avril 2015)

  1. Jean de la Viguerie, « Document B34-23) » [PDF], sur Société Historique de Compiègne, histoire-compiegne.com (consulté le 20 avril 2015), p. 149.
  2. Jean de la Viguerie, « Document B34-23) » [PDF], sur Société Historique de Compiègne, histoire-compiegne.com (consulté le 20 avril 2015), p. 78-79. Les études ont montré que plus de 90% des religieuses françaises choisiront de rester dans leurs couvents malgré les difficultés
  3. Jean de la Viguerie, « Document B34-23) » [PDF], sur Société Historique de Compiègne, histoire-compiegne.com (consulté le 20 avril 2015), p. 92
  4. Claude Gendre, « Le merveilleux destin du Carmel martyrisé dans la littérature (Document B34-26) » [PDF], sur Société Historique de Compiègne, histoire-compiegne.com, (consulté le 20 avril 2015), p. 226, citant : (de) Gertrud von Le Fort, Aufzeichnungen und Erinnerungen, Benziger Verlag, (1re éd. 1951) (ISBN 978-3506728036), p. 93-94.

Annexe[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]