Maria Youdina

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Maria YoudinaМария Юдина
Description de cette image, également commentée ci-après
Maria Youdina en 1922.
Nom de naissance Maria Veniaminovna Youdina
Naissance
Nevel
Drapeau de l'Empire russe Empire russe
Décès (à 71 ans)
Moscou
Drapeau de l'URSS Union soviétique
Activité principale Pianiste

Maria Veniaminovna Youdina (en russe : Мария Вениаминовна Юдина), née à Nevel (Empire russe), le 28 août 1899 ( dans le calendrier grégorien) et morte à Moscou (Union soviétique) le , est une pianiste russe.

Opposante au régime soviétique, convertie à la foi orthodoxe, mais artiste admirée par Staline, elle fut un défenseur de la musique russe de son époque et une interprète remarquable de Bach, Mozart, Beethoven et Schubert.

Biographie[modifier | modifier le code]

Maria Youdina naît à Nevel près de Vitebsk de parents juifs. Son père est médecin et légiste. Elle commence à jouer du piano à l’âge de 7 ans sous la direction de Frida Davidovna Teitelbaum-Levinson (une élève d’Anton Rubinstein)[1]. Elle entre ensuite au conservatoire de Saint Pétersbourg dès 1912 et étudie le piano avec Anna Esipova, Vladimir Drozdov, Leonid Nikolaïev et brièvement, en privé avec Felix Blumenfeld (en 1916 et 1917)[2], la théorie avec Maximilian Steinberg et J. Wihtol, l'écriture avec Nicolas Tcherepnine et Emil Cooper[1],[2]. Parmi ses camarades de classe se trouvent Dmitri Chostakovitch et Vladimir Sofronitsky. Elle étudie également la philosophie et l'histoire à l'université et obtient ses diplômes en 1917[2]. En 1921, elle est diplômée du conservatoire, remporte le prix Rubinstein[2] et commence à donner des concerts, notamment avec la Orchestre philharmonique de Pétrograd sous la direction d'Emil Cooper et à Moscou en 1929.

Après avoir été diplômée du conservatoire de Petrograd, Maria Youdina est invitée à y enseigner (nommé professeur en 1923)[2] jusqu’en 1930[1]. Parlant « d'inspiration divine » pendant ses cours[3], elle est licenciée à cause de ses convictions religieuses et de ses critiques ouvertes du système soviétique. Sans emploi et sans toit pendant quelques années, Maria Youdina enseigne le piano au conservatoire de Tbilissi (1932-1934)[1]. En 1936, sur les conseils de Heinrich Neuhaus, elle entre comme professeur au conservatoire de Moscou où elle enseigne jusqu'en 1951[1]. De 1944 à 1960, Maria Youdina enseigne aussi la musique de chambre et la musique vocale à l’institut Gnessine[1] (actuelle Académie russe de musique). Elle n'effectue que deux tournées à l'étranger, toutes deux dans les « démocraties populaires » contrôlées par l'Union soviétique : à Leipzig en 1950 et en Pologne en 1954[2]. En 1952, à un ministre de la culture géorgien qui lui demande pourquoi elle ne joue pas Beethoven, Schumann et Chopin elle répond : « Je suis fatiguée de Beethoven, de Schumann et de Chopin. Je veux jouer la musique d’aujourd’hui — et je la jouerai ! »[4]. En 1960, Maria Youdina est limogée de l’institut Gnessine à cause de ses convictions religieuses et de sa défense de la musique moderne occidentale (par exemple Stravinsky). Elle continue à se produire en public, mais il lui est interdit d’enregistrer ses récitals. Elle est interdite de scène pendant cinq ans[3] à la suite de sa lecture sur scène d’un poème de Boris Pasternak, où elle se signait avant de jouer[4]. En 1966, lors de la levée de cette interdiction, elle donne un cycle de conférences sur le romantisme au conservatoire de Moscou. Elle donne son dernier concert à Moscou, le 18 mai 1969[1].

Maria Youdina était la pianiste préférée de Staline et il la savait inoffensive[5]. C'est dans les mémoires de Chostakovitch qu'apparaît l'histoire sidérante[6]. Un soir Staline écoute à la radio Maria Youdina dans le début du concerto nº 23 de Mozart et demande à son aide de camp de lui procurer l’enregistrement. Mais c’était un concert en direct. Les officiels réveillèrent l'artiste au milieu de la nuit, la conduisirent au studio où un petit orchestre, rapidement assemblé, l’attendait lui permettant d’enregistrer le concerto dans la nuit pour en donner l’enregistrement à Staline[6] qui, dit-on, fondit en larmes dès les premières notes entendues. Pour la remercier, le dirigeant lui accorda la somme de 20 000 roubles. En retour, Maria Youdina lui écrivit qu’elle donnerait cet argent à son église pour prier pour son âme en raison des crimes qu'il avait commis contre le peuple russe[4]. Très superstitieux, Staline ne répondit jamais et à sa mort on aurait retrouvé l’enregistrement en question sur son phonographe à côté de lui[7]. En dépit de sa reconnaissance par Staline, Maria Youdina resta jusqu’à la fin extrêmement critique envers le régime soviétique.

Maria Youdina fait partie des rares artistes soviétiques ouvertement opposés au régime communiste, entraînant son interdiction d’enseigner et de se produire sur scène à différentes occasions. Convertie à la religion orthodoxe dès 1919, elle fut aussi un des grands penseurs chrétiens de la Russie du XXe siècle (parmi ses amis était le philosophe Pavel Florensky). Son admiration pour François d'Assise et sa foi orthodoxe, sous-tend toute son œuvre.

Connue pour ses interprétations de Bach et de Beethoven, elle s’est aussi faite le défenseur de compositeurs contemporains comme son ami Chostakovitch, dont elle créa la seconde sonate pour piano. Ses interprétations de Bach peuvent être considérées comme préfigurant le style de Glenn Gould.[réf. souhaitée]

Parmi ses élèves : Andréï Balanchivadze.

Style[modifier | modifier le code]

Le jeu de Maria Youdina se caractérise par sa grande virtuosité, sa spiritualité, sa force et, surtout, sa vision musicale qui l’amène souvent à des interprétations très personnelles.

Son art est caractéristique d’une époque particulière dans l’histoire culturelle russe. Contrairement à d’autres musiciens, elle a toujours essayé d’aller plus loin que sa discipline en collaborant avec de célèbres écrivains, artistes et architectes.

Grâce aux efforts de ses amis, en particulier Anatoli Kouznetsov, ses lettres et ses écrits ont été publiés à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Une initiative a aussi permis une réédition complète de ses enregistrements sur CD.

Discographie[modifier | modifier le code]

L'éditeur russe Vista Vera a sorti 17 volumes intitulés The Legacy of Maria Yudina[8].

Hommage[modifier | modifier le code]

La chanteuse française La Grande Sophie lui a consacré une chanson hommage en 2015. Elle figure dans le film La Mort de Staline (2018).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f et g Theodore Baker et Nicolas Slonimsky (trad. Marie-Stella Pâris, préf. Nicolas Slonimsky), Dictionnaire biographique des musiciens [« Baker's Biographical Dictionary of Musicians »], t. 3 : P-Z, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », (réimpr. 1905, 1919, 1940, 1958, 1978), 8e éd. (1re éd. 1900), 4728 p. (ISBN 2-221-06787-8), p. 4677–4678
  2. a, b, c, d, e et f Alain Pâris, Dictionnaire des interprètes et de l'interprétation musicale, Paris, Laffont, coll. « Bouquins », , 4e éd., 1278 p. (ISBN 2221080645, OCLC 901287624), p. 952
  3. a et b Lompech 2012, p. 122.
  4. a, b et c Lompech 2012, p. 123.
  5. Lompech 2012, p. 124.
  6. a et b Lompech 2012, p. 125.
  7. Christopher Domínguez Michael, « El maestro y Margarita de Mijaíl Bulgákov », Letras Libres, mars 2000, p. 86.
  8. Revue par Alain Cochard dans Diapason no 538, p. 110 et no 540, p. 130. Les volumes 5, 6, 7, 9 et 11 ayant obtenu le Diapason d'or, les autres « 5 clés ».

Liens externes[modifier | modifier le code]