Marie-Anne Pierrette Paulze

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Ce modèle est-il pertinent ? Cliquez pour en voir d'autres.
Des sources utilisées dans cet article ou section sont trop anciennes. (indiquez la date de pose grâce au paramètre date)

Améliorez sa pertinence à l'aide de sources plus récentes.

Marie-Anne Pierrette Paulze
David - Portrait of Monsieur Lavoisier and His Wife.jpg

Portrait d'Antoine-Laurent Lavoisier et de sa femme
par Jacques-Louis David, 1788, Metropolitan Museum of Art, New York.

Titre de noblesse
Comtesse
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 78 ans)
ParisVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
Marie-Anne Pierrette PaulzeVoir et modifier les données sur Wikidata
Activités
Père
Conjoints

Marie-Anne Pierrette Paulze, épouse Lavoisier, puis Rumford, née à Montbrison le , morte à Paris le , est une scientifique, une artiste-peintre et une illustratrice française.

Elle fut l'épouse et la collaboratrice du chimiste Antoine Lavoisier (1743-1794).

Biographie[modifier | modifier le code]

Marie-Anne Pierrette Paulze est la fille du fermier général Jacques-Alexis Paulze, et la petite-nièce, par sa mère Claudine Thoynet, de l'abbé Joseph Marie Terray. Elle perd sa mère alors qu’elle n’a que trois ans. Son père, qui a déjà trois fils, décide alors de l’envoyer au couvent de la Visitation de Montbrison, afin qu’elle y reçoive l’éducation classique d’une jeune fille de la haute bourgeoisie. C’est là qu’elle forge son caractère, s’intéressant particulièrement aux sciences et au dessin.

Ascension du couple Lavoisier[modifier | modifier le code]

À l'âge de 13 ans, elle épouse Antoine-Laurent de Lavoisier (1743-1794), fermier général, connu pour être le fondateur de la chimie moderne et de la physiologie respiratoire. Elle échappe ainsi à un mariage arrangé par son grand-oncle avec un homme de 50 ans[1] : l’abbé Terray, devenu contrôleur-général, cédant aux instances de la baronne de La Garde, qui a une grande influence sur lui, s'était mis en tête de la marier à un comte d’Amerval, gentilhomme sans état, frère de Mme de La Garde. Jacques Paulze ne craint pas, au risque de compromettre sa fortune, de résister aux volontés de son oncle, le tout-puissant contrôleur des finances, dont il dépend comme fermier-général. Après une première réponse dilatoire, il lui écrit une lettre soulignant l’« aversion décidée » de sa fille pour d’Amerval « fol d’ailleurs, agreste et dur, une espèce d’ogre », selon les mémoires du temps.

L’abbé Terray menace Paulze de lui retirer la direction du département du tabac, avant de se raviser, sur les instances de Michel Bouret, alors fermier-général, qui prend la défense d’un collègue dont l’activité et l’intelligence sont nécessaires à la compagnie. Comme l’abbé persiste dans ses projets de mariage, Paulze, redoutant de nouvelles sollicitations, se résout à marier sa fille le plus tôt possible, pour la soustraire aux poursuites de d’Amerval.

Au mois de novembre 1771, son mariage avec Lavoisier, alors âgé de 28 ans, est décidé. L’abbé Terray accepte la situation sans récriminer et rend ses bonnes grâces à son neveu, promettant non seulement d’assister à la signature du contrat, mais voulant que le mariage soit célébré à la chapelle du contrôle-général. Paulze n’a pas à ce moment une grande fortune : les premières années de sa gestion comme fermier-général lui ont laissé un déficit plutôt qu’un bénéfice ; aussi ne donne-t-il à sa fille qu’une dot de 80 000 livres, sur lesquelles 21 000 sont payées comptant. Le mariage est célébré le 16 décembre 1771, rue Neuve-des-Petits-Champs, par le curé de la paroisse de Saint-Roch. Les jeunes époux vont habiter une maison de la rue Neuve-des-Bons-Enfants avec Lavoisier père et Mme Punctis.

En 1776, Antoine Lavoisier prend la direction de la Régie des poudres et du salpêtre. Le couple s'installe dans le logement de fonction à l’Arsenal[2]. Lavoisier installe un laboratoire sous les combles. Malgré ses fonctions à la ferme générale et à la Régie, il s'adonne à ses recherches personnelles. Marie-Anne Paulze l'assiste, note les expériences et les résultats. Avec Samuel Dupont, Lavoisier constate le retard de l'agriculture française. Il lance une expérience pour améliorer le rendement agricole sur un territoire de 1 000 hectares qu'il confie à sa femme. La production de blé augmente mais l'exploitation n'est pas rentable[2].

Le couple n’a pas d'enfant. En 1781, Marie-Anne Paulze devient l'amante de Samuel Dupont[3], un ami proche du couple. Elle met fin à cette relation en 1791. Elle continue à assister son mari. Elle collabore à son œuvre scientifique en traduisant en français diverses publications, et en dessinant toutes les planches illustrant son Traité élémentaire de chimie (1789)[4].

En 1787, elle accompagne Antoine Lavoisier pour la session de l'assemblée provinciale d'Orléans. Elle rédige deux enquêtes économiques et fiscales. En 1788, la réussite du couple Lavoisier est à son apogée. Marie-Anne Paulze demande à Jacques Louis David un grand portrait du couple, qu'elle paie la somme considérable de 7000 livres. Ce portrait est conservé au MET à New York. C'est un des chefs d’œuvres de la peinture classique[2].

La Révolution française[modifier | modifier le code]

En 1793, la ferme générale est dissoute. Antoine Lavoisier renonce à la direction à la régie des poudres et salpêtres. Le couple est contraint de quitter l'Arsenal. Le 24 novembre 19 fermiers généraux sont arrêtés. Antoine Lavoisier et son beau-père, Jacques Paulze, se livrent quatre jours plus tard, le 28 novembre 1793, pensant justifier leur gestion de la Ferme. Leurs biens sont saisis et inventoriés. Ils sont jugés et exécutés le 8 mai 1794. La condamnation et l’exécution de son père et de son mari le même jour sont pour Marie-Anne Paulze un choc extraordinaire qui la marque à jamais. Elle proteste vivement contre leur arrestation ; puis, dans un virulent pamphlet, signé par plusieurs veuves et enfants de condamnés, elle dénonce Antoine Dupin (1758-1820), le conventionnel responsable des exécutions[5].

Arrêtée le 24 juin 1794, elle est incarcérée. À la suite des lettres de protestation qu’elle envoie en août au Bureau des Piques, au Comité de Salut public et au Comité de Sûreté générale, elle est relâchée le 17 août, après 65 jours de détention. Elle est démunie par le séquestre de tous ses avoirs. En août 1795, elle peut finalement récupérer le domaine de Freschines, commune de Villefrancœur, dans le Loir-et-Cher. Ses biens, les instruments et les notes scientifiques de son mari ne lui reviendront qu'en avril 1796.

Malgré les obstacles financiers, Marie-Anne Paulze organise la publication des derniers mémoires de Lavoisier, Mémoires de chimie, une compilation de ses papiers et ceux de ses collègues démontrant les principes de la nouvelle chimie. Le premier volume contient les travaux sur la chaleur et la formation de liquides, tandis que le second traite des notions de combustion, de l'air, de la calcination des métaux, de l'action des acides et la composition de l'eau. Dans la copie originale, elle écrit la préface et attaque les révolutionnaires et les contemporains de Lavoisier, qu'elle croit être responsables de sa mort.

En 1804, Marie-Anne Paulze épouse le savant américain Benjamin Thompson, comte de Rumford. Ils se séparent en 1809[2]. Son salon reste très fréquenté. Elle meurt en 1836.

Contributions à la chimie[modifier | modifier le code]

Lorsque Lavoisier publie en 1774 un premier ouvrage scientifique, Opuscules physiques et chimiques, celui-ci déclenche des polémiques et Marie-Anne Paulze demande à son époux de lui enseigner la chimie. Elle assimile vite les idées de son mari[6] et devient rapidement une collaboratrice indispensable, son rôle dépassant largement celui d’une épouse dévouée. Le couple se lève à 5 heures et travaille dans le laboratoire de 6 à 9 heures et de 19 à 21 heures[7]. Son écriture apparaît fréquemment dans les registres de laboratoire, mêlée à celle d’Antoine et de ses collaborateurs.

Traduction d'ouvrages scientifiques[modifier | modifier le code]

Marie-Anne Paulze prend des leçons de latin ; elle apprend, également, l'anglais et l'italien et peut ainsi traduire les œuvres de Priestley, de Cavendish, d’Henry et des autres chimistes européens[8],[9].

En 1788, sa traduction de l’Essai sur le phlogistique du chimiste irlandais Richard Kirwan permet à Lavoisier, aidé par Guyton de Morveau, Laplace, Monge, Berthollet et Fourcroy, de réfuter chacun des arguments de l’Essai et de publier son Traité élémentaire de chimie en 1789. L'ouvrage comprend également trois notes du traducteur, c'est-à-dire de Marie-Anne Paulze. Elle traduit aussi, en 1790, De la force des acides et de la proportion des substances qui composent les sels neutres[10], de Kirwan, et publie sa traduction dans les Annales de chimie[11].

Illustrations scientifiques[modifier | modifier le code]

Illustration réalisée par Marie-Anne Paulze dans le laboratoire de son mari.

Habile dessinatrice[12], elle perfectionne son art auprès du peintre Jacques-Louis David (1748-1825)[13]. L’œuvre picturale de Marie-Anne Paulze démontre définitivement que les arts et les sciences sont inextricablement liés et qu’il est avantageux de le reconnaître.

Les treize gravures sur cuivre, modestement signées « Paulze Lavoisier Sculpsit », qui ornent le Traité élémentaire de chimie sont de sa main, ainsi que toutes les esquisses qui ont précédé l’épreuve finale. En plus de ces illustrations, elle grave au moins deux scènes prises sur le vif dans le laboratoire, illustrant les expériences que Lavoisier fait sur la respiration en compagnie de Pierre-Simon de Laplace et Armand Séguin. Dans ces deux scènes, L’Homme au travail et L’Homme au repos, Marie-Anne Paulze se dépeint elle-même, à l’arrière-plan, en secrétaire consignant des notes dans les registres du laboratoire[14].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Mariage », sur le CNRS (consulté le 5 juin 2013)
  2. a, b, c et d Jean-Pierre Poirier, Histoire des femmes de sciences en France, Paris, Pygmalion, , 410 p. (ISBN 2-85704-789-4), p. 281-325
  3. Il sera anobli par le roi en 1783 et deviendra Pierre Samuel du Pont de Nemours.
  4. Lavoisier, le parcours d'un scientifique révolutionnaire sur cnrs.fr.
  5. Louis Velloz, op. cit., p. 211.
  6. La Science et l'Amour - Madame Lavoisier, Poirier J.-P., 2004, éd. Pygmalion.
  7. Marelene Rayner-Canham et Geoffrey Rayner-Canham, Women in Chemistry: Their Changing Roles from Alchemical Times to the Mid-Twentieth Century, 1998, p. 18 ; R. Dujarric de la Rivière, Lavoisier économiste, Paris, Masson/Plon, 1949, p. 13, et Douglas McKie, Antoine Lavoisier, the Father of Modern Chemistry, Philadelphie, Lippincott, 1935, p. 40, indiquent « de 19 à 22 heures ».
  8. Charles Clerc, op. cit., p. 189.
  9. Michelle Goupil, dir., Œuvres de Lavoisier. Correspondance, Paris, Académie des sciences, 1993, vol. 5, p. 373.
  10. « Strength of Acids and the Proportion of Ingredients in Neutral Salts », Proceedings of the Royal Irish Academy, vol. 4 (1790), p. 3-89.
  11. Vol. 14 (1792), p. 152, 211, 238-286.
  12. R. Dujarric de la Rivière, op. cit., p. 13.
  13. Madeleine Pinault-Sorensen a pu établir que Marie-Anne Paulze fut, à titre privé, élève de David grâce à deux dessins annotés par celui-ci et conservés au musée des arts et métiers de Paris.
  14. Bernadette Bensaude-Vincent, Lavoisier. Mémoires d’une révolution, Paris, Flammarion, 1993, p. 90.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]