Marguerite Wilson

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Marguerite Wilson
Nom de naissance Marguerite Henriette Joséphine Wilson
Naissance
Paris (2e arrondissement ancien)
Décès (à 66 ans)
Antibes (Alpes-Maritimes)
Nationalité Drapeau du Royaume-Uni Britannique [1]
Pays de résidence France
Ascendants
Père : Daniel Wilson (1790-1849)
Mère : Antoinette Henriette Joséphine Casenave (1807-1843)
Conjoint
Eugène Philippe Pelouze (1833-1881) ingénieur-chimiste.
Descendants
Sans postérité.
Famille
Daniel Wilson, député.

Marguerite Wilson, épouse de l'ingénieur-chimiste Eugène Pelouze, est née à Paris dans le 2e arrondissement ancien le et morte à Antibes dans le département des Alpes-Maritimes, le [2]. Femme du monde, sœur du député Daniel Wilson, elle est la propriétaire du château de Chenonceau de 1864 à 1888.

Biographie[modifier | modifier le code]

Marguerite Henriette Joséphine Wilson naît dans une famille extrêmement fortunée. Elle est la fille aînée de Daniel Wilson, chimiste et ingénieur britannique, né à Glasgow en 1790. Il quitte l'Écosse après de brillantes études en chimie pour travailler à Dublin puis à Londres en 1817 chez Aaron Manby (1776-1850), également ingénieur et qui dirige l'usine sidérurgique Horseley. Ce dernier est le fournisseur de la société Gas Light and Coke Company. Wilson et Manby décident en 1819 de se rendre en France sous la Restauration, afin de fournir du matériel à l'industrie française naissante en gaz[3]. Les deux hommes s'associent et ils créent en 1822, les Forges de Charenton puis ils achètent les Forges du Creusot en 1826. Ces deux entreprises font faillite en 1833, à la suite de la Révolution de 1830 et la crise financière qui en découle. La société pour l'éclairage au gaz de Paris qu'ils ouvrent à proximité de la capitale aux Ternes en 1825 avec un troisième associé, Jean Henry, est par contre un succès financier. Daniel Wilson se marie le 25 juin 1835 à Paris avec Antoinette Henriette Casenave[4]. Son épouse est issue d'une famille de magistrats et de parlementaires. De ce mariage naissent trois enfants à Paris dans le 2e arrondissement ancien, Marguerite le 24 mai 1836, Marie-Anne Berthe le 23 juillet 1838 et Daniel Wilson le 6 mars 1840[5]. Mais les décès se succèdent dans la famille Wilson. La mère, Antoinette Casenave, meurt à Paris le 5 août 1843[6], la seconde fille, Marie-Anne Berthe Wilson, le 21 février 1845 à Paris[7] et le père, Daniel Wilson, dans son château d'Écoublay à Fontenay-Trésigny, le 2 septembre 1849[8].

L'oncle maternel, Antoine Mathieu Casenave, vice-président du tribunal de première instance de Paris, est nommé tuteur des deux enfants par un conseil de famille, le 5 septembre 1849. Il s'acquitte de ses fonctions, pour Marguerite jusqu'en 1857 et pour Daniel, jusqu'en 1861. Mais c'est Marguerite qui s'occupe de l'éducation de son frère à partir de 1857. Elle lui enseigne l'apprentissage de la vie mondaine et lui fait connaître les personnalités des arts, de la politique et des affaires[9].

Le 3 décembre 1857, Marguerite Wilson épouse à Paris dans le 10e arrondissement ancien, Eugène Philippe Pelouze[10], médecin, fils du chimiste Théophile-Jules Pelouze. Le couple n'aura pas d'enfant.

En 1861, à la majorité de Daniel Wilson, le frère et la sœur sortent de l'indivision[9] ; Marguerite Pelouze s'installe dans l'hôtel Bochart de Saron, 17 rue de l'Université à Paris dans le 7e arrondissement.

En mai 1864, elle achète pour 850 000 francs le château de Chenonceau (Indre-et-Loire) avec un domaine foncier de 136 hectares, et fait effectuer de 1867 à 1878 par l'architecte Félix Roguet, d'importantes restaurations afin de « remettre le château dans son état du XVIe siècle », en supprimant notamment une grande partie des modifications apportées par Catherine de Médicis.

Un drame familial éclate. Eugène Pelouze fait une demande en séparation de corps et de biens le 25 janvier 1869. Il aurait surpris sa femme dans une situation équivoque avec son beau-frère Daniel, rue de l'Université[9]. Afin d'éviter le scandale, le mariage est dissous rapidement le 17 mars 1869.

En 1879, Antoine Marmontel recommande à Marguerite Pelouze son élève Claude Debussy comme pianiste pour compléter le petit orchestre de chambre de son château. Le jeune Debussy passe l'été à Chenonceau et il est ébloui par cette femme fastueuse, raffinée, passionnée de Wagner.

Mme Pelouze compte dans son entourage des artistes comme Gustave Flaubert qui séjourne par trois fois à Chenonceau, et des personnalités de haut rang dont Jules Grévy qui fut président de la République de 1879 à 1887. Elle favorise le mariage de la fille de celui-ci, Alice, avec son frère Daniel. L'union est célébrée le 22 octobre 1881 dans la chapelle du Palais de l'Élysée. La réception du mariage de Daniel Wilson et d'Alice aura lieu au château de Chenonceau. Mme Pelouze, élégante et séduisante, ne peut se soustraire à la rumeur publique sur une éventuelle relation passionnelle avec Jules Grevy[11]. Il serait alors singulier que ce parlementaire austère ait donné dans ce cas, la main de sa fille à Daniel Wilson[11].

En 1885, Marguerite Pelouze fait appel au peintre Carolus-Duran pour qu'il exécute son portrait et qui viendra orner la grande Galerie de Charles Toché au château de Chenonceau. Ce tableau est exposé au Salon de 1886[12].

De juillet 1886 à septembre 1887, Mme Pelouze effectue un long voyage avec Mlle Chevillé et M. Lenoir, attaché aux travaux de la future Exposition universelle de Paris, en Asie-Mineure, Arabie, Syrie, Perse et l'Hindoustan[13]. De retour à Paris le 27 septembre 1887 après quatorze mois d'absence, elle reçoit au château de Chenonceau en octobre, le cheikh de Palmyre qui l'avait accueilli lors de sa visite en Syrie[14]. Au mois de décembre, l'illustre visiteur toujours en France, est en villégiature à Antibes, dans la villa de Mme Pelouze. Le journaliste du Figaro commente non sans humour, à propos des Wilson : « une famille où l'on reçoit des cheiks sous toutes les formes »[15].

En 1888, Marguerite Pelouze fait faillite et doit vendre le château de Chenonceau, qui est racheté par le Crédit Foncier, puis le 5 avril 1913 par l'industriel Henri Menier (1853-1913), dont les descendants le possèdent aujourd'hui.

Elle meurt dans sa propriété à Antibes à l'âge de 66 ans, le 25 juillet 1902[2].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Michel Cotte, « Le rôle des ouvriers et entrepreneurs britanniques dans le décollage industriel français des années 1820 », Revues.org, Marseille, no 19,‎ 2e semestre 2010, p. 119 à 130 (ISSN 1775-4194, lire en ligne) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • (en) Alec W. Skempton, A Biographical Dictionary of Civil Engineers in Great Britain and Ireland, vol. 1 : 1500 to 1830, London, Éditions Thomas Telford on behalf of the Institution of Civil Engineers, , 897 p. (ISBN 978-0-72772-939-2), « Wilson Daniel », p. 786 à 787. 
  • Jean-Yves Mollier, Le scandale de Panama, Paris, Éditions Librairie Arthème Fayard, , 564 p. (ISBN 978-2-21302-674-9, présentation en ligne). 
  • Charles Richard, Chenonceaux et Gustave Flaubert, Tours, Éditions Deslis frères, , 63 p. (lire en ligne). 
  • Casimir Chevalier, Histoire abrégée de Chenonceau, Lyon, Éditions Alphonse Louis Perrin et Marinet, , 361 p. (lire en ligne). 

Articles internes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Bien que Marguerite Wilson soit née en France et d'une mère française, le droit du sang en matière de nationalité, s'applique aux enfants de Daniel Wilson, sujet britannique, né à Glasgow en Écosse, jusqu'à la demande de naturalisation.
  2. a et b Archives départementales des Alpes-Maritimes : État civil d'Antibes - acte de décès no 106, de Marguerite Henriette Joséphine Wilson. Centre administratif départemental, bâtiment Charles Ginesy, no 147 boulevard du Mercantour, B.P. 3007 - 06206 Nice Cedex 3.
  3. Michel Cotte, « Le rôle des ouvriers et entrepreneurs britanniques dans le décollage industriel français des années 1820 », Revues.org, Marseille, no 19,‎ 2e semestre 2010, p. 119 à 130 (ISSN 1775-4194, lire en ligne)
  4. Archives de Paris : État civil - Acte de mariage reconstitué. Cote du document : V3E / M1021. Archives de Paris 18 boulevard Sérurier 75019 Paris.
  5. Archives de Paris : État civil - Acte de naissance reconstitué. Cote du document : V3E / N2251. Archives de Paris 18 boulevard Sérurier 75019 Paris.
  6. Archives de Paris : État civil - Acte de décès reconstitué d'Antoinette Henriette Joséphine Casenave. Cote du document : V3E / D 245. Archives de Paris 18 boulevard Sérurier 75019 Paris.
  7. Archives de Paris : État civil - Acte de décès reconstitué de Marie-Anne Berthe Wilson. Cote du document : V3E / D1497. Archives de Paris 18 boulevard Sérurier 75019 Paris.
  8. Archives départementales de Seine-et-Marne : État civil de Fontenay-Trésigny - acte de décès no 68, de Daniel Wilson. Cote du document : 5-MI-3273 (1841-1851). Direction des Archives départementales, no 248 avenue Charles Prieur 77190 Dammarie-lès-Lys.
  9. a, b et c Jean-Yves Mollier, Le scandale de Panama, Paris, Éditions Librairie Arthème Fayard, , 564 p. (ISBN 978-2-21302-674-9, présentation en ligne).
  10. Archives de Paris : État civil - Acte de mariage reconstitué d'Eugène Philippe Pelouze et Marguerite Wilson. Cote du document : V3E / M791. Archives de Paris 18 boulevard Sérurier 75019 Paris.
  11. a et b Robert Ranjard, Le secret de Chenonceau, Tours, Éditions Gibert-Clarey, (1re éd. 1950), 256 p., « Madame Pelouze », p. 233
  12. Charles Richard, Chenonceaux et Gustave Flaubert, Tours, Éditions Deslis frères, , 63 p. (lire en ligne), « La Galerie », p. 39.
  13. Le Figaro, « Échos », Le Figaro, Paris, no 270,‎ , p. 1 (lire en ligne).
  14. Mont-Richard, « Le cheik de Palmyre à Chenonceaux », Le Figaro, Paris, no 290,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  15. Le Figaro, « Nouvelles à la main », Le Figaro, Paris, no 355,‎ , p. 1 (lire en ligne).