Marie-Alain Couturier

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Marie-Alain Couturier
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le frère Marie-Alain Couturier o.p.

Nom de naissance Pierre Couturier
Naissance
Montbrison (Loire)
Décès (à 56 ans)
Nationalité française
Pays de résidence France
Activité principale
Père dominicain
Autres activités
Artiste, Théoricien de l'Art
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Sceau de l'Ordre des Prêcheurs (Dominicains)

Le père dominicain Marie-Alain Couturier, né le 15 novembre 1897 à Montbrison (Loire) et mort le 9 février 1954[1], est un artiste et, surtout, un théoricien de l'art, qui fut l'un des principaux acteurs du renouveau de l'art sacré en France au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance, mobilisation et éducation artistique[modifier | modifier le code]

Pierre Couturier est le second fils des quatre enfants d'une famille aisée. Petit-fils de propriétaires forestiers et industriels du bois, il passe ses premières années à Montbrison. Il effectue sa scolarité à l'Institut Victor de Laprade et fait ses classes de philosophie à Saint-Chamond[2]. Bachelier ès lettres, latin et grec en octobre 1914, sa classe est appelée sous les drapeaux en 1915. Souffrant d'asthme, Pierre n'intègre l'armée qu'en 1916. Blessé au talon en avril 1916, il évacue le front et est opéré à Pau le 6 août[2]. Il s'attache durant cette période à Marguerite Perrineau qui restera une confidente privilégiée. Dès cette époque, il commence à peindre. Durant sa convalescence, il travaille sous la direction du peintre stéphanois Joseph Lamberton. En 1919, incité par Paul-Albert Bartholomé, il arrive à Paris. Au printemps 1919, il rejoint les Ateliers d'art sacré lancés par Georges Desvallières et Maurice Denis[2]. Il intègre l'atelier de Desvallières et se forme au métier de verrier auprès de Marguerite Huré. Ces ateliers qui avaient pour objectif de retrouver les anciennes confréries d'artistes proposaient des formations dans tous les registres d'art d’Église[3]. Proches des idées de l'Action Française, Pierre s'identifie à cette frange du catholicisme jusqu'à ce qu'elle soit condamnée par Pie XI en 1926, date à partir de laquelle il s'en désolidarise.

Vocation religieuse[modifier | modifier le code]

Pierre fait sa profession d'oblat bénédictin le , il décide pourtant d'entrer chez les dominicains en 1925, "subitement" selon le témoignage qu'il nous en a laissé[4]. Il prend l'habit le au noviciat d'Amiens en même temps que quinze autres novices[2]. Il fait sa profession simple un an plus tard et par au Couvent du Saulchoir à Kain. Il multiplie déjà à cette époque les dessins, aquarelles et gouaches pour le noviciat. Il est ordonné prêtre le puis fait ses deux dernières années d'études à Rome où il entreprend une correspondance avec Pie Régamey qui sera une constante de sa vie consacrée. De 1932 à 1935 il effectue son ministère à Sainte-Anne en Haute-Savoie. Il peint toujours régulièrement pour lui-même ou pour honorer les commandes de ses frères du Saulchoir, de Louis Rouard ou du couvent du Saint-Sacrement à Paris. Il connaît quelques échecs artistiques à cette époque [2]. En mai 1935, il est assigné au Couvent du 222 rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris et missionné pour s'occuper d'art religieux et désigner des artistes. Il intervient activement en 1936 pour sauver la revue l'Art Sacré[5], dont il assurera à partir de cette date la direction avec Pie Raymond Régamey.

Séjour aux Amériques[modifier | modifier le code]

Le début de la Seconde Guerre Mondiale stoppe l'activité de la revue. Réformé, Marie-Alain Couturier est envoyé à New-York pour prêcher le carême à la paroisse française de Saint Vincent de Paul[2]. Pour répondre à l'invitation d'Étienne Gilson, il se rend ensuite à Montréal pour dispenser des cours à l'école des Beaux Arts. Il effectuera à partir de cette époque de nombreux séjours canadiens et il se lie d'amitié avec les artistes Émile Borduas, Alfred Pellan, Maurice Gagnon ou encore Louise Gadbois avec qui il développe plusieurs projets artistiques. Il organise de nombreuses conférences et expositions qui ont un important retentissement[2]. Parallèlement, il devient à cette époque un animateur résolu de la France Libre et multiplie les sermons, allocutions et articles en sa faveur[6]. Il se lie avec les artistes Chagall, ou encore Lipchitz, entretient une correspondance régulière avec Jacques Maritain et Henri Focillon. En juin 1943, il passe quelques semaines comme aumônier militaire sur la base américaine de Jacksonville. Tour à tour précepteur, professeur, conférencier, le père Couturier assure également un important ministère spirituel auprès de nombreux exilés. Cette activité foisonnante ne l'empêche pas de répondre à plusieurs commandes pour des communautés religieuses américaines. Il rencontre le Général de Gaulle le . Après une longue tournée d'adieux, il débarque en Francee .

Artiste et théoricien de l'art[modifier | modifier le code]

Chargé en 1937, avec le père Pie Raymond Régamey, de la direction de la revue L'Art sacré, il y développe la nécessité de rompre avec l'académisme pour faire appel aux plus célèbres et talentueux des artistes quelles que soient leurs pratiques religieuses :

« La décadence des arts sacrés a aussi des causes spirituelles et sociales. Mais ses causes artistiques se ramènent toutes à l'académisme, directement ou par contre-coup[7]. »

En 1950, dans un article intitulé « Aux grands hommes les grandes choses », il s'indigne que :

« Cent vingt églises ont pu être bâties autour de Paris sans qu'un seul des grands architectes français, respectés du monde entier, ait été seulement consulté[8]. » « Il vaut mieux, estime-t-il, s'adresser à des hommes de génie sans la foi qu'à des croyants sans talent[9]. »

En effet, pour lui, « tout art véritable est sacré. »

C'est donc aux plus grands artistes de son temps que le père Couturier fera appel pour décorer l'église Notre-Dame-de-Toute-Grâce du plateau d'Assy : Pierre Bonnard, Fernand Léger, Jean Lurçat, Germaine Richier, Georges Rouault, Jean Bazaine, Henri Matisse, Georges Braque, Jacques Lipchitz et Marc Chagall, entre autres.

L'audace de certaines œuvres et l'indépendance des artistes déclencheront la querelle de l'art sacré.

Il meurt des complications de la myasthénie à l’âge de 57 ans.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Notice d'autorité du catalogue général de la BNF.
  2. a, b, c, d, e, f et g COUTURIER Marie-Alain
  3. Les Ateliers de l'Art Sacré, une nouvelle pratique de l'art chrétien
  4. « Je sens profondément que, pouvant faire autre chose, mener une autre vie, je suis pourtant fait pour celle-là, appelé à celle-là. », extrait d'une lettre à Marguerite Perrineau durant l'été 1925.
  5. Art Sacré, la revue
  6. Le Québec entre Pétain et De Gaulle
  7. Cité in : Sabine de Lavergne, Art sacré et modernité. Les grandes années de la revue L'Art sacré, Paris, Cessius, 1999, p. 29.
  8. Cité in : Dominique de Ménil et Pie Duployé, Art sacré. M. A. Couturier, Menil Foundation / Herscher, 1983, p. 34.
  9. Ibid.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • A. Lion (éd.), Marie-Alain Couturier, un combat pour l'art sacré, Actes du colloque de Nice, 3-4 décembre 2004 (ISBN 2864104342)
  • Jean-Christophe Stuccilli, "À l'image de Dieu. Marcel Michaud et l'art sacré", dans Le Poids du monde. Marcel Michaud (1898-1958), sous la direction de Laurence Berthon, Sylvie Ramond et de Jean-Christophe Stuccilli, Lyon, musée des Beaux-Arts, 22 octobre 2011 - 23 janvier 2012, Lyon, Fages éditions, 2011, 320 p. (ISBN 9782849752517)
  • « Se garder libre » Journal (1947-1954) (Marie-Alain Couturier, éditions du Cerf, 1962)

Article connexe[modifier | modifier le code]

Lien externe[modifier | modifier le code]