Marie-Catherine Cadière

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Marie-Catherine Cadière
Marie-Catherine Cadière 1735.jpg
Gravure d’époque montrant la séduction de Marie-Catherine Cadière par le P. Girard mené par le diable.
Biographie
Naissance
Décès
Date inconnueVoir et modifier les données sur Wikidata
ProvenceVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
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Condamnée pour
Condamnation

Catherine Cadière, ou Marie-Catherine Cadière, née le à Toulon, est une mystique française accusée de sorcellerie en 1731. Son procès a suscité de nombreux commentaires parmi les auteurs de l’époque et les historiens.

Biographie[modifier | modifier le code]

Orpheline de Joseph, son père, marchand regrattier, et d’une santé fragilisée par les conséquences de la peste de 1720[1], Marie-Catherine Cadière est protégée par sa mère et ses frères, tous deux ecclésiastiques. Elle appartient donc au milieu de la petite bourgeoisie toulonnaise, où elle intègre le cercle des dévotes qui, avant l'arrivée du Père Girard, jésuite, est plutôt sous l'influence des Carmes, bien implantés à Toulon.

D’une sensibilité mystique et excessive, elle sera attirée par les sermons et le charisme spirituel du P. Girard, qu’elle rencontre en . Elle a alors dix-huit ans. Ses prédispositions pour la sainteté sont encouragées par sa santé fluctuante. Elle se distingue très vite par des manifestations surprenantes (stigmates, visions...) ce qui permet au P. Girard de la présenter comme sainte, de multiplier ses visites au domicile des Cadière et, très probablement, d’abuser d’elle[2].

Les descriptions physiques divergent entre les factums, les estampes et les romans. Jean-Baptiste Boyer d'Argens, qui s’en inspire pour le personnage de Mlle Eradice (l’anagramme de Cadière) dans Thérèse philosophe, la décrit ainsi dans ses Mémoires :

« Elle avoit de beaux yeux, la peau blanche, un air de vierge, la taille assez bien faite. Beaucoup d’esprit couvroit chez elle une ambition démesurée et une extrême envie de passer pour Sainte sous un air de simplicité et de candeur. »

Michelet, pourtant fervent défenseur de la victime, est plus nuancé : « On ne sait si elle fut belle. Ce qui est sûr, c’est qu’elle était gentille, ayant tous les charmants contrastes d’une jeune Provençale et leur double nature ». Catherine Cadière alimente ainsi projections, fantasmes et perceptions diverses. Manipulée par ses frères, folle et hystérique, sainte, manipulatrice ou victime ? Il est évident que le point de vue sur l'affaire tend à déterminer la couleur de la description. L'objectivité est rare en la matière.

L’affaire Cadière[modifier | modifier le code]

Après des accusations de corruption portées contre le P. Girard, elle est éloignée au couvent de sainte Claire d’Ollioules en . Elle en sort en septembre de la même année. En novembre, ses convulsions, en partie mises en scène par ses frères, font beaucoup de bruit et attirent l’attention de la justice.

L’affaire passe de la sénéchaussée de Toulon, vite incompétente, à la juridiction du Parlement d'Aix. Catherine Cadière est enfermée aux Ursulines de Toulon puis transférée à Aix, dans le couvent des Visitandines, le temps du procès.

Elle est défendue par l’avocat Chaudon, syndic commis d’office. La ville, la Provence et le royaume se divisent sur son cas. Elle trouve un important soutien dans une partie de la population, du petit peuple de Toulon jusqu’à certains parlementaires aixois et femmes de la noblesse. Accusée et accusatrice, elle devient un symbole du pouvoir et de la corruption des jésuites, et sert les intérêts du camp janséniste.

Un premier verdict, rendu le 11 septembre 1731, la condamne à la potence. Un deuxième jugement, le 10 octobre suivant, l’innocente. Les foules aixoises et toulonnaises sont en liesse, saluent leur héroïne et conspuent le P. Girard. Catherine Cadière est renvoyée chez sa mère pour ne pas créer davantage de troubles à Aix-en-Provence. On perd alors sa trace, ce qui entretient le mystère sur le personnage.

Le sujet ne cesse pour autant de susciter la curiosité de nombreux auteurs, polygraphes, historiens ou romanciers, de 1731 à nos jours. Ces multiples réécritures, romanesques, satiriques, polémiques, alimentent la mémoire d'une affaire toujours recommencée.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Jules Michelet insiste sur ces aspects dans La Sorcière.
  2. Il sera question pendant le procès de relations coupables entre le P. Girard et Catherine Cadière, et d’avortement.

Sources[modifier | modifier le code]

  • Boyer d’Argens, Mémoires, 1735, Thérèse philosophe, 1738
  • Prosper Cabasse, Essais historiques sur le Parlement de Provence depuis son origine jusqu'à sa suppression (1501-1790), vol. 3, Paris, A. Pihan Delaforest, , 496 p. (lire en ligne), chap. XIV-XV (« Affaire mémorable du P. Girard et de la Cadière-Suite des relations de la Cadière avec le P. Girard »), p. 189-283
  • Stéphane Lamotte, Du Retentissement aux discours sur l’affaire du P. Girard et de la Cadière : mémoires d’un scandale, scandales de la mémoire (de 1728 à nos jours), Master 2, sous la direction de M. Henri Michel, Université Paul Valéry, Montpellier, 2005.
  • Stéphane Lamotte, « Le Père Girard et la Cadière dans la tourmente des pièces satiriques », Dix-huitième siècle, no 39, 2007, p. 431-453.
  • Stéphane Lamotte, « Voltaire, le jésuite et la pénitente : l'affaire Girard-Cadière », Cahiers Voltaires, no 7, 2008.
  • Stéphane Lamotte, Un fait divers à l'épreuve du temps : l'affaire Girard-Cadière de 1728 à nos jours, thèse d'histoire moderne, sous la direction d'Henri Michel, Université Montpellier III, décembre 2011.
  • Pierre Larousse (dir.), le Grand Dictionnaire universel du XIXe siècle, article « Cadière », t. 3.
  • Jules Michelet, La Sorcière, 1862.
  • Michel Vovelle, Les Folies d’Aix ou la fin d’un monde, Pantin, le temps des cerises, 2003.

Liens externes[modifier | modifier le code]